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ISBN : 2752907613
Éditeur : Libretto (13/09/2012)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Après la déportation par les Russes de quatre mille of ciers polonais dans le camp de Starobielsk, d’octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz : ils furent les seuls à échapper au massacre de Katyn. Afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, les prisonniers imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences. Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de science ou d’alpinisme, Joseph Czapski... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
keisha
  30 janvier 2011
Pour faire court, disons que Joseph Czapski est un artiste polonais, qui a vécu à Paris dans les années 20-30; en 1940 il était officier dans l'armée polonaise, échappa de peu au massacre de Katyn, mais fut interné dans un camp (russe) de prisonniers à Griazowietz. "Nous y avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. Quelques-uns de nous se mirent à faire des conférences militaires, historiques et littéraires." Czapski choisit de parler de peinture polonaise et française, ainsi que de littérature française.

Les conférences sur Proust, prononcés en 1940-41, ont été dactylographiées en français en 1943 ou 1944, à partir de cahiers, dont certaines pages sont reproduites dans le récit. Evidemment l'auteur parle de Proust d'après ses souvenirs puisqu'il n'avait aucun livre à sa disposition. Il lui arrive cependant de citer le texte de tellement près qu'il est sûr qu'il a fait plus que lire Proust, il se l'est "assimilé"...

Premier intérêt du livre, cet incroyable décalage entre ces prisonniers en baraquements, dans un environnement glacial, et Proust dans sa vie plutôt ouatée, entre la survie en temps de guerre et ce temps (perdu?) à s'intéresser à l'oeuvre de Proust. Il est notable aussi que ces écrits extraits uniquement de souvenirs portent sur un immense roman issu de souvenirs volatils tels une madeleine, des dalles inégales sous les pieds... Savoir ce qu'en de semblables circonstances nous aurions fait?

Deuxième intérêt du livre, bien évidemment, une brillante étude sur Proust, "sa vie, son oeuvre", comme on dit... A faire craquer tout irréductible anti-Proust. C'est clair, complet, l'essentiel y est, ce pourrait être une excellente introduction à la lecture de Proust... sans peur et sans complexes.
Je n'ai pas envie de résumer, je voudrais juste citer un intéressant pasage (parmi de fort nombreux) sur la traduction de Proust:

"Quand il s'agit de la Pologne, la phrase énorme de Proust est inacceptable. N'en ayant pas les moyens, la langue polonaise exigerait des "ktory, ktora" ("que" en polonais) sans fin. Mais Boy, dans sa traduction, alla plus loin encore. Il fit paraître ces volumes dans une impression bien plus lisible, avec les alineas, avec des dialogues pas en fouillis dans le texte mais menés de ligne en ligne. le nombre de volumes dans sa traduction est double. (...) le résultat immédiat fut que Proust se lisait si facilement dès sa parution en polonais qu'on aimait à raconter une blague à Varsovie, qu'il faudrait retraduire Proust en français d'après la traduction polonaise, et que c'est alors seulement qu'il deviendrait un écrivain enfin populaire en France." [je me demande d'ailleurs s'il n'existe pas une traduction de Montaigne du japonais, paraît-il plus aisée à lire?]

Et encore:

"Proust affirme que la parenté de sa phrase avec celle de la phrase allemande n'est ni hasard ni maladresse, mais c'est que la phrase allemande d'aujourd'hui rappelle le plus la langue latine. Ce n'est pas à la langue allemande mais à la langue français du 16ème siècle, encore bien plus intimement liée avec le latin à laquelle son style se rattache."

Troisième intérêt du livre : Sera--t'il le coup de pouce nécessaire pour me plonger dans La prisonnière (oui, j'en suis arrivée là, depuis des années d'arrêt; j'ai démarré du côté de chez Swann en 2003, je me donne une décennie, rien n'est perdu encore). Qui se lance?

Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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Corboland78
  10 mai 2017
Joseph Czapski, né en 1896 à Prague (alors Autriche-Hongrie) et mort en 1993 à Maisons-Laffitte (France) où il vécut en exil après la guerre, était un artiste polonais, peintre, écrivain, essayiste et critique d'art. Combattant comme officier de l'armée polonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale, il fut l'un des rares survivants des massacres d'officiers perpétrés en 1940 à Katyn par l'Union soviétique. Pour mémoire, le massacre de Katyn est l'assassinat de masse, par la police politique de l'Union soviétique au printemps 1940 dans la forêt de Katyn, village russe proche de Smolensk et de la frontière biélorusse, de plusieurs milliers de Polonais, essentiellement des officiers d'active et de réserve (dont des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des enseignants etc.), et divers autres membres des élites polonaises considérées comme hostiles à l'idéologie communiste.
Après la déportation par les Russes de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, d'octobre 1939 jusqu'au printemps 1940, quatre cents d'entre eux furent déplacés à Griaziowietz, ce furent les seuls à échapper au massacre de Katyn. Dans ce camp, ces officiers tentent « de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. » Pour cela ils organisent des conférences abordant divers sujets. Joseph Czapski choisit de parler peinture et littérature, l'une de ces conférences, Proust contre la déchéance, dactylographiée en français entre fin 1943 et début 1944, vient d'être rééditée.
Un texte court, une cinquantaine de pages, mais d'une puissance inouïe. Puissance inouïe car il offre deux axes de réflexions, le dit et le non-dit. le dit, c'est une sorte d'essai sur l'oeuvre de Marcel Proust, construit sans aucun support (livres ou autres) si ce n'est la mémoire de Czapski et c'est impressionnant. En peu de pages il propose une excellente analyse d'A La Recherche du Temps Perdu, qui ne peu manquer à ceux qui ne l'ont pas lue de s'y précipiter et aux autres de se remettre en mémoire des passages, des situations, des angles de vue pleins d'intérêt. Si Joseph Czapski analyse Proust, il n'oublie pas de le remettre dans le contexte artistique de l'époque, démontrant ainsi l'immensité de sa culture.
Et puis il y a le non-dit qui force l'admiration et nous émeut au plus haut point. Ces hommes, prisonniers et condamnés, souffrant mille maux dans des conditions de vie éprouvantes, trouvent le moyen de s'organiser, de s'inventer une vie en résistance contre la mort promise en donnant des conférences ! Peut-on seulement imaginer cela ? Armés des connaissances archivées dans leur mémoire, ils instaurent des débats d'idées, ils élèvent l'âme de leurs collègues détenus. Au coeur de l'Enfer, ils crient non ! nous ne sommes pas encore morts, et ils jouent la culture contre la résignation et l'adversité.
Un texte sublime, forcément sublime.
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Titine75
  10 décembre 2012
Joseph Czapski (1896-1993), peintre et théoricien de l'art, intègre l'armée polonaise le 1er septembre 1939. Il est fait prisonnier par les Soviétiques à la fin septembre et est interné à Starobielsk avec d'autres officiers polonais. Dans ce camp, 4000 officiers sont entassés et pour surmonter cette épreuve ils décident de se faire des conférences. Ces dernières étaient interdites et se faisaient en cachette. En avril 1940, les officiers polonais furent déplacés et des milliers d'entre eux furent exécutés dans la forêt de Katyn près de Smolensk. Joseph Czapski fit partie des survivants qui furent transférés au camp de Griazowietz où ils restèrent jusqu'en 1941. Dans ce camp, les conférences reprirent de manière plus officielle. Les gradés y parlaient de politique, d'histoire, de peinture et de littérature. Joseph Czapski décida quant à lui de parler de l'oeuvre de Marcel Proust. Il le fit sans documentation, sans « La recherche du temps perdu », il faut donc souligner son extraordinaire travail de mémoire.
