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Elisabeth Monteiro Rodrigues (Traducteur)
ISBN : 9782864248392
Éditeur : Métailié (25/08/2011)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 99 notes)
Résumé :

« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final. Mon vieux, Silvestre Vital... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
horline
  05 juin 2014
L'accordeur de silences, ce titre à la beauté énigmatique synthétise à lui seul le charme singulier de ce livre. L'atmosphère étrange de ce roman vous pénètre dés les premières pages et ne vous lâche pas.
Certainement parce qu'il est difficile d'échapper à l'emprise immédiate de son écriture, une poésie lumineuse et inspirée qui en quelques mots parvient à faire éclore une ambiance oppressante, des émotions fugaces ou dissimulées, à faire vibrer la lumière du jour ou à emplir de longs silences.
La beauté singulière de ce roman réside aussi et surtout dans une véritable aventure humaine qu'il donne à lire et dans laquelle la vie et la mort s'entrelacent de manière bouleversante.

Accompagné d'un domestique et d'une ânesse, un homme s'est installé avec ses deux fils dans une réserve de chasse abandonnée, loin de la ville, loin du monde, loin de tout ce qui est susceptible de raviver le souvenir de sa défunte épouse et la souffrance qui va avec. Ni regret, ni désir, ni passé, ni avenir …ça résonne comme une incantation pour le père "qui avait vidé le monde pour le remplir de ses inventions" mais pour les enfants et notamment l'aîné Ntunzi, le seul à garder des souvenirs de sa mère, cela conduit au plus douloureux des exils.
Il faut le regard plein de tendresse naïve du cadet Mwanito pour enluminer l'horizon obscur de ceux qui l'entourent et desserrer les liens du chagrin qui les retiennent captifs. Etranger au monde extérieur et ses banalités, Mwanito est doté de la faculté précieuse de saisir l'humanité des êtres en recueillant leurs voix intérieures et leurs vérités. Démontrant ainsi qu'il faut parfois des mots d'enfant pour pousser au-delà des silences et de la réalité sombre afin de comprendre ce qu'il y a derrière les obsessions d'un homme, surtout lorsque celles-ci le conduisent à la folie. Et il faut l'intrusion d'une "créature" interdite sur ce territoire hors du temps, une femme à la voix douce et tendre "venue au monde pour avoir du regret" pour faire tomber les masques imposés par le père du haut de son "trône absolu de la solitude" et qui s'avéraient plus étouffants que protecteurs …

C'est un roman magnifique qui s'insinue dans les profondeurs du désenchantement humain, on est absorbé par un récit qui offre des images pétrifiantes de ses personnages faisant de l'humanité une sorte de relique d'un monde en ruine. Rien de superficiel dans ce texte magnétique mais des émotions intenses jusqu'aux tressaillements souterrains.
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DanD
  06 janvier 2017
L'annee commence bien! J'ai retrouve dans mon ordi une critique que j'avais efface par erreur. Je vla reposte:
Les portugais ont legue a leurs anciennes colonies africaines la "saudade", cette quete infinie, desesperee et esperante, et Mia Couto en fait un des meilleurs elements de son beau livre. Tres beau livre. Tres belle histoire. Tres belle ecriture.
Peut-on fuir le monde, la societe? Couto raconte des essais infructueux. Peut-etre pas si infructueux que ca, car il y a aussi des modes de fuite cerebrales, interieures. Il joue sur plusieurs registres de fuite, donnant l'impression qu'il n'est sur de rien.
Peut-on se disculper d'une faute? Se pardonner soi-meme, s'absoudre, oublier? Idem. Couto laisse le lecteur se poser la question sans prendre parti.
Peut-on oublier un etre aime, un AMOUR? Comment vit-on après le depart d'un etre aime? The answer, mes chers, is blowing in the saudade. La saudade restera, quand tous les souvenirs s'estomperont, papillonneront, s'acclimateront.
Tout ca est dans livre. Et un questionnement pertinent sur les rapports entre les sexes. La place de la femme dans le vecu et l'imaginaire de l'homme. La place de l'homme dans le vecu et l'imaginaire de la femme. Et une reflexion sur les rapports entre les generations, de l'acceptation, du respet, de la deference, a la revolte. Et des pages magnifiques sur une sauvage nature, suivies d'autres decrivant une bordelique petite ville africaine. Dans une ecriture poetique a souhait, sans manierismes superflus, sans mignardises,sans chique. Et accompagnee des vers de poetesses – que je decouvre – qui introduisent et epaississent chaque chapitre.
