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EAN : 9782362664342
272 pages
Talents Hauts Editions (03/02/2022)
4.21/5   34 notes
Résumé :
1978. Myriam, 17 ans, est victime d'un viol. Traumatisée, craignant d'être enceinte, elle ne trouve de soutien ni dans sa famille, qui a peur du qu'en-dira-t-on, ni auprès de son amie Lili, enfermée dans une morale rétrograde. L'exemple d'une élève de sa classe, militante au Mouvement de Libération des Femmes et le retentissement du procès d'Aix, qualifié de « procès du viol » par Gisèle Halimi, va l'aider à porter plainte, aller en justice et faire entendre sa voix... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Nos corps jugés, de Catherine CUENCA, est un livre engagé pour la reconnaissance du statut de victimes des femmes ayant subis un viol, tant par la justice que par la société française de 1978.

La vie de Myriam, 17 ans, bascule, un soir de février 1978. Elle sortait avec un garçon, de quelques années plus âgé qu'elle. Malgré son refus clair et net d'avoir une relation sexuelle, Frank insiste, et la force.
Craignant d'être enceinte, elle se confie à sa mère. Sa propre famille, terrifiée par une possible exposition publique de "ce scandale", souhaite faire taire Myriam, plutôt que de courir le risque de voir la réputation de la famille salie.
Au lycée, Myriam découvre les affiches militantes de l'association Choisir. A la télé, elle suit "le procès d'Aix-en Provence", qui fait grand bruit et suscite le soutien de nombreux mouvements féministes.

Le lecteur suit le chemin parcouru par Myriam, de la souffrance aux traumatismes, du rejet de sa famille à la rencontre de soutiens, du silence à la plainte pénale, de l'attente au procès.

Catherine CUENCA indique, " à travers le parcours de Myriam", avoir "voulu évoquer cette période porteuse d'espoir pour toutes les victimes de violences sexuelles". Ces années 70-80 représentent, en effet, un tournant à la fois juridique et moral. Juridique, par la loi du 23 décembre 1980 qui reconnait le viol comme un crime, et non plus un délit. Moral, par l'évolution des moeurs, la libération de la parole, portée par les associations de défense du droit des femmes.
Ce double objectif de l'autrice est rempli avec sa fiction Nos corps jugés.

Néanmoins, je regrette un état des lieux incomplet des obstacles auxquels les victimes de viol doivent faire face. L'accent est mis sur la loi du silence et la peur du scandale : l'isolement de Myriam, rejetée par tous. Il n'est en revanche pas question des doutes et cheminement intérieurs, a fortiori dans ce contexte, du difficile dépassement de la honte, et du chemin vers la résilience - comme si les seuls obstacles étaient extrinsèques à la victime.

Je regrette également un manque de nuance, notamment dans la conclusion, à la fois positive et fermée, du roman. Comme si le combat sociétal et juridique contre les violences sexuelles était fini, et occultant de nombreuses thématiques associées (correctionnalisation judiciaire, cas des femmes qui ne portent pas plainte, question difficile de la preuve a fortiori lorsque la personne ne porte pas plainte immédiatement, résilience...).

Toutefois, je comprends ce choix de l'autrice, qui lui permet d'alléger son roman, et de le dédier pleinement à un public jeunesse.

En conclusion, nos corps jugés est un roman dont la vocation première est de rendre hommage aux combats menés dans les années 70-80 pour la reconnaissance des femmes victimes de viol - qui par son contenu et sa forme, convient à un public adolescent.
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Pour suivre le récit de Myriam, 17 ans en 1978, il faut se plonger dans l'ambiance de cette époque.
10 ans après mai 68, les jeunes sont libres, rêveurs et profitent de la vie. Pourtant, les médias parlent des procès du viol dirigés par l'avocate Gisèle Halimi. Pour les parents de Myriam, ces faits de la responsabilité de la victime. Dans la cours de récréation, le débat s'ouvre et des étudiants manifestant pour la pénalisation du viol manifestent. Au milieu de toutes ces voix, Myriam se tait. Elle a suivi ce garçon qui lui plaisait, mais elle a dit non, elle l'a repoussé et elle est restée assommée au sol. Myriam se tait et souffre.

J'aimerais dire que le récit du rapport infernal de Myriam est glaçant, mais il est tristement banal. J'ai aimé le fait qu'on précise que, oui, l'agresseur plaisait avec Myriam et ils flirtaient ensemble. Oui, elle l'a suivi. Non, ça ne veut pas dire qu'elle imaginait ce qui allait se passer. Myriam fait partie de celles qui ont le "mauvais" viol, celui auquel les gens ne croient pas.

