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EAN : 9782378560300
Éditeur : Verdier (03/10/2019)
4.02/5   24 notes
Résumé :
Écrites au cours des quarante dernières années, les 76 nouvelles qui composent Le Roman noir de l’Histoire retracent, par la fiction documentée, les soubresauts de plus d’un siècle et demi d’histoire contemporaine française.

Classées selon l’ordre chronologique de l’action, de 1855 à 2030, elles décrivent une trajectoire surprenante prenant naissance sur l’île anglo-normande d’exil d’un poète, pour s’achever sur une orbite interstellaire encombrée des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
PtitVincent
  10 avril 2020
Cet ouvrage pourrait être le livre testament de Didier Daeninckx (même si j'espère bien qu'il en commettra encore bien d'autres). En effet ce recueil de nouvelles représente l'essence même de son oeuvre. Car Daeninckx aime à raconter les interstices de l'histoire. À l'image de ses plus célèbres livres « Meurtres pour mémoire », « Cannibale », « le der des ders »… Loin du roman national revendiqué par certains, ces nouvelles nous racontent ce qui n'est pas dans les livres d'histoire : des femmes et des hommes qui pourtant mériteraient d'y figurer, des femmes et des hommes qui à l'instar de Stéphane Hessel se sont indignés, des femmes et des hommes qui refusent l'ordre établi, des femmes et des hommes pour qui Liberté, Égalité, et surtout Fraternité ne sont pas des vains mots. Ces anonymes que préfère l'auteur et qui ont su garder leur dignité, parfois au prix de leur vie. À l'image de ces contrebandiers qui importent sur les côtes françaises une arme beaucoup plus terrible que des fusils ou des canons, des poèmes de Victor Hugo. Ou ces volontaires kanakes engagés d'office dans l'armée française en 1914, vendus à celle-ci par certains chefs de clans. Ou alors cette jeune adolescente bravant l'interdit familial qui part manifester un certain 17 novembre 1961 et que la famille a longtemps cru suicidée. Daeninckx signe ici des portraits sensibles, touchants et terriblement humains. L'histoire vue à hauteur d'homme. Avec une préférence personnelle pour les histoires les plus anciennes : guerres mondiales et colonialismes.
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Flaubauski
  23 mars 2020
Le roman noir de l'Histoire selon Didier Daeninckx, c'est une série de nouvelles écrites pendant une quarantaine d'années et réunies par ordre chronologique, non pas d'écriture, mais de moment où se passe l'action.
L'on démarre pendant la Commune, l'on fait une longue traversée dans les guerres mondiales et leur entre-deux, l'on s'arrête aussi en 1968, ou encore au milieu des années de désindustrialisation de certaines régions françaises, et enfin dans un futur proche – pour ne citer que les périodes qui m'ont marquée -.
Au fil de ces moments, racontés parfois de manière historique, parfois de manière journalistique, parfois encore de manière policière, mais toujours avec beaucoup d'humour, plus ou moins noir et grinçant, et d'engagement face aux causes présentées ainsi – et j'en passe encore, des genres qui sont représentés dans ces nouvelles extrêmement variées stylistiquement comme narrativement parlant -, c'est au commun des mortels que l'on fait face. Vous savez, toutes ces personnes lambda, considérées comme bien peu par les « grands » de ce monde, mais qui sont, en somme, celles qui font vraiment tourner les choses et parfois même parviennent à changer l'Histoire… Cela sonne assez juste dans le contexte actuel.
Même si j'ai parfois été moins convaincue par certaines nouvelles, j'ai quand même trouvé l'ensemble passionnant à découvrir, notamment parce qu'il renvoie, malgré une évolution de plume notable au fil de ces quarante années d'écriture, à une sacrée cohérence de fond qui donne tout son sens au titre choisi pour le recueil : un roman de l'Histoire, certes, mais noir, dans son aspect parfois sombre et pessimiste, mais surtout, à mon sens, dans toute son ombre qui fourmille incessamment pour la mettre en branle et lui donner vie, autrement dit, le peuple et la société.
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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hmurgia
  12 janvier 2021
Un recueil de nouvelles d'un noir brillant : policières ou tragiques, elles racontent les petites histoires de la grande histoire sous sa face sombre, en s'attachant aux anonymes ou à ceux qu'on a voulu faire oublier, en particulier les peuples colonisés ou/et exploités par la France. Ouvriers de la Commune, Algériens chairs à canon, éducation à deux vitesses des populations françaises, meurtres obscurs de manifestants, mais aussi politiques de la ville au bénéfice de ceux qui les mènent sont les thèmes forts d'un Daeninckx impressionnant.
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Faena
  01 avril 2020
Tout les personnages de ces nouvelles ne vous laisseront pas indifférent.
Les manuels d'histoire n'en parlent pas mais vous, lecteurs, ils vont vous murmurer à l'oreille les reflets de l'âme humaine, ils vont vous tenir éveillé.
Livre à ranger à côté de: l'histoire pour les nuls.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   09 avril 2020
Les haïkus de Reims