Ceux qui voudraient en savoir plus sur l'histoire peuvent se referer a d'excellentes critiques qui ont ete postees sur ce site. Je ne fais que donner libre cours a mon admiration, a l'emerveillement, a la saudade qui m'accompagnent depuis que j'ai ferme le livre.
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Dixie39
  18 septembre 2015
Devant un livre pareil, on ne peut qu’être humble...
J’aurai envie de partir dans de grandes envolées pour vous faire partager le plaisir que j’ai eu à le lire, cet engourdissement du temps palpable à la lecture, ces mots qui vous envoutent et la seconde d’après, vous claquent les deux joues en vous laissant pantois, groggy, à bout de souffle, mais toujours aux prises avec l’écriture de Mia Couto.
Mais je n’en ferai rien...
L’accordeur de silences, nous met face à une tentative désespérée de s’extraire du temps, du monde, dans un lieu où la mort n’a plus ses droits. Un monde d’exclusion, sans livre, sans écriture, sans apprentissage, sans femmes, sans guerres, sans tout ce qui pourrait ramener Sylvestre Vitalicio à la honte, à la douleur et aux regrets.
Ce monde du renoncement, Sylvestre le baptise Jésusalem. Il y emporte, tel Noé dans son arche fuyant la souillure des autres hommes, ses deux fils (Ntunzy l’aîné et Mwanito, le cadet), un serviteur et une ânesse, compagne des jours où la chair reprend ses droits.
Mwanito n’a plus le souvenir du monde d’avant : les terres du Mozambique en proie à la guerre et le refuge des bras de sa mère. C’est un accordeur de silences. Il apaise et redonne justesse à la musique intérieure qui assourdit son père.
Il n’y a ni passé, ni avenir à Jésusalem. Il n’y a qu’un présent distendu, orchestré par le père tout puissant, érigé en dieu vivant et tyran... Jusqu’à ce que Mwanito se baigne dans le fleuve, qu’une femme vienne à deux pas d’eux, occuper cet espace de sa beauté, de sa parole et de sa quête insensée d’amour passé.
Lire l’accordeur de silences, c’est faire soi :
- Le refus de la perte de l’être aimé et cette fuite en avant pour que la réalité ne nous rattrape pas, pour que nous puissions encore « y croire » (comme Marta), ou « oublier » (comme Sylvestre).
- Ce que serait un monde sans femmes. Un monde où il ne serait question que d’elles, entre admiration, mépris et répulsion : les voix féminines des poètes au fronton de chaque chapitre, comme une réminiscence, silencieuse mais omniprésente.
- Mère ou Pute : entre les deux, point de salut ! Et le vent ramène le sable dans la fosse, avant que la terre recouvre d’un voile d’oubli l’objet du scandale. Entre la femme vénérée et celle vénale de chair et de sang : un espace muselé, que certains souhaiteraient vide.
- La guerre et ses balles incrustées dans la chair qui détruisent l’âme des guerriers, oublieux de leur humanité.
- L’écriture et son don de vie.
-...
- et tous ces silences qui hurlent.
C’est un livre étrange que cet accordeur. Étrange dans le sens d’étonnant, de ce mystérieux qui interpelle. Mais c’est cette étrangeté qui séduit et nous relie, comme un autre soi qui nous parlerait de nous, comme ces soirées de fado, où je pleure et je ris, sans rien comprendre de ce qui se dit, mais les yeux graves et lumineux de Rosa-Maria sur moi. La saudade...
Quel beau présent, Ellane. Je l’ai aimé immensément plus, que ce que je ne l’ai attendu.
Sois en remerciée ici même.
Lien : http://page39.eklablog.com/l..
