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Anna Gibson (Traducteur)
EAN : 9782264082107
360 pages
10-18 (17/08/2023)
3.69/5   74 notes
Résumé :
À l'aube des années 1960, la jeune Sylvia fait déjà parler d'elle : poète admirée de ses contemporains, elle forme avec Ted le couple d'écrivains en vogue. Après une période difficile en hôpital psychiatrique, Sylvia aspire au bonheur et c'est dans la famille qu'elle le trouvera, affirme-t-elle : c'est elle qui insiste pour quitter Londres et s'installer à la campagne, la petite Frieda à son bras et Nicholas dans le ventre. Mais dans cet havre de paix, rien ne se pa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
3,69

sur 74 notes
Elin Culhed rend sa voix, dans son premier roman « Euphorie », à sa Sylvia Plath vivant la dernière année de son existence avant qu'elle se suicide. Hommage ou sacrilège ?

Sylvia Plath, pour ceux qui ne la connaîtraient pas, est la plus grande poétesse américaine du xxe siècle (voire même pour certains la plus grande poétesse depuis Emily Dickinson). C'était une femme d'une intelligence fulgurante, mais, revers de la médaille, qui souffrait d'une profonde dépression à une époque où ce trouble était mal connu. Ambitieuse et consciente de ses capacités, elle souhaitait tout avoir : la carrière littéraire — sa raison d'être —, l'amour fou — en la personne de son mari, poète également, Ted Hughes —, une vie maritale parfaite, tout en souffrant de ce tiraillement entre ce que la société des années 60 attendait de la jeune femme américaine parfaite et son ambition d'être écrivain. La fin de son mariage avec Ted la plongea dans un désespoir tel qu'elle se suicida à trente ans, laissant derrière elle deux enfants, Frieda et Nicholas.

Point de documentaire ou de biographie ici (un avertissement en début d'ouvrage nous prévient bien qu'il s'agit d'une fiction), c'est Sylvia Plath qui parle au lecteur dans un long monologue sur la vie domestique qu'elle mène en compagnie de son mari, une vie qui la plonge tantôt dans un bonheur paroxysmique et excessif, tantôt dans un état dépressif profond, puisqu'elle représente une entrave à l'écriture.

Seule solution pour s'échapper de ce quotidien qui la plonge si souvent dans une insatisfaction profonde : être dans l'euphorie, une sorte d'état méditatif dans lequel Sylvia entre dès que la souffrance est trop vive et qui lui permet de se couper du réel, d'être dans sa propre réalité.
Mais qui est aussi sa faiblesse : elle imagine et anticipe tellement les choses selon la manière — forcément parfaite — dont elles doivent se passer, que la réalité est forcément différente. Cette anticipation qui n'accepte aucune erreur marque particulièrement sa relation à son mari Ted Hughes, cet homme qui connaît à ce moment l'ascension littéraire dont elle rêvait, elle qui l'a tant soutenu, ce qui contribue à creuser un écart de plus en plus infranchissable entre eux.

Elin Culhed nous dépeint ainsi une Sylvia incandescente dans ses réactions, sa manière de voir le monde, ses excès de sentiments.
Une Sylvia paradoxale aussi dans sa volonté d'être tout à la fois, poète, femme et mère, trahissant en cela un féminisme en avance sur son temps et dont elle n'avait pas forcément conscience, elle qui reste conditionnée a son corps défendant par le contexte de l'époque, puisqu'elle ne semblait considérer la femme que sous son aspect fertile et maternel : fière d'avoir enfanté, dénigrant les autres (et particulièrement sa rivale, Assia Wevill) pour leur utérus marmoréen.

Voila donc une description de la Sylvia Plath que j'ai lue, et qui est tellement crédible qu'il me semble maintenant la connaître. Mais qui est la Sylvia Plath que j'ai lue et à laquelle je me suis attachée ? La vraie, autant que faire se peut dans une fiction, ou un être de papier fantasmé par l'auteur ? C'est toute l'ambiguïté de ce roman : les personnages reprennent les grands traits des vrais, leur chronologie et les événements qu'ils ont traversés, mais ce ne sont pas eux (c'est bien précisé dans l'avertissement placé au début du roman). Il ne faut donc pas chercher à comparer ce qui y est écrit avec la réalité. Pourtant, à force de jouer avec le réel pour créer un vrai-faux crédible, on s'y perd un peu, créant par là un trouble assez désagréable.

