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EAN : 9782070408078
189 pages
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 297 notes)
Résumé :
8 mars 1963. Le jeune Lucien Ricouart, isolé dans une pension pour apprentis, s'acharnant à domestiquer sa solitude, est retrouvé mort noyé dans un bassin après que ses camarades l'aient traité de "fils d'assassin".
Un professeur efface dans la boue, sous la pluie, son dernier message et son cri de révolte qui affirment au contraire et jusque dans la mort : "Mon père n'est pas un assassin".
Vingt-cinq ans plus tard, un jeune historien enquête sur le vi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
DamienR
  03 décembre 2012
Un roman cruel, pessimiste mais ô combien crédible. de la Résistance à la déportation, du quotidien des cités ouvrières à celui des internats, Didier Daeninckx dresse les portraits de personnages qui supportent les charges de leur enfermement social ou de sinistres manipulateurs bien heureux de leur supériorité.
Écrit en 1989, le déroulement de l'histoire est d'une modernité qui n'a rien à rougir des auteurs étrangers à la mode (Scandinaves, anglo-saxons) : un court chapitre largement postérieur aux événements relatés (pendant la Seconde Guerre Mondiale) introduit le roman et fait planer le doute jusqu'aux dernières pages. D'une vision centrée sur le récit de quelques années du personnage principal, notre regard s'élargit au poids de la Grande Histoire sur l'individu, et questionne la notion subjective de "fatalité" à laquelle il est facile de s'abandonner.
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Perlaa
  06 août 2020
Recueilli au magnétophone le témoignage d'un ancien résistant du Nord nous fait toucher l'histoire à hauteur d'homme. Jeannot Ricouart prend la parole à contre-coeur. C'est douloureux. Il préfèrerait tourner la page définitivement. Pas de tentative de la part de l'auteur de restituer la parole imparfaite ou maladroite de l'ancien ouvrier d'Usimeca. Malgré ses hésitations et ses réticences Ricouart relate son expérience avec précision et concision. Quelques faits de résistance, essentiellement l' élimination de collaborateurs, des faits somme toute assez communs, constituent les faits de gloire de Ricouart. Progressivement ils vont prendre une ampleur dramatique. Avec l'arrestation, la déportation et surtout le jugement de Ricouart en 1948 la montée en puissance du récit va s'accélérer jusqu'à la fin.
Au-delà de l'histoire émouvante, Daeninckx soulève des questions restées en suspens.
En 1948 les procès d'après-guerre peuvent avoir lieu. Mais qui sont les fonctionnaires en place? Quelle a été leur attitude pendant l'Occupation? Comment faire confiance à une France où peu de temps avant ils avaient dû servir l'État français de Pétain, une France avec "tous ceux qui ont trafiqué avec les nazis, qui ont dénoncé leurs voisins juifs, qui ont envoyé une lettre à la Kommandantur... la moitié du pays", une France de résistants , ici des FTP, où là aussi tout n' était pas si limpide.
Une réflexion sur la difficulté du pardon , de l'oubli.
Un roman nécessaire basé sur des faits réels. Une fois encore Daeninckx démontre sa connaissance et sa passion du terrain, de l'atmosphère si particulière du Nord aux eaux glauques de l'époque.



