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Philippe Bouquet (Traducteur)
EAN : 9782748901092
181 pages
Éditeur : Agone (20/08/2009)
4.27/5   13 notes
Résumé :
La Dictature du chagrin rassemble seize écrits issus du même recueil que le fameux « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Ces courts textes, où les talents littéraires de l’auteur épaulent la critique sociale et l’engagement politique, réagissent à l’actualité, dont ont été extrait des thèmes intemporels : le rapport de l’individu au collectif, la domestication des esprits, l’éducation, l’auto-illusion, etc. En fin de recueil, un reportage eff... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lilianelafond
  23 juillet 2016
Très bonne nouvelle. Les éditions Agone ont réédité La Dictature du Chagrin, un livre caustique et amer du journaliste et écrivain anarcho-syndicaliste suédois Stig Dagerman (1913-1954).
« Dans les instants qui ont précédé l'annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m'octroyait l'Académie de Suède, j'étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j'aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). » C'est par ces mots que Jean-Marie Gustave le Clézio a ouvert le discours qu'il a prononcé, le 7 décembre 2008 à Stockholm, lors de la réception de son Prix Nobel de Littérature. Le Clézio qui, l'été précédent, avait reçu le prix décerné par l'association suédoise des Amis de Dagerman a toujours été sensible « à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme » qui marque l'écriture de Dagerman.
La Dictature du Chagrin rassemble seize textes courts issus du même recueil que le célèbre Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Ces textes ont été publiés entre 1945 et 1950 dans diverses publications suédoises comme Vi, Veckojournalen, Folket i bild… et Arbetaren (Le Travailleur), quotidien anarcho-syndicaliste de la Sveriges arbetares centralorganisation (SAC) que le compagnon Albert Camus était allé saluer en 1957 à l'occasion de son voyage à Stockholm pour recevoir, lui aussi !, le Prix Nobel de Littérature.
Dans un style sobre et pointu, avec une ironie parfois sombre et soucieuse, Dagerman décortique le monde de l'après-guerre, l'ordre établi, les tares humaines (lâchetés, hypocrisies, mensonges...), les questions liées à l'éducation, les rapports de l'individu au collectif avec, pour pivot, le conflit entre l'éthique et l'esthétique, thème central du texte L'Écrivain et la conscience. En anarcho-syndicaliste convaincu, Dagerman se dressait évidemment contre la domestication des esprits. le texte qui donne son titre au recueil fut écrit en réaction au deuil national décrété après le décès du roi Gustave V. Dagerman y fustige le détestable chagrin organisé devenu support de publicité et mensonge public.
L'Anarchisme et moi, le Destin de l'homme se joue partout et tout le temps, Signer ou ne pas signer, Contribution au débat Est-Ouest, L'Ange de la paix réduit au silence, le Rôle de la littérature est de faire comprendre le sens de la liberté…, les textes du recueil soulignent les engagements, les exigences et les urgences d'un moraliste libertaire tourmenté jusqu'à la brûlure. Avec une pédagogie particulière mêlant humour et humeurs noires, il répondit en 1952 aux questions d'une future bachelière qui lui demandait conseil. « La vie exigera de vous des prestations qui vous paraîtront répugnantes. Il faut donc que vous sachiez que le plus important n'est pas la prestation mais ce qui vous permettra de devenir quelqu'un de bien et de droit. Ils seront nombreux pour vous dire que c'est là un conseil asocial, mais vous n'aurez qu'à leur réponde : quand les formes de la société se font par trop dures et hostiles à la vie, il est plus important d'être asocial qu'inhumain. »
En 1946, Dagerman s'était rendu dans une Allemagne en ruines. Cela deviendra Automne allemand (Actes Sud – 1980). Deux ans plus tard, entre mars et mai 1948, il va réaliser un reportage en France. Cela deviendra Printemps français. Ces pages souvent froides et humides concluent l'ouvrage. La misère étrangle les étudiants du Quartier latin. « Les occasions d'immoralité et les tentatives de suicide sont, d'après les estimations, extrêmement nombreuses. » Les journaux sont réduits à une seule feuille, les chambres d'hôtel ne sont chauffées qu'un quart d'heure le soir, une femme de gréviste fait le trottoir pour survivre, Jean Genet veut réaliser un film sur sa vie tourmentée, les billets de cinq mille francs disparaissent, les rues prennent le nom des Résistants fusillés, une rumeur annonce la révolution pour le 6 au matin…
Mêlant littérature et enquête journalistique, pittoresque et critique sociale, Stig Dagerman observe les travailleurs avec empathie. « Ce sont des gens pauvres et paisibles qui n'ont pas besoin de prendre l'apéritif pour avoir faim et qui n'ont pas non plus les moyens de se le payer. Leur existence est meublée par cette tension infernale dans laquelle toute période de crise plonge les pauvres. » le récit des dimanches dans la cuisine des Regnault rappelle aussi quelques belles pages de littérature prolétarienne.