Pour autant, ce roman, qui a apparemment créé l'événement en Suède, le pays de l'autrice, a été une belle introduction à Sylvia Plath, me donnant envie de la découvrir plutôt à travers ses propres mots.
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Chronique vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=Ls8yJ0gXP3k

Sylvia Plath est une des plus grandes autrices du 20ème siècle. Née aux Etats Unis en 1932, elle est connue pour ses recueils de poésie, et surtout son roman The Bell Jar, roman aux accents autobiographiques, qui détaille la catabase de son héroïne, une véritable plongée dans la folie et une entrée mortifère dans l'âge adulte. En 1956, elle rencontre le poète anglais Ted Hugues et le suit en Angleterre, lui donne deux enfants, l'aide à recopier ses textes, jusqu'à ce que la maladie, les difficultés financières et les tromperies les séparent. Après la naissance de son fils, Ted Hugues quitte Sylvia pour Assia Wevill, et le couple donne naissance à une petite fille. de désespoir, Sylvia se suicide, en mettant la tête dans son four alors que leurs enfants dorment, ces derniers seront sauvés. Quelques années plus tard, Assia se suicide à son tour, de la même manière, sauf que là, leur fille n'y survivra pas. Ted Hugues sera accusé de la mort des deux femmes, de nombreux débats dans le milieu littéraire essayant de démêler le vrai du faux. Quoiqu'il en soit, le roman Euphorie de la suédoise Elin Culhed tente de retracer les dernières années du couple, et c'est donc vous l'avez compris, le livre dont on va parler aujourd'hui.

De quoi ça parle ?
Sylvia vit en Angleterre avec son mari Ted et leur fille Frieda, la maternité lui pèse, d'autant qu'elle attend un nouvel enfant. le couple se dispute souvent, affaibli par la labilité de Sylvia et la froideur de Ted, les ambitions poétiques de chacun entrant aussi en contradiction avec le peu de temps imparti qu'offre une vie de jeunes parents. Ils sont donc ballotés entre les crises et les rapprochements, jusqu'à l'apparition d'Assia, la locataire de leur appartement à Londres.
Comme des lecteurs ont souligné que le texte pouvait trahir la personnalité de Sylvia Plath, je vais essayer de ne pas dire Sylvia, mais l'héroïne pour ne pas qu'on confonde la vraie poétesse du personnage.
Euphorie (du grec εὐφορία ; de εὖ : « bien », et φέρω, pherō : « à supporter » ; sémantiquement opposé à la dysphorie)
Il me parait important de parler du titre, pour commencer. En effet, Euphorie n'est pas la joie, ou le bonheur. S'il désigne normalement un état d'allégresse, il a aussi un sens psychiatrique. D'après Wikipédia : l'euphorie est un état d'esprit s'expliquant par le sentiment intense d'éprouver du bonheur, évalué objectivement comme étant une humeur parfois anormalement élevée et purement impulsive. Cet état est opposé à la dysphorie, et se retrouve notamment dans les troubles bipolaires, les phases maniaques (où l'on retrouve entre autres l'euphorie) alternant avec les phases dépressives. Et Sylvia Plath souffrait de cette maladie, c'est donc selon moi la raison de ce titre, bien que le roman éclaire aussi les pensées plus sombres de son héroïne.
Le roman met bien en scène l'exaltation du personnage, mais aussi une poétique de la déréalisation, de la dépossession de soi « S'emparant de ma paume transpirante, il l'a pétrie pendant que je m'éloignais du temps et de mon corps en essayant de me maintenir au centre précis de l'univers ». On voit ici qu'il y a un parallèle entre ses troubles et sa vie de couple, comment le pétrissage de la scène pourrait être assimilé au travail d'un pygmalion qui en voulant modeler sa créature la désapproprie de son identité. Mais ce n'est pas manichéen non plus, car Sylvia se dépossède surtout elle-même, en jouant un rôle, et c'est là où son exaltation met mal à l'aise. Par exemple, avec sa mère, elle joue de manière trop zélée, et l'exaltation devient possession « Voilà, très bien. Là, c'était parfait : spectacle, représentation. » La vie se transforme en mise en scène et c'est là que le texte est touchant, car tout le monde peut ressentir ça à un moment donné, quand il a des invités, quand il est à l'extérieur, le fait de se tenir, de montrer le masque social, un visage différent du moi profond, un sourire trop forcé, trop euphorique au bout des lèvres. le problème avec l'héroïne, c'est que le visage dépouillé du réel lui fait peur, qu'elle préfère donner le change. C'est sans doute le principal problème entre elle et Ted « notre royaume provisoire, il voyait tout, et il comprenait que tout cela ne reposait que sur de l'air ». L'amour, la vie à deux est pour eux un éternel malentendu, une tension entre le dévoilement des incomplétudes, des failles, et l'envie de rester ce que l'autre a cru voir, ce qu'on a voulu représenter. Une guerre sans merci qui n'est pas tant entre l'homme et la femme qu'entre le moi social et le vrai moi.

