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EAN : 9782348054747
360 pages
Éditeur : La Découverte (24/10/2019)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Après le succès d' Éloge du carburateur, qui mettait en évidence le rôle fondamental du travail manuel, Matthew B. Crawford, philosophe-mécanicien, s'interroge sur la fragmentation de notre vie mentale. Ombres errantes dans la caverne du virtuel, hédonistes abstraits fuyant les aspérités du monde, nous dérivons à la recherche d'un confort désincarné et d'une autonomie infantile qui nous met à la merci des exploiteurs de "temps de cerveau disponible". Décrivant l'évo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Godefroid
  28 janvier 2018
Comme avec son premier essai "Eloge du carburateur", le mécano philosophe Matthew Crawford a rencontré spontanément un vif succès – très mérité avec "Contact – Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver". Les thématiques traitées par Crawford peuvent au premier abord sembler déconnectées les unes des autres, mais elles convergent bien vers un même constat qui devrait nous alarmer. Crawford montre comment les grands courants philosophiques des lumières qui ont posé les fondations de la civilisation occidentale d'aujourd'hui ont en même temps miné ces mêmes fondations, par une vision de l'homme dont la supériorité sur tout le reste peut – et doit – s'établir "hors sol", c'est-à-dire que nous aurions la capacité de nous affirmer comme les maîtres de l'univers (on va commencer par notre petite planète !) sans véritable connexion au réel, celle-dernière devant être déclarée inappropriée puis éliminée. C'est bien, par exemple, l'idée que le savoir peut se transmettre de manière désincarnée, et que l'attention au réel, à notre environnement direct, n'est qu'une méprisable béquille indigne de la grandeur d'un individu accompli. Crawford, à juste titre et de manière parfaitement convaincante, démontre les ravages d'une telle approche dans le monde d'aujourd'hui: perte de relation véritable au monde, aux autres, perte de l'indépendance du jugement (esprit critique), uniformisation des perceptions et des appréciations, etc. En d'autre termes et sans qu'il n'énonce jamais ces mots, ce sont les bases d'une dictature numérique qui sont posées ici; sa conclusion est presque explicite à ce sujet:
"Dans [bien des] aspects de la culture contemporaine, la réalité est traitée à travers un écran de représentations qui protège un moi fragile du monde en rendant celui-ci inoffensif et prépare le sujet à se soumettre aux "architectures du choix" élaborées par tels ou tels fonctionnaires de l'ajustement psychologique. En revanche, le monde dans lequel nous acquérons des compétences pratiques en tant qu'agents incarnés nous expose aux "affordance négatives" de la réalité matérielle. […] Nourrir le phantasme d'échapper à l'hétéronomie par le biais de l'abstraction revient à renoncer à l'univers des compétences pratiques, et donc à la possibilité d'un agir authentique."
C'est bien au travers d'une revendication forte du caractère situé des individus que l'on (re)trouvera un savoir véritable, riche, diversifié, un esprit critique, et un intérêt renouvelé, décuplé dans notre relation à l'autre et au monde. Une voix véritablement discordante dans le discours ambiant, et mise au point salvatrice!
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Olloix
  13 juin 2020
L'approche de M.B.Crawford m'a intéressé : le monde ne se perçoit pas uniquement à partir de représentations mentales, un individu n'est pas sa propre auto-référence, la liberté ne s'affirme pas en se coupant du monde, la créativité n'est pas la disruption mais s'inscrit dans dans un contexte culturel et historique.
L'auteur prend le contre-pied de certaines notions considérées comme des données indiscutables par nos sociétés.
La lecture est agréable car fondée sur des exemples concrets.
Je mets son autre livre "éloge du carburateur" à mon programme.
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Yohan__
  26 juin 2016
Entre philosophie et sociologie, le prof mécano nous alarme sur la crise de l'attention dans nos sociétés. D'une approche pratique, chaque idée est illustrée par un exemple original, motards, facteurs d'orgues...Le style est plaisant, les idées originales.
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critiques presse (1)
NonFiction   03 décembre 2019
Le philosophe Matthew B. Crawford envisage les compétences pratiques comme des remèdes à la crise contemporaine de l’attention, qu’il attribue à un oubli du « réel » au profit des « représentations ».