Tout dans ce récit est juste. Les premières craintes quant à une grossesse, le retard de menstruation dû au choc, la réalisation de ce qu'il s'est passé, la peur, la paranoïa, etc. Quand elle se confie pour la première fois à ses parents, attendant leur aide et leur soutien, mon coeur s'est brisé. La colère est présente tout au long de cette lecture, mais l'espoir également. Voir que la société évolue, trouver des alliés inattendus ont fait du bien.

"Nos corps jugés" ne se dévore pas simplement, il faut l'avaler et le digérer. Heureusement, la fin est très émouvante. Sans trop spoiler, il y a un personnage durant le récit qui croit que si une femme traîne tard le soir ou si elle porte une mini jupe, c'est normal que ce soit pris pour une invitation. Après avoir échangé avec d'autres personnes, nous retrouvons ce personnage en train de soutenir les victimes publiquement devant les tribunaux. Il n'en fallait pas plus pour me faire pleurer.

Franchement, c'est un livre à mettre dans les collèges et lycées. Il sensibilise avec justesse et montre le chemin à faire encore.
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C'est la mention de Gisèle Halimi qui m'a donné envie de lire ce roman. J'ai découvert l'avocate féministe grâce à ma fille lycéenne qui avait à étudier un extrait de son plaidoyer lors du "procès du viol" d'Aix-en-Provence en 1972 ("l'affaire Marie-Claire, une adolescente traduite en justice pour avoir avorté après un viol"). Il n'est pas question de grossesse ni d'avortement ici, mais le profil de Myriam est identique: une jeune fille qui, bien qu'elle ne soit pas responsable de ce qui lui est arrivé, vit dans la honte et la peur de parler et quand elle ose enfin le faire, n'obtient aucun soutien ("Elle est complètement seule"). Son amie Lili refuse de l'accompagner au commissariat pour le dépôt de plainte ("Les policiers noteront mon nom"); de toute façon, peu croient les victimes. Quant à sa mère, elle a peur du scandale ("Le qu'en dira-t-on la préoccupait plus que tout") et surtout n'ose pas aller contre la volonté de son mari "d'oublier" l'histoire; cette épouse s'est toujours pliée aux désirs de son mari, à ses choix et Myriam représente "une attaque au patriarcat" (on est en 1978).

C'est par une camarade de classe, Joëlle Dominguez, que Myriam entend parler du MLF (Mouvement de Libération des Femmes): l'adolescente sème en effet dans le lycée des tracts féministes réclamant "la dignité pour les victimes de viol, pour des femmes battues, abusées..."). C'est grâce à son aide et à celui de sa soeur aînée en visite que Myriam va oser prendre contact avec une avocate de l'association et aller jusqu'au procès. le tapage médiatique de celui-ci est parfaitement rendu, que ce soit au niveau de l'ambiance exaltée que des arguments avancés par les parties en opposition. Au final Myriam aura obtenue d'être entendue et pourra envisager de "revivre, enfin". L'épreuve lui aura permis de trouver sa voie: devenir psychothérapeute "pour aider ceux qui en ont besoin à surmonter leurs traumatismes".

Grâce à toutes ces jeunes filles qui ont eu le courage de défendre leur droit à disposer librement de leur corps, et à celles qui ont mis leurs compétences à leur disposition, le viol n'est plus un délit mineur mais bel et bien un crime depuis la loi du 23 décembre 1980. Malheureusement, il n'empêche que les femmes continuent de "subir des choses inacceptables tous les jours" ("Les attouchements du pervers ou le harcèlement d'un type en voiture. A elle de choisir.")...
Lien : https://www.takalirsa.fr/nos..
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France, 1978, nous suivons Myriam, 17 ans, lycéenne de terminale. le bac approche, elle a une grande pression et ses parents, très intransigeants ne lui laissent que peu de marge de manoeuvre. Oui, mais à cet âge, les jeunes participent à des fêtes, se mettent en couple, alors il y a de quoi être tentée. Pourquoi Myriam n'y aurait-elle pas droit ?
Surtout lorsque Franck, un étudiant en médecine s'intéresse à elle. La gentillesse du jeune homme et son côté gentleman rassurent Myriam qui va le revoir en cachette. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu et que Franck n'a que faire de la notion de consentement.

Myriam rentre chez elle après cet événement. Complètement désorientée, elle finit par perdre totalement pied, ne sachant que faire ni à qui se confier. Elle se sent d'autant plus abandonnée qu'elle n'obtient aucun soutien de sa famille. Même sa meilleure amie la laisse finalement tomber.

