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EAN : 9782707185457
240 pages
Éditeur : La Découverte (22/09/2016)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Pas un jour sans que vous entendiez quelqu’un soupirer : je fais un boulot de merde. Pas un jour peut-être sans que vous le pensiez vous-même. Ces boulots-là sont partout, dans nos emplois abrutissants ou dépourvus de sens, dans notre servitude et notre isolement, dans nos fiches de paie squelettiques et nos fins de mois embourbées. Ils se propagent à l’ensemble du monde du travail, nourris par la dégradation des métiers socialement utiles comme par la survalorisati... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Apoapo
  25 juillet 2018
Qu'est-ce qu' un « boulot de merde » ? La définition est à la fois équivoque et multiple, et ne saurait en tout cas tenir compte de la perception subjective que le travailleur en souffrance a de son labeur – définition psychologisante. Disons que la définition retenue dans cette enquête se décline en trois volets complémentaires, afin d'une inclusivité maximale et malgré qu'elle soit éventuellement contestable par vice d'idéologie.
1. « Certains critères sautent aux yeux : la rémunération rachitique, la précarité, les contrats dégradés ou inexistants, la dureté de la tâche, l'isolement, l'entrave aux droits syndicaux, les discriminations (en fonction notamment du sexe, de la religion ou de la couleur de peau), le despotisme patronal ou managérial, le non-respect de la dignité humaine. Ces attributs forment en quelque sorte le noyau des boulots de merde, selon la manière dont ils s'additionnent et se combinent. » (p. 11). Notons que l'ensemble du texte révélera que la « merditude » de ces métiers s'avère être surtout un caractère dynamique, lié à la dégradation des conditions de travail, souvent assez récente ou accélérée, et non nécessairement intrinsèque à la profession.
2. La notion introduite par l'anthropologue américain David Graeber (2013) de « bullshit job », qui renferme les professions aliénantes, dépourvues de sens pour celui ou celle qui les exerce, lui provoquant un surcroît d'ennui, quel que soit son niveau de rémunération et sa position dans la pyramide sociale et salariale. Lorsque la presse française a eu un éphémère engouement pour ce phénomène (avril-mai 2016), elle l'a désigné de « jobs à la con » ; contrairement aux auteurs, j'estime que, bien qu'il y ait de la « merde » dans « bullshit », cette traduction était meilleure pour désigner le concept en question, et qu'il ne s'agissait pas d'un euphémisme. Donc, on dira que les « jobs à la con », souvent des pensums de cadres dépressifs [perso, je ne peux m'empêcher de songer à fonctionnaire de la Commission européenne (en plus, chez les Anglais, il va y avoir un sacré plan social !)...], constituent un sous-ensemble des « boulots de merde » ; je souscris entièrement à cette inclusion.
3. le regretté philosophe André Gorz, tellement novateur à plusieurs égards, a été le premier à se pencher sur l'utilité, inutilité et surtout l'éventuelle nocivité sociale du travail. (Pour des ex. de cette dernière, cf. les marchants d'armes et les experts en « optimisation fiscale »...). En 2009, les chercheuses britanniques Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, de la New Economic Foundation de Londres, ont mis au point une grille de quantification sans doute très complexe et multi-paramètres afin de calculer le « retour social sur investissement » de chaque unité numéraire de la rémunération d'un métier en fonction de ses effets positifs ou négatifs sur la collectivité. Ainsi, « elles établissent par exemple que l'agente de nettoyage en milieu hospitalier produit 10 livres sterling de valeur sociale pour chaque livre absorbée par son misérable salaire […]
[…] l'étude conclut que les cadres du secteur publicitaire détruisent une valeur de 11,50 livres à chaque fois qu'ils engendrent une livre de valeur. » (pp. 25-26). Il va sans dire que, dans ce livre, la légitimité à qualifier cette catégorie d'emplois de « boulots de merde » découle de la comptabilité qui les estime comme socialement néfastes, d'où l'inclusion dans l'ouvrage et dans le sous-titre du métier de trader.
