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ISBN : 2742765484
Éditeur : Actes Sud (26/12/2006)

Note moyenne : 3.19/5 (sur 21 notes)
Résumé :
4° de couverture :
(Edition source : Actes Sud, Domaine français - 01/2007)
ISBN : 9782742765485


Dans un monde où la fiction n'existe plus, un homme est embauché par une entreprise tout à fait singulière, un organisme international appelé l'Institution.
En ces lieux se déroulent à huis clos d'importantes réunions politiques au cours desquelles ce nouvel employé doit prendre en note chaque intervention sous une forme rigou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  11 novembre 2011
Lorsqu'il est recruté au sein de « l'Institution », un organisme international visant à préserver la paix sur terre, le narrateur pense avoir enfin trouvé sa voie. Jeune homme sérieux, appliqué, consciencieux, respectueux des lois et de la hiérarchie, c'est avec le souci constant d'une amélioration de son travail qu'il se conforme en tout point à ce que l'on attend de lui.
Sa fonction consiste à résumer les allocutions des délégués politiques des divers pays mondiaux lors de commissions internationales. Les rapports sont soumis à des règles strictes d'objectivité et d'épuration du superflu. Neutralité, impartialité, exactitude, sens de la synthèse, sont les maîtres mots du travail d'un « résumain », catégorie sociale à laquelle appartient désormais le narrateur.
Mais voilà que sa vie uniforme et bien ordonnée, régie par les codes administratifs instaurés par l'organisme bureaucratique auquel il appartient, est brutalement remise en question par un collègue de bureau qui lui lit un soir, quelques pages d'un roman.
Dans un monde où la fiction n'existe plus, où les romans sont interdits car considérés comme une menace pour l'évolution de l'humanité, où les écrivains d'oeuvres fictives sont jugés « promulgateurs de malaise », la découverte d'un autre système de pensée, vu par le spectre de l'imaginaire, ébranle complètement les convictions du jeune homme.
Parce que ces quelques phrases de roman lui ont ouvert les portes d'un autre monde, celui de l'illusion et de la subjectivité, le narrateur se met à douter de plus en plus de lui-même, de l'existence et du bien fondé de l'organisme pour lequel il travaille.
Saluée par l'écrivain américain Paul Auster (rien que ça !) dès la parution en 2005 de son premier roman « Voix sans issue », il est curieux que l'on ne parle pas davantage des textes originaux de Céline Curiol car ils méritent vraiment d'être découverts.
C'est notamment le cas de « Permission », un roman d'anticipation captivant à mi-chemin entre l'absurdité administrative de Kafka dans « le procès », l'univers dictatorial de Georges Orwell dans « 1984 » ou même la rigidité irrationnelle des fonctionnaires dans le film de Terry Gilliam « Brazil ».
« Permission » est l'histoire d'une conscience qui s'éveille sous le pouvoir de la fiction dans un monde où les romanciers n'ont plus de place car « leur méthode se fondait sur l'utilisation excessive du processus d'identification qui leur permettait de magnifier les sentiments les plus ambigus et les plus contradictoires de leurs lecteurs et ainsi les plonger dans l'incertitude et la consternation. »
Là où Céline Curiol fait fort, c'est qu'avec presque rien, peu de rebondissements et une intrigue réduite à sa plus simple expression, elle arrive à nous embrigader dans une histoire totalement envoûtante, à générer une tension émotionnelle et créer un vrai suspense en parsemant son récit de petits riens ; l'opacité de l'Institution est à elle-seule source d'inquiétude si bien que le simple fait de contrevenir à certains petits interdits (aller à un étage où l'on a rien à faire ; rencontrer un garde dans les couloirs, émettre un avis personnel dans un rapport…) devient vite affolant.
Mais la force du roman repose avant tout dans l'analyse psychologique minutieuse, rigoureuse, lucide du personnage principal, qui permet au lecteur d'être le témoin d'une transformation radicale entre le jeune homme du départ, content de sa situation, méthodique et ordonné, et celui qu'il devient peu à peu, c'est-à-dire un homme capable de réfléchir par lui-même, qui ne se contente plus de la pensée collective, structurée, cohérente et objective dans laquelle il a été élevé.
Au gré d'interrogations, de fluctuations émotionnelles, de remises en questions, de moments d'incertitude et d'angoisse, le narrateur sent le changement s'opérer en lui. Cela ne va pas sans crises de doutes, sans culpabilité ni tourment. Bien qu'il garde au fond de lui la volonté de s'affranchir de l'emprise relationnelle de plus en plus ambigüe qu'il entretient avec son collègue de bureau, il devient de plus en plus dépendant. Comme d'une drogue, il a besoin de sa dose de fiction, de cet état unique, sensoriel, jouissif, que lui procure la lecture d'un livre de fiction.
