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EAN : 9782072903045
320 pages
Gallimard (01/09/2022)
4/5   19 notes
Résumé :
Les agents, reclus dans leurs box, surveillent les millions de données qui s'affichent sur leurs écrans. Ils veillent à la bonne marche d'un monde qui tourne sans eux. Les hautes tours de verre d'un autre siècle sont devenues leur lieu de travail et de survie : tous les jours, ils luttent pour conserver leur poste, au risque d'être tués ou, pire, jetés à la rue. Car dehors règnent l'animalité, le désordre, l'inconnu. À l'étage de la tour 122 de la tour 35S du quarti... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  01 août 2022
Depuis leur haute tour de verre, dans des box blindés, derrière leurs écrans, les agents veillent à la bonne marche du monde. le travail est la seule chose en soi qui n'ait de valeur. Aussi, travaillent-ils de 5h à 0h15, avec cinq pauses par jour, et vivent-ils sur leur lieu de travail. En dehors de leur boulot, ils sont libres... et luttent pour le rester mais aussi pour conserver leur poste. Des guildes se sont ainsi formées pour se protéger les uns les autres. Élisabeth, Solveig, qui n'a plus un seul poil sur le corps, Clara pour qui l'art consiste à se scarifier, Laszlo, un artiste qui filme tout, et Théodore qui, en vertu d'une date sur un calendrier dont lui seul a connaissance, s'est coupé les orteils, font partie d'une même guilde. Leur but : détruire les autres guildes afin de prendre possession de l'étage. Dès qu'un agent disparaît, il est aussitôt remplacé. Aussi l'arrivée de Hick, survenue après le suicide de Piotr, un homme plutôt âgé et habillé différemment, va-t-elle semer le trouble dans tout l'étage 122 de la tour 35S...
Grégoire Courtois nous transporte dans un monde futuriste où seul le mot travail a du sens et de la valeur. Les agents, d'ailleurs, ne connaissent rien d'autre, ils vivent pour et par le travail. L'on va suivre, au coeur de cette dystopie, le destin de cinq d'entre eux qui ont tous choisi, d'une manière ou d'une autre, de garder un semblant de personnalité en se distinguant des autres. Si la solidarité est le maître-mot au sein d'une guilde, l'on découvrira pourtant qu'elle a des limites. Avec ce roman d'anticipation qui fait froid dans le dos, Grégoire Courtois nous offre une vision d'un futur où l'humain en tant que tel n'a plus sa place, où les machines régissent le monde et où le mot « vie » a perdu tout son sens. Si le propos est fictionnel, il n'en reste pas moins glaçant. L'ambiance, tendue, nerveuse, est parfaitement retranscrite par cette plume acerbe et mordante.
Un roman singulier, surprenant et impitoyable...
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BazaR
  30 octobre 2022
C'est grâce à marina53 que j'ai voulu lire ce roman vers lequel je ne me serais pas porté spontanément. Chance, je l'ai gagné à la dernière Masse Critique. Merci donc à marina, à Babelio et à Folio. Grâce à eux j'ai vécu un moment de lecture intense.
Je commence ma lecture et déjà je le regrette. Les premiers mots installent l'ambiance désespérée. J'ai tâté la température de l'eau avec le gros orteil et je l'ai ressorti vivement, comme agressé par un froid intense. J'absorbe les émotions décrites comme une éponge empathique. Mal ! Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? Ce n'est pas le moment de bouffer un bouquin qui me déprime. Pfff.
Ambiance :
Un décor de ville, probablement américain, qui ne voit jamais le soleil caché en permanence derrière des couches de nuages gris, ni le sol caché derrière une brume sûrement toxique en dessous de laquelle survivent, paraît-il, les chats : ces sans emploi. Des tours de trois cents étages identiques, rangées à l'infini comme un bataillon de Lego®. A chaque étage, des agents qui surveillent l'évolution d'indicateurs de performance et reçoivent des mémos de la direction qui les félicitent pour leur assiduité, les réprimandent pour leur oisiveté ou changent brutalement le règlement. Ils « vivent » là, dans leurs box blindés, bossent douze heures par jour et plus, quelques pauses d'un quart d'heure et le repas de midi. Ils sont organisés en guildes. Leur but : survivre. Car les guildes se livrent à une immense partie de Risk où il s'agit de conquérir les box voisins en tuant leurs occupants temporaires : au couteau, à la grenade, au fusil à pompe. A travers les vitres, les corps qui tombent des étages supérieurs forment un spectacle si permanent qu'il en est devenu banal.
Comment vivre dans cet environnement réglé par une direction assurément guidée par des IA ont une curieuse interprétation de l'expression « donner un sens à sa vie » ? La petite guilde à laquelle on s'intéresse donne le ton. On transforme la scarification et les jets de sang sur les murs des toilettes en art, on se coupe les orteils qui visiblement ne servent à rien, on s'épile le moindre poil y compris les cils. Chacun sa méthode.
