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F. Backlund (Autre)Hector Branciotti (Autre)
ISBN : 2070233928
Éditeur : Gallimard (14/04/1981)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 62 notes)
Résumé :

On enterre une femme à deux heures... C'est par ces mots que comme L'Enfant brûlé, le chef-d'œuvre de Stig Dagerman, qui date de 1948. En effet, la mère est morte, laissant un mari et un fils de vingt ans. Qui était-elle en dehors de cette rumeur quotidienne dont elle remplissait la maison ? Trop tard pour le savoir. Désormais, son absence va prendre un poids que n'avait pas sa présence, suscitant entre père e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Leterrier
  02 avril 2011
Stig DAGERMAN : L'enfant brûlé.
Traduit du suédois par E. Backlund. Préface d'Hector Bianciotti.
Edit. Gallimard, Coll. L'imaginaire, 2006. ISBN 2-07-023392-8
C'est un jeune homme d'à peine vingt-cinq ans qui écrit ce roman, publié en 1948. Abandonné par sa mère un mois après sa naissance dans la ferme de ses grands-parents, il ne la reverra qu'à l'âge de dix-neuf ans. Entretemps, son père l'a fait venir chez lui et sa nouvelle femme, à Stockholm, dans un appartement si exigu qu'il doit dormir dans la cuisine.
On ne s'étonnera donc pas de voir L'enfant brûlé s'ouvrir sur un enterrement, celui d'une mère justement ; une mère au prénom lourdement significatif : Alma, « la nourricière », un aspect primordial de la mère que Dagerman n'a jamais connu. Bengt, jeune étudiant, va donc vivre seul désormais avec son père, cultivant à tel point l'image idéalisée de la morte qu'il n'acceptera pas que celui-ci refasse sa vie avec Gun, la maîtresse qu'il avait jusqu'à présent gardée secrète. Peu à peu Bengt va découvrir l'existence de cette femme, inoffensive ouvreuse de cinéma, pleine de bons sentiments à son égard, qu'il va pourtant accabler d'une méchanceté haineuse, à la mesure de sa propre souffrance.
Lorsqu'il n'espionne pas la maîtresse de son père, Bengt fréquente aussi Bérit, sa fiancée ; une jeune fille terne et effacée qui s'excuserait presque de se trouver là, au centre de ce triangle impossible – père, fils, belle-mère potentielle – hanté par le fantôme de la morte. L'un des chapitres les plus forts et les plus cruels de ce roman, parce qu'il en cristallise tous les éléments sous l'apparence d'une banale scène de famille, rend bien compte de cette situation : pour la première fois le père a invité sa maîtresse à la maison, afin de la présenter « officiellement » à son fils et à Bérit ; tous les quatre prennent le thé autour de la table de la cuisine ; mais Dagerman intitule impitoyablement ce chapitre : Thé pour Quatre ou Cinq. C'est que la morte aussi est de la partie, évidemment, et que personne ne peut l'ignorer quoique chacun fasse semblant. Elle est là non seulement dans l'esprit torturé de Bengt mais aussi concrètement, pour ainsi dire, sous la forme de cette bougie, allumée par son fils au centre de la table et qui se consume inexorablement. Il faut préciser que cette bougie représente sans doute l'objet - on pourrait dire le personnage - essentiel du roman puisqu'elle est déjà présente au tout début, lors du repas qui suit les funérailles de la mère où elle constitue la métaphore insistante de cette vie qui vient de s'éteindre (Fritz Lang avait déjà utilisé de façon magistrale cette métaphore de la bougie et de la vie tout au long de son film Les trois lumières). Elle en justifie aussi le titre puisque c'est à sa flamme que Bengt, l'enfant, viendra se brûler non seulement physiquement (le jour de l'enterrement il s'y brûle réellement les mains) mais aussi de façon symbolique, et volontairement cette fois-ci, lors de la « cérémonie du thé » que nous évoquons ici.
Omniprésente dans le texte, la bougie en constitue le véritable « lieu géométrique » et il ne s'agit pas seulement ici d'une image puisque dans le chapitre en question tout repose sur la figure du carré (les quatre protagonistes autour de la table) dont elle occupe effectivement le centre, un centre vers lequel convergent et d'où partent implicitement toutes les lignes de tensions qui rendent insoutenable cette situation.
le triangle et le carré. On ne peut s'empêcher, à la lecture de ce roman, de penser à la rigueur géométrique de ces deux figures qui paraissent en régir toute la dramaturgie : l'impossible triangle dans lequel Bérit cherche sa place et le carré idéal, celui que constitueraient les deux couples enfin réconciliés du père et de sa maîtresse, du fils et de sa fiancée s'il n'y avait entre eux cette bougie… Tout le pathétique des quatre protagonistes tient à leur effort insensé pour faire coïncider ces deux figures, pour superposer triangle et carré en cette troisième improbable figure qui serait celle de la vie tout simplement, de la vie des gens ordinaires, faite de compromis et d'approximations, d'acceptation de la réalité.