Dagerman a un sens aigu pour l'observation et l'analyse réaliste. L'évocation du Capitaine Jean, jeune résistant d'origine autrichienne qui a eu la « chance » de mourir avant la Victoire, permet d'explorer le gouffre noir qui sépare « le rêve de 1944 et la réalité de 1948 ». Trahisons et reniements des idéaux ont laissé des blessures ouvertes. Il n'y aura pas de révolution après la Libération... Une sévère désillusion qui aurait pu faire naître des brigades de justiciers vengeurs comme l'a imaginé Jean Meckert dans Nous avons les mains rouges. « L'essentiel est de pouvoir constater que, très récemment encore, il a pu, malgré tout, exister des êtres capables de mourir avec la conscience tranquille et des espoirs intacts », conclut Dagerman, grand chercheur d'absolu.
Stig Dagerman, La Dictature du chagrin et autres écrits amers, traduction du suédois et postface de Philippe Bouquet, éditions Agone, 192 pages, 17 euros. Nouvelle édition revue et augmentée de quatre textes.
Lien : http://archives-lepost.huffi..
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alzaia
  26 novembre 2015

Courts articles qui restent hélas très actuel! les mêmes problèmes gangrènent notre société en 2015... laminent les plus faibles et durcissent les modes d'interactions de manière exponentielle... Banalité que dire "très belle plume"... les articles sont courts et bien écrits, surtout avec du coeur derrière... j'imagine bien une lecture à voix haute de ces articles, en groupe, pour ressentir la chaleur humaine que dégage ces textes...
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
LutvicLutvic   03 juin 2021
Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l'humanité et contribue par sa vie, qu'il le veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur et de malheur, de grandeur et d'infamie, d'espoir et de désolation, de l'humanité.
C'est pourquoi je puis oser dire que le destin de l'homme se joue partout et tout le temps et qu'il est impossible d'évaluer ce qu'un être humain peut représenter pour un autre. Je crois que la solidarité, la sympathie et l'amour sont les dernières chemises blanches de l'humanité. Plus haut que toutes les vertus, je place cette forme d'amour que l'on appelle le pardon. Je crois que la soif humaine de pardon est inextinguible, non pas qu'il existe un péché d'essence divine ou diabolique mais parce que, dès l'origine, nous sommes en butte à une impitoyable organisation du monde contre laquelle nous sommes bien plus désarmés que nous ne pourrions le souhaiter. […] Je crois que l'ennemi héréditaire de l'homme est la macro-organisation, parce que celle-ci le prive du sentiment, indispensable à la vie, de sa responsabilité envers ses semblables, réduit le nombre des occasions qu'il a de faire preuve de solidarité et d'amour et le transforme au contraire en codétenteur d'un pouvoir qui, même s'il paraît, sur le moment, dirigé contre les autres, est en fin de compte dirigé contre lui-même. Car qu'est-ce que le pouvoir si ce n'est le sentiment de n'avoir pas à répondre de ses mauvaises actions sur sa propre vie mais sur celle des autres ? (« Le destin de l'homme se joue partout & tout le temps », p. 37, 38).