Malgré la peur bien présente de ce qui pourrait arriver si on le démasquait, la nécessité d'écrire et d'exprimer ses propres idées sans les brider se fait également ressentir, le désir de sortir de l'uniformité et du gris d'une pensée de masse pour se tourner vers l'origine, la pensée du dedans, par une écriture libre, subjective, avec ses errances, ses déambulations intérieures et « la sensation de phrases qui ne partent plus en ligne droite mais ploient, se recourbent pour aller fouiner ailleurs ». C'est la naissance d'un écrivain.
Avec un art de la narration totalement maîtrisé, un sens du mot juste, Céline Curiol confronte l'univers déshumanisé, dictatorial de l'entreprise avec le pouvoir de l'imaginaire, fait s'affronter la machine bureaucratique et l'individu.
Roman d'anticipation, quête métaphysique, suspense existentiel, fable sur la puissance de l'imagination, « Permission » est un hommage à la fiction, génératrice de réflexion sur soi, sur l'autre, sur le monde et les choses qui nous entourent.
« Permission » accordée de lire ce très bon roman…
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Seraphita
  19 avril 2013
Un homme écrit un rapport, à destination d'autres hommes qui viennent de l'embaucher dans un lieu dont un mot vient délimiter les contours : l'Institution. L'indispensable majuscule déjà dit du lieu et de son âme tout en éludant l'essentiel aux yeux de la jeune recrue. Ce dernier a pour mission de résumer avec une rigueur implacable et une objectivité sans faille des discours politiques tenus par des êtres puissants qui oeuvrent résolument au service de la liberté. Dans ce monde aseptisé à l'extrême, où règne le culte de la rationalité et de la rigueur, la fiction a disparu. Et pourtant… Tout roc s'érige autour de failles qui viennent lui donner sa force apparente. Notre « résumain » va le découvrir et prendre goût aux mots interdits. Derrière la transgression, le risque guette, l'homme le sait et le redoute…
« Permission », c'est l'histoire d'un huis clos cérébral, d'une confession spectaculaire d'un homme qui en écrivant son monde intérieur se révèle. Les mots interdits vont ouvrir une brèche dans ses pensées asséchées, faire écho à ses propres fêlures, à ses doutes. le désir jusque-là contenu, contrôlé, y compris dans l'écriture, vient faire irruption dans une vie sans fantaisie. Et le « résumain » voit peu à peu ses certitudes se briser, ses espoirs s'étioler. Sa demande de permission condense à la fois sa vie d'avant, éclats de souvenirs qui, faisant irruption à l'improviste, écorchent, blessent, son envie d'ailleurs et son présent, figé, qu'il ne parvient à dater avec certitude. Il lui faudrait « penser le temps non plus comme une ligne au tracé horizontal mais comme un point sans cesse posé puis effacé, sa trace retenue par le filet du langage » (p. 226). Et tant que l'écriture parvient à se déployer sur l'espace d'une page, de soi à soi ou à un autre, lointain, la vie continue, portée par le souffle du désir. Une oeuvre magistrale, une écriture brillante sous un vernis cérébral, exigeante et âpre.
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Ramhione
  02 octobre 2016
Un homme dont on ne connait pas le nom, si tant est qu'il "s'épanouit" dans un travail qu'il a obtenu à vie. Organisé, hiérarchisé, aseptisé, son quotidien de "résumain" est régi par un ensemble de règles qui lui permettent de fournir un travail le plus objectif possible. Méthodiquement, de manière très insidieuse, un événement va venir perturber cette machine bien huilée.
Sans trop en dévoiler, j'ai trouvé ce roman extrêmement bien construit. La vie morne et totalement contrôlée mené par notre héros rend chaque détail de l'histoire d'autant plus intéressant. On prête alors une attention démultipliée au récit : mélange d'autofiction et de fiction. Et ce n'est pas anodin non plus si le préambule cite W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec. On ressent le même malaise à mesure que l'on prend conscience de cette dystopie monstrueuse...
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belledeschamps
  21 juillet 2009
Dans un monde futur, un homme travaille pour une institution internationale qui rend compte de l'état du monde. Cet homme est un "résumain" qui prend note et résume des communications officielles pour les faire diffuser par la presse. L'arrivée d'un nouveau collègue va réveiller son imaginaire et son goût pour la fiction dans cet univers où le roman est interdit. Un roman très kafkaïen.
