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Critique de Horizon_du_plomb


Horizon_du_plomb
  01 novembre 2017
«  Fendre des foules inconscientes, savoir ce que les autres ignorent, participer d'une réalité dissimulée à l'homme du commun, éternel dommage collatéral d'une guerre clandestine, permanente et violente. (...) Une excuse pratique. Un mensonge pesant. (...) Il ne pourrait jamais réintégrer le troupeau. »

« Tout ce que nous commençons à entrevoir, c'est plutôt minable, pas très rassurant sur le fonctionnement des choses. Ça pue la magouille et la manipulation à tous les étages, pour un intérêt supérieur qui n'est pas toujours bien identifiable.
— Et ça te surprend ?
— Oui et non. Avant, j'avais des doutes, maintenant je constate. Enfin, j'entrevois. Et puis, parfois, comment dire ? Parfois, j'ai l'impression que ce qu'on fait, c'est juste de jouer les voyeurs, les rapporteurs de choses qui ne sont pas vraiment pour nous. Je ne suis pas sûre d'être très claire. »

Voilà un bouquin avec de multiples axes de pénétration (au sens propre comme figuré), de multiples personnages. Les transitions entre personnages de paragraphes à d'autres et pas de chapitre à un autre sont parfois un peu perturbantes au début, en particulier quand les passages sont courts, comme un tir en rafale. On s'y fait cependant et souvent l'auteur finit par s'amuser avec ces transitions.

« Son traitant ne lui avait-il pas recommandé d'être très prudent ?
« À tel point que tout le monde a fini par l'appeler fouette-cul.
— J'ai un peu de mal à vous croire. »»

L'auteur est percutant, va au direct, ne finasse pas malgré une intrigue aux multiples plans. Il dévoile ce qui se cache derrière les mots techniques et autres abréviations d'un milieu secret. Le détail est présent chez l'auteur jusqu'à ces bulletins d'actualité anxiogène dans lesquels on distingue les évènements du roman et qui se finissent souvent par des matchs de foot ou autre divertissement de masse abrutissant (« COMMENT LE MAILLON FAIBLE A CHANGÉ MA VIE »). Si on lit bien l'auteur, on se rend compte qu'il ne juge pas en soi, attitude bien trop facile et condescendante, il aborde plutôt les différentes facettes et les met en lien comme un journaliste fictionnel. La conversation avec le banquier Ziad Makhlouf est à cet égard un exemple du genre. Le livre est évidemment bien documenté. Par exemple, on apprend le système de lettre de change de l'Hawala et on comprend les difficultés de tracer l'argent du terrorisme.

« L'époque des agents doubles ou triples était un souvenir de la guerre froide. »

Parfois, on voit comme certains interlocuteurs sont en retard sur l'info ou au contraire l'acquière par un autre cheminement. Tout cela est très bien ficelé et prouve que la guerre commence d'abord par l'information (ou contre-information, en témoigne cette taupe d'Al Qaïda qui a réussi à infiltrer la CIA un peu à l'image du Frank Resnick du livre). Si on y réfléchit, le point positif en matière de dissimulation, c'est qu'un passé de religieux dévot ou une religion fortement active ne peut pas se cacher si facilement si on a les bons informateurs.

Dans ce roman noir, il y a de l'humour direct ou parfois lui aussi déguisé.

« l'expansion de l'islamisme radical, sa propagande et ses manifestations violentes. Les références de Martine ne pouvaient être fortuites. »

Il y a évidemment des points critiquables

Autant le début est happant, autant le rythme cache parfois une intrigue qui stagne en plateau vers le milieu du livre, en témoigne la série de meurtres qui tombent comme des dominos (pas toujours noirs) auxquels on va assister.

L'auteur cerne très bien les problèmes que certains pays rencontrent avec différents services secrets trop souvent en concurrence.

« Cela n'avait rien de surprenant, la DGSE et la DRM, bien qu'officiellement sous la tutelle du ministère de la Défense, n'étaient pas inféodées aux mêmes pouvoirs. Des pouvoirs qui s'apprêtaient à se combattre sans merci au cours des mois à venir. Cependant, la marche du monde les avait rattrapés et ils devaient à présent pactiser, au moins sur le front de ce que l'on appelait officiellement le terrorisme. (…) La création de la DRM, au début des années quatre-vingt-dix, s'était faite aux dépens de la DGSE, qui avait ainsi perdu une partie de ses domaines réservés et de ses moyens. le ressentiment entre les deux services demeurait vivace.  »

Quand on en sait plus sur la menace, on se rend compte que les gens se battent plus pour éviter le scandale que les victimes.

« Il ne s'agit pas seulement de sauver quelques vies humaines, Charles, mais de préserver notre crédibilité, notre influence internationale ainsi que des pans entiers de nos complexes militaro-industriel et pétrochimique. »

Le couple de journaliste, vieux briscard et jeune ambitieuse, m'a fait penser à ma lecture récente de « Tu n‘auras pas peur ». L'approche de la jeune journaliste d'origine musulmane qui se bat pour sa modernité, son couple et son audacieuse carrière est d'ailleurs à saluer, je crois que c'est peut-être le personnage avec lequel j'ai le plus accroché vu mes origines arabes malgré sa naïveté (voire sa bêtise) assez énervante. Je l'ai trouvée bien plus intéressante qu'un personnage comme Lynx qui frise parfois le cliché (voir ses propos « introspectifs » sur la guerre par exemple). Fennec représente bien leur entre-deux, je trouve. On doit par contre dire que, excepté Amel, le livre est juste d'un machisme primaire assez ennuyant à la longue.

Ce thriller n'est pas simplement bien ficelé, il est juste comme un café serré ou une prise qui provoque la disparition d'une certaine naïveté. Sur certaines scènes, la maille se resserre tellement qu'on en étouffe mais c'est bien le fond qui demeure intéressant. On assiste à une partie d'échecs ou plutôt de go si on s'en réfère au référent des zones d'autonomie temporaire (tout est une question de vitesse de diffusion, percolation et pas de délimitation, foi de physicien) .

Comme pour « Sous le drapeau noir », on retrouve ce même constat, celui d'un système serpent (secret, militaire, politique, financier) qui en vient à se mordre la queue en produisant ses propres déchets. L'Histoire humaine se résume trop souvent à des conflits d'intérêts tandis que la différence entre la fiction et le réel est et demeure l'impondérable.

« — Des pompiers pyromanes, c'est donc tout ce que nous sommes. »

« À force de fuir la rigidité de la normalité, on finit par recréer des systèmes tout aussi stupides et rigides que ceux dans lesquels on essaie d'éviter de tomber. Et on s'enferme encore plus.
— Je ne comprends pas.
— La liberté, c'est un concept inventé pour que nous ne devenions pas tous dingues. »

« Il ironisa. « Notre savoir-faire dans ce domaine est très apprécié, vous savez.  »»
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