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LutvicLutvic   03 juin 2021
Il semble que pour les régimes autoritaires, aussi bien démocratiques que dictatoriaux, les intérêts de l’État soient peu à peu devenus une fin en soi devant laquelle a dû s'effacer le but originel de la politique : favoriser les intérêts de certains groupes humains. Malheureusement, la défense de l'élément humain en politique a été transformée en slogan vide de sens par une propagande libérale qui a camouflé les intérêts égoïstes de certains monopoles sous le voile de dogmes humanitaires douceâtres et sans grand contenu idéaliste, mais ceci ne peut naturellement pas, à soi seul, mettre en péril la capacité humaine d'adaptation, comme les propagandistes de la doctrine étatique veulent nous le faire croire. […] l'État démocratique de l'époque contemporaine représente une variété tout à fait nouvelle d'inhumanité qui ne le cède en rien aux régimes autocratiques des époques précédentes. Le principe « diviser pour régner » n'a certes pas été abandonné mais l'angoisse résultant de la faim, l'angoisse résultant de la soif, l'angoisse résultant de l'inquisition sociale a, au moins en principe, dû céder la place, en tant que moyen de souveraineté dans le cadre de l’État-providence, à l'angoisse résultant de l'incertitude et à l'incapacité dans laquelle se trouve l'individu de disposer de l'essentiel de son destin. Enfoncé dans le bloc de l’État, l'individu est sans cesse en proie à un sentiment lancinant d'incertitude et d'impuissance qui doit rappeler la situation de la coque de noix dans le Maelström ou celle d'un wagon de chemin de fer, attaché à une locomotive en folie, qui serait douée de pensée mais n'aurait pas la possibilité de comprendre les signaux ni de s'y reconnaître dans les aiguillages (« L'anarchisme & moi », pp. 21, 22-23).
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LutvicLutvic   05 juin 2021
La dernière ressource du tyran n'est-elle pas de faire appel au sens esthétique de l'espèce humaine ? A quoi sert la beauté architecturale des prisons et des commissariats de police si ce n'est à nous faire oublier la triste fonction de ces bâtiments ? Et quel peut être le but des parades militaires si ce n'est de nous faire oublier que la guerre est quelque chose de laid et de sale ? Pourquoi les forces d'occupation préfèrent-elles les beaux soldats à ceux qui sont laids si ce n'est parce qu'elles savent que la plupart des gens sont prêts à pardonner à la tyrannie de les priver de leur liberté au nom de la beauté ? La beauté à la solde du tyran est le pire ennemi de la liberté (« La liberté des chiens au Danemark », p. 125).
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alzaiaalzaia   26 novembre 2015
La semaine a été longue pour le peuple suédois. Il est vrai qu'il est normal que le chagrin fasse trouver le temps long. Mais en comparaison du chagrin organisé, le chagrin spontané va vite en besogne. La semaine qui vient de s'écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d'information sont mis en même temps au service d'une seulet unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe.
Ce que nous venons de vivre n'est rien de moins que le spectacle d'une dictature à l'oeuvre. Certes, il s'est agi au premier chef du côté journalistique de la dictature, mais cela a été bien suffisant. Cela a même été plus que suffisant. Pour un démocrate, le spectacle d'une démocratie qui se nie elle-même sur un point capital est certainement plus pénible que le deuil national en lui-même. Il est en toutes circonstances inadmissible d'ériger le conformisme en système, mais cela l'est particulièrement quand il s'agit des convenances. Même lors du décès d'un souverain, il existe un respect qui prime le recueillement : c'est celui de la démocratie.
Mais qui pourrait contester que ce respect a été bafoué lorque on voit des journaux d'opinions et de préjugés fort divers négliger, de sang-froid et à un moment aussi important, leurs fonctions démocratiques normales pour se livrer à une campagne de mise en condition dans laquelle le recueillement est indissociablement mêlé au mensonge public ? Il ne saurait être question de mettre en cause le chagrin spontané : comme tout sentiment vrai il est respectable. C'est le chagrin organisé qui est détestable parce que, au fond, il est faux, froid et gourmand. La semaine passée nous a appris que le chagrin pouvait être utilisé comme nouvelle à sensation, comme support de publicité et même comme moyen de jouissance. Elle nous a également appris que même une presse démocratique peut prétendre être la voix du peuple alors qu'elle est en fait en train de faire violence à son âme. (...)