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Fandol
  02 mai 2017
La mort n'oublie personne, « Ce cri contre l'injustice », comme nous l'a dédicacé Didier Daeninckx, lors de Sang d'encre, à Vienne, débute à Blavaincourt, le 8 mars 1963, dans une école professionnelle des Charbonnages de France. le jeune Lucien Ricouart n'en peut plus d'être toujours traité de « fils d'assassin » et il prend la fuite pendant que la troupe charge une manifestation de mineurs…
Le jeune Lucien est retrouvé noyé après avoir écrit, sur la terre : « Mon père n'est pas un assassin. » le récit revient alors en arrière, le 20 juin 1944, à Cauchel, et c'est Jean Ricouart, père de Lucien, retraité, qui raconte. Il avait 17 ans et résistait contre l'occupant. Ayant suivi Moktar pour tuer un soldat allemand, le coup tourne mal et Moktar est abattu alors qu'il protégeait la fuite de son jeune camarade. Ce dernier est obligé de se cacher, trouve l'amour avec Marie et, chez le facteur Lenglart qui l'héberge, il découvre les lettres de dénonciation envoyées par « les bons Français » à l'occupant nazi…
Justement, une nouvelle mission, avec le Capitaine Camblain, l'emmène dans une ferme où le père est un dénonciateur et le fils, délégué cantonal de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme. Auparavant, une autre mission, chez un imprimeur, ne s'était pas bien passée… le 5 juillet 1944, Jean Ricouart est arrêté par les Miliciens, battu et torturé. Il se retrouve dans la prison de Loos-lès-Lille où un co-détenu, instituteur, s'occupe de lui : « Il me fit connaître Rimbaud et Trenet, Fréhel et Apollinaire. »
« On nous transféra la veille du 14 Juillet, au petit matin. Les matons, des Français pour la plupart, nous éjectèrent de nos cellules à coups de matraques et nous remirent aux Allemands… » C'est ainsi que commence ce voyage vers l'enfer partagé avec tant d'autres et dont témoigne un numéro tatoué en bleu sur son bras. Après cinq jours d'horreur, c'est le camp de Shorfheide-Neumark puis les marches de la mort car les SS ne veulent pas laisser de traces de leurs crimes contre l'humanité.
Lorsqu'il revient enfin, il pèse à peine 34 kg et il est un ancien déporté de… 19 ans. Il retrouve enfin Marie et l'épouse en août 1947 mais voilà qu'il est convoqué par un juge d'instruction, accusé de complicité de meurtre et jeté en prison ! Il sont six anciens résistants devant un jury composé de riches paysans, de commerçants et de notables, « le Peuple français jugeait en toute sérénité des inconnus venus du pays des gueules noires, les assassins d'un fermier et d'un notable… Les jurés qui avaient dormi sur leurs deux oreilles entre 1940 et 1944 après avoir compté l'argent du marché noir… »
L'avocat général et les juges étant d'accord entre eux, ils sont tous condamnés mais des années après, la bêtise et la méchanceté ont tué un jeune homme qui ne supportait pas la calomnie. Après d'inattendues révélations, l'épilogue arrive enfin. Il faut lire "La mort n'oublie personne" car ce que décrit Didier Daeninckx est toujours d'actualité, hélas.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Rhodopsine
  30 avril 2018
La classification des éditeurs est parfois mystérieuse: pourquoi dans une collection "policiers"?
Ne vous laissez pas éloigner par cette étiquette incongrue. Il s'agit d'un récit formidable sur la Résistance, pas celle des héros célébrés lors des commémorations, mais celle des sans-grades, des gamins, des ouvriers , des facteurs. Il est question aussi, ou surtout, de la douleur , des trahisons, des corruptions, et puis du Nord, des terrils, des mines, des quartiers rebâtis à la hâte, affublés de noms porteurs d'avenir dans des villes que l'avenir a désertées quand la mine a fermé.
Un livre qui me donne envie de découvrir l'oeuvre de D.Daeninckx.
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Krissie78
  01 septembre 2020
Quelle drôle d'idée de classer ce roman dans les "policiers". Certes il y a un mort dans le premier chapitre et un homme qualifié d'assassin, mais si enquête il y a c'est celle d'un journaliste sur l'histoire de la Résistance dans le nord de la France pendant la seconde guerre mondiale, pas une enquête policière. Mais s'agit-il pour autant d'un roman historique ?
La mort du jeune Lucien Ricouart en 1963 n'est que le prétexte à nous amener sur les pas d'une jeune historien qui vingt-cinq ans plus tard va interviewer le père de l'adolescent défunt, sur son passé de résistant. de fil en aiguille nous comprendrons pourquoi Lucien est mort en laissant pour dernier message "mon père n'est pas un assassin".
Dans ce roman Didier Daeninckx dépeint le destin d'un jeune ouvrier de 18 ans, pris dans une guerre qu'il n'appréhende pas dans sa globalité, emporté par son enthousiasme de jeune patriote dans un mouvement qui le dépasse et qui va ruiner sa vie et celle de son fils.
