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ISBN : 2738128629
Éditeur : Odile Jacob (27/09/2012)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 178 notes)
Résumé :
"Lors de ma première naissance, je n'étais pas là. Mon corps est venu au monde le 26 juillet 1937 à Bordeaux. On me l'a dit. Je suis bien obligé d'y croire puisque je n'en ai aucun souvenir.

Ma seconde naissance, elle, est en pleine mémoire. Une nuit, j'ai été arrêté par des hommes armés qui entouraient mon lit.
Ils venaient me chercher pour me mettre à mort. Mon histoire est née cette nuit là."

C'est cette histoire bouleversante... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
brigittelascombe
  16 décembre 2012
"A partir d'aujourd'hui tu t'appelleras Jean Bordes. Répète!"
Dur, dur, à six ans, alors que la guerre sévit, de se voir soumis à une telle injonction, de devoir changer de nom (nier ses origines russes et juives) alors qu'on s'appelle Boris Cyrulnik, que l'on est orphelin et qu'après l'assistance publique on est quelque peu perdu dans une famille d'accueil inconnue!
Sauve-toi la vie t'appelle, est un courageux récit autobiographique dans lequel Boris Cyrulnik (neuropsychiatre et directeur d'enseignement à Toulon, auteur prolifique de livres de psychiatrie,conférencier mondialement connu) se livre et se délivre d'une partie volontairement tue de sa personnalité.
Sauve-toi la vie t'appelle,est un témoignage, rempli d'espoir, pour les enfants qui ont subi des traumatismes précoces. C'est un essai sur la mémoire qui arrange parfois la réalité à la sauce du déni (ou des faux souvenirs) pour maintenir la cohésion du moi déstructuré. C'est une analyse très fouillée de l'impact de la violence :culpabilité (lorsqu'il se dit c'est peut-être à cause de moi que mes parents sont morts ou que l'on est dit "dangereux" par d'autres),déplacements incessants,rejet,antisémitisme,dénonciation par un soit disant ami,arrestation,évasion,dangers multiples,changements,vulnérabilité...
Alors qu'a-t-il fait pour s'en sortir,lui qui par un trop grand isolement avait des troubles du comportement?
Il a parlé, beaucoup parlé ou "fait le pitre" pour taire l'indicible,il s'est comme dédoublé et gelé intérieurement par manque affectif,il s'est trouvé des repères sûrs pour "échapper au traumatisme",il a lu (entre autres le journal d'Anne Franck où il s'est retrouvé comme dans W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec), il a développé une intelligence hors normes (dixit mon tout petit moi admiratif car ce grand monsieur sait rester simple et humble), il a pratiqué la résilience (cf: Résilience. Connaissance de base), il a su s'adapter aux situations, aux êtres, aux choses, en capter le meilleur et avancer...il a écrit pour s'apaiser.
Sauve-toi la vie t'appelle, est un récit poignant. Pas de mélo. Pas de critiques acerbes ou d'amertume. Il constate. Point. Il dissèque pour comprendre et aider les autres à se comprendre et à s'accepter.
Sauve-toi la vie t'appelle, est aussi un vibrant hommage pour ceux qui l'ont aidé ("tuteurs de résilience") à s'en sortir:la jolie infirmière qui l'a caché sous la banquette d'une blessée sanguinolente,la soeur de sa mère qui l'a recueilli après guerre, son ami Emile "le costaud scientifique" qui l'a étayé (et dont il ne veut garder que les bons côtés car c'est ça l'homme du mauvais et du bon à la fois), le professeur qui l'a poussé,conseillé épaulé..
Sauve-toi,la vie t'appelle se lit d'une traite, car ce récit poignant sort des tripes et ne peut que susciter l'admiration!
Partir de rien et grimper une à une les marches est une belle leçon de vie et un regard sur la vie plein d'humanité!
Six étoiles!!
Lu dans le cadre du comité de lecture de la Médiathèque de Bandol je ne peux qu'en conseiller l'achat en espérant que Boris Cyrulnik, qui passe souvent dans les parages, viendra nous le dédicacer.
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ssstella
  04 février 2014
Un récit émouvant où l'auteur témoigne des périples de son enfance pendant la guerre. Comme beaucoup d'autres enfants juifs ballottés par les événements, il sera longtemps caché et vivra des épisodes tragiques.
Le silence qu'il doit faire sur sa judaïcité ne lui fait rien oublier des moments les plus traumatisants... mais beaucoup plus tard, il se rendra compte que pour se protéger de toutes ces peurs et ces douleurs, sa mémoire a transformé beaucoup d'événements.
Il n'y a pas de hasard... Boris Cyrulnik n'a pas à chercher très loin un exemple pour aborder le sujet de la résilience.
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Nicolas9
  23 juillet 2017
On se prend une gifle salutaire en lisant ce récit autobiographique d'un homme qui, selon toute probabilité, n'aurait pas dû vivre au-delà de ses sept ans... Fils d'un couple de juifs ukraino-polonais arrivés à Bordeaux dans les années 30, les camps de concentration et la mort lui semblaient promis.