Comme je l'ai précisé, il s'agit là non d'un essai de sociologie du travail mais d'une enquête menée par deux journalistes indépendants (et passablement précaires). Elle s'organise autour d'entretiens plus ou moins longs, avec une bonne dizaine de représentants de ce qu'ils ont pressenti comme des « boulots de merde », souvent à l'encontre du ressenti de ceux-là mêmes qui s'y dédient, suivis par des approfondissements très intéressants et fort opportuns sur certains secteurs d'activité dont l'évolution est assurément critique dans ce qu'elle a de néfaste : 1. les salons des « petits boulots de merde », 2. le service civique, 3. les cireurs de souliers, 4. la distribution de prospectus, 5. les contrôles aux frontières, 6. le commerce de luxe, 7. la toyotisation des hôpitaux, 8. les gestionnaires de patrimoine, 9. la Poste. D'autres entretiens non suivis d'approfondissements, rapportés presque verbatim, et qui s'alternent aux chapitres sus-cités, concernent : « Léa, 24 ans, plante verte dans un palace parisien », « Yasmine, 30 ans, préparatrice de sandwiches dans une multinationale alimentaire », « Michel, 42 ans, enquêteur dans un institut de sondages », « Abel, 30 ans, livreur à vélo pour une 'appli' de repas à domicile », « Alain, 54 ans, ouvrier sous-traitant dans une usine de farine », « Jessica, 38 ans, responsable santé dans une usine Seveso », « Thomas, 30 ans, contrôleur dans une société d'audit financier ».
Généralement, j'adhère à l'amplitude de la définition proposée par les auteurs. J'ai apprécié la variété des secteurs analysés et des travailleurs interviewés, même si, bien entendu, dans ce genre de recherche, l'on a toujours le sentiment que d'autres professions, qui nous paraissent absolument nécessaires, ont été délaissées (pour moi, ça aurait été le cas des gardiens de prison, ainsi que des cadres d'entreprises d'État ou récemment privatisées). le style du texte est enlevé, vivace, pétillant : la lecture en est particulièrement agréable.
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sarahorchani
  28 mai 2019
Si les revenus de la nettoyeuse et de l'ouvrier étaient indexés sur l'utilité sociale, ils mèneraient la vie de château qui leur est due et l'on cesserait sur le champ d'assimiler leurs métiers à des boulots de merde
L'essai boulots de merde enquête sur l utilité sociale dresse différents portraits de travailleurs. Une partie prend l'allure des témoignages de la campagne on vaut mieux que ça en plus développé.
Les dérogations du code du travail:
Un service civique qui doit aller faire du porte à porte pour servir aux gens le discours de la Lyonnaise des eaux. Aussi dur qu'un vrai boulot sans la protection du code du travail.
La préquantification des heures de travail dans le cadre de la la distribution de prospectus ne correspond pas à la réalité. ça donne des heures travaillées non payées.
"La patronne me faisait signer à la fin de chaque mois des avenant à mon contrat pour éviter de me payer les heures supplémentaires. Elle me disait que tout ça était légal et s'en référait à la convention collective de la restauration rapide. Cette convention, c'est la pire de toutes. Pas de majoration le soir, la nuit, les week-ends, rien!"
Besoin de travail pour vivre, alors le respect est une option facultative. Voire inconnue.
"Pour ta paie, ils ne prennent la peine de te l'envoyer: ils te disent de venir la chercher à l'agence! C'est beaucoup d'énergie dépensée pour quelques heures payées au smic, parfois pas plus de trois, pour quarante euros.."
Derrière l'envers du décors des restaurants de luxe, la courtoisie exclut les employés.
Le lendemain, je l'ai appelé pour lui signaler que ça ne se faisait pas de ne pas regarder les gens dans les yeux , il m'a répondu que c'était "comme ça dans l'hôtellerie" , que j'étais "pas habituée ", que " j'étais jeune ", que je ne comprenais rien
Et si on n'est pas content on n'a qu'à aller ailleurs. C'est l'avantage du chômage. Faire accepter le rabais aux salariés.
La santé est aussi une option.
Ses mots d'esprit prennent une saveur toute particulière deux ans plus tard, lorsque Raymond, un colporteur de soixante-quinze ans payé 280 euros par mois pour vingt-six heures de travail par semaine, meurt foudroyé par une crise cardiaque au milieu d'une tournée de distribution à Noisy-le-Grand. Atteint d'un diabète et déjà victime d'un infarctus quelques années plus tôt, il charriait ce jour-là vingt-cinq cartons d'imprimés pesant chacun 12,5 kilos. Adrexo avait jugé inutile de lui faire passer une visite médicale. « Bien qu'avertie le 30 août 2011 du décès de Raymond par la police, la société a continué à émettre chaque mois des bulletins de paie à son nom à zéro euro jusqu'en avril 2012, où elle a établi la fin du contrat pour « absence injustifiée ». Ce qui donne une vague idée de l'attention qu'elle porte à ses salariés », note l'auteur de l'un des très rares articles consacrés à cette affaire⁹ . La famille de Raymond attendra cinq ans pour obtenir « justice » : en mars 2016, le conseil des prud'hommes de Bobigny a condamné Adrexo à lui verser... 6 200 euros pour solde de tout compte
Restructurations impitoyables du service courrier, avec des tournées de plus en plus assurées par un personnel de plus en plus lessivé . Recours intensif aux contrats précaires. Instauration d'un management par le stress qui génère maladies professionnelles, accidents du travail, dépressions et suicides.