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nadejda
  18 janvier 2012
L'Humanité se réduit pour Mawnito, onze ans, narrateur de ce récit poétique entre fable et réalité, à son père Silvestre Vitalicio, son frère Ntunzi et Zacaria Kalash, domestique ancien militaire plus deux semi-habitants : l'oncle Aproximado qui sert de lien avec «l'Autre côté», les territoires sans vie, et «notre chère ânesse», prénommée Jezibela «tellement humaine qu'elle noyait les divagations sexuelles de mon vieux père».
Cinq hommes vivant dans ce «paradis» inversé de Jésusalem, lieu perdu dans la brousse, ancienne concession de chasse, loin de la ville qu'ils ont fuie huit ans auparavant, pour des raisons liées à la mort de Dordalma = douleurdâme, mère de Mwanito et Ntunzi , entourée d'un mystère qui ne s'éclaircira qu'à la fin.
« Au lieu de s'estomper dans l'autrefois, elle (Dordalma) s'immisçait dans les fêlures du silence, dans les replis de la nuit. Il n'y avait pas moyen d'ensevelir ce fantôme. Sa mort mystérieuse, sans cause ni apparence, ne l'avait pas ravie du monde des vivants.» p 33

Le père, le vieux Silvestre Vitalicio «l'unique connaisseur de vérité, le devin solitaire de présages», a vécu un drame dont n'a pas connaissance Mwanito le plus jeune de ses fils et il veut oublier en effaçant toute vie, tout souvenir issu du passé. Il exige que tous jouent le jeu et croient à ce que lui-même veut croire pour rendre l'oubli possible. Les noms de chacun sont modifiés sauf celui de Mawnito car il est pour le père «l'accordeur de silences»
« Je suis né pour me taire. le silence est mon unique vocation. C'est mon père qui m'a expliqué : j'ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J'écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n'est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l'état de gestation.
(...) je nouais les fils délicats dont on tisse la quiétude. J'étais un accordeur de silences.

--- Viens mon enfant, viens m'aider à rester silencieux. » p 17
Viens rétablir la paix en moi par ton silence.

En déconstruisant, niant la réalité qui l'a blessé profondément, Silvestre se fait créateur de mort, mort contre laquelle va lutter Ntunzi le grand frère auquel il reste assez de souvenirs, ferments de désirs et de rêves, pour permettre d'instiller le doute dans le coeur de son frère. 

Petit à petit Mawnito «L'accordeur de silences» va se construire ses images à partir, entre autres, d'un jeu de cartes, support qui lui permettra d'imaginer des figures, de donner une forme à un monde bien à lui et de tracer ses premiers mots. 

Le silence intérieur, les silences qu'entend Mawnito sont en accord avec l'écriture qui l'attire et le rattrapera plus tard. L'écriture naît du silence en donnant forme aux voix qui en montent, elle permet de composer avec des mots la musique de chaque silence.
Ce beau livre est aussi celui de la guerre civile, guerre dont les échos se font encore entendre au fin fond de la brousse et surtout guerre qui se joue dans le coeur des hommes, dans leur lutte intérieure.
«Zacaria Kalash ne se souvenait pas de la guerre. Mais la guerre se souvenait de lui. (...) le souvenir des explosions le bouleversait. le grondement des nuages n'était pas un bruit : c'étaient d'anciennes blessures ravivées. On oublie les balles, pas les guerres.»
Une belle part est offerte aux femmes dans cette parabole, femmes à l'écoute, femmes donneuses de vie, par l'intermédiaire de Dordalma omniprésente dont la mort provoque la fuite de Silvestre et par Marta la portuguaise qui va ramener le trouble et surtout la vie, sans oublier les superbes citations, voix de femmes poètes placées en exergue de chaque chapitre, brésiliennes telles Hilda Hilst et Adelia Prado, Alejandra Pizarnik l'argentine et Sophie de Mello Breyner Andersen la portugaise.
J'avais noté ce livre sur mes «tablettes» mais l'avis de Moustafette en a précipité la lecture et je ne le regrette pas. Je pense lire d'autres livres du même auteur qui m'a fait aussi penser à un autre auteur que j'aime beaucoup, José Eduardo Agualusa angolais d'origine portugaise.
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viou1108
  16 avril 2016
Je n'avais jamais lu Mia Couto, c'est le titre qui m'a attirée. « L'accordeur de silences », rien que ces mots m'emportent déjà ailleurs, moi qui n'aime pas trop parler et préférant l'écrit, vers un monde rêvé où la Parole serait descendue de son moderne piédestal.