Quel est le but de ce roman ? Juste nous plomber et nous faire déprimer ? Ça c'est réussi, J. G. Ballard n'est pas loin. J'hésite à poursuivre.
Mais… tiens, cela s'anime. Grégoire Courtois nous offre une intrigue : un nouveau vient de franchir la porte des Hairaches. Il n'est pas comme les autres. Il crie même à la cantonade qu'il serait heureux de rencontrer ses collègues autour d'un café ! Hallucinant. du coup, cette proie facile pour les guildes les mieux placées sont dans l'expectative.
Et avec ça, un changement du règlement qui donne un gros avantage aux guildes qui possèdent des box adjacents : des prêts à des taux avantageux pourront leur être accorder, pour s'armer par exemple. Déstabilisation de la partie de Risk. Ça risque de chauffer bientôt.
Comment va réagir notre charmante guilde ?
Les événements se précipitent. La troisième partie est un long, très long morceau de chaos d'une violence inouïe. Je ne peux plus lâcher le bouquin. Je veux savoir.
Je finis par savoir.
Et je me pose la même question qu'au début, et les personnages survivants aussi : pourquoi tout ça ?
Est-ce que l'auteur voulait nous frapper en nous montrant l'inanité de nos existences de bureau (la mienne en tout cas) ?
Était-ce juste un exercice, non pas d'anticipation, mais d'extrapolation aux limites de la vie de bureau ?
Je sors de là essoufflé. Envie de légèreté.
Roman singulier, surprenant et impitoyable a dit marina53. Je ne trouve pas mieux à dire.
A lire, si vous l'osez.
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shmileblik
  24 novembre 2022
Une thématique angoissante, l'aliénation absolue au travail, et une écriture âpre,brute, qui sert parfaitement le fond. le récit m'a écorchée, mis à vif tant il m'a dérangée. Mais il interroge tellement sur notre rapport au travail, au corps et à l'autre et sur nos dérives actuelles, qu'on ne peut qu'apprécier. Si vous avez besoin de réconfort en ce début d'automne, passez votre chemin, mais si vous aimez faire grincer vos dents alors plongez vous dans cette dystopie dont il faut quelques jours (et plusieurs tablettes de chocolat) pour se remettre.
J'avoue avoir préféré Suréquipée su même auteur, mais les deux récits sont très différents.
Merci à Babelio pour cette masse critique
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Lunabiax
  01 juin 2021
Une société futuriste où le travail est devenu la seule valeur sociale, à laquelle se consacrent des agents, chacun dans son box blindé, au sein de hautes tours de verre. Leur mission : surveiller les millions de données qui s'affichent sur leurs écrans, veiller à la bonne marche du monde économique. Tout cela sans relâche ou presque, puisque ces agents travaillent de cinq heures du matin à minuit, avec des pauses de quinze minutes toutes les trois heures, sept jours sur sept. L'agent modèle vit sur son lieu de travail, dort dans son box – on a supprimé depuis longtemps les trajets domicile-travail qui représentaient trop de perte de temps et financière. Chacun lutte pour conserver son poste, sous la protection d'une guilde – la Colonne rouge, les Copieurs, les Bookies, la Kon-Tha, etc - et tous les moyens sont bons pour y parvenir, ruse, stratégie, violence. C'est à ce prix qu'ils pourront éviter le renvoi par les Airaches, et la rue, où règnent les chats, le chaos et l'inconnu... C'est alors qu'arrive le remplaçant d'un agent qui s'est défenestré. le nouveau attire l'attention sur lui et pourrait bien être le grain de sable qui va venir gripper l'engrenage…
Quartier Sud, tour 35S, étage 122, secteur Y1, box 314. C'est de là qu'écrit la narratrice Elisabeth, qui fait partie d'une petite guilde, dont sont membres Laszlo, un artiste qui filme sans cesse et s'enregistre, Solveig, entièrement épilée jusqu'au moindre cil, Théodore, qui s'est amputé de tous les orteils, et Clara, qui se lacère méthodiquement tout le corps sous anesthésie locale. Des fous ? La folie est toute relative, dans un monde où règne l'absurde : les employés sont strictement inutiles mais cependant réduits à un véritable esclavage, avec pour seul horizon et seule ambition de conserver son box et de survivre, à coups de grenade ou de rafales de mitraillette – uniquement au moment des pauses. D'ailleurs, les suicides ne sont pas rares, au point que plus personne ne prête attention aux corps qui chutent devant les baies vitrées de la tour, des dizaines de fois par jour. Un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Brazil de Terry Gilliam, ou 1984 de George Orwell, avec une coloration contemporaine. Evidemment, c'est délirant, absurde, parfois outrancier, mais cette vision du futur, où la reproduction est assurée par des machines, où le contexte de vie privée n'existe plus, où l'humain est réduit à une tâche répétitive sans aucun sens si ce n'est sa survie pour échapper à l'inconnu, n'est pas qu'une simple fable dystopique. le futur qu'elle présente fait froid dans le dos.