Joseph Czapski parle admirablement de Proust et de son oeuvre. Proust le dandy, le mondain qui décida de se plonger corps et âme dans l'écriture : « Proust s'enfonce dans son travail littéraire. Il s'enterre depuis cette étape jusqu'à sa mort, de plus en plus, dans sa chambre de liège. » A contre-courant de ce qui se faisait (un style plutôt bref et pressé), Marcel Proust écrit son roman fleuve, décrit et invente un univers. A l'origine, la recherche était un flux continu sans interruption de chapitres, de volumes, sans alinéa, sans marges. Idée folle et parfaitement impossible à éditer, Proust devra découper son travail pour le faire accepter. Cette forme initiale, qui aurait été illisible, est logique et correspond parfaitement au projet de Proust. La recherche est en effet un flot continu de pensées, de sensations, de vies. le moindre sentiment, la moindre impression y sont disséqués pour rendre ce qu'est la complexité de l'être humain. Joseph Czapski l'exprime ainsi : « La forme du roman, la construction de la phrase, toutes les métaphores et les associations sont une nécessité interne, reflétant l'essence même de sa vision. Ce n'est pas le fait cru, je le répète encore, qui hante Proust, mais les lois secrètes qui le régissent, c'est le désir de rendre conscients les rouages secrets de l'être les moins définis. » La complexité de la phrase comme miroir de l'âme humaine.
Proust hanté, possédé par son oeuvre, est présenté par Joseph Czapski comme un obsessionnel revenant toujours sur son travail. Proust avait l'obsession de la perfection, du mot juste, de la phrase exacte (on sait à quel point ses retouches ont pu rendre fous ses éditeurs). L'auteur cherche un absolu inatteignable, une perfection qu'il semble avoir bel et bien atteint si l'on écoute ses lecteurs.
« Proust contre la déchéance » est admirable, c'est une leçon de survie grâce à l'art et une excellente analyse du plus grand auteur français.
Lien : http://plaisirsacultiver.wor..
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luocine
  11 juin 2017
Un livre que j'avais déjà remar­qué puis oublié et qui m'a été remis en mémoire par Sandrine. Les circons­tances de ce livre sont stupé­fiantes : Joseph Czapski faisait partie des offi­ciers polo­nais captu­rés par les sovié­tiques alors qu'ils voulaient combattre les nazis. Ce fut une consé­quence du pacte Germano-​Soviétique et comme la Russie a fini par le recon­naître en 1990, envi­ron 30 000 offi­ciers polo­nais furent tués par balle à Katyn. Joseph Czapski fait partie des quelques survi­vants, il ne sait pas ce que sont deve­nus ses amis. Voici ce qu'il dit dans son intro­duc­tion
Nous étions soixante-​dix-​neuf de Staro­bielsk sur quatre mille. Tous nos autres cama­rades de Staro­bielsk dispa­rurent sans lais­ser de trace.
Au camp-​goulag de Grazo­wietz plutôt que de se lais­ser aller, avec ses amis, il orga­nise des confé­rences sur les spécia­li­tés des diffé­rents intel­lec­tuels polo­nais prison­niers. Lui est peintre, il avait décou­vert l'oeuvre de Proust à Paris et décide donc de le présen­ter à ses cama­rades. de mémoire, car bien sûr il n'a pas de livres avec lui, il fait une présen­ta­tion très fine de « la Recherche ». C'est très émou­vant de s'imaginer ces pauvres hommes réduits à la condi­tion de « zek » par la vie dans un goulag russe, écou­tant ses confé­rences :
Je vois encore mes cama­rades entas­sés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, haras­sés après un travail dans un froid qui montait jusqu'à quarante cinq degrés, qui écou­taient nos confé­rences sur des thèmes telle­ment éloi­gnés de notre réalité d'alors.
Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre de liège, qui serait bien étonné et touché peut-​être de savoir que vingt ans après sa mort des prison­niers polo­nais, après une jour­née entière passée dans la neige et le froid qui arri­vait à quarante degrés, écou­taient avec un inté­rêt intense l'histoire de la duchesse De Guer­mantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souve­nir de ce monde de décou­vertes psycho­lo­giques précieuses et de beauté litté­raire.
Quel plai­sir de parta­ger avec lui les souve­nirs de cette oeuvre si parti­cu­lière ! il fait revivre Swann, la duchesse De Guer­mantes et Bergotte et mieux que je ne saurais le faire, analyse l'importance de Berg­son chez Proust en parti­cu­lier pour cette notion du temps dans son oeuvre. Il balaie d'un revers de plume l'accusation de snobisme (qui d'ailleurs n'est plus guère de mise aujourd'hui). Il trouve même dans la recherche des accents pasca­liens, je n'ai pas très bien compris pour­quoi. Joseph Czapski est un artiste peintre de talent et il possède une culture person­nelle d'un autre temps.
Lien : http://luocine.fr/?p=8138
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pragmatisme
  14 août 2011
il s'agit du texte des conférences sur Marcel Proust, données par le peintre Josepk Czapski en 1940-1941 pour ses codétenus du camp soviétique de Crazovietz. Il sont entassés là, dans un ancien couvent , 79 prisonniers déportés comme lui de Starobielzk. Ils tentent de reprendre un certain travail intellectuel pour "surmonter leur abattement" et ils évoquent ensemble, à l'occasion de conférences autorisées mais contrôlées par les autorités, l'histoire du livre, de l'Angleterre, des migrations des peuples, de l'architecture, l'alpinisme, la peinture française et polonaise, la littérature française.