« L'accordeur de silences », c'est l'histoire d'un lieu nommé Jésusalem, tentative désespérée de déni. de déni de la civilisation, de la réalité, du savoir, des souvenirs, du passé, de la religion, de la Femme, des femmes, de la mort, du bruit et de la fureur de la guerre, aussi.
« L'accordeur de silences », c'est Mwanito, fils cadet de Silvestre Vitalicio. Celui-ci, des années auparavant, à la mort de sa femme, a emmené ses deux fils, un serviteur et l'ânesse Jezabela au fond de la brousse, loin de tout. Il voulait échapper à la douleur, à la colère, trouver la paix ou au moins l'oubli, mais c'est dans sa tête que se fracassent les sentiments. Dans les moments où la rage menace de le submerger, il demande à Mwanito de rester près de lui : « Viens mon enfant, viens m'aider à rester silencieux ». Mwanito, « né pour [se] taire », a « un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences », il est le diapason grâce auquel son père ré-accorde ce qu'il lui reste d'harmonie intérieure.
Mwanito ne se souvient plus du monde de « l'Autre Côté », il n'avait que trois ans lors du départ. Pour lui, l'humanité, c'est « moi, mon père, mon frère Ntunzi, et Zacaria Kalash, notre domestique », l'ânesse Jezabela et l'Oncle Aproximado, qui les ravitaille.
Dans ce monde inventé où le passé est interdit d'entrée, Mwanito apprend à lire et écrire en cachette, grâce à son frère, qui lui parle aussi des femmes, que Mwanito n'a jamais vues. D'après son père, elles sont soit mères soit putes, peut-être les deux à la fois, mais rien d'autre.
Faut-il alors s'étonner que l'arrivée d'une femme, Marta, dans cette façon de paradis perdu, d'îlot barricadé au milieu du désert de la civilisation, mette l'humanité de Jésusalem sens dessus dessous ? Tel un ver dans le fruit, l'altérité, la féminité de Marta s'insinuent dans les fondations du royaume de Silvestre, et ne tardent pas à faire vaciller ce roi colossal dont les pieds reposaient sur une utopie à laquelle il était seul à croire. Tels Eve abandonnant l'Eden après avoir rencontré le serpent, Silvestre et ses fils quittent alors Jésusalem. Avec ce retour à la réalité, qui équivaut pour Mwanito à une sortie de cocon, il leur faudra s'accommoder de la vie, de la mort, du bruit, des souvenirs. Et de l'avenir, pour le meilleur ou pour le pire.
Etrange fiction que ce livre envoûtant, sur le fil de la folie et de l'onirisme, qui raconte comment un père entraîne ses enfants avec lui dans la prison de sa douleur, pour les protéger de la cruauté de la « vraie » vie. Paradoxe insoluble selon lequel pour échapper à la mort, il faut fuir la vie.
Empli de poésie et d'images saisissantes, récit du passage initiatique de la bulle protégée de l'enfance à la réalité des adultes, résonnant aussi des échos de la guerre civile au Mozambique et rendant hommage aux femmes poètes, ce roman riche et magnifique comporte de multiples niveaux de lecture, qui le rendent inépuisable. La preuve, je pourrais encore vous en parler pendant des pages, mais je laisse le silence s'accorder à ces vers de Sophia de Mello Breyner Andresen :
« Terreur de t'aimer en ce lieu si fragile qu'est le monde
Douleur de t'aimer sur cette terre d'imperfection
Où tout nous brise et nous laisse sans voix
Où tout nous ment et nous sépare »
Lien : http://www.voyagesaufildespa..
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critiques presse (2)
Lexpress   22 septembre 2011
Entre conte fantastique et parabole, Mia Couto a signé un roman magnifique, flamboyant, où sa voix de conteur envoûté s'escrime à couvrir le fracas des guerres. Parce qu'"une bonne histoire est une arme plus puissante qu'un fusil ou un couteau".