Oppression et perpétuation
Préférer le carcan des apparences au réel est l'héritage légué par sa mère « Ma mère, qui ne se lassait jamais de me bourrer de tourments, d'idéaux, de compétences ménagères et de tous les petits secrets qu'il fallait connaitre si l'on voulait réussir à être une femme dans ce monde ». C'est souvent par les mères que passe cet apprentissage. Et on peut se demander pourquoi. Bourdieu, dans La domination masculine tente d'y apporter des réponses. Selon lui, il ne s'agit pas de « consentement » mais « d'adhésion extorquée ». Mués par un processus inconscient, les dominés peuvent collaborer à leur oppression. Oppression à multiples facettes, comme l'absence de solidarité, la rivalité, ou l'animosité. L'héroïne voyant en toutes les femmes qui approchent son foyer une ennemie potentielle. « Jeune blonde idiote. Je savais que j'aurais dû avoir de la sympathie pour elle, si jeune, bouffie de désir, intacte, mais bordel, elle se prenait pour qui […] »
Evidemment, il y a une portée féministe au texte, Sylvia Plath ayant été après sa mort le symbole des femmes broyées par le patriarcat : déjà dans l'ambivalence de la maternité « J'ai peint un coeur rouge sur mes grosses lèvres enflées de grossesse, on aurait dit un coeur écrasé sous la semelle de quelqu'un » (d'ailleurs, on observe qu'elle évoque souvent ses lèvres, ou qu'elle se compare à une bouche, ce qui n'est pas anodin, puisque la bouche, c'est la parole, c'est l'extériorité, et qu'elle est coincée en elle-même, dans son intériorité, dans ses pensées). le début est une liste de « 7 raisons de ne pas mourir », qui parait être écrite dans l'urgence et dont il manque certains articles, ce qui ne retire pas la poésie et la simplicité des images, puis le côté tragique aussi, puisqu'on sait tous la fin de Sylvia Plath. En quelque sorte, on rentre dans le vif du sujet dès le départ. Plus loin dans le livre, les listes ont une fonction de réassurance, de se rappeler quoi faire pour bien correspondre à l'image de la ménagère parfaite, comme si elle allait oublier les règles, qu'il s'agit du recette ardue, ce qui va dans le sens de lois non-naturelles.

