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EAN : 9782080676993
150 pages
Flammarion (22/01/1999)
4.08/5   6 notes
Résumé :

Infirmière au maquis du Vercors, déportée à Ravensbrück, Rosine Crémieux a longtemps refusé de revenir sur ses épreuves. Comment confier aux autres, amis ou proches, une expérience de cet ordre ? Habituée au dialogue avec un confrère psychanalyste plus jeune, Pierre Sullivan, Rosine Crémieux a fini par surmonter sa " honte ", liée à des souvenirs douloureux, comme celui d'un petit morceau de pain dérobé à une prisonnière hongroise. Ensemble, ils ont fait... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique

Récit-témoignage émouvant construit à deux voix entre Rosine Crémieux, jeune résistante pendant la seconde guerre mondiale dans le maquis du Vercors, infirmière dans la grotte de la Luire,  puis déportée à Ravensbrück, et Pierre Sullivan, Québécois de vingt ans son cadet pour qui la connaissance de cette page d'histoire reste, avant leur rencontre, du domaine du livresque.

Tous deux se rencontrent lors d'un dîner de psychanalystes.et décident "d'entreprendre ce périple pour témoigner de la vérité humaine", "une transmission, non sans douleur, d'un vécu abrupt du Mal, un appel à le partager pour  apprendre à y résister" (p. 9).

Le livre est donc né d'abord de leur amitié, de la nécessité de témoigner, et pour Rosine de partir des quelque notes prises de sa vie dans la clandestinité puis dans les camps afin de ressembler ses souvenirs  cinquante après les faits alors qu'elle avait choisi jusqu'alors de "fuir une mémoire douloureuse" (p. 20).







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Quel plaisir j'ai eu, en le voyant dans ma boîte aux lettres, bien emballé, dans les délais. La suite ne m'as que plus !!
"Ces deux voix entremêlées permettent de revenir sur le passé, d'explorer le présent et de tisser l'à venir.
J'ai reçu cette lecture comme si j'avais été conviée à assister au dialogue entre ces deux amis ": écrit Bafie ; Rosine Crémieux avait accepté de se plonger dans ses souvenirs de résistante dans le maquis du Vercors et de déportée, et d'en concevoir la matière d'un livre, mais à une condition : le faire avec son collègue Pierre Sullivan. Au fil de plusieurs mois, plus de cinquante ans après les événements, ils ont construit ce dialogue et ont véritablement inventé ensemble une forme littéraire pour transmettre ce témoignage.
Quinze ans après encore, ce livre si profond reparaît, enrichi d'un texte inédit de Pierre Sullivan.
Je remercie Masse critique pour m'avoir offert ce merveilleux livre !!
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Les écrits concernant le vécu de la guerre m'ont toujours interpellée : comment l'homme peut-il se montrer aussi cruel envers ses semblables, comment les victimes peuvent-elles faire face à tant de cruauté, de barbarie, qui aurai-je été à Liedenstadt en 17 comme l'a si bien écrit Goldmann ?
Aussi ai-je coché ce livre parmi d'autres dans la dernière sélection Babelio.
Avant même de commencer sa lecture, j'appréhendais cependant l'écriture de ce compte-rendu, comment puis-je traduire ce que je ressens lorsqu'une telle lecture me travaille, me pousse à réflexion et me laisse en état de contentement.
Rosine Crémieux avait enterré son passé de résistante, confrontée au massacre des blessées de la grotte de la Luire dans le Vercors et déportée à Ravenbruck, affectée au travail forcé ; même lors de son analyse, jamais elle n'avait évoqué ces épisodes de sa vie.
En 1994, elle participe à une émission de télévision à laquelle étaient conviées les infirmières survivantes de la grotte de la Luire.
Cette commémoration suscite en elle le désir de transmission mais sous quelle forme peut-elle confier ce legs ?
Cet écrit prendra donc la forme d'un dialogue littéraire, madame Cremieux s'entretient avec monsieur Pierre Sullivan et retranscrit leurs entretiens, monsieur Sullivan réagit par écrit, sont intégrées à ces dialogues des notes prises par madame Cremieux lors de sa déportation.
J'avais donc entre les mains un récit à deux voix pour livrer l'indicible.
La voix de celle qui avait traversé ses évènements relate le vécu, retrace les faits, montre les lieux et souligne les stigmates
La voix du témoin accueille avec tendresse et respect cette relation.
Ces deux voix entremêlées permettent de revenir sur le passé, d'explorer le présent et de tisser l'à venir.
J'ai reçu cette lecture comme si j'avais été conviée à assister au dialogue entre ces deux amis.
L'intimité entre eux est partagée avec le lecteur et tout comme l'écriture de ce livre leur a permis d'intégrer un passé douloureux, sa lecture nous ouvre à cette mémoire exemplaire qui intériorise, s'approprie et partage.