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   18 août 2011
L'Accordeur de silences est un conte oppressant sur la tyrannie. […] D'une pure splendeur.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (107) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   08 mai 2016
Alors il plongea, puis une fois complètement immergé, il ouvrit les yeux pour contempler ainsi la lumière qui se réverbérait à la surface. Ce que je fis : depuis le ventre du fleuve, je contemplais les éclats du soleil. Et ce scintillement m'éblouit dans un aveuglement enveloppant et doux. Si l'étreinte d'une mère existait, elle devait s'apparenter à cette perte de sens.
- ça t'a plu ?
- si ça m'a plu ? C'est si beau, Ntunzi, on croirait des étoiles liquides, si joliment diurnes !
- tu vois, petit frère ? C'est celui-là l'autre côté. [...].
- Est-ce qu'il n'y a pas quelqu'un qui nous guette de l'autre côté ?
- Oui, on nous guette. Ce sont ceux qui viendront nous pêcher.
- Tu as dit "chercher" ?
- Pêcher.
Je tremblai. L'idée de poissonner, captifs des eaux, me conduisit à la terrible conclusion : les autres, ceux du côté du Soleil, étaient les vivants, les seules créatures humaines.
- Frérot, c'est vraiment vrai que nous sommes morts ?
- Seuls les vivants peuvent le savoir, frérot. Eux seuls. [...].
Je ne cessais de revenir à la courbe du fleuve et me laissais enfoncer dans les eaux dormantes. Et je restais des temps infinis, les yeux éblouis à visiter l'autre côté du monde. Mon père ne l'a jamais su mais c'est là plus que nulle part ailleurs, que j'ai perfectionné mon art d'accorder les silences.
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viou1108viou1108   23 mars 2016
Hantée par la peur de vieillir, j'ai laissé vieillir notre relation. Occupée à me faire belle, j'ai laissé fuir la véritable beauté qui réside uniquement dans le regard qui dénude. Le drap a refroidi, le lit s'est recouvert d'infortune. Voilà la différence: la femme que tu as rencontrée là en Afrique n'est belle que pour toi. J'étais belle pour moi, autrement dit: pour personne.
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PiatkaPiatka   08 avril 2015
- Là-bas, notre soleil ne parle pas.
- Où c'est là-bas, madame Marta ?
- Là-bas, en Europe. Ici c'est différent. Ici, le Soleil gémit, susurre, crie.
- Pourtant, corrigeai-je délicatement, le Soleil est toujours le même.
- Tu fais erreur. Là-bas, le Soleil est une pierre. Ici, c'est un fruit.
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Dixie39Dixie39   13 septembre 2015
Le rêve est un dialogue avec les morts, un voyage au pays des âmes. Mais il n'y avait plus ni trépassés ni territoires des âmes. Le monde était parvenu à sa fin et son terme était un dénouement absolu : la mort sans morts. Le pays des défunts était annulé, le royaume des dieux aboli.
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aleatoirealeatoire   04 juin 2016
Ce jour là tu m'as téléphoné de l'aéroport pour me dire que tu repartais au Mozambique. Pour la première fois, ma voix elle-même m'était étrangère. [...]
Pourquoi ne m'as-tu jamais écrit ? Ce n'est pas te lire qui me fait le plus cruellement défaut. C'est le son du couteau déchirant l'enveloppe qui contiendrait ta lettre. [...]
Depuis que je suis arrivée ici, j'ai subitement cessé de vouloir te retrouver. Etrange sentiment, moi qui avais tant voyagé en rêvant de te reconquérir. Mais en route pour l'Afrique, ce rêve a fait volte-face. Peut-être avais-je attendu trop longtemps. Durant cette attente, j'ai appris à aimer la saudade. Je me souviens des vers du poète qui disaient :"je suis venu au monde pour avoir du regret". Comme si seule l'absence me peuplait intérieurement. A l'image de ces maisons qui ne s'éprouvent que vides. Comme celle que j'habite maintenant.
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Videos de Mia Couto (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mia Couto
A l'occasion de la lecture à deux voix de "Murer la peur" de Mia Couto, Amal Allaoui (chant) et Marie-Suzanne de Loye (viole de gambe) se sont livrés à une extraordinaire performance musicale sur le thème de la peur.
En savoir plus sur "Murer la peur": http://editionschandeigne.fr/livre/murer-la-peur/
Site des éditions Chandeigne: http://editionschandeigne.fr/
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