Il y a le travail au service des riches comme les cireurs de chaussures à la Défense.
A la faveur de l'entassement des richesses dans les mains d'une élite de plus en plus dodue et capricieuse, le secteur des tâches domestiques où l'on s'abaisse devant son maître se répand.

Les métiers d 'utilité sociale voient leur raison d'être sociale rabotée pour " des économies". Tant pis pour les malades.
La gestion entreprise appliquée à l hôpital: réduction de ce qui n est pas rentable. La qualité de soin amoindrie . Vive l ambulatoire.

Tant pis pour les personnes âgées qui vivent seules au milieu rural. Et si ces dernières années veulent avoir de la causette, il faut payer. Ce qui était gratuit avant devient payant. Rentabilité!
On n' a plus le temps de rendre les services qu'on rendait autrefois, comme de voir la mamie pour prendre de ses nouvelles ou lui apporter ses médicaments, tous ces petites choses qu'on était contents de faire naturellement. Ces tâches-là,la Poste nous interdit de les fournir quand elles sont gratuites, pour mieux nous les imposer sous leur forme commerciale, marchande, payante. En fait la Poste n'a rien inventé, ces fameux "service à la personne" dont elle fait la promotion aujourd'hui existaient pour la plupart depuis toujours, sauf qu'ils ne rapportaient rien, car les facteurs s'en acquittaient librement et sans en faire un plat.
L'agent de nettoyage hospitalier - travail pénible , invisible, peu considéré, mal payé et généralement sous-traité - produit plus de dix livres sterling de valeur sociale pour chaque livre qu'il absorbe en salaire. A l'inverse le banquier d'affaires travail de fauteuil survalorisé et gratifié de revenus colossaux -détruit sept livres de valeur sociale pour chaque livre de valeur financière créée. Quand au conseiller fiscal, dont la fonction consiste à priver la collectivité du produit de l'impôt, il détruit quarante-sept fois plus de valeur qu'il n'en crée. New Economic Foundation
Ne faudrait-il pas un mouvement de clients et de consommateurs réclamant des conditions de travail décent pour les gens qui travaillent à leur service.? Ne faudrait-il pas un urgence du retour de l'humain dans cette société? Les relations humaines, les services publics, la santé ne doivent pas être considérés comme des pompes à fric mais comme des biens communs de l'humanité.
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Lybertaire
  22 décembre 2016
Quels sont les 3 métiers les plus utiles à la société ? Les moins utiles à la société ?
Dans cette enquête savoureuse et courageuse, les auteurs ont tenté de définir les critères objectifs du boulot de merde à travers des portraits, des témoignages et des recherches chiffrées. Dans un style volontiers cynique fait de phrases qui tuent, ils montrent la dégradation constante des conditions de travail et soulignent que tous les métiers n'ont pas la même utilité sociale.
[...] La lecture de cet ouvrage a été savoureuse et étonnante à plusieurs égards. J'aime beaucoup lire les témoignages et les portraits, et il faut souligner d'emblée que Julien Brygo et Olivier Cyran ont une certaine plume : ils décrivent leurs démarches et les gens qu'ils rencontrent avec une bonne dose de cynisme (envers les métiers, pas forcément envers les gens), déjouant à tour de bras les discours de langue de bois, car comme ils le disent, eux aussi connaissent bien le boulot de merde des journalistes précaires. Leur style enlevé est ponctué de phrases qui tuent, du genre « l'homme respire la joie de vivre d'un formulaire administratif », sans toutefois mettre de côté le sérieux de l'enquête. Si les auteurs ne se sont pas fait que des amis en publiant cette enquête, ils ont toute ma sympathie !
Voilà une lecture audacieuse que je vous recommande vivement, car le travail est au coeur de nos sociétés. C'est ce qui occupe la majeure partie de notre temps et c'est ce qui fonde nos sociétés : il est essentiel de s'interroger à son propos. [...]
L'article entier sur Bibliolingus :
http://www.bibliolingus.fr/boulots-de-merde-julien-brygo-et-olivier-cyran-a127887404
Lien : http://www.bibliolingus.fr/b..
