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EAN : 9782415001360
272 pages
Odile Jacob (16/03/2022)
4.04/5   23 notes
Résumé :
« À 7 ans, j’ai été condamné à mort pour un crime que j’ignorais. Ce n’était pas une fantaisie d’enfant qui joue à imaginer le monde, c’était une bien réelle condamnation. » B. C.

Boris Cyrulnik a échappé à la mort que lui promettait une idéologie meurtrière. Un enfant qu’on a voulu tuer et qui toute sa vie a cherché à comprendre pourquoi, pourquoi une telle idéologie a pu prospérer.
Pourquoi certains deviennent-ils des « man... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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BurjBabil
  19 mars 2022
Petit essai qui s'intéresse à la facilité qu'on peut avoir à éprouver une satisfaction paresseuse à mêler sa voix au concert de la fanfare dominante. Jusqu'à l'extrême, ce qui pour l'auteur est essentiellement centré dans cet ouvrage sur les camps nazis et la machinerie les ayant alimentés. Dans ce texte bref, il rappelle ce que d'autres avaient déjà analysé :
"Hannah Arendt se méfiait du sentiment d'appartenance : « Je n'ai jamais aimé aucun peuple, ni aucune collectivité, ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien de tout cela. J'aime “uniquement” mes amis et la seule espèce d'amour que je connaisse et en lequel je crois est l'amour des personnes.'
Ce sont donc les individus capables de s'extraire de la pensée dominante, de réflechir par eux-même, de ne pas céder à la tentation rassurante d'appartenir à un groupe. Cette sécurisante adhésion à une machinerie de pensée fabriquée par les faiseurs de vent se payant en commettant des actes qui n'apparaissent pas pour ce qu'ils sont au moment où on les exécute.
Il faut donc veiller à ce que la parole, les mots ne créent pas dans notre représentation mentale des catégories englobantes.
"Les laboureurs qui ont les pieds sur terre construisent une réalité différente. Leur savoir laborieux est arraché au réel"
"La pensée du laboureur qui parle de ce qu'il sait (labeur = travail, orare = parler)"
C'est un petit précis d'introspection assez vivifiant, avec quelques saillies plus médico-psychologiques issues de son expérience de clinicien.
On pourrait reprocher à ce texte d'être ancré dans un passé trop lointain (seconde guerre mondiale, il est arrivé pas mal de choses depuis qui ont sensiblement fait évoluer les attitudes des uns et des autres) mais alors l'auteur s'éloignerait sans doute de son domaine de sensibilité, de ce qu'il défend dans ce texte, la pensée du laboureur.
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Haulle
  31 mars 2022
Ce dernier livre de Boris Cyrulnik décrypte les processus psychologiques et cérébraux d'une part, mais aussi familiaux et sociétaux d'autre part, qui depuis le plus jeune âge peuvent créer des situations d'insécurités et de souffrances conduisant certaines personnes à s'emparer et adhérer à des récits déviants jusqu'à donner le pouvoir de leur pensée à des manipulateurs ou des dictateurs.
Ce livre écrit peu avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, dépeint incidemment très clairement comment celle-ci a pu survenir et comment tout un peuple semble suivre une pensée unique et totalitaire, pourtant irrationnelle vue de l'extérieur.
Boris Cyrulnik a consacré sa vie à comprendre ce qui lui était arrivé enfant, lui qui ne comprenait pourquoi tant d'hommes voulaient le tuer à 7 ans, sous l'occupation nazie, pourquoi d'autres ont cherché à le protéger, et pourquoi il ne fût pas cru lorsqu'il se mit à parler des années après la guerre.
Ce livre apporte des clés pour comprendre un peu plus, mais en aucun cas pardonner ou justifier, les mécanismes qui conduisent aux folies meurtrières et barbares. Il rappelle notamment qu'un tyran, un tortionnaire ou un administratif zélé des camps de la mort, peut tout aussi bien passer ses journées à tuer et être un adorable parent le soir avec ses propres enfants.
La violence extrémiste n'est pas l'apanage de fous ou des psychopathes, ceux-là sont minoritaires, mais d'hommes ordinaires : « Dans la population des persécuteurs, on trouve de grands intellectuels, des psychopathes, des délinquants et un grand nombre d'hommes ordinaires ». (p233).
On (re)découvre, car les sociétés modernes l'oublient, que le conformisme, le prêt à penser, « la pensée paresseuse ne procure que des amis qui disent tous la même chose, ce qui empêche la vérité, forcément nuancée ». (p221).
