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EAN : 9782203215467
248 pages
Casterman (19/05/2021)
4.33/5   43 notes
Résumé :
Début des années soixante. L'Amérique est en train de changer mais pour Toland Polk, cela n'a guère d'importance. Déjà plus adolescent mais pas encore adulte, Toland Polk doit affronter seul une différence que la société n'est pas encore prête à accepter : celle de son homosexualité. La rencontre inattendue de Ginger Raines va pousser Toland à sortir de sa coquille et lui faire découvrir une oppression bien plus violente que celle qu'il subit : celle des Noirs dans ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Stuck Rubber Baby, un moment que ce comic me faisait de l'oeil. A l'époque, la couverture était sombre et le bouquin s'appelait Un Monde de Différence. Depuis, l'oeuvre a été rééditée tout comme la préface d'Alison Bechdel. Rien que pour ça, ça valait le coup d'attendre cette nouvelle mouture (placer ici un remerciement enthousiaste à Babelio et aux éditions Casterman) pour s'inviter à Clayfield, ville fictive du Sud des États-Unis mais qui pourrait bien avoir un rapport avec Birmingham, sweet home (à condition d'être caucasien) Alabama. La lutte pour les droits civiques commence à faire sérieusement rage et Toland Polk – alter ego de l'auteur en jeune adulte – va se laisser entraîner dans ce mouvement par des camarades dont la soif d'équité et de justice semble malgré tout bien plus difficile à étancher que la sienne.

Deux points souvent décriés dans ce que j'ai pu lire ici ou là et qui, paradoxalement, sont certainement ceux qui m'ont le plus enthousiasmée concernant ce captivant Stuck Rubber Baby :
– Un graphisme jugé trop dense, des cases remplies jusqu'aux dents... moi j'aime. Je n'ai rien contre le dessin minimaliste, surtout quand l'ouvrage s'y prête mais pour le coup j'adore le coup de crayon de Cruse (qui, en ouvrant ce livre sans en connaître l'auteur n'a pas directement pensé à Robert Crumb, hein, qui ?!) et ce fourmillement de détails et d'arrière-plans léchés ont eux aussi un rôle à jouer – et pas des moindres – dans ce roman graphique luxuriant.
– Une histoire qui prendrait son temps, un propos qui se traînerait en longueur... c'est légitime, à une époque d'exigence du tout-tout-de-suite, supporter des développements sur des dizaines de pages, on n'est plus trop coutumier du fait. Encore une fois, en ce qui me concerne j'ai apprécié ce parti pris de l'auteur en ce qu'il renforce la crédibilité du questionnement existentiel de Toland. On est dans les années 60 et il s'interroge perpétuellement sur son orientation amoureuse (non, en fait il sait mais aimerait autant ne pas avoir à le reconnaitre). A cette époque le Castro, Harvey Milk, les émeutes de Stonewall... rien de tout ça n'existe encore vraiment et les gays, pour la plupart, vivent dans la honte de leur condition, se marient, font des enfants et sont malheureux mais ne voient pas d'autres issues à une vie qu'ils imaginent pervertie.
Alors oui, ça prend du temps d'accepter une nature qu'on n'a pas choisi, ça tourne en rond, ça n'avance pas, pire même parfois : ça recule. Howard Cruse, qui sait de quoi il parle, nous rend cela à la perfection et nous force, par la lenteur bienvenue du rythme qu'il nous impose, à ralentir nous aussi et à réfléchir sur tout ce qu'il nous dépeint : du douloureux sujet de la violence systémique envers les minorités, quelle qu'elles soient, toujours moins bien armées pour se défendre à celui, plus léger mais tout aussi indispensable de la solidarité, de l'amour et de l'acceptation de soi.

Alors moi aussi j'ai pris mon temps pour lire, cogiter et apprécier ce petit bijou à sa juste valeur. Il est trop souvent communément admis que le domaine de la bande dessinée n'est que légèreté et divertissement. Parfois c'est indéniable mais pas toujours, loin de là, et Howard Cruse nous le prouve avec ce roman graphique historique, dense et lancinant.
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Je tiens tout d'abord à remercier Babelio ainsi que la maison d'éditions puisque j'ai reçu ce livre dans le cadre d'une masse critique.