En l'absence de livres et de documents, l'auteur évoque des souvenirs sur l'oeuvre de Proust qu'il a découvert en 1924 et 1925 et dont il a lu l'oeuvre entière, créee entre 1904 et 1923. Josepk Czapski est alors malade du typhus et passe sa convalescence à Londres. Il restitue dans ce livre les mouvements artistiques et littéraires en France, le mouvement anti-naturaliste, l'impressionisme, le goût pour les primitifs italiens, le wagnérisme, la révélation de Debussy, l'apogée de Sarah Bernardt, les ballets russes de Diaghilev, le naturalisme de Degas et bientôt en 1907, le cubisme.

Il resitue l'oeuvre de Proust qui, dans ce mouvement, parait déroutant et il fait apparaître la transposition de la vie de Proust dans son oeuvre. Josepk Czapski choisit des scènes fixées dans sa mémoire. Proust cultivait la bonne forme dans le moindre détail, l'auteur parle même de "naturalisme par microscope", et avait une connaissance interne du monde aristocratique et du snobisme dans toutes ses formes. Il montre combien la sensibilité décalée de Proust, son admirable lucidité et sa minutiosité a apporté au développement d'un monde d'idées. Il lie Proust avec les idées de Pascal, bafouant tous les sens. L'oeuvre de Proust contient des milliers de pages vouées au contraire à leur étude, lui qui ne désire que jouir dans la vie des joies de l'amour et dont l'oeuvre est dépourvue de toute recherche d'absolu. Il dépeint les derniers jours de la vie de Proust à travers le personnage de Bergotte dans Albertine et Albertine disparue.