Solitude
Le couple est un catalyseur de son mal-être. L'incompréhension avec Ted est quasi systématique, par exemple dans cette scène qui pourrait être l'acmé de leur relation, scène où il l'amène voir la mer, mais que la peur, les sanglots irrépressibles l'empêchent de sortir, la maladie étant la première séparatrice du couple « Ted ne comprendrait pas mes excuses, il ne comprendrait jamais ce que c'était que d'être entravée, car il était libre, il avait toute liberté de porter ses jambes simples hors de la voiture et de descendre par les rochers jusqu'à cette espèce de mer grise primitive ». On voit l'opposition entre la liberté de Ted, et l'entrave qu'elle ressent par rapport à son propre corps, à son propre esprit. Il y a presque plus d'éléments perturbateurs internes qu'externes. Les premiers démaillages étant causés par leur incommunicabilité avant que n'intervienne Assia.
La solitude n'est pas reléguée au couple, puisque persiste une inadéquation entre ce que les gens disent et ce qu'elle comprend. Et au début on oscille nous-même, estimant qu'elle comprend peut-être très finement le genre humain, mais que c'est peut-être aussi une surinterprétation névrosée (et le livre oscille aussi, car ses pressentiments se révèlent souvent assez justes, bien qu'on se demande si ce n'est pas elle-même qui crée cela, qui crée l'éloignement de Ted à force de lui reprocher son éloignement).Par exemple, avec sa mère :
« — Tu peux nous faire confiance, Maman. Nous avons trouvé notre endroit sur terre.
— C'est bien Sivvy. Je ne peux que te faire confiance.
La froideur hautaine, sa volonté de tout contrôler, sa manière de me voler ma propre joie. »
On voit que la phrase « Je ne peux que te faire confiance » peut avoir deux sens, soit « je n'ai pas d'autre choix que de te faire confiance », sens auquel se raccroche l'héroïne, soit « de toute manière je te fais confiance », sens qui nous parait être le bon, puisque le début de la réponse de la mère va dans ce sens. le problème, c'est que la mère par la suite communique par sous-entendu et par allusion, et que donc, c'est sans cesse un jeu sur le langage, sur le sous-texte qu'elle décrypte parfois, et parfois pas, comme nous en fait quand on nous parle et qu'on est aussi dans le déchiffrage.
Le style, qui passe parfois par le flux de conscience, m'a évoqué dans ces bons moments Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Sinon, dans le souci de décrire la mort à petit feu que représente les injonctions des apparences, j'ai aussi souvent pensé au cinéma de Sam Mendes, Les Noces rebelles et American Beauty principalement. On pense au jardin, par exemple, dans ce dernier film, une des premières remarques concernant la femme de Lester Burnham, c'est qu'elle prend beaucoup de soin à assortir son sécateur à ses gants de jardinage, quelque chose comme ça — que le jardin est donc un symbole de la femme domestiquée, du visage qu'elle veut bien offrir au monde. de notre côté, l'héroïne voit dans son jardin une des rares constituantes de sa personnalité telle qu'elle était avant qu'elle devienne femme et mère, un jardin secret si je puis dire en danger « Il y avait tant d'érotisme, tant de beauté dans notre jardin, et tout ce que voyait ma mère, c'était une mauvaise herbe ». Et la conclusion du livre va dans le même sens que le film « « je croyais encore ce que je disais, que j'étais garante de ma propre réalité. Que ce que je montrais était ce qu'ils voyaient. Mais ce n'était pas le cas. J'étais déjà morte. » En résumé, les apparences tuent.
Cependant, j'ai trouvé que l'oeuvre, assez vite, commençait à tourner en rond, que le ressassement de l'héroïne, les images qui s'accumulent finissaient par donner quelque chose d'abstrait, presque d'apprêté au texte.
Conclusion
Pour revenir sur la mise en garde du début par rapport à la trahison ou non de la vraie Sylvia Plath, mon avis est qu'on s'en fout un peu. Ce que je veux dire, c'est qu'à partir du moment où l'autrice assume qu'il s'agit principalement de fiction, ce qu'elle fait avec l'exergue en disant qu'il s'agit d'un roman et non pas d'une biographie, ben on devrait pas lui reprocher, quel que soit le respect ou l'admiration qu'on éprouve pour la personnalité traitée. Ça me fait penser au débat sur les adaptations au cinéma de roman, où il y a toujours cette notion de trahison en toile de fond. L'art, c'est la trahison, qu'on dise vrai, qu'on invente, traduire le réel tel qu'il est passe forcément par le prisme de la subjectivité, le réel d'Elin Culhed et le réel de la personne qui lit le livre et qui connait sur le bout des doigts la vie de Sylvia Plath ne s'emboiteront jamais totalement. Est-ce que le livre remplit sa fonction, si on peut parler de fonction en littérature ? Oui, moi je trouve que oui, il m'a donné envie de lire the Bell jar, il m'a donné envie de me renseigner sur la vie de Sylvia Plath et de Ted Hugues, que je trouve fascinante, tout en étant, un oeuvre littéraire totalement indépendante de ces questions.