C'était sans compter la débrouillardise de sa mère et un instinct de survie hors norme. Mais, ce qui m'a le plus interpellé dans ce livre c'est avant tout l'analyse qu'il fait a posteriori des états de conscience par lesquels il est passé entre 1942 (déportation de sa maman) et 1981 (Le Canard enchaîné révèle le passé peu glorieux de Maurice Papon).
D'abord l'incompréhension d'un enfant de 5 ans, qui ignore être juif, devant la haine manifeste des troupes d'occupation. Puis les « quarante ans de silence » sur les péripéties rocambolesques qu'il a vécues durant la guerre.
Car, comme l'immense majorité des survivants des atrocités nazies, il a subi la méfiance voire la dénégation de tous ceux à qui il a tenté de raconter son histoire : c'était à l'époque de la libération « trop gros pour être vrai ». Au moment où la France s'inventait un rôle aussi glorieux que possible compte tenu des circonstances, il y avait certains épisodes du passé qu'on préférait, logiquement, laisser dans l'ombre. Et même si Cyrulnik en a énormément souffert, il ne jette la pierre à personne.
Il lui aura donc fallu attendre les révélations du Canard enchaîné à la veille de la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République, pour qu'enfin les langues se délient et que les Français acceptent de regarder timidement dans le rétroviseur et tolèrent les voix dérangeantes, notamment celle de l'avocat Serge Klarsfeld.
Ce qu'il y a de remarquable dans ce récit c'est le maillage que Cyrulnik parvient à tisser entre faits historiques, souvenirs personnels et étayage scientifique de ses analyses. Un style d'écriture particulier et très intéressant qui sert une autobiographie d'une grande rigueur intellectuelle: malgré une enfance chaotique et une jeunesse économiquement défavorisée, il est possible de réussir magnifiquement sa vie.
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SabiSab28
  30 novembre 2015
Boris Cyrulnik affronte son passé pour délivrer un message humaniste, scientifique de ses souvenirs tronqués, en analysant ses propres représentations, ses mécanismes de défense (le déni, le silence, les histoires de récré, ...) et en les confrontant à la réalité avec L Histoire, la vraie et non pas celle qu'il s'est inventé pour se préserver.
Qui n'a jamais perçu ce décalage entre un épisode vécu enfant et la vérité apportée par un regard extérieur ? le passé devient cohérent grâce à nos oublis et à nos remaniements affectifs.
Boris Cyrulnik apporte ses savoirs en tant que neuropsychiatre pour expliquer ces phénomènes que lui-même a vécu; ainsi, il confronte sa mémoire narrative à la mémoire historique des faits, en expliquant les différents concepts, que sont le déni, la résilience, ... et en l'agrémentant d'expériences scientifiques réalisées dans le monde pour appuyer ce postulat. La résilience est sa notion phare, il en parle largement à travers ses autres écrits. Il insiste encore dans celui-là en mettant en exerce le rôle primordial de "l'attachement sécure", sans celui-ci le traumatisme s'installe et la résilience devient impossible.
Il appuie là ou ça fait mal (que l'on retrouve dans Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître) : cette propension à vénérer ses héros morts mais à délaisser les survivants, les revenants pourrait-on même dire. Il faut savoir écouter pour rompre l'isolement, le silence ou au contraire calmer la logorrhée destructrice.
Ce livre est rempli d'humanisme puisque même s'il s'agit de mémoires, Boris Cyrulnik écrit pour que ces erreurs passées ne se reproduisent plus: ni dans la haine, le racisme, le fascisme, ni dans l'aveuglement, l'isolement de l'autre "différent" par ce qu'il est ou ce qu'il a vécu.
Une note d'espoir dans ce monde de brutes.
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Fandol
  03 novembre 2016
Au départ, Boris Cyrulnik ne voulait pas écrire une autobiographie mais c'est « en déroulant le fil » à partir de son arrestation, à Bordeaux, le 10 janvier 1944, qu'il a finalement livré, avec talent, l'histoire de sa vie.
Neuropsychiatre de renommée internationale, Boris Cyrulnik explique qu'il est né deux fois : le 26 juillet 1937, jour où il est venu au monde, et lorsqu'il a été arrêté dans son lit par des hommes armés. Il avait 6 ans. Ce jour-là, il s'est senti « condamné à mort pour crime qu'il allait commettre… »
Au fil des pages, il détaille ses souvenirs, les confronte à d'autres témoignages et se rend compte de certaines inexactitudes, exagérations ou minorations. Quelques images lui reviennent alors qu'il avait deux ans mais il se demande si cela ne vient pas de photos vues après guerre. Ainsi, il se rend compte que nous agençons des souvenirs épars et que nous recomposons le passé. « En faisant converger ces sources différentes, je me suis fabriqué un souvenir cohérent. » Il constate aussi : Dans une même situation, chacun construit des souvenirs différents ».
Placé à l'Assistance publique par sa mère, la veille du jour où celle-ci va être arrêtée, il va ainsi passer de l'un à l'autre, encaissant traumatismes et frustrations. Les détails qu'il donne, permettent de comprendre un peu mieux cette période si difficile de notre Histoire : l'Occupation. Quand la paix arrive, rien n'est résolu pour notre garçon qui se voit obligé de se taire car on ne l'écoute pas, on ne le croit pas.
