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EAN : 9782896985494
328 pages
Éditeur : Le Quartanier Editeur (21/01/2021)
4.35/5   53 notes
Résumé :
Chroniques de la place carrée, tome 1

La fin de la trêve hivernale approche, et Mathilde découvre que ses voisins sont menacés d'expulsion. Les recours légaux n'ont rien donné. Mathilde n'a pas toujours été travailleuse sociale. Mathilde porte en elle de sombres secrets. Mathilde ne dit rien, mais Mathilde va prendre les choses en main. Dans ce premier roman des Chroniques de la place carrée, suspense et tension viennent bouleverser le portrait d'une ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  10 février 2021
Le voilà mon premier coup de coeur de l'année ! Et c'est un premier roman, âpre, à l'héroïne de la trempe de celle qu'on n'oublie pas.
Mathilde ne dit rien mais elle est là. Elle a des yeux et une conscience. Elle a un passé terrible qu'elle est parvenue à éloigner durant douze ans en exerçant comme travailleuse sociale dans une collectivité territoriale jusqu'à un événement la fasse basculer : l'expulsion à venir de ces voisins à cause d'un salopard qui les a mis financièrement dans la mouise. Et là, elle fonce et défonce tout en mode justicière lorsqu'elle comprend que les recours légaux seront vains.
Le prologue est absolument époustouflant, dès les premières phrases qui instaurent d'emblée une tension narrative qui ne fera que monter crescendo : « Voilà presque dix minutes qu'elle tourne autour de la maison. C'est pas normal. Elle est grande, large, robuste. de dos, on la confondrait avec un homme. Elle en a la musculature, les cheveux courts et mal peignés. Quel âge a-t-elle ? Quarante ans ? Cinquante ans ? ». L'écriture est précise, affutée, se glissant avec fluidité à hauteur d'homme et de femme.
«  Toute la nuit, quelque chose de noir et de brûlant empêche Mathilde de dormir. C'est un abîme de rage profond comme les siècles. C'est un grondement qui la change en rivière de lave. C'est la peur sourde que tout s'arrête, d'un coup, sans que ni elle ni personne n'y puisse rien faire. Ce qui nous donne vie peut la reprendre. le monde est pleine de tant d'horreurs. Les calamités, ici-bas ne sont pas des exceptions. Période de veille. Période de cauchemars. Alternance floue entre l'impossible et le pire que ça. Bruits de grosses cylindrées qui se répercutent contre les façades des immeubles de la place carrée. Sa chambre est une caisse de résonance. Elle dort dans un instrument de musique qui joue une symphonie mélancolique. Elle pourrait ne plus se réveiller. La nuit pourrait durer toujours. Elle cogite. »
S'en suit un récit haletant ramassé sur sept jours, construit comme un compte à rebours à l'implacable mécanique narrative. Quel formidable personnage ! Tristan Saule parvient à la caractériser parfaitement sans user de passages psychologisants lourdauds, maintenant un juste équilibre entre ses zones d'ombre et des éclairages brefs sur son passé. Elle est présentée comme un être d'action, qui avance, une force qui va, une force de percussion lorsqu'elle décide d'en découdre et de se confronter à ses vieilles blessures.
Si les qualités du roman s'arrêtaient là, Mathilde ne dit rien serait déjà un très très bon roman. Ce qui est également formidable, c'est l'humanisme et le réalisme qui se dégagent du récit. le roman noir se fait social et propose une peinture sociétale nuancée , ancré dans un quartier populaire d'une ville moyenne dans une France rongée par les inégalités. La France des gilets jaunes est en toile de fond, mais très lointaine, car tous les personnages qui gravitent autour de Mathilde sont trop occupés à survivre, trop conscients qu'ils ne comptent pour personne. Rare de lire un roman aussi intelligent sur la France des marges, des invisibles, des oubliés, un roman engagé et vibrant.
Il s'agit du premier tome d'une série « Les Chroniques de la place carrée ».
C'est peu dire que j'ai hâte de me plonger dans le prochain ( j'adorerais que ce soit le très beau personnage du jeune Idriss qui en soit le personnage principal ).
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marina53
  20 septembre 2021
Après avoir remarqué cette grande femme robuste et large, des chaussures de sécurité aux pieds et une boîte à outils, traîner pendant plus de dix minutes autour de la maison, Gaëlle est effrayée lorsque, voulant la regarder de plus près, elle est juste là, le nez collé à la fenêtre de la cuisine. La femme s'excuse mais, en câblant un pavillon pas loin, elle a déconnecté sa box. Aussi aurait-elle besoin de rentrer pour tout remettre en ordre. Terriblement méfiante, Gaëlle, seule à la maison, la laisse toutefois entrer. Elle panique de plus en plus lorsqu'elle la voit s'installer dans le bureau de son mari, Jean-Philippe, regarder les photos de famille, l'interroger sur la belle terrasse qui entoure la piscine, redescendre les marches de l'escalier menant à l'étage et surtout lorsqu'elle lui dit qu'elle voulait voir la chambre d'Alice. Comment cette femme du câble connaît-elle le prénom de sa fille ? Affolée, Gaëlle ne peut retenir ses larmes lorsqu'elle somme son mari de payer Mohammed tout de suite...