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 mars 2016
Nous sommes en train de vivre une véritable crise de l'attention. C'est du moins ce dont se plaignent de plus en plus de gens à propos de la technologie. Notre activité mentale paraît de plus en plus balkanisée, et nous commençons à nous demander si nous sommes capables de préserver un moi cohérent. Par moi cohérent, j'entends une conscience individuelle capable d'agir conformément à des objectifs et des projets bien établis au lieu de papillonner au gré du moment. La question de l'attention est cruciale pour beaucoup de gens. Elle nous offre donc une rare opportunité de poser à nouveaux frais une très vieille question philosophique : qu'est-ce qu'un être humain ?
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virgidoc2virgidoc2   04 janvier 2017
L'univers de La Maison de Mickey fait complètement abstraction de la réalité matérielle telle qu'elle était décrite dans les premiers dessins animés de Disney, où les personnages étaient confrontés à ce qu'on pourrait appeler des "affordances négatives" : projectiles indésirables, ressorts diaboliques (...)
Cette magie de dessin animé peut avoir son charme, mais ce qui est inquiétant, c'est à quel point elle ressemble à la vision, utopique qui régit les fantasmes démiurgiques de la Silicon Valley. Refaire le monde, "bâtir une planète plus intelligente, c'est vouloir un réel aussi dénué de constance que la pensée même, une "intelligence" capable de dompter la nature obtuse. Mais la pensée elle-même pourrait devenir inutile : une technologie pleinement intelligente devrait être capable d'anticiper nos désirs en un clin d'oeilen utilisant les algorithmes qui mettent à nu les préférences individuelles révélées par nos choix antérieurs. L'idée, ce serait de parvenir un jour à intégrer directement l'équivalent de la Maxi-Caisse à outils à notre appareil psychique, sans doute par le biais d'un dispositif portable ou implantable, afin que le réel s'adapte automatiquement à nos besoins et que nous ne soyons jamais confrontés à) l'idée décourageante que les objets sont indépendants de notre moi.
La séduction de la magie tient à la promesse d'ajuster les objets à notre volonté sans que nous ayons jamais à prendre leur matérialité à bras-le-corps. Cette distance entre nous et l'objet évite que notre moi ne soit remis en cause. Si l'on encroit Freud, c'est la définition même du narcissisme : traiter les objets comme des accessoires au service d'un ego fragile et être pratiquement incapable de les percevoir comme dotés d'une réalité propre.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   19 mars 2016
Dans les années 1960, l’avènement de l'individu "libéré" - de l'autorité des parents, des enseignants, des lois bourgeoises, de son utérus, du service militaire, du soutien- gorge - a coïncidé avec une période de mobilité ascendante soutenue par une économie en plein essor. Ces développements ont pu sembler a,noncer l'arrivée du surhomme prophétisé par Nietzsche. Et, de fait, Ehrenberg cite la Généalogie de la morale : "La fière connaissance du privilège extraordinaire de la responsabilité, la conscience de cette rare liberté, de cette puissance sur lui-même et sur le destin, a pénétré chez lui jusqu'aux profondeurs les plus intimes pour passer à l'état d’instinct." Depuis plusieurs décennies, cet individu souverain est le personnage type qu'invoquent les discours solennels prononcés à l'occasion des cérémonies de remise de diplômes dans les universités américaines. C'est son image qui nourrit les bavardages des talk-shows du matin et la littérature du développement personnel. C'est à elle que recourt le conseiller d'orientation quand il est en état d’hypoglycémie.
L'individu souverain est devenu notre norme mais, comme le dit Ehrenberg, "au lieu de posséder la force des maîtres, il est fragile, il manque d’être, il est fatigué par sa souveraineté et s'en plaint".
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 mars 2016
Les domaines de compétence pratique fonctionnent comme des points d'ancrage de notre rapport au réel - des points de triangulation avec les objets et nos semblables, qui ont leur propre réalité. Le résultat le plus surprenant de cette enquête (du moins à mes yeux), c'est qu'une "individualité" est susceptible d'émerger d'une telle triangulation. Un véritable exploit dans une société de masse qui parle le langage de l'individualisme tout en le vidant de sa substance.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   19 mars 2016
L'approfondissement de ma compréhension et de mon potentiel affectif repose sur ce type de triangulation : c'est en relation avec les autres en tant qu'autres que je suis à même de parvenir à un vrai point de vue individuel.
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Videos de Matthew B. Crawford (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Matthew B. Crawford
Extrait de "Éloge du carburateur" de Matthew B. Crawford lu par Féodor Atkine. Parution le 12 février 2020.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/eloge-du-carburateur-essai-sur-le-sens-et-la-valeur-du-travail-9791035401450
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