Lien : https://www.youtube.com/watc..
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Je ne connaissais de Sylvia Plath que son nom. Grace à ce livre écrit par une autrice suédoise, Elin Culhed,, on pénètre dans l'univers mental et matériel de cette femme brillante mais morte bien jeune.
Nous sommes dans la campagne anglaise, elle est mariée à un homme brillant. Elle est mère a du mal à trouver du temps pour créer. Son mari est lui-même auteur, et les relations hommes femmes sont au coeur de ce récit intelligent et sensible, poétique et politique à sa façon.
J'ai trouvé que l'écriture était plutôt brillante et elle parvient à esquisser ce qui peut se passer dans la tête d'une artiste brillante mais malheureuse qui sombre peu à peu dans la dépression. Parallèlement nous sommes ici dans la campagne anglaise et tout est décrit et raconté avec subtilité. J'ai apprécié la volonté de transmettre quelque chose de cette vision d'une artiste, d'un rapport aux choses poétique, intellectuel et sensible.
L'Amérique et l'Europe, la charge mentale dirions nous à l'intérieur du couple, la vie d'artiste, la maternité...Il y a beaucoup de choses dans ce récit à l'écriture assez brillante. J'ai été particulièrement sensible à la réflexion sur la condition de la femme artiste dans une société conservatrice.
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Sa couverture rose ne laissait pas présager la déflagration. Il aura bouleversé ma fin d'été, mon année de lecture tout autant. Ce livre je n'en attendais rien mais il faut croire que lui, m'attendait.

Sylvia Plath a tout pour être parfaitement heureuse. Elle est poétesse, bientôt romancière, mariée au beau Ted Hughes, lui aussi poète, mère d'un enfant, bientôt deux et vit dans une charmante maison du Devon. Que demander de plus ? La santé mentale.
Sylvia Plath ne se bat pas contre des démons, ils peuvent être joyeux, mais elle se noie dans la dépression la plus noire. Celle qui entache les moindres moments de bonheur. L'euphorie du titre est partout mais retombe si vide. Rien ne semble jamais être tout à fait suffisant, les pensées s'enchaînent, tournent en boucle dans son esprit si brillant. Et nous voilà enfermés avec elle. Suffocants sous le flot des petites voix dans sa tête. Sous les regards fatigués et sans bienveillance de Ted Hughes qui va vite chercher ailleurs le souffle de la liberté, loin de cette vie rangée de bonne famille. Pour lui, c'est facile.

Il y a peu, je parlais d'Anatomie d'une chute, me demandant si deux écrivains dans un chalet ce n'était pas un de trop. Est-ce que deux poètes dans un jardin anglais ce n'est pas un de trop ? Comment partager l'acte de création sans jalousie ? Est-ce que l'un ne doit pas gérer l'intendance pour permettre à l'autre de s'élever ? Est-ce que le rapport amour/haine est un terreau créatif ? C'est ce qu'interroge ce roman. Tout comme il interroge un autre acte de création, celui de la maternité. Les enfants comme oeuvre commune aussi merveilleux qu'empêchants, tantôt roses épanouies, tantôt plantes carnivores. N'être plus que mère nourricière.

Le jardin, la végétation, les fruits sont des images que nous retrouvons tout au long du texte. La nature domptée qui ne l'est jamais vraiment comme notre héroïne. Nous vient l'envie de nous installer dans cet eden et de lui dire que tout ira bien, que l'homme qu'elle aime follement ne la mérite pas puisqu'il ne la comprend pas, et qu'elle devrait prendre le large sans perdre pied.