Se considérant comme un petit vieux à l'âge de 10 ans, il affirme « qu'on ne provoque pas l'attachement d'un enfant en le gavant. On l'écoeure, c'est tout. C'est en le sécurisant et en jouant avec lui qu'on tisse ce lien. »
Dès 11 ans, il voulait devenir psychiatre et l'a écrit dans une rédaction. Heureux à Paris avec Dora « la belle danseuse » et Émile « le costaud scientifique », il constate que, dans l'après-guerre, on oublie tous les juifs qui ont combattu. Ballotté entre Dora et Margot, à Bordeaux, ayant connu aussi les institutions, il cite Georges Pérec, « son frère d'âme ». il connaît le bouillonnement artistique de Paris entre Barbès et Pigalle où il fréquente le lycée Jacques-Decoux. Boris Cyrulnik reconnaît même : Si j'avais été équilibré, je n'aurais pas eu besoin de ce rêve fou : devenir psychiatre ! »
Souvent, il revient sur ce qu'il a vécu dans son enfance avant de parler de sa carrière politique qui débute à … 14 ans, au Parti Communiste, pour cesser deux ans plus tard. Il termine en s'appuyant davantage sur l'évolution des mentalités après la guerre ; il compare le récit supportable d'Anne Frank et celui, glacial, de Primo Levi. Quand il parle du procès Papon, c'est pour affirmer que la mémoire historique n'est pas la mémoire narrative. On a encore fait taire les survivants !
Boris Cyrulnik sait que, pour s'en sortir, il vaut mieux comprendre et pardonner : « Haïr, c'est demeurer prisonnier du passé. »
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Citations et extraits (102) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   15 décembre 2014
La maturité précoce n'est pas un signe de bon développement; c'est plutôt une preuve de gravité anormale pour un enfant. Les adultes se trompent quand ils croient que l'enfant a mûri trop vite. Ce n'est pas de l'expérience, c'est une perte de vitalité. Sous le coup du trauma, les enfants s'éteignent et les adultes admirent leur "maturité". Vous pensez bien qu'il s'agit d'un contresens. L'enfant accablé ne joue pas et cherche à donner une forme verbale à son abattement. (p.216).
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lisettelisette   09 février 2013
Quand on se soumet à une représentation, au point de la couper de toute perception réelle, on réalise une abstraction utopique. Quand on rêve d'habiter un non-lieu, une cité idéale où les âmes seraient parfaites, on éprouve un sentiment d'euphorie et de toute puissance béate. Cette idéalisation est différente du refuge dans la rêverie où l'on souffre moins quand on fuit un réel insupportable. .. Au contraire, un utopiste imagine ce serait merveilleux de vivre ensemble dans une cité pure et juste, d'où le mal serait éradiqué. Nos relations seraient angéliques. Nous serions transparents puisque, tous pareils, sans différences, sans étrangers, nous n'aurions rien à cacher, nous penserions comme une seule âme.... En utopie toute manifestation intime est un acte de désolidarisation. Celui qu fait secret est un briseur de rêve, ou même un criminel car il cache certainement une transgression. Il n'est pas des nôtres, il nous détruit. A mort l'étranger, le Nègre, le Juif, le fou, le sidaîque, l'autre, le différent qui ne pense pas comme nous. Puisque nous pensions le Bien, la société parfaite, l'égalité des âmes et la pureté, les autres différents nous souillent et détruisent notre utopie en ne récitant pas nos prières et nos slogans. Ainsi fonctionnent les sociétés totalitaires où toute tentative d'aventure personnelle, comme l'art ou la psychologie est considérée comme un blasphème envers Celui qui a conçu la Cité iidéale.
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ssstellassstella   04 février 2014
... Avez-vous pardonné ?
Ni haine ni pardon.
Personne n'a demandé mon pardon, sauf peut-être les jeunes Allemands qui se sentent encore coupables des crimes de leurs grands-parents. Pourquoi me demandent-ils pardon ? Quand un homme viole une femme, on ne met pas son fils en prison.
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zazimuthzazimuth   08 janvier 2013
On est mal à l'aise quand on doit choisir entre le bonheur dans la servitude qui nous sécurise et le plaisir du cheminement personnel qui nous isole.  (p.213)
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patatarte2001patatarte2001   15 avril 2015
La vie est folle, n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'elle est passionnante. Imaginez que nous soyons équilibrés dans une existence paisible, il n' y aurait ni événement, ni crise, ni trauma à surmonter, de la routine uniquement, rien à mettre en mémoire : nous ne serions même pas capables de découvrir qui nous sommes. Pas d'événements donc pas d'histoire, pas d'identité. Nous ne pourrions pas dire : " Voilà ce qui m'est arrivé, je sais qui je suis puisque je sais ce dont je suis capable face à l'adversité." Les êtres humains sont passionnants parce que leur existence est folle.
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Boris Cyrulnik invité de la Grande table .Les écrans : une menace pour nos enfants ?
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