C'est le récit d'un triple enfermement. Il y a l'enfermement social dans lequel le père, Jean Ricouart est né, a grandi. Ouvrier non qualifié l'entrée fortuite dans la résistance lui permet de sortir temporairement d'une vie sans rêve et sans espoir. C'est aussi le récit d'un enfermement physique puisque Jean connaîtra les caches clandestines des résistants, les pires horreurs de la guerre puis la prison. C'est enfin le récit d'un enfermement psychologique. Celui du père dont l'esprit est prisonnier de ses origines, de sa conditions sociale, des souvenirs de qu'il a enduré entre 1944 et les années d'après-guerre, de l'accusation et de la condamnation qu'il a subit, de la vie qu'il a imposée involontairement à son seul soleil, Marie, la femme qui n'a jamais douté de lui, et à leur fils. Enfermement psychologique aussi pour le fils qui tout au long de sa courte vie sera vue par les autres par le prismes des actes supposés du père.
Un roman très sombre
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
pit31pit31   21 octobre 2020
J'ai approuvé mais il a bien compris que je n'étais convaincu qu'à moitié, que je n'en pensais pas moins. On a cessé de graisser les boggies à la limaille de fer et d'étrangler les conduits de Lockheed. Le travail était sinistre. Quinze jours plus tard les Américains débarquaient à trois cent kilomètres de Cauchel.
Nous habitions depuis toujours à une centaine de kilomètres des côtes anglaises mais jamais notre salut ne nous avait paru si proche. En quelques heures la peur a changé de camp. On le sentait, physiquement... L'index des sentinelles ne quittait plus la détente des fusils, le martèlement des semelles sur les pavés de la place n'était plus aussi réguliers. Et on les voyait disposer des sacs de sable devant la mairie et l'ancien Hôtel du Marché réquisitionné par la Feldgendarmerie.
- Le renard a mangé ses raisins verts...
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totototo   08 mars 2011
En prison, on connaît son avenir, son temps d'incarcération, on s'organise en humain retranché du monde ordinaire. A Schorfheide, à Reiterberg, le temps était aboli, la frontière entre le bien et le mal effacée... On ne connaissait plus que la souffrance du corps, l'avilissement. Là-bas, il n'y avait pas de miroirs. On ne se voyait jamais. On en arrivait à fuir les mares d'eau pour éviter de rencontrer notre reflet. Si je m'étais vu une seule fois dans une glace, je ne serais sûrement pas ici à discuter de tout ça...ma vie tient peut-être à un reflet dans une vitre...
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PalimpsestePalimpseste   23 juillet 2012
[...] Les lourdes portes de la prison s'ouvrirent et le convoi traversa Lille, longea la citadelle avant de prendre la direction de Marcq-en-Baroeul. Je ne rencontrai que des regards mornes. Nous nous attendions tous au pire et n'avions aucune envie d'en parler.
Malheureusement ce n'est pas ce qui advint... ce fut encore pire... Je ne peux pas vous le raconter... Ca ne passe pas par les mots... [...]
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SpilettSpilett   05 octobre 2014
Je crois profondément que personne ne mérite de décoration pour avoir tué un homme. Quel qu'il soit... A certains moments, il faut en venir là, et il n'y a rien de plus triste au monde...
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totototo   08 mars 2011
Je me suis lavé à la pierre, près de la porte, au dessus de la vaisselle de la veille. J'ai remis mes habits de la semaine, malgré les récriminations de la mère comme quoi, même si on est pauvres, ce n'est pas une raison pour le faire savoir.
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Vidéo de Didier Daeninckx
Il est l'heure de sortir une feuille de papier ! Comme chaque semaine, Rachid Santaki, invité d'Olivia Gesbert dans l'émission "En français dans le texte" sur France Culture, vous propose une dictée géante pour tester votre orthographe. Au programme du jour, un extrait de "Pierre et Jean" de Guy de Maupassant (1888). L'écrivain Didier Daeninckx est également en studio. À vous de tenter un sans faute !
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