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EAN : 9791022612159
352 pages
Editions Métailié (02/09/2022)
3.8/5   10 notes
Résumé :
En 2019, un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du Mozambique.
Un poète est invité par l’université de la ville quelques jours avant la catastrophe. Il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues où il a vécu dans les années 70. Il va faire un voyage “vers le centre de son âme” et y trouver son père, un grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise. Il se souvient des voyages sur le lieu de terribles mass... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
HordeDuContrevent
  08 septembre 2022
« La poésie n'est pas un genre littéraire, c'est une langue antérieure à tous les mots ».
Les titres de Mia Couto invitent aussitôt à la poésie. Après avoir découvert cet auteur lusophone du Mozambique avec « L'accordeur de silence » voici son nouveau livre « le cartographe des absences ». L'un semble prédestiner l'autre…cartographier les absences pour mieux accorder les silences. Pouvoir enfin s'accorder des plages de silence lorsque les absents, trop longtemps ignorés, sont enfin réhabilités. Que leurs cris muets cessent de venir nous hanter. Ces absents, toutes les victimes du colonialisme portugais aux Mozambique.
« J'habite le monde quand j'oublie que j'existe. A rien ne sert la géographie : une autre ville m'habite ».
Le poète Diogo Santiago que nous suivons dans ce livre se dit être également, en tant qu'écrivain réinterprétant la réalité, inventeur d'oublis. le voilà donc revenu sur les lieux de son enfance des années 70 pour recueillir des souvenirs de sa ville, des hommes et des femmes de son passé, honorer ceux qui ne sont plus et comprendre précisément leur histoire, en une quête mélancolique remuant les blessures d'un passé colonial très douloureux. le voici à cheminer sur les lieux de son enfance, réempruntant les chemins d'un paysage qu'il a toujours porté en lui, géographie remémorée malgré l'éloignement et l'absence, obsédante présence avec laquelle le poète entretient des liens inextricables. Un cheminement des plus poétique dans ce pays d'Afrique où « il n'y a pas de distance, il n'y a que des profondeurs ».
« Quand on est enfant, disait mon père, on ne dit pas au revoir aux lieux. On pense toujours revenir. On croit que ce n'est jamais la dernière fois. Les lieux sont comme les livres : ils n'existent que lorsqu'on les lit pour la deuxième fois ».
En 2019 un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du Mozambique. Ce poète est invité par l'université de la ville quelques jours avant la catastrophe. C'est l'occasion aussi de partir loin de son quotidien et de trouver un remède à sa dépression, voyage « vers le centre de son âme » pour retrouver ce passé lourd duquel il tire des souvenirs falsifiés, notamment pour revenir au plus près de la mémoire de son père, grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise.
Il fera la connaissance d'une femme, Liana, qui est également en quête d'identité. Alors que lui souffre d'un passé trop lourd, trop chargé, qui l'empêche d'exister, elle souffre au contraire d'un manque de repères, d'un manque d'histoire, étant orpheline. Ses parents se sont suicidés car leur différence de couleur de peau était à cette période inacceptable.
« Cette histoire si simple rayait d'un trait de plume toute la propagande d'un Portugal sans races et sans racisme ».
Liana, dont le grand-père était l'inspecteur de la police politique de Salazar, la terrible PIDE, qui avait arrêté le père de Diogo Santiago, a de ce fait en sa possession un ensemble de documents le concernant : journal personnel de l'homme alors adolescent en 1973, lettres de la police politique qui traquait son père, lettres et écrits de sa mère, de la voisine qui devait espionner ses voisins, les écrits de Sandro son frère caché. Documents à charge faisant partie du procès-verbal du père. Elle va restituer ce dossier à ce fils lui permettant d'assembler les pièces manquantes de son puzzle familial. Un acte généreux de la part de cette femme, en contrepartie d'une recherche avec le poète de ses propres racines, s'enroulant autour de lui et de son passé, telle une liane affolée et virevoltante autour d'un arbre aux racines étendues et profondes. Les deux ont en commun de multiples et troublantes déchirures, les deux sont en quête de dignité, en quête de disparus, son frère Sandro pour lui, sa mère la mystérieuse Almalinda pour elle.
A côté de ces histoires personnelles, nous découvrons les exactions commises par les portugais au Mozambique, les massacres, la violence, le racisme, les traitrises dans une construction alternant la quête des deux protagonistes en 2019 et les pièces du dossier des années 70.