Enfin il n'y pas de mal ou de bien, il n'y a pas de fatalité, donc pas de méchants et de gentils, il y a surtout des enfants dont les premières semaines et premiers mois leur imprègnent des manques fondamentaux, d'affections, de sécurité et d'ouverture au monde, qui font que lorsque ces derniers rencontrent un contexte socio-politique déviant et extrémiste, cela les conduit parfois à adhérer à ces récits victimaires, d'êtres persécutés, justifiant alors ces bascules vers la violence.
Il s'agit d'un livre d'une lecture aisée et agréable, très pédagogique et surtout salutaire, par les temps qui courent.
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JCLDLGR
  25 avril 2022
Ce livre nous emmène, au gré de la pensée de l'auteur, dans une réflexion philosophique sur la liberté de penser ou la soumission, selon le groupe auquel on appartient, selon qu'on accepte la parole sécurisante du groupe ou qu'on porte une appréciation personnelle.
Pas la peine de chercher des arguments, ni une démarche un peu scientifique : l'auteur n'approfondit pas, il ouvre plusieurs possibles, alimentés par sa propre expérience, sa propre culture et la biographie de quelques personnages marquants, dans l'approche qu'ils ont eue de la hiérarchie des humains. Il avance, bifurque, recule, saute d'une idée à l'autre... et personnellement je n'ai pas réussi à suivre.
Je ne pense pas que ce livre apporte grand chose au sujet, on en ressort avec l'impression d'une vérité facile, flattant le lecteur, mais un peu frustré de n'avoir rien appris ! Un tel sujet justifie-t-il un livre... sans doute oui pour l'éditeur, puisque Cyrulnik se vend bien !
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beckerkarin
  12 avril 2022
Dans ce livre passionnant, Boris Cyrulnik tente de comprendre et de nous expliquer pourquoi, confrontés à certaines situations, certains font le choix de l'obéissance et de la soumission alors que d'autres se rebellent et refusent l'innaceptable.
S'il avait déjà clairement abordé cette problématique dans son livre précédent, « Chérif Mécheri »: Préfet courage sous le gouvernement de Vichy, co-écrit avec José Lenzini, l'auteur va ici plus loin dans l'analyse du comportement humain. Pour ce faire, il fait essentiellement référence à la seconde guerre mondiale et à la Shoah, qui l'ont particulièrement touché.
Comment comprendre qu'une importante partie d'un des peuples les plus cultivés d'Europe ait pu, en toute bonne conscience, tomber dans la barbarie ou, « au mieux », fermer les yeux sur cette dernière?
Comment d'autres, en Allemagne ou ailleurs, ont-ils choisi de désobéir aux règles ou de les ignorer, sauvant ainsi des vies, au péril de la leur?
Comment sont formés les esprits de ces deux catégories de personnes?
Quel environnement ou quel passé sont à la source de leurs choix respectifs?
Serions nous capables, nous aussi, d'exécuter les ordres sans réfléchir?
Il est souvent fait référence à la « banalité du mal », évoquée par Hannah Arendt dans son livre « Eichmann à Jérusalem » qui avait déjà brillamment traité ce sujet.
Je n'irai pas beaucoup plus loin dans ce résumé afin de permettre à chacun de découvrir cette excellente analyse, aussi effrayante qu'utile. Un ouvrage que je ne peux que recommander alors qu'une partie de nos populations européennes semble attirée par les extrêmes. Je finirai avec cette citation d'Elie Wiesel, plus que jamais d'actualité, et qui nous incite à la vigilance:
« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence ».
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awoman
  10 avril 2022
Ce livre résonne encore dans ma tête, le propos est plus que pertinent et nous invite à une saine réflexion.
Pour ma part, Boris Cyrulnik est un grand monsieur, humain et courageux, qui sait partager son savoir et le rendre accessible. C'est une grande qualité.
Boris Cyrulnik nous fait ici un cadeau inestimable avec "Le laboureur et les mangeurs de vent": à partir de son expérience personnelle et de son parcours de médecin, il nous amène à nous poser des questions sur la liberté et la servitude, la soumission, l'obéissance, l'identification à un leader, le phénomène de groupe, la manipulation, l'individualité et la part de violence présente en chaque homme. le sujet de la domination d'un groupe d'hommes sur un autre est passionnant et effroyable à la fois: l'homme est capable du pire comme du meilleur selon le contexte qui agit sur lui. Tous les conflits du 20ème siècle l'illustrent.
Boris Cyrulnik aborde ce thème à travers sa focale de la Seconde Guerre mondiale et de l'extermination des juifs mais il élargit sa réflexion au domaine de la science et des découvertes récentes sur le cerveau, et sur d'autres conflits, génocides.
En publiant son essai en mars 2022, on comprend que cela peut faire écho aux élections présidentielles à venir: c'est le moment où chaque citoyen fait un choix pour un homme ou une femme, des idées, un parti. La mécanique du choix dans nos sociétés démocratiques s'avère plus complexe qu'elle n'y parait.