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Fonkydoz
  23 octobre 2020
Plus qu'une simple enquête, cet ouvrage est avant tout une dénonciation du monde du travail actuel, basé sur la performance et la recherche du profit. Eux-mêmes victimes de ce système, les deux auteurs, journalistes, partent explorer divers domaines professionnels et recueillir les témoignages d'individus qui, comme eux, se retrouvent dans la précarité la plus totale.
Il ne faut pas s'attendre ici à une enquête objective car dès le départ, on sent que le point de vue des auteurs n'est pas neutre quant au sujet traité. Ce qui n'est pas forcément négatif dans la mesure où l'ouvrage se veut percutant et dénonciateur.
Les grandes entreprises en prennent pour leur grade et les deux journalistes n'hésitent pas à partir à la rencontre de certains patrons pour les mettre en face de leurs contradictions.
Par ailleurs, les pouvoirs publics ne sont pas épargnés puisque sont pointés du doigt plusieurs aberrations : le service civique comme instrument de recrutement à moindre sou pour pallier les manquements de l'Etat à ses missions, les cireurs de chaussures des cadres de la Défense glorifiés par le Conseil départemental des Hauts-de-Seine au nom de l'entrepreneuriat et de l'économie sociale et solidaire, la mise en place du « lean management » au sein des hôpitaux publics et son impact, tant sur le personnel que sur les « clients » (autrefois appelés « patients »)...
Si certains passages sont plutôt amusants (je pense notamment au premier chapitre dans lequel les auteurs se moquent de la prestation d'un coach RH devant des demandeurs d'emploi consternés par l'inutilité et la banalité du discours), le constat global est plutôt révoltant dans la mesure où la logique de la rentabilité a pris le pas sur la valeur humaine et où les individus effectuant des « boulots de merde » peinent à trouver les ressources nécessaires pour sortir de ce système.
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croquemiette
  27 décembre 2018
Une enquête intéressante, menée par deux journalistes qui se proposent d'aller à la rencontre de personnes ayant un "bullshit job" ou boulot de merde. On y découvre la précarité de nombreux métiers, de l'hôtesse d'accueil au distributeur de prospectus. Les auteurs reviennent sur l'absurdité de certaines tâches, notamment dans le secteur tertiaire où les salaires sont pourtant élevés. le "bullshit job" n'est donc pas forcément un emploi socialement précaire. Ce qui m'a plu, c'est la grille de lecture par rapport à l'utilité sociale d'un "travail". Ainsi, la femme de ménage serait plus "utile" que le trader et exercerait donc un métier plus noble. Voilà de quoi renverser un peu l'échelle de valeur !
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
okkaokka   02 juillet 2017
p.118.
Ses mots d'esprit prennent une saveur toute particulière deux ans plus tard, lorsque Raymond, un colporteur de soixante-quinze ans payé 280 euros par mois pour vingt-six heures de travail par semaine, meurt foudroyé par une crise cardiaque au milieu d’une tournée de distribution à Noisy-le-Grand. Atteint d'un diabète et déjà victime d'un infarctus quelques années plus tôt, il charriait ce jour-là vingt-cinq cartons d'imprimés pesant chacun 12,5 kilos. Adrexo avait jugé inutile de lui faire passer une visite médicale. « Bien qu'avertie le 30 août 2011 du décès de Raymond par la police, la société a continué à émettre chaque mois des bulletins de paie à son nom à zéro euro jusqu'en avril 2012, où elle a établi la fin du contrat pour « absence injustifiée ». Ce qui donne une vague idée de l'attention qu'elle porte à ses salariés », note l'auteur de l'un des très rares articles consacrés à cette affaire⁹ . La famille de Raymond attendra cinq ans pour obtenir « justice » : en mars 2016, le conseil des prud'hommes de Bobigny a condamné Adrexo à lui verser... 6 200 euros pour solde de tout compte¹⁰ .

9 Michaël HAJDENBERG, « Adrexo condamné après la mort d'un salarié de 75 ans », Mediapart, 25 Mars 2016.
10 Dont 2 000 euros de dommages et intérêts pour défaut de visite médicale et 3 000 euros pour manquement à l'obligation de santé et de sécurité au travail. La mort d'un salarié, c'est donné.
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okkaokka   02 juillet 2017
p.30-1.
Interrogé sur cette main-d’œuvre invisibilisée qui représentait 88% de son personnel, le mammouth du BTP Francis Bouygues déclarait en 1970 : « Les conditions de travail que nous offrons sur le marché de la main d’œuvre sont telles que les Français préfèrent travailler en usine ou dans les bureaux. Par contre ces conditions restent attractives pour une main d’œuvre relativement frustre qui vient de pays étrangers. Sur un chantier, en effet, on travaille dehors, il fait chaud, il fait froid, il pleut, il y a de la neige, il n'y a pas d'installations très confortables pour les vestiaires, pas de restaurant, les travaux sont souvent sales, le lieu de travail n'est pas fixe et peut se trouver fort loin du domicile.