La langue est sublime, poétique, élégante, délicate, truffée de vérités à la beauté mélancolique en cette veille de catastrophe qui pèse sur la ville. Deux temporalités qui s'entremêlent, deux tissus que l'auteur tente de coudre ensemble pour se constituer un nouvel habit intime dans lequel envelopper son âme. Deux temporalités qui offrent une vision d'un ensemble de protagonistes, blancs et noirs, victimes et tortionnaires, dans un ensemble de péripéties tragiques.
« le soldat a tiré de sa poche un pot en verre et l'a approché de mon visage. Il l'a secoué comme une tirelire.
- Sais-tu ce qu'il y a là-dedans ? a-t-il demandé.
- On dirait des coquilles de bêtes, ai-je répondu, apeuré.
- Tu as bien raison, a déclaré le miliaire. Ce sont des ongles de nègres. de nègres qui refusaient de parler. Une fois ceux-là arrachés, ils ont craché le morceau et leurs tripes avec. Tu n'as jamais entendu l'expression « parler jusqu'au bout des ongles ».
Et il s'est ensuite adressé à mon père : Vous vous plaigniez toujours qu'on ne leur apporte pas la civilisation. Comme vous le voyez, monsieur l'intellectuel, on les gratifie même d'un service de manucure ».
Ce poète Diogo Santiago, cet homme bon et ingénu, nous dit l'auteur dès le début du livre est le propre père de Mia Couto qui a en effet reçu les preuves d'un massacre commis en 1973 au Mozambique. Son fils raconte son histoire.
Nous le comprenons, Mia Couto nous offre là un texte éminemment intime et personnel, d'une beauté troublante, à la construction morcelée qui, comme toute quête, nécessite du temps aux gestes arrondis pour pouvoir dresser la carte des souvenirs enfouis la plus juste et digne possible.
« Lao-Tseu a écrit : le souvenir est un fil qui nous condamne au passé …Peut-être est-ce le contraire : se souvenir est le meilleur moyen d'échapper au passé ».
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traversay
  30 août 2022
L'intrigue du Cartographe des absences se déroule peu avant le passage dévastateur d'un cyclone à Beira, ville côtière du Mozambique, en 2019. Mais ce n'est que la partie émergée d'une histoire qui trouve ses ramifications dans le passé, plus précisément en 1973, quand le pays vivait encore sous l'autorité coloniale du Portugal et où "s'illustrait" l'abominable police politique de Salazar, le PIDE, responsable de nombreux massacres. le livre alterne ainsi deux temporalités, le narrateur, poète de son état, ayant vécu, alors adolescent, des événements touchant de près son père, dont le métier était le même que le sien. Les péripéties sont nombreuses et les protagonistes abondent dans le roman, Mia Couto ne négligeant aucun d'entre eux, qu'ils soient blancs ou noirs, qu'ils soient tortionnaire ou résistant. le poète retrouve d'ailleurs, plus de 45 ans plus tard, des personnages qu'il a côtoyés dans sa jeunesse et qui ont joué un rôle dans la fin de la vie de son père. le cartographe des absences se révèle comme une fresque intime, qui raconte mieux que les livres d'histoire l'atroce réalité des excès du colonialisme, sous-tendue par un racisme "naturel." Pourtant, le livre du grand écrivain mozambicain n'est pas qu'une lamentation et va au-delà de son nécessaire travail de mémoire, grâce à son écriture et à sa science des récits entremêlés et parfois digressifs. le style de Couto est splendide, élégant et poétique, avec quelques pincées de réalisme magique et de bonnes goulées d'humour. Ce simple dialogue en est une illustration :
- Une chose m'a toujours paru bizarre. Pourquoi n'avez-vous jamais été raciste, ma belle-fille ?
- Je ne sais pas, avait répondu ma mère. J'ai toujours été un peu distraite.
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Métailié
Lien : https://cinephile-m-etait-co..
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Cronos
  22 juillet 2022
Je connais Mia Couto par l'accordeur des silences et je suis très content de retrouver cette même manière d'écrire si unique, si transcendantale et si juste. Bien que l'intrigue se base sur des histoires vraies, ça n'en est pas moins un roman qui vise l'authenticité.