Je remercie les deux auteurs, les éditions Signes et Balises et Babelio pour l'accès à ce témoignage.
Je vais le déposer dans ma bibliothèque et souvent, j'y reviendrai.
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« Deux psychanalystes sans psychanalyse ». Rosine CRÉMIEUX et Pierre SULLIVAN se sont rencontrés tout d'abord dans le cadre de leur profession, psychanalystes, elle bien plus âgée que lui, a vécu la déportation, n'en a quasiment jamais parlé. C'est après son retour des camps qu'elle avait pourtant commencé à prendre des notes. de Ravensbrück lui restent des images précises, Pierre, un canadien, aimerait les connaître, pour les interpréter, les « psychanalyser ». de là est né le projet de ce livre écrit à quatre mains.

Rosine CRÉMIEUX se souvient précisément de la date de sa déportation : 21 août 1944, elle a alors 19 ans, est arrêtée comme résistante où elle mène son action du côté de Grenoble et le massif du Vercors. Bien que juive, Rosine est désignée comme « Normande aryenne typique » (sa famille, alsacienne, avait migré en Normandie en 1870 pour ne pas devenir allemande). Elle va vivre une expérience traumatisante en camps, souvenirs qui la poursuivront toute sa vie. N'oublions pas ces fortes phrases qui font réfléchir et nous mènent à stopper pour un temps notre lecture : « Sans l'usine comme modèle, Auschwitz n'aurait pu exister comme lieu d'extermination ».

Quant à Pierre SULLIVAN, il guide ce qui pourrait être une sorte d'interview de Rosine, il est curieux, s'interroge à la fois d'un point de vue humain mais aussi professionnel. Il se fait parfois insistant, pousse (avec un immense respect) Rosine à se découvrir, à creuser les souvenirs un peu plus profondément. Les circonstances de ce projet d'écriture sont révélées, le but de ce tête-à-tête en différé pour Rosine est le suivant : « Ce dialogue avec Pierre s'inscrivait dans une double perspective : réintégrer dans mon existence ce fragment de ma vie en le revivant avec lui et voir ce qu'il était possible de transmettre à quelqu'un qui n'avait vécu, ni de près ni de loin, un tel bouleversement », ce à quoi Pierre réplique « Traîne-sauvage, ce mot je ne peux le lire, je vois immédiatement les trains de la déportation et il me faut un certain temps pour réaliser que ce n'est pas une erreur d'écriture, mais que vous évoquez les traîneaux du Québec ».

Rosine évoque son amie de déportation Anita, avec tendresse, amitié et respect, avant de rembobiner sur l'entre-deux guerre, la montée du nazisme, la position de sa famille. Après le rappel brûlant de l'expérience à Buchenwald, la trace indélébile, le traumatisme d'une vie, Rosine tente de revivre, de survivre parmi les siens, empruntant le chemin du mutisme.

Ce qu'elle écrit, Pierre tente de l'analyser, de le décortiquer, tout en traduisant les silences ou euphémismes, tandis que Rosine répond à ses réflexions, ou ce qu'elle peut considérer comme de mauvaises interprétations. Car tous deux ne sont pas toujours d'accord, et parfois s'accrochent, mais toujours dans une sincère amitié. L'empathie d'un homme pour une femme aînée qui a tant souffert semble croître au fur et à mesure de leurs entretiens, d'autant que Pierre a choisi de se rendre avec sa famille sur les lieux des drames, de la déportation, du cauchemar de Rosine, se calquant presque dans les pas de la résistante, alors que cette dernière s'est interdit de revoir ces bâtiments, ces paysages, peut-être plus par pudeur que par peur.

Rosine va jusqu'à révéler des lettres qu'elle a écrites ou reçues, lettres d'une époque, comme imbriquées au sein de l'Histoire. Dans un format où aux questions de Pierre font suite les réponses souvent émues de Rosine, c'est une page de la deuxième guerre mondiale qui se lit, avec ces souvenirs personnels rassemblés avec des images toutes personnelles, ces sensations jamais éteintes, le froid, la faim, la saleté, l'épuisement. Ce témoignage poignant de Rosine CRÉMIEUX est à classer aux côtés de ceux de Charlotte DELBO ou Micheline MAUREL par exemple. Ajoutez-y cette analyse psychanalytique de Pierre SULLIVAN et vous obtenez ce récit surprenant, pudique, qui est une manière originale de conter la déportation. Il parut tout d'abord en 1999 avant d'être réédité, agrémenté d'une préface inédite de Pierre SULLIVAN, en 2014 chez Signes et Balises, il est parfaitement à sa place dans ce petit catalogue exigeant qui nous permet de lire l'Histoire autrement.

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Je lis souvent des récits concernant la guerre 40-45, c'est pourquoi, j'avais commandé ce livre via Masse critique. Il est différent de tous ceux que j'avais pu lire jusque là. D'un point de vue purement littéraire, par sa construction, ce roman à deux voix, celle de l'auteure et celle de son ami psychanalyste sans qui elle n'aurait apparemment jamais voulu dévoiler tous ses souvenirs enfouis et "honteux" à ses yeux. D'autre part, Roseline Crémieux ne cherche pas à se plaindre ou à attirer la compassion, elle nous livre juste un très beau témoignage sur une partie de sa vie dans le camps de Ravensbrück et les "bons" souvenirs qu'elle a pu en garder. Interpellant !
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