Au même moment, se tient à Aix-en-Provence, un procès qui fait grand bruit : celui du viol de deux touristes défendues par l'avocate Gisèle Halimi. La population est divisée entre ceux qui ne veulent pas voir les choses bouger et ceux qui souhaitent que la loi évolue, que les mentalités changent. Les femmes ne sont pas des objets à la disposition des hommes. Les manifestations sont violentes, mais tout ce bruit et les tracts que Myriam va trouver dans son lycée, vont convaincre la jeune fille de ne plus se taire.

Une nouvelle voie s'ouvre devant elle, tout aussi difficile puisqu'elle va devoir affronter à nouveau son agresseur et convaincre la justice qu'elle dit la vérité. Mais cette fois elle n'est plus seule. Elle a une avocate pour l'épauler, des camarades de son établissement mais aussi et surtout, sa grande soeur à qui elle a tout révélé et qui l'a prise sous son aile.

Si le roman se passe dans les années 70, l'auteure aborde un sujet toujours d'actualité notamment quand elle fait référence aux « frotteurs » des transports en communs. Catherine Cuenca aborde avec une grande justesse la question du viol et les conséquences qu'il peut avoir sur la victime et son entourage.
La lecture est rapide, dynamique, grâce à des chapitres plutôt courts. le texte n'en reste pas moins poignant, percutant et invite le lecteur à la réflexion.
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Myriam est une jeune fille de 17 ans dans la France de la fin des années 1970. Élève de terminale, elle a bien sûr le bac en tête mais il y a également les amis, les fêtes chez les uns les autres et l'espoir d'un jour connaître l'amour.
Lors d'une soirée, elle fait la connaissance d'un jeune homme un peu plus âgé qu'elle. L'un et l'autre ont envie de se revoir et se rendent au cinéma ensemble. Après la séance, il lui propose de prendre un verre chez lui. Myriam accepte mais, une fois dans son studio, elle comprend que le jeune homme aimerait plus. Elle refuse, lui dit clairement qu'elle ne se sent pas prête à coucher. Il insiste, lui dit que c'est trop facile de refuser maintenant. Et il la viole.

Rentrée chez elle, Myriam se sent mal, triste, douloureuse. Elle a honte et s'enferme dans le silence. Ayant peur d'être enceinte, elle trouve le courage d'en parler à sa mère quelques semaines plus tard. Celle-ci le prend très mal, rejete la faute sur Myriam, lui disant qu'elle n'avait que cela à gagner à fréquenter des garçons.

Si elle ne peut pas trouver de soutien auprès de ses parents, Myriam en cherchera ailleurs. Hélas, sa meilleure amie la laisse elle aussi tomber lorsqu'elle lui demande de l'aide. C'est le coup de massue ...
Et puis des tracts déposés par des militantes féministes feront prendre conscience à Myriam qu'elle n'est pas seule. Pas la seule victime de viol mais également pas la seule à être en colère.
C'est également via la mobilisation des militantes que l'attention de Myriam se portera sur le procès d'Aix où deux victimes de vi0l sont défendues par l'avocate Gisèle Halimi. Un procès qui allumera l'espoir dans le coeur de Myriam, qui lui donnera la force de parler et de trouver, enfin, des alliées.

Catherine Cuenca arrive toujours à faire passer le message tout en offrant des romans très agréables à lire. J'avais déjà beaucoup aimé "Celle qui voulait conduire le tram" dans lequel elle racontait la politisation d'une jeune femme qui rencontrait la cause féministe à travers sa vie personnelle.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Elle était restée deux jours entiers dans son lit, à chercher vainement le sommeil, en voyant toujours passer les mêmes images devant ses yeux. Comme un film qu'elle était condamnée à visionner indéfiniment, sans aucune échappatoire. Pourquoi s'acharnait-elle à ressasser le passé? Il est impossible de le changer. Peut-être essayait-elle simplement d'apprivoiser ces images, ces sensations, pour qu'il lui soit plus facile de vivre avec. Comme ça, petit à petit, elle arriverait à sen détacher. Il le faudrait bien, si elle voulait continuer à vivre. Cela faisait plus d'un mois qu'elle errait entre deux mondes, comme une convalescente. Elle devait guérir pour pouvoir avancer.
P.38
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Le vertige la saisit à l'idée que les victimes ne soient pas entendues. Les renvoyer au silence, cela reviendrait à dire que les hommes peuvent continuer à violer impunément, que les femmes sont des proies qui doivent renoncer à leur liberté de circuler, de s'habiller comme elles veulent, pour ne pas tenter le prédateur.
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