L'auteur signe ici sans aucun doute de ma part son meilleur roman, commençons par parler des dialogues qui sont exquis, j'ai adoré les échanges entre notre narrateur et Liana par exemple, ça m'a tout de suite accroché et plongé dans l'ambiance post-colonialiste du Mozambique. C'est très fluide et naturel comme dialogues, j'ai ressenti à travers eux l'envergure des personnages, leurs profondeurs, quelques lignes suffisent pour comprendre de quoi il en retourne et ça me plaît beaucoup. J'aime aussi le fait qu'il faille un peu lire entre les lignes pour comprendre toute la portée des paroles.
Côté personnage on a notre narrateur, Diogo, un poète dont le père exerçait lui aussi le même métier, principal protagoniste mais qui sait aussi laisser la place aux autres le temps venu, il n'éclipse pas tous les personnages mais rayonne par ses formules. Il fera un « voyage vers le centre de son âme » comme il aime à le dire, on le retrouvera durant son adolescence tiraillée entre le racisme, le colonialisme dont il est victime, les trahisons, les polices qui sont plus proche d'une milice militaire que d'un groupe ayant pour but de protéger et servir. Les autres personnages sont haut en couleurs, je pense notamment à Maniara qui met un peu de piment dans l'aventure.
Pour l'intrigue, c'est très simple, j'en ai parlé un peu au-dessus mais je ne vous ai pas dit le plus important, le cyclone qui dévaste la ville de Beira sur la côte du Mozambique. Mais le propos du roman tourne plutôt autour de ce qu'a vécu notre narrateur. En fait, c'est tout un pan d'Histoire qui nous est raconté au travers des personnages, c'est une histoire que l'on voit à travers les yeux d'un poète, d'un adulte, d'un conteur et d'un fils, c'est une intrigue intime sur un sujet global, celui du racisme dont il est beaucoup question mais c'est plus que ça, c'est presque indéfinissable, c'est un je ne sais quoi, un mélange parfait entre réalité et fiction.
Le roman est très accessible et se lit rapidement, les chapitres courts donnent un bon rythme au livre. Même si le livre s'oriente plutôt sur un public adulte, les jeunes adultes pourront aussi trouver dans ce roman un témoignage fort, un récit d'une vie hors du commun et pourtant presque banale. A titre personnel, c'est un roman qui m'a marqué, les sujets sont bien traités et c'est une redécouverte totale de cet auteur qui m'avait déjà fait une bonne impression.
Merci à #NetGalleyFrance pour l'envoi bien en avance de #LeCartographeDesAbsences et aux éditions Métailié de se prêter au jeu.
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VincentGloeckler
  04 août 2022
Personnage éponyme du titre, « cartographe des absences » dont l'écriture fouille la mémoire et ressuscite les oublis et les oubliés de l'histoire, agissant comme un double de Mia Couto, dans un roman qui s'inspire largement de la propre histoire familiale et du destin du père de l'écrivain mozambicain, Diogo Santiago est un poète et romancier, rappelé pour une célébration universitaire de son oeuvre dans sa ville natale, Beira, à la veille du passage d'un cyclone, une menace redoutée comme l'Apocalypse dans cette cité côtière. Dès le premier soir, il rencontre la belle Liana, maîtresse de la cérémonie d'hommage, qui, en même temps qu'elle tente de le séduire, lui confie de précieux documents, concernant son propre passé et, surtout, celui de son père Adriano, journaliste et lui-même poète, engagé auprès des communistes armés du FRELIMO, un mouvement de lutte contre le régime colonial imposé par la dictature portugaise, et appelé en 1973 par ce dernier à réaliser un reportage sur des massacres organisés par l'armée contre les rebelles dans la région reculée d'Inhaminga.