Toute la journée, la cathédrale avait brûlé. J'étais alors en dehors de la ville, face au fort de Brimont d'où partaient les obus incendiaires, enfoui dans une tranchée que nous avions reprise à l'ennemi trois jours plus tôt.
A l'aide du petit périscope que ma sœur m'avait envoyé en pièces détachées que j'avais patiemment assemblées, je pouvais apercevoir les artilleurs allemands éjectant les douilles de cuivre des culasses fumantes.
Entre deux explosions, on pouvait entendre les ordres hurlés par les officiers de la batterie pour que la troupe garde le rythme.
Les bombes volantes passaient à quelques mètres au-dessus de nous et leur souffle chaud faisait voler les pans de nos vareuses. Nous étions une trentaine d'hommes bloqués là, dont la mission consistait à observer les mouvements, à transmettre les positions adverses pour le réglage de nos propres pièces d'artillerie.

Le premier poste de téléphone se trouvait à cinq cents mètres en retrait, et deux hommes avaient déjà payé de leur vie l'ordre que je leur avais donné d'acheminer à l'arrière le résultat de nos constatations.
Les incendies, qui ravageaient le cœur de la ville, jetaient une lumière rouge à des kilomètres à la ronde, et la moindre tentative de sortie équivalait à un suicide.

Pourtant, quelle n'avait pas été ma surprise de voir arriver trois hommes envoyés par le commandant du 33e régiment d'infanterie auquel notre bataillon appartenait. Le lieutenant Girard, que je connaissais pour avoir participé à ses côtés à la reprise de la ville la semaine précédente, avait fui mon regard quand il s'était approché de moi.
-Vous venez en renfort ?
- Non sergent … On a ordre de vous ramener à l'arrière ...

Un obus défectueux avait labouré la colline, à notre gauche, nous obligeant à nous jeter sur le sol boueux. Je m'étais relevé le premier.

- Me ramener à l'arrière ? Et pourquoi ?
- Ne posez pas de questions, sergent, et remettez-moi votre arme. Vous êtes aux arrêts de rigueur.

Le lieutenant Girard avait attendu que l'enfer ne soit plus qu'un purgatoire pour prendre le chemin du retour. A trois heures du matin, harassé, je m'étais retrouvé devant le commandant Faubert, flanqué de deux subordonnés, qui avaient agité devant lui une poignée de feuilles.

- C'est bien vous, sergent Lapie, qui êtes responsable de cette publication, de cette Gazette du 33e ?
- Oui mon commandant. Il s'en publie dans tous les régiments et j'ai même obtenu votre autorisation …

Il s'était laissé tomber sur son siège et avait ouvert le dernier numéro pour en lire quelques extraits.

- Oui, pour des textes patriotiques, pas pour des écrits sans queue ni tête comme celui-ci :

Des arrivages de chair
Bien fraîche, toute préparée,
Pour cette nuit sont signalés.

Ou pire encore :

Le moribond criait : Maman !
De l'arrière, le journaliste
A entendu : Vive la France !