Mais la dictature du chagrin n'a pas seulement asservi la presse. On a également pu la rencontrer dans bien des administrations aux locaux drapés de noir, où l'hypocrisie vêtue de sombre était plus appréciée que les costumes clairs. On a pu la croiser en flânant dans les rues commerçantes et en voyant les boutiques transformées, à l'aide de portraits, de crêpes, de drapeaux et de bougies, en chapelles ardentes du négoce. On a pu l'entendre se manifester à la radio en apprenant au cours de l'émission de musique enregistrée que le fox-trot prévu serait remplacé par Ô pays béni des dieux. Même le fédéralisme mondial n'y a pas échappé. La postérité doit absolument savoir que la soirée du Mouvement pour le fédéralisme a débuté, le 2 novembre, par un éloge funèbre au cours duquel la mémoire du symbole suprême de la nation fut saluée par des représentants de l'internationalisme!
On peut traiter tout cela de futilités mais ce sont alors des futilités fort significatives, parce qu'elles prouvent que la dictature du chagrin n'est pas moins stupide lorsqu'il se trouve qu'elle se donne en spectacle dans une démocratie. (...) Alors pourquoi le remplacer par Ô pays béni... ? Eh bien, parce que la dictature du chagrin l'exige. Et parce que le respect de la démocratie ne pèse pas lourd face à celui de la monarchie.
Les républicains d'hier peuvent bien soutenir qu'il n'existe aucune contradiction entre la démocratie du "foyer du peuple" et la monarchie du "château du peuple". C'est peut-être vrai si, par démocratie, on entend seulement une technique d'exercice du pouvoir ou une machine gouvernementale. Mais, jadis, le mot démocratie signifiait plus que cela. Jadis, il avait une signification spirituelle. Il désignait un sentiment et une façon de vivre, un style et un dignité. Il était l'expression du caractère sacré de l'individu.
S'il existe encore des gens qui soient prêts à lui accorder ce sens, il convient de dire que la semaine écoulée a porté de rudes atteintes à la démocratie et il est également facile de dire en quoi consistent ces atteintes. Elles résident dans le fait qu'un seul être humain a été glorifiée aux dépens de tous les autres, en partie du fait de ses mérites mais surtout du fait de mérites qui ne lui revenaient pas. Le Suédois moyen a connu l'humiliation de se voir abandonné de tous ceux qui, d'habitude, tirent avantage de pouvoir parler en son nom. Presque tous les orateurs ont rivalisé d'efforts pour lui inculquer l'idée que ce qui vient de se passer est un malheur sans précédent. On lui a même donné le sentiment que, quoi qu'il puisse lui arriver en ce moment, personne n'aurait de temps, de larmes ou de place dans les journaux pour le plaindre. Les forces qui auraient dû rétablir une proportion décente entre la véritable contribution du défunt et celle que la psychose lui attribue se sont révélées honteusement défaillantes.
Cette longue semaine à de quoi nous faire peur par ce qu'elle nous a appris. D'une part, elle a confirmé ce que l'on soupçonnait depuis longtemps, à savoir que notre démocratie suédoise est dépourvue de tout sentiment du sens profond de la démocratie. D'autre part, elle a montré que le principe de la monarchie n'est pas plus compatible maintenant qu'auparavant avec celui de la dignité de l'homme. Enfin, elle a révélé que, chez la plupart de ceux qui façonnent l'opinion démocratique de ce pays, il n'y a ps plus d'instinct démocratique que dans une bordure de trottoir de la cour du palais royal.
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lilianelafondlilianelafond   23 juillet 2016
Personne ne peut dire que l’être humain est mauvais sans avoir lui-même commis de mauvaises actions. En ce domaine, toute observation doit être faite in vivo. Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l’humanité et contribue par sa vie, qu’il le veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur ou de malheur, de grandeur ou d’infamie, d’espoir et de désolation, de l’humanité.