Alors... que dire... déjà il faut savoir que ce n'est pas une autobiographie MAIS que c'est inspiré en grande partie de la vie de Howard Cruse, dans une version plus romancée. C'est aussi inspiré de la vie des personnes qu'il a rencontré au fil de sa vie, mais toujours romancée. Pour les personnes qui connaissent un peu l'histoire de l'Amérique et des minorités vivant là-bas, dans le passé ou même maintenant, d'ailleurs, ça paraîtra évident, surtout pour tout ce qui est manifestations et rassemblements, mais je préfère le préciser.
On commence avec un avant propos d'une personne qui connaissait Cruse, et qui parle de lui après sa mort. Je vous laisse découvrir mais j'ai trouvé cela très touchant. Et avant même de commencer la lecture des planches, j'avais d'ores et déjà l'impression de connaître Toland, mais aussi Howard. Il y a aussi deux pages écrites par le traducteur d'abord en 2001, à sa première parution, puis revu en 2021. Puis le roman graphique commence enfin et...

C'était si dense ! Je pense que le dessin ne plaira pas à tout le monde, personnellement, c'est ce qui m'a aidé à ne pas lâcher le livre parfois, mais c'est clairement un coup de crayon que l'on a pas forcément l'habitude de voir. C'est sombre, certains dessins paraissent très caricaturaux parfois, il y a des dessins qui m'ont mis mal à l'aise, ceux qui sont en rapport avec la violence. Il n'est pas question de sang, mais les blessures font très.. robotiques? Comme si l'être Humain pouvait se casser en morceaux. Je vous laisse découvrir, mais pour ma part, ces moments m'ont marqué alors je voulais en parler.
Il y a aussi de la nudité, personnellement je n'ai pas trouvé ça choquant mais je suppose que c'est toujours bon à savoir.
Les cases sont très petites, il y a beaucoup d'infos, c'est réellement un roman graphique, il y a beaucoup d'écriture, ce n'est pas un album à contempler (bien sûr, il y a de très jolies planches parfois mais l'important est dans l'histoire, moins dans le crayon)

Les personnages sont la force de ce roman graphique. La plupart son très attachants, l'autre restant est détestable et nous donne envie de les frapper à travers le papier. Malheureusement, on sait tous que les gens comme eux existent réellement, que ce n'est pas que des personnages, au final. Que ce soit dans les années 60,70,90 ou même maintenant. C'est un reflet de notre sociéte actuelle, et c'est triste de l'avouer, mais peu de choses ont avancé depuis la parution de ce bouquin pour la première fois dans les années 90 ou même lorsque se déroule l'histoire, et ce qu'a vécu Howard Cruse, dans les années 60.
Mais je vous assure que la plupart des personnages sont touchants, et on voit que l'histoire s'inspire de parcours de personnes réelles, parce que les personnages paraissent réels. Je n'ai pas eu de préférés, même si Ginger m'a donné l'impression que j'étais proche d'elle, puisque nous avons des points communs, et que certaines de ses paroles sont des choses que j'aurais pu dire.

Malgré ces personnages et le coup de crayon qui me plaît beaucoup, j'ai eu du mal à voir le bout de ce roman graphique, puisque comme dit plus haut, c'est très dense, plein d'informations d'un coup, énormément de personnages à la fois aussi et avec ma pauvre mémoire, je me suis retrouvée de nombreuses fois perdues, puisque je posais parfois le livre pour faire des pauses. J'aurais été bien incapable de lire ce bouquin d'une traite, même s'il est très interessant.
Ce n'est pas que je ne le conseille pas, mais j'espère que vous trouverez quelque chose pour vous accrocher à l'histoire, comme ca a été mon cas pour le coup de crayon ainsi que les personnages. Stuck Rubber Baby reste un livre important à lire, et comme le dit la critique sur le bordereau entourant le livre, Cruse était en avance sur son temps.