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MIOP
  09 février 2012
Notre avis
L'auteure dénonce le conditionnement comportemental que subit l'employé par l'Institution. Au-delà , ce récit d'anticipation explore l'univers inquiétant d'un microcosme apparenté à l'ONU et s'interroge sur le rôle de la fiction dans nos vies. Céline Curiol est une jeune romancière à découvrir, son univers kafkaïen amène le lecteur à des interrogations d'ordre sociétal.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
SeraphitaSeraphita   19 avril 2013
Penser le temps non plus comme une ligne au tracé horizontal mais comme un point sans cesse posé puis effacé, sa trace retenue par le filet du langage. Il ne faut plus essayer de déterminer le nombre d’heures, de jours ou de mois écoulés depuis mon arrivée, il faut cesser de s’inquiéter en l’absence de réponse puisque seul importe le point présent et puisque je conserve, grâce à ce rapport, un calque déformé de ceux qui l’ont précédé.
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SeraphitaSeraphita   19 avril 2013
Les phrases qui ne naissent jamais, portées par un ventre, nichées à l’intérieur, tournant et retournant, sans jamais trouver d’issue, au seuil, dans un état intermédiaire, perçues par leur créateur qui ne peut pourtant les énoncer. Décrire la sensation mais devoir s’en contenter car ce qui la produit n’est ni explicite, ni perceptible du dehors. Penser à un récit simple et fourni, efficace et puissant, mais être incapable de le propulser hors du champ de la conception. Le non-écrit pèse comme pierre dans poche. L’histoire bouge du dedans, mollusque informe qui ne parvient pas à se solidifier. Connaître ses ondulations, ses variations, ses mutations indénombrables, mais rien d’autre, essayer de les reproduire de l’autre côté d’où elles pourront s’infiltrer chez un autre, par osmose ou capillarité, et devenir une expérience à dimensions multiples, subsistant à la manière du vécu.
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SeraphitaSeraphita   19 avril 2013
Et mon père que je ne sais pas à quel temps conjuguer pour conjurer son pouvoir sur moi. Au passé de l’enfance où je redeviens ce que j’ai fui avec le domicile familial, un garçon timoré et poussif rapetissant sous le joug de son jugement honnête et de mon désir opiniâtre de lui plaire. Au passé antérieur, où il porte mon âge et dont je ne connais que des bribes anecdotiques semées par inadvertance parce qu’il s’est refusé à me décrire sa vie de jeune homme qu’il était impudique d’exposer à sa progéniture. Au présent qui fait de nous deux adultes avec leur rivalité, leur manque de précautions, leur affection chevillée au corps, reniée, dissimulée derrière un rapport rigide qui perpétue les convenances pour maintenir une entente précaire. Au futur qui l’annihile. Je ne sais pas imaginer la dernière fois où je verrai mon père ; je refuse d’accepter qu’elle ait été.
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SeraphitaSeraphita   19 avril 2013
Ce sont des éclats de souvenirs restés incrustés, qui percent et qui écorchent. La plupart du temps, il est possible d’éviter les aspérités car l’emplacement est connu, balisé par une signalisation interne qui court-circuite les influx néfastes, les pulsions destructrices, retient le tout en bonne place dans une configuration fonctionnelle. Parfois l’aiguillon ne peut être évité, pénètre, inattendu, provoquant un relent d’émotion aigre parce qu’il y a eu répétition par inadvertance, conjonction d’un état et de son double mnésique entrés en résonance dès leur superposition. La distance protège et assoiffe ; le rétrécissement des images stockées et le risque d’une rupture de contact définitive affûtent le besoin des absents.
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SeraphitaSeraphita   19 avril 2013
[…] ce sont ces mots issus de ma muette bouche qui constituent mon sauf-conduit. Et comme je les propulse en avant, ils prennent une forme pleine s’enchaînent et sonnent comme une formule incantatoire dont je suis surpris d’avoir été l’auteur tant elle me paraît englober plus que les absurdes élucubrations de mon esprit, n’être plus une suite de phrases inconsistantes et éphémères mais une matière durable, solidifiée autour de l’éphémère innommable que son énonciation a fait naître.
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Videos de Céline Curiol (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Céline Curiol
Céline Curiol - Les vieux ne pleurent jamais .Céline Curiol vous présente son ouvrage "Les vieux ne pleurent jamais" aux éditions Actes Sud. Rentrée littéraire janvier 2016. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/curiol-celine-les-vieux-pleurent-jamais-9782330057909.html Notes de Musique : The Wrong Way by Jahzzar. Free Music Archive. Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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