C’est pourquoi je puis oser dire que le destin de l’homme se joue partout et tout le temps et qu’il est impossible d’évaluer ce qu’un être humain peut représenter pour un autre. Je crois que la solidarité, la sympathie et l’amour sont les dernières chemises blanches de l’humanité. Plus haut que toutes les vertus, je place cette forme d’amour que l’on appelle le pardon. Je crois que la soif humaine de pardon est inextinguible, non pas qu’il existe un péché d’essence divine ou diabolique mais parce que, dès l’origine, nous sommes en butte à une impitoyable organisation du monde contre laquelle nous sommes bien plus désarmés que nous ne pourrions le souhaiter.
Or ce qu’il y a de tragique dans notre situation, c’est que, tout en étant convaincu de l’existence des vertus humaines, je puis néanmoins nourrir des doutes quant à l’aptitude de l’homme à empêcher l’anéantissement du monde que nous redoutons tous. Et ce scepticisme s’explique par le fait que ce n’est pas l’homme lui-même qui décide, en définitive, du sort du monde, mais des blocs, des constellations de puissances, des groupes d’Etats, qui parlent tous une langue différente de celle de l’homme, à savoir celle du pouvoir. Je crois que l’ennemi héréditaire de l’homme est la macro-organisation, parce que celle-ci le prive du sentiment, indispensable à la vie, de sa responsabilité envers ses semblables, réduit le nombre des occasions qu’il a de faire preuve de solidarité et d’amour et le transforme au contraire en codétenteur d’un pouvoir qui, même s’il paraît, sur le moment, dirigé contre lui-même. Car qu’est-ce que le pouvoir si ce n’est le sentiment de n’avoir pas à répondre de ses mauvaises actions sur sa propre vie mais sur celles des autres ?
Si, pour terminer, je devais vous dire ce dont je rêve, comme la plupart de mes semblables, malgré mon impuissance, je dirais ceci : je souhaite que le plus grand nombre de gens possible comprenne qu’il est d leur devoir de se soustraire à l’emprise de ces blocs, de ces Eglises, de ces organisations qui détiennent un pouvoir hostile à l’être humain, non pas dans le but de créer de nouvelles communautés mais afin de réduire le potentiel ‘anéantissement dont dispose le pouvoir en ce monde. C’est peut-être la seule chance qu’ait l’être humain de pouvoir un jour se conduire comme un homme parmi les hommes, de pouvoir redevenir la joie et l’ami de ses semblables.
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Vidéo de Stig Dagerman
Lecture de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman et concert autour des oeuvres de Théodore de Banville, Gérard de Nerval, Paul Eluard et Rabindranath Tagore.
« C'est l'angoisse de la séparation qui s'épand par tout le monde et donne naissance à des formes sans nombre dans le ciel infini. C'est ce chagrin de la séparation qui contemple en silence toute la nuit d'étoile en étoile et qui éveille une lyre parmi les chuchotantes feuilles dans la pluvieuse obscurité de juillet. C'est cette envahissante peine qui s'épaissit en amours et désirs, en souffrances et en joies dans les demeures humaines, et c'est toujours elle qui fond et ruisselle en chansons. »
L'Offrande lyrique, Rabindranath Tagore, traduit par André Gide.
Ces émotions douces et amères qui nous secouent ne sont-elles pas universelles ? Ne sont-elles pas l'essence même de notre existence ? Deleyaman, groupe franco-américain dans la veine céleste de Dead Can Dance, aborde ces questions vibrantes, parle d'art, d'amour, de beauté et de contemplation comme des réponses à nos contraintes existentielles.C'est une amicale collaboration artistique entre le groupe et Fanny Ardant qui a donné naissance à cette création. Au travers d'un texte lu, elle dialogue avec le groupe sur une musique créée par Deleyaman. Avec le son du doudouk, le groupe d'Aret Madilian interprétera les titres français de sa discographie
Fanny Ardant : voix Béatrice Valantin : voix, clavier Aret Madilian : piano, clavier, guitare, percussion Guillaume Leprevost : basse, guitare Artyom Minasyan : doudouk, plul, pku Madalina Obreja : violon Gérard Madilian : doudouk
Création en partenariat avec le Trianon Transatlantique de Sotteville lès Rouen – Scène conventionnée d'intérêt national art et création chanson francophone.
À écouter – Deleyaman, « Sentinel », 2020. Plus d'informations sur www.deleyaman.com À écouter : https://deleyaman.bandcamp.com/album/sentinel
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