Le hasard de sa publication est de croiser le triste contexte de guerre en Ukraine: Boris Cyrulnik n'a pas le don de voyance, il montre que ne rien change vraiment si nous ne sommes pas vigilants. Comment se fait-il que l'homme n'apprenne pas suffisamment de son passé?
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critiques presse (2)
LaPresse   10 mai 2022
Et l’ouvrage de quelque 200 pages, qui regorge d’exemples scientifiques, littéraires et historiques, citant tantôt la philosophe Hannah Arendt, tantôt le psychologue John Bowlby, a cet immense mérite de donner de solides pistes de réflexion.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeJournaldeQuebec   02 mai 2022
Cet enfant qu’on a voulu tuer a survécu. Il est devenu neuropsychiatre et on le considère maintenant comme le « père » du concept de la résilience. Toute sa vie, il a cherché à comprendre pourquoi une telle idéologie a pu prospérer. Il fait le point sur le sujet dans un nouveau livre, Le laboureur et les mangeurs de vent.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
008micado008micado   29 mars 2022
Sebastian et moi avons été les témoins étonnés de deux
discours enthousiasmants : la vigueur du nazisme dans les années
1930, la générosité du communisme après 1945. Dans notre
expérience d’enfants initiés par la guerre et le côtoiement de la mort,
nous avions déjà compris que deux langages gouvernaient le monde
mental des hommes. L’un qui montait vers le ciel en fabriquant des
images esthétiques ou hideuses, entourées de mots qui donnaient la
fièvre : « Héroïsme… victoire du peuple… pureté… mille ans de
bonheur… lendemains qui chantent. » Ces mots brûlants nous
éloignaient du réel 3. Sebastian (11 ans en 1918) et moi (8 ans en
1945) préférions les mots qui donnent un plaisir discret, celui des
explorateurs qui, en découvrant le monde, dégustent le réel.
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BurjBabilBurjBabil   18 mars 2022
Un adolescent indéterminé ne sait pas où il va, il change de direction selon ses rencontres, il n’a aucune liberté intérieure puisqu’il attend qu’on s’empare de son âme. Dans les bataillons extrémistes, on trouve côte à côte des fanatiques surdiplômés et des âmes creuses étayées par des récits acceptés sans jugement.
Quand un groupe hétérogène est ainsi constitué, il faut, pour le solidariser, désigner un ennemi. Tout devient clair quand on sait d’où vient le mal.
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BurjBabilBurjBabil   18 mars 2022
Ceux qui s’engagent sur le chemin de la liberté intérieure perdront leurs amis. Ils seront haïs par ceux qu’ils aiment, comme l’a été Hannah Arendt. Penser par soi-même, c’est s’isoler : l’angoisse est le prix de la liberté.
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HaulleHaulle   24 mars 2022
Quand un pharmacien fait son boulot de soignant en pratiquant des tests antiviraux, on ne dit pas qu'il applique les consignes gouvernementales, on le traite de "collabo" afin de suggérer qu'il est un traitre asservi à l'occupant sanitaire. Quand on coud sur sa poitrine une étoile jaune de David en écrivant "non vacciné" à l'intérieur des branches, on fabrique une image qui induit une analogie entre ceux qui préfèrent ne pas se vacciner et 6 millions de personnes condamnées à mort par cette étoile. [...] Pourquoi se dire persécuté alors qu'on a le droit de ne pas être d'accord ? Est-ce pour légitimer ma propre violence ? [..] Ceux qui parlent ainsi éprouvent le plaisir de la profanation en s'attaquant aux personnes, aux objets ou au lieux honorés. En se disant eux-mêmes persécutés, ils suggèrent une légitime défense qui supprime la sensation de delinquance. La diffamation et le cyberharcèlement ridiculisent la démocratie en détournant les mots du malheur pour s'offrir un plaisir inavouable. p112-113.
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MatatouneMatatoune   08 avril 2022
Délire logique : postulant que le Juif est responsable du malheur du monde, croyant que la parole du Führer est sacrée, il devient logique d'éradiquer le mal et de participer à un travail d'hygiène sociale. Il est possible de remplir un dossier, taper à la machine et signer un ordre administratif sans se représenter le réel qui va s'ensuivre : la mort par gaz, fusil, famine, typhus et pourriture de millions de personnes. Quand on accepte comme une parole intouchable la vérité venue d'un chef religieux, idéologique ou scientifique, il n'y a ni évaluation ni culpabilité : l'ordre règne. Et quand la réalité devient insupportable, on évite les mots qui auraient permis de la voir.
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