Le livre se termine avec une postface et des informations sur l'écriture et les dessins. J'ai trouvé ça très interessant mais encore une fois, un peu dense. J'ai oublié de le préciser avant, alors j'en profite pour le glisser là, puisqu'il y a toute une partie sur la proposition de l'écriture du roman graphique etc. mais Cruse a mis des années pour écrire, dessiner, et terminer en globalité ce livre, quatre ans pour être exact. Et clairement, on comprends en lisant pourquoi tout cela a pris autant de temps. Il s'est documenté, il a été cherché des infos un peu partout, et je trouve ça tellement bien de se renseigner autant. Après tout, lorsqu'il a dessiné ces planches, il n'avait pas accès à Google pour avoir quelconques exemples.

En bref un roman graphique important, qui parle de sujets TRES importants qui sont encore d'actualité, dont tout le monde devrait parler, et s'y intéresser, mais malgré tout bien trop dense et avec un coup de crayon qui ne plaira certainement pas à tout le monde. Beaucoup trop d'informations sur chaque planche, peut-être un peu trop de personnages, aussi. Mais je ne regrette absolument pas de l'avoir lu, et je lui donne 3 étoiles parce que j'ai tout de même apprécié.
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Un grand kiff ce roman graphique. Kiff visuel, clairement, car les dessins sont d'une rare justesse. Kiff pour le récit qui mélange adéquatement le parcours et les choix individuels de Toland et le parcours d'une Nation. En l'occurrence, les USA aux prises avec les mouvements sociaux anti-ségrégationnistes et pro-choice.

L'action se passe dans le Deep South... avec pas mal de racisme. Un KKK bien implanté. Des croix qui brûlent. Des homos pendus. Des lieux de rencontres de noirs ou d'homos plastiqués ou incendiés. Au sein de tout cela, il y a Toland. Il sent confusément qu'il est homosexuel, mais il essaie de rester straight. Et en plus il éprouve une attirance bien réelle pour Ginger, militante pour les droits des noirs ou des homosexuels. Attirance qui se conclura par un enfant... après une tentative manquée à cause de cette capote collée (à force d'être restée dans le portefeuille de Toland trop longtemps). D'où le titre Stuck Rubber Baby, donc.

Tout cela est fictif... mais, mais, mais... bien basé sur la vie de Howard Cruse. C'es sensible, intime, introspectif, mais aussi social, politique... à une époque où les droits et acquis sociaux reculent un peu partout.

A lire absolument: le dossier sur la vie d'Howard Cruse et sur la genèse du roman graphique qui clôt l'ouvrage. Cela apporte pas mal d'infos essentielles et remet les choses en perspective.

Evidemment, le revers à la médaille, s'il fallait en trouver un, c'est que ce n'est pas une BD. J'ai parfois du mal à dissocier BD et roman graphique... mais ici, on lit le récit à la vitesse d'un roman. Les pages sont pleines, denses, elles racontent quelque chose de dur, de profond. Et j'ai dû faire des pauses. On ne feuillette pas Stuck Rubber Baby distraitement. Celles et ceux qui rentrent dedans comme s'il s'agissait du Petit Spirou en seront pour leurs frais.
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Je ne vais finalement pas attendre pour écrire mon avis sur cette BD, parce que je suis certain de ce que j'en pense : c'est bien, et c'est à peu près tout.

Déjà, il faut souligner le gros point noir : c'est indigeste ! Mon dieu que c'est difficile à lire, long et rapidement écoeurant. C'est rare que je doive poser une BD et y revenir plusieurs fois sur une longue période de temps, mais là c'est vraiment le cas. Difficile d'accès, donc, et renforcé par un dessin bien trop surchargé (à l'image d'ailleurs de la couverture), trop de textes, pas de temps pour souffler ... Certes il y a beaucoup à dire, mais là on frôle l'indigestion. Je n'ai jamais eu autant de mal à lire 200 pages.

Niveau défaut, je rajouterai le fait que c'est malheureusement pas très innovant. L'idée de montrer en parallèle la lutte pour les droits civiques et la naissance des mouvements de reconnaissance des gays est bien pensée, mais c'est déjà vu. En soi, je n'ai rien tiré de cette BD, ni surprises ni nouveauté. Oui, c'était pas chouette comme période si on était noir et/ou homosexuel, mais ça je le savais déjà. Et pour le reste, bien qu'on sente l'attachement de l'auteur à tout ce qui se passe ... Ben je suis passé un peu (voir largement) à côté. Et c'est le genre de BD qui a tout intérêt à vous prendre par les sentiments pour que ça passe, donc bon ...