Intrigué, confronté à ce passé qu'il a lui-même vécu comme témoin et acteur, découvrant l'inconstante vérité des faits, Diogo prolonge, en dépit de l'ouragan annoncé, son séjour à Beira et mène l'enquête jusqu'à Inhaminga. Sa lecture des documents - rapports de la police politique, lettres de dénonciation ou correspondance plus intime, journaux personnels de son père ou de lui-même, photos jaunies – reconstruit la mémoire de la violence, du racisme et de la bêtise cynique des colons portugais, tandis qu'il rencontre quelques puissants fantômes, survivants de son adolescence : Benedito, un jeune noir recueilli par ses parents et caché comme un « serviteur », devenu depuis un représentant du nouveau pouvoir, l'ancien inspecteur Oscar Campos, l'un des dirigeants les plus cruels de la terrible PIDE, la police politique de Salazar, Maniara, toujours sorcière et aujourd'hui photographe, cherchant dans ses clichés présents à révéler la vérité intérieure des êtres, après avoir hier sauvé et protégé plusieurs vies…
Habitée ainsi par des personnages souvent paradoxaux et hauts en couleur, alternant deux temps du récit, entre aujourd'hui et le Mozambique de 1973, jonglant entre des faits-divers tragiques comme le suicide de deux jeunes amants, victimes des préjugés racistes et sociaux de l'époque, et des anecdotes symboliques comme l'aller-retour de la machine à écrire paternelle, un objet doté de pouvoirs fantastiques, entre les bureaux de la PIDE et la maison familiale, usant des vertus de l'humour comme de celles du merveilleux, l'intrigue baroque du Cartographe des absences offre au lecteur tous les plaisirs d'une histoire riche de révélations et de rebondissements, en même temps qu'elle propose une méditation sur la puissance introspective de la poésie, les relations ambigües entre le journalisme engagé et la littérature. Dans ce dernier texte comme dans les admirables L'Accordeur de silences (Métailié, 2011) ou La Pluie ébahie (Chandeigne, 2014), pour n'évoquer que deux autres perles d'un précieux collier, Mia Couto déploie tout son talent de conteur philosophe, montrant qu'un roman n'atteint sa pleine dimension qu'en interrogeant les ressources de sa propre écriture et la place qu'il donne aux rêves de l'humanité. Alors, ce Nobel qui lui est promis depuis longtemps, on le lui donne bientôt, au cartographe Couto ?
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Tempsdelecture
  02 septembre 2022
Mia Couto, de son vrai nom António Emílio Leite Couto, est un auteur mozambicain de langue portugaise, le Mozambique fut une ancienne colonie du Portugal jusqu'en 1975. C'est justement ce dont il s'agit dans ce roman dense et polymorphe, de la question de l'indépendance du pays, qui s'est déroulée non sans heurts, des pintes de larmes et sangs coulés, balles distribuées, corps entassés, d'hommes et de femmes trahis, vendus à l'ennemi, au nom d'une cause. Et de la mémoire de ceux qui sont passés au rouleau compresseur de la lutte entre colons portugais et le Front de Libération du Mozambique.

Le roman de Mia Couto est une oeuvre assez complexe, un texte totalement éclaté ou alternent les chapitres de composition différente : les premiers incarnent le récit au présent de narration du professeur de littérature, Diogo Santiago, fils d'un des plus grands poètes du pays, Adriano Santiago, qui revient dans sa ville natale quelques jours avant le cyclone qui mettra Beira à genoux en 2019. Ce qui s'avère être une banale invitation de l'université, se transforme bien vite en une plongée dans le passé, dont tous les secrets restent encore soigneusement préservés. Jusqu'à l'arrivée de Diogo. C'est l'objet de cette seconde catégorie de chapitres, composés de différents extraits de correspondance ou de journaux. Cela par le biais d'une femme dont il fait la rencontre, Liana Campos, et qui elle-même recèle ses propres zones d'ombres. Diogo et Liana sont liés tout deux par un événement vieux de quatre décennies, l'arrestation du père du premier par le père de la seconde, alors inspecteur de la PIDE, la police politique de l'état fasciste. C'est d'abord la rencontre entre deux personnes dont les aïeux étaient officiellement opposants, la femme portant pour héritage la honte familiale d'avoir servi le colonisateur, Diogo étant le fils de l'homme chez qui se réunissait les « taupes blanches », groupe d'intellectuels et poètes qui avaient le but de faire tomber le gouvernement. Comme le goût pour la littérature, et l'exercice de la poésie, le passage de flambeau est symbolisé par la transmission des documents qui ont échappé au feu de la honte à l'héritier du poète, son fils.