Le plan a marché, la femme est terrifiée et Mathilde est sûre que le message sera bien passé. Avec l'aide d'un ami, Mokhtar, à qui elle a emprunté la tenue et les outils de travail, Mathilde, conseillère sociale au Conseil Départemental, a voulu faire justice elle-même en aidant ses voisins de palier, Mohammed et Nadia. Dans la panade financièrement, celui-ci attend toujours un gros chèque de Jean-Philippe pour la terrasse qu'il a posée...
Le premier chapitre, oppressant et énigmatique à souhait, nous présente Gaëlle, une femme bien sous tous rapports, et Mathilde qui, vêtue tel un agent du câble, est venue menacer cette dernière. Non pas qu'elle fasse cela souvent, bien au contraire, mais Mathilde, de par son métier, a plus que jamais conscience des inégalités sociales. Après cette visite chez Gaëlle, les choses vont changer. Mais, malheureusement, pas toujours comme prévu. Sur une période de sept jours, Tristan Saule déroule un scénario concis, noir et terriblement ancré dans la société. Ce roman mêle habilement et intelligemment les genres : sur fond de peinture sociale et économique, avec, de loin en loin, les Gilets Jaunes, l'auteur dresse le magnifique portrait d'une femme robuste, pourtant un brin désenchantée, qui cache un trop lourd secret, tout en maintenant une ambiance sombre, parfois violente et de plus en plus tendue. Autour de Mathilde, l'on découvre des personnages là encore plus vrais que nature, qu'il s'agisse du jeune Idriss, de son oncle Lounès ou du caïd Salim. D'ailleurs, Mathilde ne dit rien étant le premier volet de la place carrée, l'on retrouvera avec un grand plaisir l'un ou l'autre dans un prochain roman.
Un roman brut, saisissant, vibrant...
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Kittiwake
  06 mars 2021
A Bessancourt, comme partout ailleurs, on ne mélange pas. La zone pavillonnaire ignore les barres grises et leurs occupants qui inspirent la méfiance. D'ailleurs dans la zone pavillonnaire, on ignore aussi ses voisins. Mais on les scrute, on les épie. On sait ce qui se passe. Alors quand une jeune femme à l'allure masculine rode autour de la maison, Gaëlle fait ce qu'elle sait le mieux faire, elle imagine le pire. Et pourtant, Mathilde réussira à s'introduire dans la maison.
Mathilde parle peu, répond à peine aux questions ou aux provocations , de ses collègues, de ses voisins, de compagnons de muscu. Alors il faudra beaucoup de temps et de pages tournées pour savoir ce qu'elle cache si bien. Avec cette angoisse permanente de l'explosion du soleil, dont on ne sait jamais si elle n'a pas déjà eu lieu.
Deux histoires en une. La plus récente se déroule sur une semaine, et fait suite à la « visite » de Mathilde chez Gaëlle, alors que les drames passés sont peu à peu révélés sur des chapitres intermédiaires.
C'est un roman noir, un thriller, dont la tension monte crescendo jusqu'à provoquer cette lecture chaotique où les yeux ne vont pas assez vite pour éclairer le lecteur au coeur battant.
Et la bonne nouvelle, c'est qu'il semble bien que cette histoire est le début d'une série, avec la perspective donc de retourner ce personnage énigmatique et attachant.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Christophe_bj
  08 mars 2021
Gaëlle est seule dans son pavillon avec terrasse en comblanchien et piscine quand elle repère une grande femme à l'allure hommasse dans la rue. Peureuse de nature, elle imagine le pire, mais la femme parvient quand même à s'immiscer à l'intérieur en indiquant qu'à la suite d'une erreur de manipulation, elle a déconnecté internet dans une armoire technique et doit avoir accès à la box de Gaëlle pour rétablir la connexion. La femme est-elle vraiment une technicienne ? Ou une cambrioleuse ? Ou pire ? ● le début de ce roman, magistral, place d'emblée le lecteur dans une ambiance d'inquiétante étrangeté qui happe son attention et lui donne envie de connaître la suite. ● Cette suite est globalement à la hauteur de ce prologue : serrée, affutée, haletante. L'histoire se dédouble, l'une des branches du récit se situant aujourd'hui, c'est-à-dire au jour où la femme pénètre dans la maison de Gaëlle (en 2019), et l'autre remontant aussi loin que 1991 pour aller jusqu'en 2005. ● L'auteur agence la narration de main de maître ; il n'y a aucun temps mort ; les deux plans temporels s'associent à merveille. L'arrière-plan social est lui aussi parfaitement décrit, mariant le roman noir au réalisme social. le personnage de Mathilde est à la fois original et attachant. ● Ce premier tome des Chroniques de la place Carrée est une réussite éclatante et il me tarde déjà de lire les suivants. Merci à Kirzy et à Kittiwake pour cette belle découverte !
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Michel69004
  07 avril 2021
Mais quel formidable roman/thriller/polar social ! Mais quel formidable livre !!