On est là dans l'entreprise de démoralisation. c'est le général Combes, pourtant ami avec l'un de nos plus grands poètes récemment disparu, Paul Déroulède, qui m'a alerté. Vous connaissez Le Clairon, j'imagine ?

Il s'était mis à déclamer d'une voix vibrante :

L'air est pur,
La route est large,
Le clairon sonne la charge,
Les Zouaves vont chantant,
Et là-haut sur la colline,
Dans la forêt qui domine,
Le Prussien les attend.

J'avais rectifié ma position.
- Ce sont des poèmes d'inspiration japonaise, mon commandant, des haïkus ... Plusieurs de mes hommes en écrivent … Ils ne pensent pas à mal …
- Ce n'est pas à vous d'en juger. Et je ne vois pas ce que les Japonais ont à faire dans notre histoire ! Lieutenant, conduisez le sergent dans le quartier de force en attendant que je décide de la suite à donner à cette affaire.
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grandcaffegrandcaffe   13 avril 2021
L'insécurité c'est les autres;
En rentrant à la maison, j'ai récapitulé mentalement tout ce qu'il fallait faire pour rester en vie : revendre la voiture, virer les détrergents, résilier l'abonnement au gaz, à l'électricité, renoncer au ski, à la chasse, au bricolage, au jardinage, démonter la baignoire...
A la fin, j'avais tellement le cafard que j'ai eu envie de me foutre en l'air. Je me suis arrêté devant la vitrine de l'armurier, et sur fonds de flingues, j'ai regardé mon reflet dans les yeux en me souvenant des dernières paroles du type au zinc. Je faisais beaucoup plus que mes soixante piges. De la ride, de la poche, du pli aux commissures. Statistiquement, je n'avais plus l'âge de débrancher la ligne, j'étais devenu trop vieux pour effacer cet étranger qui me faisait face;
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grandcaffegrandcaffe   03 avril 2021
J'apprends à mes élèves les subtilités de la culture du raisin, de la fabrication du vin, de la distillation, en leur montrant les images des vignobles de la Mitidja, mais je serais bien incapable de leur expliquer pourquoi on produit par millions d'hectolitres une boisson que les habitants du pays ne consomment pas alors qu'ils manquent cruellement du blé dont on fait le pain...(lécole des colonies)
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grandcaffegrandcaffe   03 avril 2021
L'angoisse l'étreignait à l'idée de devoir repasser entre les mains de ses bourreaux. Pas la peur des coups, non, seulement celle de ne pas être assez fort pour y résister. Il se voyait prendre le stylo et signer le papier d'infamie qui accusait les compagnons d'Abdou de crimes aussi effroyables que mensongers. Il tendit les bras vers des débris de carreaux qui jonchaient le sol, depuis les bombardements, en préleva un dont il essaya le tranchant sur le bord du matelas, puis l'approcha de sa gorge qu'il entailla profondément. (les chiens et les lions, 15 Juin 1940)
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grandcaffegrandcaffe   03 avril 2021
L'isolement est un fléau dont on devrait décrire les ravages aussi bien que ceux du termite ou de la mouche tsé-tsé.(lécole des colonies)
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Vidéo de Didier Daeninckx
À quelques jours des municipales, le réel d'abord : Didier Daeninckx ouvre son tract Gallimard sur son déménagement : il quitte la Seine-Saint-Denis (93) pour s'installer dans le Val de Marne (94). Porteur de la mémoire de ces espaces, il revient sur les nombreux bénéfices dont ont bénéficié les mairies et les associations communistes à Aubervilliers, et plus généralement dans les banlieues rouges. L'écrivain, pour qui l'écriture reste un lieu de résistance, explore le roman fiction dans trois livres, publiés dans la collection Tracts chez Gallimard intitulé "Municipales : Banlieue naufragée" (2020), "Le roman noir de l'Histoire" (Verdier, 2019) et, paru en mars en folio Gallimard, "Artana ! Artana !". Il est l'invité de la Grande table aujourd'hui.
La Grande table Culture d'Olivia Gesbert – émission du 11 mars 2020 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/saison-26-08-2019-29-06-2020
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