Lien : http://usine-a-paroles.fr/le..
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apcalipticart
  02 janvier 2021
Les Agents, rentre dans ces lectures qui pour moi se suffisent à elles-mêmes. S'enfonçant dans un univers sombre et technocratique, l'histoire n'a besoin de rien pour évoluer. Les Agents, évolue selon un principe simple que j'ai sobrement appelé : « la descente aux enfers sans possibilité de rédemption ». Une ode à la violence psychologique et matérialiste, une ode au travail, et le Travail avec un grand T comme Ta gueule et frappe des lignes de codes. Aliénation bureaucratique.
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Les agents c'est comme si 1984 avait muté en une immense Trump Tower sans début ni fin, où à chaque étage il y a des dizaines de gangs, organisés dans des Open Space, qui n'attendent qu'une seule chose, que ça pète, que les lignes de codes soient en surchauffe, le cerveau en bouilli prêt à fracasser de l'Agent, afin d'avoir le privilège de continuer d'exister derrière les lignes de codes. Absurde me direz-vous, et vous auriez bien raison.
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Derrière cette aliénation et ce non-sens, se cache beaucoup de poésie, elle se fraie toujours un chemin, même dans les recoins les plus bétonnés et numérique du livre. Naviguant entre Ballard et Kafka, mention spéciale pour cette Agent qui trouve du sens dans la mutilation de son corps après l'avoir recousu, ou encore cet agent totalement paranoïaque. Ainsi on retrouve les embruns poétiques de l'auteur de Crash! et du Château. Un labyrinthe organique.
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Courtois, détail avec beaucoup de justesse une forme du travail qui n'est pas très éloignée de certaines formes de travail que l'on pourrait cotoyer aujourd'hui, évidement il pousse à son paroxysme sa version et en fait une dystopie des plus abjectes, mais non dénuée d'un certain humour grinçant, une sorte de farce géante à deux vitesses.
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Les Agents, c'est K qui trouve du boulot au Château et qui se rend compte que ce dernier est situé au centre de la Foire aux atrocités. Un cocktail absurde mais si on reste assez longtemps et qu'on tire les bonnes ficelles, peut être que les lignes de codes cesseront d'émettre.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
marina53marina53   01 août 2022
C’est notre lot de vivre dans des mondes qui n’existent que pour nous. C’est notre lot de souffrir des apocalypses dont nous seuls comprenons les symboles, ainsi que la fulgurante révélation, mais qui restent tristement hermétiques à nos semblables, terrorisés par les images de leur propre destruction. Et pourtant nos pas soulèvent la poussière, et nos chairs touchent d’autres chairs et sentent la sueur qui s’en écoule, et le sang qu’on en fait couler, et nous glissons sur des peaux moites, et des kilomètres de moquette usée, et des existences bêtement rectilignes, qui sont pour chacun de nous, obstinément et jusqu’à l’extase, les mêmes. 
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BazaRBazaR   26 octobre 2022
Notre confiance en Théodore n'en est donc pas une, ou alors une cousine, dont les racines génétiques croisent celles de la foi et d'un aveuglement volontaire que personne n'ose appeler amitié.
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BazaRBazaR   24 octobre 2022
Être mort, c'est travailler seulement, sans rien d'autre autour qui nous empêcherait de réaliser que nous ne servons à rien.
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JazzynewyorkJazzynewyork   11 mars 2020
L’ENDROIT où nous vivons est l’endroit où nous travaillons. Nous sommes des agents.

C’est notre statut, notre identité, notre fierté.

Nous exécutons un travail, devant des machines d’un autre siècle ronronnant comme des animaux domestiques, pendant que, derrière les vitres teintées de notre bureau, une épaisse couverture nuageuse rampe de l’est vers l’ouest.
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auray2auray2   25 octobre 2022
Les agents ne croient plus à rien. Nous sommes tellement entourés de trahisons, de stratégies et de manœuvres que tout ce qui se dit, tout ce qui s'entend, parfois même tout ce qui se voit, n'est plus considéré comme la vérité. Plus aucun de nous ne croit en quoi que ce soit, pas même en ses yeux ni à la morsure d'une lame. Certains agents ici, au moment de mourir, continuent à travailler, doutant même de leur propre douleur, de leur propre agonie – de leur mort.
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