Ce sont les relations de ces deux couples incapables de s'assumer comme tels que va explorer cet étrange récit. Il les explore du point de vue de Bengt uniquement et sur un mode narratif particulièrement original qui allie de façon symptomatique la première et la troisième personne. A la troisième personne, une description sèche et dépouillée des gestes et comportements de chacun, constituée de courtes phrases au présent progressant de l'une à l'autre par un jeu de reprises de termes identiques, comme autant de pulsations douloureuses ; constats indifférents qui répondent à l'étrange détachement avec lequel Bengt semble considérer toutes choses. A la première personne, ces lettres que Bengt s'écrit périodiquement à lui-même (« lettre de février », « lettre de mars », « lettre d'avril »…) et où il laisse libre cours à sa passion quasi pathologique de l'analyse , comme s'il lui fallait trouver cette soupape de sureté à la contention – au refoulement ? - que lui imposait le récit à la troisième personne ou, pour tenter d'interpréter cette alternance de personnes grammaticales, comme si son moi intime devait régulièrement se libérer de la censure imposée par son moi social. Inquiétant dédoublement schizophrénique qui prend ici la forme d'une technique d'écriture…
Et puis il y aura le drame, le sang. L'éclatement de la figure idéale du carré qui n'aura pu résister à la poussée du triangle oedipien. Il n'est pas nécessaire d'en évoquer ici toutes les péripéties, même si chacune d'elles peut se prêter à de nombreuses interprétations. Disons seulement que tout rentrera enfin dans l'ordre, dans l'ordre insupportable de la réalité.
« Écris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit » recommande Nietzsche dans "Ainsi parlait Zarathoustra" . Stig Dagerman n'a jamais fait que cela, écrire avec son propre sang. Et lorsqu'il a senti que ce n'était plus possible, qu'il n'en trouvait plus en lui ni le courage ni la force , quelques années seulement après la parution de L'enfant brûlé, ce sang, il a décidé de le verser, définitivement. C'était le 4 novembre 1954 ; il avait trente et un ans.
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book-en-stock
  18 juillet 2017
Le récit commence par l'enterrement de la mère et on poursuit avec les réactions émotionnelles du père et du fils. Chacun a sa façon de réagir, de subir ou vivre ce deuil. Une incapacité à parler et communiquer s'installe entre eux ne laissant place qu'à la douleur.
Une écriture à deux voix : le narrateur à la troisième personne entrecoupé de la voix du fils qui s'écrit à lui-même afin de faire le point sur son ressenti. le narrateur se contente souvent de décrire des actions dans des phrases brèves. Ce sont de mini actions qui donnent l'impression que les personnages agissent par pulsions, se reprennent, recommencent. Les personnages ont bien un nom cependant le narrateur les nomment souvent par le lien de parenté comme le père, le fils, la fiancée. Cela donne un style assez hétérogène, parfois obsessionnel quand on revient toujours sur les mêmes éléments : les vêtements, les chaussures, les mains… Eléments qui prennent alors un côté symboliste. L'histoire se passe dans les années 40 et cette époque est bien représentée dans le mode de vie : les meubles, la façon de se vêtir, la radio, le télégramme, …
Le récit se tend peu à peu vers la colère et la soif de vengeance du fils. On a le sentiment de côtoyer un écorché vif qui finit par se rebeller contre tous, même les personnes aimantes. Et peut-être contre lui-même ?
Ce roman n'est certes pas une lecture détente. C'est cependant la découverte d'un auteur suédois noté comme l'un des plus importants de son époque. Cette lecture en appelle d'autre afin de cerner l'univers singulier de Stig Dagerman qui apparait plutôt sombre dans ce texte. Je ne peux pas dire ne pas avoir aimé, mais cette lecture reste tout de même éprouvante.
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santaappolonia
  14 décembre 2013
Le chef d'oeuvre de Stig Dagerman, écrit en 1948 L'auteur, décrit comme le Rimbaud du Nord plonge son regard et le notre au plus profond de la nature humaine. L'absence d'une mėre décédée va mettre en relief les rapports entre le père et le fils, rapports emprunts de silence, de jalousie, de haine et d'amour. Sans nul doute, le roman le plus touchant que j'ai lu. le hasard à fait que j'ai parcouru les pages de cet ouvrage lorsque j'avais vingt ans, l'âge du protagoniste dans le roman. Mais encore maintenant,plusieurs années après, il m'arrive de reprendre ce livre et d'en parcourir quelques pages....et l'émotion suscitée est toujours la même.