Je n'ai pas encore lu Proust et j'ai trouvé que ce livre était une bonne entrée en matière. le texte est court, des pages du manuscrit des conférences y figurent. Les souvenirs de l'auteur sont précis, le texte de ces conférences est riche et founi malgré les conditions dans lesquelles elles ont été données. Ce contexte participe à l'émotion que l'on ressent à la lecture du texte et de son introduction par l'auteur qui remercie ses amis en ces termes : "C'est à eux que j'ai dicté cet essai dans notre froide et puante salle à manger du camp de Griazowietz. La joie de participer à un effort intellectuel qui nous donnait une preuve que nous sommes encore capables de penser et de réagir à des choses de l'esprit n'ayant rien de commun avec notre réalité d'alors, nous colorait en rose ces heures passées dans la grande salle à manger de l'ex-couvent, cette étrange école buissonnière où nous revivions un monde qui nous semblait alors perdu pour nous pour toujours."
Lien : http://pragmatisme.over-blog..
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critiques presse (1)
NonFiction   13 septembre 2011
Une conférence sur Proust dans un camp soviétique, un témoignage poignant sur la force de la mémoire littéraire.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
mangeclousmangeclous   29 mai 2011
Il est impossible de parler de Proust profondément en le détachant des courants philosophiques qui lui étaient contemporains, en taisant la philosophie de Bergson, son contemporain, qui avait joué un grand rôle dans son développement intellectuel. Proust fréquentait les cours de Bergson, qui jouissaient entre les années 1890-1900 d’une énorme vogue et, à ce dont je me souviens, Proust connaissait Proust personnellement. Le titre même de l’oeuvre de Proust nous indique qu’il était hanté par le problème du temps. C’est le temps qu’étudiait Bergson du point de vue philosophique. J’ai lu maintes études concernant le problème du temps dans l’oeuvre de Proust. A franchement parler, je ne me souviens que de l’insistante affirmation à quel point dans ce domaine là justement l’oeuvre était capitale. Et encore la thèse principale de la philosophie de Bergson doit être rappelée ici. Bergson affirmait que la vie est continue et notre perception est discontinue. Notre intelligence, par suite, ne peut se former une idée de la vie qui lui soit adéquate. Ce n’est pas l’intelligence, mais l’intuition qui est plus adéquate à la vie (l’intuition chez les hommes correspond à l’instinct chez les animaux). Proust essaie de vaincre la discontinuité de la perception par la mémoire involontaire, par l’intuition de créer une forme nouvelle et une vision nouvelle qui nous donnent l’impression de la continuité de la vie. Nous appelons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influencés par la forme de Proust, des romans-fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette dénomination à ce point qu’ A la Recherche du Temps perdu. J’essaierai de l’expliquer par comparaison. Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui représentent le côté spécifique du fleuve, mais le courant même, continu et sans arrêt.
+ Lire la suite
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liratouva2liratouva2   02 avril 2011
Ce n’est pas au nom de Dieu, ce n’est pas au nom de la religion que le héros de «A la recherche» quitte tout, mais il est frappé d’une révélation foudroyante. Les deux derniers volumes sont aussi un hymne de triomphe de l’homme qui a vendu tous ses biens pour acheter une seule perle précieuse et qui a mesuré tout l’éphémère, tous les déchirements et toute la vanité des joies du monde, de la jeunesse, de la célébrité, de l’érotisme, en comparaison avec la joie du créateur, de cet être qui, en construisant chaque phrase, en maniant et en remaniant chaque page, est à la recherche de l’absolu qu’il n’atteint jamais entièrement et qui d’ailleurs est impossible à atteindre.
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AifelleAifelle   26 février 2011
"Nous étions quatre mille officiers polonais entassés sur dix-quinze hectares à Starobielsk, près de Karkhov, depuis octobre 1939, jusqu'au printemps 1940. Nous y avons essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. Quelques uns de nous se mirent à faire des conférences militaires, historiques et littéraires. Ce fut jugé contre-révolutionnaire par nos maîtres d'alors et quelques uns des conférenciers furent immédiatement déportés dans une direction inconnue. Ces conférences ne furent quand même pas interrompues mais soigneusement conspirées".

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coquecigruecoquecigrue   13 juillet 2013
Boy-Żeleński, traducteur polonais de Proust, qui est arrivé à traduire plus de la moitié de son oeuvre avant la guerre de 1939, et dont bien des pages sont un chef-d'oeuvre littéraire polonais (...) a volontairement éclairci le texte proustien. Proust voulait être largement populaire. C'est faux d'en faire un écrivain de chapelle, il faut l'éditer d'une manière qui le rende le plus lisible. (...) "J'ai sacrifié le précieux pour l'essentiel", affirmait Boy. Le résultat immédiat fut que Proust se lisait si facilement dès sa parution en polonais qu'on aimait à raconter une blague à Varsovie, qu'il faudrait retraduire Proust en français d'après la traduction polonaise, et que c'est alors seulement qu'il deviendrait un écrivain enfin populaire en France.
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luocineluocine   11 juin 2017
Nous appe­lons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influen­cés par la forme de Proust, des romans-​fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette déno­mi­na­tion à ce point qu » « À la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui repré­sentent le côté spéci­fique du fleuve, mais le courant même sans arrêt. Le lecteur de Proust, en rentrant dans les flots appa­rem­ment mono­tones, est frappé non par les faits, mais par les personnes telles ou autres, par la vague non arrê­tée dans son mouve­ment de vie même. Le projet primi­tif de son oeuvre, qu’avait Proust, n’a pas pu être réalisé dans sa forme exté­rieure d’après son désir. Proust voulait faire paraître cette immense « somme » en un seul volume, sans alinéas, sans marges, sans parties ni chapitres. Le projet sembla abso­lu­ment ridi­cule aux éditeurs les plus culti­vés de Paris et Proust fut forcé de morcelé son oeuvre en quinze ou seize volumes, avec des titres englo­bant deux ou trois volumes
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