Soit je suis dans une très bonne passe soit je surfe avec bonheur sur vos avis Babelio.
Enfin peu importe ce bouquin est top et c'est le premier d'une série : Chroniques de la place carrée.
L'auteur, pour une raison qui m'échappe,écrit sous pseudo. Mais Tristan Saule c'est cool comme nom.
Alors effectivement Mathilde ne dit rien. Ou alors pas grand chose. Mais elle pense beaucoup. Et elle agit.
Magnifique portrait de femme, heroine atypique des classes populaires, tellement forte et tellement fragile.
L'action se situe dans l'ancienne ZUP d'une ville moyenne , disons Dijon ou Orléans,avec sa classique segmentation sociale.
On entre dans la tête de Mathilde et de quelques autres comme Gaelle dont il est question au début et à la fin.
Ça fonctionne vraiment, on soutient Mathilde à fond, elle est bouleversante. Elle n'a pas été toujours travailleuse sociale. On va découvrir son histoire progressivement.
Tristan Saule décrit parfaitement cette atmosphère populaire ( le marché de la place carrée, grand moment) mais aussi et surtout les aspirations de la classe moyenne-moyenne où tout est permis pour contourner un ascenseur social définitivement en panne.
C'est très bien écrit, c'est palpitant : Comment Mathilde va t'elle empêcher l'expulsion de ses voisins ?? Qui sont tous ces personnages secondaires inquiétants ?? Tout s'accélère d'un coup....
Mathilde compte dans sa tête 8minutes puis encore puis encore....
Vous saurez pourquoi bien sûr.
Mais l'écriture inspirée de l'auteur est aussi poétique, clinique, sociologique.
Une belle réussite, à lire d'urgence.....
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critiques presse (1)
Culturebox   09 août 2021
Mathilde ne dit rien épouse parfaitement tous les codes du polar social : vision critique de la société, gros plan sur des populations généralement ignorées et un héros enquêteur ou témoin qui va devoir réparer une injustice.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
DelphineBoDelphineBo   30 novembre 2021
Même quand le dialogue s'est conclu à côté de la loi, il y a des règles. Et pour ceux qui les enfreignent, il y a une police. Sans gyrophare, sans badge, mais sacrément efficace. Cette police s'appelle la peur. Tu fais ce qui était convenu, ou alors tu vas avoir des ennuis. Tu paies ce que tu dois, ou alors, on sait où tu habites. Tu joues pas au con, ou bien méfie-toi de chaque coin d'ombre, parce que quelque chose pourrait t'y attendre.
+ Lire la suite
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marina53marina53   20 septembre 2021
Rien ne semblait les rapprocher, plus de dix ans les séparent, et pourtant, leur rencontre a été une évidence, ici même, devant cette machine. Un bonjour, un sourire, une confidence qui dépasse le cadre des dossiers qu'elles traitent dans le service. Sophie avait besoin de parler. Mathilde avait besoin d'écouter. Les amitiés naissent souvent de la coïncidence de besoins égoïstes.
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marina53marina53   20 septembre 2021
La lumière décline. Les oiseaux de jour croisent les oiseaux de nuit, indifférents les uns aux autres, deux faces d'une même pièce dans un quartier où personne n'a de leçon à donner à personne. Tu gagnes ta vie comme tu peux. Tu vends du shit ou tu es caissière chez Leader Price, c'est du pareil au même. La morale n'a pas de gosses à nourrir.
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DarjeelingdoDarjeelingdo   01 février 2021
- Bon, continue Mathilde. D’abord, dites moi comment vous en êtes arrivés là ? Jusqu’à présent, ça se passait bien. C’est la première fois que vous nous sollicitez.
- Je sais pas, dit la mère. C’est à cause du chauffage peut-être. On a payé plus de chauffage cet hiver.
Mathilde fait une discrète grimace. Cet hiver a encore été doux, plus doux que le précédent qui était lui-même plus doux que celui d’avant. La rigueur de l’hiver n’a rien à voir là dedans. En revanche, là où elle a raison, c’est que le prix de l’énergie augmente. Plus vite que le montant du RSA. Ce service voit régulièrement débarquer des personnes qui se sont laissé surprendre. Progressivement, année après année, la balance budgétaire de leur foyer s’est mise à pencher du mauvais côté. Ce qui était à l’équilibre - revenus, charges fixes, imprévus - s’est retrouvé légèrement déficitaire. Sans que personne ne s’en rende compte, la vie de ces gens n’était plus viable. Quand la carte bleue était bloquée au 20 du mois il y a dix ans, elle l’était au 15 il y a cinq ans, et au 10 aujourd’hui. Comme pour ce couple que Mathilde a ici, en face d’elle, et des centaines d’autres qu’elle reçoit toute l’année, la faillite n’est pas venue brutalement mais centime après centime, une micro- augmentation après l’autre dans tous les secteurs de la vie.
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marina53marina53   21 septembre 2021
Les moments vides de nos vies, on les remplit comme on peut. Ces téléphones qu'on emporte partout avec soi et qui contiennent des formes et des sons familiers sont là pour remplir ce vide. Même si c'est du vent, c'est un vent rassurant.
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