C'est un roman très fouillé, qui enchevêtre une ribambelle d'histoires individuelles et l'histoire politique du Mozambique, où les chapitres qui rendent compte des témoignages de tous les protagonistes du passé de Diogo et son père font écho à la narration qui les implique, comme si un arbre déroulait ses branchages à l'infini, en laissant entrevoir ses innombrables ramifications. le tout ayant pour cadre la chute de l'état colonial, dont la PIDE était garante de la sécurité. Moins surprenant puisque l'on parle d'un pays colonisé, mais toujours aussi révoltant, il faut s'habituer à lire les relents de ce racisme pur et dur des autochtones, ceux qui ont le malheur d'avoir cette peau noire jusqu'à la prière même ou ces derniers sont affublés de cinquante Ave Maria contre trente pour les blancs. Chacun porte sa croix, et sa culpabilité aussi lourdement, et dans celle-ci il n'y a pas de distinction de race quand ce même prêtre noir, se veut délateur en chef de ses autorités coloniales. Mia Couto a su dépeindre toutes les contradictions d'un pays asservi, qui dépasse cette fracture que la ségrégation a imposée – les taupes blanches sont effectivement blancs de peau, le prêtre collaborateur est noir – mais par la possession du pouvoir, ou du moins de l'appartenance à ses sphères, et à la classe dominante. Celle qui se complaît à toiser les colonisés depuis leur statut de notable. Et entre les dominés et les dominants, il y a comme d'habitude les intellectuels, les auteurs, les poètes, qui essaient d'apporter un sens au monde, de le changer, de rééquilibrer les forces en question.
Le texte pourvu une richesse historique et narrative indéniable à un point tel que l'on s'y perd parfois, il est agrémenté d'une recherche stylistique soignée et délicate, de celle dont on aurait envie de relever des phrases à chaque page. La poésie n'est donc pas seulement un des motifs de la trame narrative, elle articule le récit, d'un passé, d'une histoire, tous très tortueux, qui ont pu à certaines fois me laisser sur le côté de la route. Mais force est de constater à travers le destin du père de notre narrateur que la littérature possède un réel pouvoir qui menace, peut-être celui de la réflexion, de la remise en question, qui dérangent les fascistes de tous poils.
C'est un nouvel écrivain que je découvre ici avec la rentrée littéraire des Éditions Métailié, c'est une nouvelle fois une ouverture sur un pays dont je connaissais bien évidemment l'existence, mais qui n'est pas évoqué si souvent que cela dans le paysage littéraire qui est le nôtre. C'est un point du vu contrasté que Mia Couto nous livre là d'un pays qui n'est pas encore prêt à faire face à son passé. Mais, encore une fois, l'histoire nous montre l'importance que revêt l'homme des lettres dès lors qu'il devient un opposant au pouvoir en place. Et s'il y a bien un dieu dans cette histoire, il n'est certainement pas dans les églises dévoyées par le régime, mais dans le pouvoir de création des poètes mozambicains.

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critiques presse (2)
RadioFranceInternationale   19 septembre 2022
C’est dans la ville de Beira, sur la côte du Mozambique, que se déroule l’action du nouveau roman de Mia Couto, écrivain phare de son pays. Le Cartographe des absences raconte le retour au pays natal d’un poète vieillissant, en quête des fantômes de son passé. A travers un va-et-vient poétique et baroque entre le passé et le présent, le personnage reconstitue le puzzle de sa vie, remontant à l’origine des traumatismes qui l’ont structuré. Entre histoire et nostalgie.
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
RadioFranceInternationale   12 septembre 2022
Son nouveau roman, Le Cartographe des absences, s’inspire de la vie de son père, qui fut, lui aussi, journaliste et poète et engagé dans la lutte contre colonisation portugaise.
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
ErveineErveine   19 septembre 2022
La belle maîtresse de cérémonie m'invite à boire quelques verres loin de cet endroit.
- Je ne peux pas, dis-je pour me défendre. Je suis un homme d'incertain âge.
Elle déclare en souriant qu'elle aime les incertitudes.
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HordeDuContreventHordeDuContrevent   06 septembre 2022
Au cours de ces journées, j’ai cheminé sur les lieux de mon enfance comme qui se promène dans un marais : foulant le sol sur la pointe des pieds. Un faux pas et j’aurais couru le risque de m’enfoncer dans de sombres abîmes. Voici ma maladie : il ne me reste plus de souvenirs, je n’ai que des rêves. Je suis un inventeur d’oublis.
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HordeDuContreventHordeDuContrevent   06 septembre 2022
Nous avons tous deux ombres. Une seule est visible. Il y a, malgré ça, ceux qui discutent avec leur deuxième ombre. Ce sont les poètes. Vous êtes l’un d’eux, l’un de ceux qui parlent avec les ombres.
(incipit)
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HordeDuContreventHordeDuContrevent   07 septembre 2022
Je porte ce livre à mon visage, je hume l’arôme du papier, je sens le temps comme le font les femmes avec les vêtements des absents.
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HordeDuContreventHordeDuContrevent   08 septembre 2022
Parfois les hommes bons, pour éviter de blesser ceux qu’ils ne connaissent pas, font du mal à ceux qui leur sont proches.
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