J'ai souligné bien des passages. J'ai arrêté. A quoi bon tout souligner ?
Je suis sortie remuée et bouleversée de cette lecture. Je ne sais pas si c'est fidèle à la vie de Sylvia Plath, au couple qu'elle formait avec Ted Hughes, à vrai dire, je m'en moque. J'ai été cueillie par la fragilité de ce personnage qui se débat, une femme qui ne pouvait pas être comme les autres. Trop puissante, incapable de canaliser sa force intérieure qui jaillit et ravage tout. Trop d'amour qui se perd. Un roman qui demande toute votre attention, qui ne vous laissera pas de répit. Et fera de Sylvia Plath, à tout jamais, une soeur fauchée par le vent de la folie, coquelicot parmi les blés.
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Merci @la_kube et à @editions1018 pour l'envoi et la découverte de cette biographie fictive de l'auteure Sylvia Plath.

👛👛👛👛/5

📇 il était une fois… 📇

Alors là stop je vous arrête tout de suite : si vous comptez lire un conte de fées, passez votre chemin. Car quand bien même Elin Cullhed nous livre une version fictive d'un pan de la vie de Sylvia, son histoire n'en est pas moins modifiée sur le fond: Syvia est poète, mère et épouse, déménage en Angleterre et perd ses repères; et surtout Sylvia essaie de faire face à la dépression et à ses « dommages collatéraux ».

👨‍👩‍👧‍👦 … une famille ordinaire 👨‍👩‍👧‍👦

Pour le coup on pourrait y croire: papa et maman s'aiment très fort et leur amour donne naissance à une fille puis un garçon. Ils vécurent heureux…. Et c'est là que ça coince. Parce que le mari, Ted, fait partie de ces personnages qu'on adore détester : ses paroles envers sa femme sont à la frontière de la décence , et son comportement est pour le moins … condamnable. En bref Sylvia , je crois que toutes les femmes pourraient te plaindre. Enfin pas constamment : je me suis surprise à divers endroits du récit à avoir envie de lui ôter le voile qu'elle garde devant ses yeux, histoire de la « bousculer » (au sens figuré évidemment), de la réveiller de cet état parfois léthargique et dépressif.