Pour finir sur une note positive, je dois dire qu'il y a une belle galerie de personnages bien sympathiques, avec une façon de les présenter qui différencie enfin les infinies nuances de racisme/intolérance (du simple commentaire à la haine pure et simple). Ajoutons que c'est une peinture d'époque très bien faite.

Mais bon, voila ... C'est lourd à lire, long et pas forcément innovant. Si vous ne connaissez vraiment pas grand chose sur cette période, allez voir. Mais je ne vous le recommande pas du tout. Il y a mieux sur le thème, je trouve.
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L'histoire se déroule à Clayfield, une ville imaginaire d'Alabama des États-Unis. Elle va servir d'ancrage à Howard Cruse pour développer Un monde de différence. Historiquement, nous sommes dans les années 60 : JFK est Président depuis quelques mois, Martin Luther King milite pour les droits civiques des Noirs, le pays appelle sa jeunesse pour aller combattre au Vietnam. Des slogans émergent : sexe, drogue et rock'n'roll !… et un fossé énorme entre le Nord et le Sud – séparés par la ligne Mason-Dixon – puisque ce dernier est toujours réfractaire à l'idée d'enterrer à jamais ses chers préceptes rétrogrades.

Dans ce contexte social, Toland Polk est un jeune garçon qui a grandit dans une famille plus tolérante que la moyenne, bien qu'il soit encore prématuré d'afficher cette position aux yeux de tous. Son enfance, Toland la passe entre l'école, les jeux avec Ben (le fils de leur jardinier noir) et la vie de famille. Tout est bien rôdé, les codes sociaux sont acquis lorsque arrive le passage de l'adolescence à l'age adulte et les premières expériences sexuelles.

Le personnage principal est balloté par la difficile acceptation de son homosexualité, sexualité « hors norme », d'autant plus difficile qu'elle se fait dans une Amérique très traditionnelle. Howard Cruse met ici en avant des contrastes forts, une génération coincée entre le respect de repères sociaux (valeurs religieuses comme le mariage mais également des idées d'extrémistes comme le KKK) et un désir de tolérance, de liberté. Toland, le personnage principal, est indécis, ambigu. Il a du mal à se positionner clairement et suit généralement le chemin que tracent pour lui ses amis. Très égocentrique, il manque avant tout de convictions et d'ambitions. Ses amis bousculent son petit univers protecteur dans lequel il s'est lové. Peu à peu, il va côtoyer des militants, des homosexuels, des noirs,… des noirs homosexuels militants. Sa personnalité effacée, sa timidité, son manque de confiance et sa recherche d'identité sexuelle marquent assez bien cette ambiguïté dans laquelle se trouve la société d'une manière générale.
Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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critiques presse (2)
BDGest
25 mai 2021

Tour de force graphico-narratif mêlant constamment intime et sociétal, Stuck Rubber Baby est fascinant à tous les points de vue. C’est aussi et avant tout un témoignage indispensable sur une époque pas si lointaine et malheureusement pas totalement révolue.
Lire la critique sur le site : BDGest
Bedeo
19 mai 2021
Roman graphique essentiel qui explore les vestiges éclatants d’une époque odieuse.
Lire la critique sur le site : Bedeo
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
- " Si vous lisez les journaux, vous savez que nos notables bien aimés ont voté cette semaine la fermeture de Russel Park, soi-disant pour rénovations". "Et si vous avez fait attention à l'histoire récente du Sud, vous savez la raison exacte pour laquelle le maire et le commissaire Chopper veulent fermer ce parc". "C'est parce que Russel Park est l'endroit où les citoyens noirs de Clayfield se sont toujours réunis pour manifester contra la ségrégation raciale!. Ce qu'ils ont le droit de faire selon la constitution!".
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Je ne suis pas sûr d'être vraiment homo. Il ne faut pas toujours se fier aux apparences.
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