- Comment feriez-vous sans cette main-d'oeuvre étrangère ?
La profession serait obligée d'offrir des conditions de travail telles que la main-d’œuvre française s'y intéresse.
Elle ne pourrait pas le faire sans y être obligée ?
Je ne crois pas que l'on fasse beaucoup de choses sans y être obligé. […] Nous ne pouvons pas former [la main d’œuvre étrangère] car si nous la formons, nous n'avons pas l'espoir que nous pourrons la conserver. Ces gens-là sont venus en France pour gagner de l'argent. Et à partir de là il leur est égal de travailleur douze heures par jour ou même seize heures quand ils le peuvent ¹⁷, »

17 Interview extraite de Étranges étrangers , film documentaire de Marcel Trillat et Frédéric Variot, diffusé dans le magazine « Certifié Exact », 1970.
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okkaokka   03 juillet 2017
p.199.
« Au bout du compte, on devient maltraitant », confie Marthe, une aide-soignante. « Ce week-end, par exemple, j'ai eu cinq fiches d'incidents. Je l'ai signalé à ma cadre. On devait faire les toilettes au lit [soins hygiène] très vite pour finir à midi, l'heure du repas. Je n'ai fait aucun rasage ni aucun soin de bouche, je n'ai mis aucun patient en fauteuil et je ne leur ai pas lavé les pieds non plus. Parce que je n'avais pas le temps. Puis on a pris nos repas, en dix minutes au lieu des vingt prévues. On a un travail technique, mais aussi relationnel : le patient veut vider son sac, mais on lui dit qu'on n'a pas le temps et on ferme la porte. On le laisse seul avec sa souffrance et puis c'est tout. »
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okkaokka   03 juillet 2017
p.236-7.
Pour mieux lui faire comprendre le sens de notre question, on lui parle de l'enquête de la New Economic Foundation, dont les auteurs ont évalué les métiers en fonctions des bénéfices qu'ils apportent ou des dégâts qu'ils infligent en termes de santé, d'environnement, d'éducation ou de services collectifs. On lui explique que, selon cette étude, l'agent de nettoyage hospitalier – travail pénible, invisible, peu considéré, mal payé et généralement sous-traité - « produit plus de dix livres sterling de valeur sociale pour chaque livre qu'il absorbe en salaire ». À l'inverse, le banquier d'affaires – travail de fauteuil, survalorisé et gratifié de revenus colossaux – détruit sept livres de valeur sociale pour chaque livre de valeur financière créée. Quant au conseiller fiscal, dont la fonction consiste à priver la collectivité du produit de l'impôt, il détruit quarante sept fois plus de valeur qu'il n'en crée.
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okkaokka   02 juillet 2017
p.19-20.
Le distinguo est important. Toutefois « nos » boulots de merde ne contiennent-ils pas eux aussi une part de mensonge, et même de monumentale mystification, puisqu'on ne cesse de nous les vanter comme des remèdes miracles au chômage – alors que le chômage, en comparaison, serait un sort béni des dieux si les gouvernements ne s'acharnaient pas à le rendre invivable ? « Quand on regarde la structure des emplois créés au cours des cent dernières années, poursuit David Graeber, on s'aperçoit que ce sont essentiellement des métiers de service, de bureau et d'administration, publique ou privée, et même de plus en plus privée. On voit bien qu'aux États-Unis, ici en Grande-Bretagne et en France également, les boulots de service sotn les ''lowest jobs'', les moins bien payés, les plus pourris. Mais on les connaît, ceux-là. Le mystère est que les postes de la bureaucratie d'entreprise bénéficient de meilleurs conditions de travail et sont très bien payés. Or ces mérites ne produisent ni des bien consommables ni des services utiles. C'est incohérent, cela ne devrait pas se produire dans un système capitaliste soucieux de productivité. En Union soviétique, il y avait des tas de jobs inutiles, avec quatre personnes pour vous servir un morceau de viande dans un supermarché, et en fait le capitalisme fait exactement la même chose ! »
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Video de Olivier Cyran (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Olivier Cyran
«Espace de travail»: faites-vous un «boulot de merde» ? .Julien Brygo et Olivier Cyran sont les auteurs de Boulots de merde ! du cireur au trader, recueil de reportages ayant pour fil rouge la question de l?utilité sociale des métiers. L?un des deux journalistes est l?invité de notre émission « Espace de travail ».
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