🌫️ un environnement brumeux 🌫️

J'ai donc mis une bonne dizaine de jours pour lire ce récit. Pour moi c'était nécessaire : Sylvia et moi avons beaucoup de points communs , et il me fallait faire des pauses régulières. J'ai vraiment eu l'impression d'être à ses côtés, de vivre cette tranche de vie avec elle. On peut donc dire à l'auteure que pour un premier roman, c'est un pari gagné haut la main! Et pour moi la fin est totalement satisfaisante. La boucle est bouclée , je ressors rincée mais satisfaite de cette lecture.
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critiques presse (3)
Telerama
16 octobre 2023
Non, ce n’est pas une biographie, c’est mieux : un voyage fusionnel dans l’âme de Plath, une communion spirituelle avec elle.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeJournaldeQuebec
02 janvier 2023
Un roman audacieux qui traduit bien les tourments et l’incroyable mal-être de cette poétesse de génie. Pas étonnant qu’en Suède il ait remporté autant de succès.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro
02 janvier 2023
L'auteure suédoise donne une nouvelle vie à la poétesse américaine dans un roman éblouissant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
J'ai écrit jusqu'à m'être vidée tout l'intérieur, jusqu'à n'être plus qu'un corps-arc bossu vomissant de l'âme comme n'importe quelle saloperie devant être expulsée dans une cuvette. Voici les toilettes, voici le sauvetage, voici le papier. J'étais incandescente, pliée en deux par l'essoufflement. Ne pas regarder les mots. Ne pas regarder jusqu'à ce qu'ils soient tous écrits. Rester dans le fait d'écrire. Ne pas écouter les sons. Une corneille s'égosillait dans le jardin... Ne pas l'écouter. Les corneilles voulaient toujours que j'interrompe l'événement que j'étais occupée à créer - un des plus beaux poèmes de la vie - et que je pense à quelque chose de plus terre à terre. Pas question ! Je tenais solidement mon stylo, il crépitait, les mots comme des munitions contre la réalité ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Je ne suçais même pas le bout du stylo car il n'y avait pas de pause ! Tout ce qu'il y avait, c'était une pensée et voilà qu'elle naissait ! Voilà que je donnais naissance à tant de mots qui, nom d'un chien, allaient bien ensemble, qui créaient quelque chose de plus grand et de plus vrai que ce que la réalité serait jamais capable d'engendrer ! Voilà que je mettais la pâtée au réel ! Voilà qu'ici, ça volait plus haut ! Ça tenait de justesse, en suspension, ça construisait des ponts, ça cicatrisait les blessures et ça ouvrait de force les chambres les plus fermées des coeurs ! Je devais y pénétrer ! Dans les coeurs ! Dans les gens !
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Je regardais les petits grains emportés par le vent retomber bêtement sur le sol. Une activité d'une simplicité débile, et si peu intellectuelle. J'avais mal de devoir faire quoi que ce soit. Je n'aimais pas ça. Faire, ça consistait à terminer une chose avant de passer à la suivante, c'était lâcher prise et cesser de rêver qu'on faisait ceci ou cela. Faire n'avait aucune perfection, je préférais rester dans le rêve, c'était une vraie tare chez moi, mais répandre la farine d'os sur les bulbes avec ma fille et mon mari avait été tellement plus amusant dans le rêve. J'avais visualisé la scène... Elle s'y associait à une émotion puissante... Où était cette émotion à présent ? Pour moi, la réalité était simplement laide, et cela me déchirait de honte de ressentir les choses ainsi.
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J'ai pensé : je vais écrire là-dessus à ma mère. Je vais souffler les mots et les passer au feu, je vais les envoyer comme de petites princesses patineuses sur une glace bien damée. Mes mots auront des rubans. La correspondance était au fond mon meilleur genre littéraire, car je pouvais m'y maintenir dans la réalité telle qu'elle aurait dû être, la splendeur où tout était ferme, accompli, achevé, et où la vie vers laquelle pointaient mes phrases était entre possible. Dans les lettres que j'écrivais, il y avait l'existence telle qu'elle aurait dû être, pas comme cette journée idiote qui refusait de m'obéir - et pourtant ce n'était qu'une journée comme les autres.
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J'avais lu quelque part que la dernière impulsion d'un être humain, à l'instant de mourir, était de réclamer sa mère. Si près de la mort, la lutte ordinaire pour ne pas accorder trop d'importance à sa mère cessait. Tout l'effort pour s'éloigner d'elle se volatilisait, et l'essence de l'être humain se manifestait : tendre la main en appelant sa maman !
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Je regardais les petits grains emportés par le vent retomber bêtement sur le sol. Une activité d'une simplicité débile, et si peu intellectuelle. J'avais mal de devoir faire quoi que ce soit. Je n'aimais pas ça. Faire, ça consistait à terminer une chose avant de passer à la suivante, c'était lâcher prise et cesser de rêver qu'on faisait ceci ou cela. Faire n'avait aucune perfection, je préférais rester dans le rêve, c'était une vraie tare chez moi, mais répandre la farine d'os sur les bulbes avec ma fille et mon mari avait été tellement plus amusant dans le rêve. J'avais visualisé la scène... Elle s'y associait à une émotion puissante... Où était cette émotion à présent ? Pour moi, la réalité était simplement laide, et cela me déchirait de honte de ressentir les choses ainsi. Ingrate ! Les mots de ma mère résonnaient en moi. Tu n'es qu'une enfant gâtée !
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38e édition Comédie du Livre - 10 jours en mai Samedi 13 mai 2023. 09h30 - Jardin de l'hôtel de Lunas
Rencontre inscrite dans le cadre de la démarche de candidature Montpellier 2028 au titre de Capitale Européenne de la Culture.
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