Hector Bianciotti décrit l'oeuvre magnifiquement dans sa préface en paraphrasant le poète de "Feuilles d'herbes": "oui, c'est vrai, ceci n'est pas un livre; celui qui le touche touche un homme".
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deslivresetdesfilms
  05 septembre 2014
Ce livre est une petite merveille… L'auteur suédois, Stig Dagerman, réussit à décrire (toujours au plus juste), par des phrases courtes et simples, des sentiments complexes. le texte raconte l'histoire d'un jeune de 20 ans qui se retrouvent seuls avec son père à la suite du décès de sa mère, mais le sujet est traité d'une manière très riche, stimulante et presque angoissante. Nous suivons donc l'histoire à travers les sentiments du fils, à travers ses doutes, ses craintes, ses mensonges… L'écriture à la fois délicate et pudique nous plonge littéralement dans la tête du fils. Un grand livre !
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Vermeer
  21 décembre 2016
Bengt, narrateur et personnage principal, évoque sa mère qui vient de mourir et qu'il a peu connue. Père et fils se retrouvent face à face comme des rivaux. A leurs côtés, la fiancée du père avec laquelle Bengt entretient des relations d'amour/haine et sa propre fiancée. La mère prend plus de place qu'elle n'en avait de son vivant et "s'invite" à toutes les réunions de famille. le père et le fils vivent l'existence de l'autre comme une intrusion face à leur solitude, leur angoisse, leur désespoir, leur existence qu'ils jugent ratée. Ils sont pourtant obligés par leur présence mutuelle de faire revenir à la surface les sentiments les moins avouables, les secrets les plus enfouis, de s'interroger sur la nature humaine dans ses aspects les plus sombres.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
NievaNieva   17 juin 2017
Ceci : pouvoir tout pardonner à soi-même, et pratiquement rien à ses enfants, c'est le bénéfice que « l'expérience » confère aux hommes. Ce que les parents appellent expérience n'est rien d'autre qu'une tentative couronnée de succès et conduisant souvent au cynisme, de renier tout ce qu'ils avaient éprouvé de pur, de vrai, de juste dans leur jeunesse. Eux-mêmes ne remarquent pas l'épouvantable cynisme qui réside dans ces propos constants sur « l'expérience », présentée comme le but le plus élevé de la vie. Ils remarquent « le manque d'expérience » chez leurs enfants, c'est-à-dire une forme d'inexpérience qui s'appelle pureté et loyauté. Cela les irrite. Lorsqu'ils sont irrités, ils passent leur irritation sur les enfants. Cela s'appelle élever les enfants ; car, qu'est-ce que l'éducation sinon un effort de parents irrités pour étouffer ce qu'ils reconnaissent chez leurs enfants comme étant ce qu'ils ont étouffé de meilleur en eux-mêmes ? S'ils ne sont pas irrités, ils prennent alors des airs supérieurs, supérieurs parce qu'avec leur fierté hypocrite, ils tirent vanité de leur grande expérience de la vie, exactement comme si c'était particulièrement honorable et extraordinaire de détruire le meilleur de soi-même.
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moraviamoravia   02 avril 2016
Vous me demandez pourquoi. Je vais répondre. Parce que je suis las de vivre. Las de vivre ici dans le monde des petits chiens. Le monde des chiens aux petits sentiments, aux petits plaisirs, aux petites pensées.
On doit être satisfait, mais je ne veux pas être satisfait comme un petit chien.
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santaappoloniasantaappolonia   14 décembre 2013
Les meilleurs jours sont sans conteste les premiers. Les jours qu'ils ont passés ensemble avant de se connaître. Lorsqu'ils se connaissent bien, tout est plus difficile, car il est plus difficile d'aimer celui que nous connaissons bien. Aimer c'est être curieux. N'est beau que ce qui ne nous a pas encore satisfait. N'est beau, peut être, que ce qui est nouveau. En tout cas, nous ne pouvons aimer que ce qui est nouveau. Pour aimer quelqu'un que nous sommes parvenus à bien connaître il est nécessaire de commencer par l'oublier, non entièrement mais beaucoup.
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MarpesseMarpesse   21 septembre 2014
Aimer c’est être curieux. N’est beau que ce qui ne nous a pas encore satisfaits. N’est beau, peut-être, que ce qui est nouveau. En tout cas nous ne pouvons aimer que ce qui est nouveau. Pour aimer quelqu’un que nous sommes parvenus à bien connaître il est nécessaire de commencer par l’oublier, non entièrement mais beaucoup.
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Ben84Ben84   24 avril 2017
Que crois-tu que signifie vivre pour lui ? Rien de plus que se réveiller le matin, lire un journal, prendre une tasse de café, aller à l'atelier, réparer une chaise, déjeuner, réparer une table, rentrer à la maison, acheter un journal, dîner, dormir un instant, écouter la radio, aller aux w.c, raconter une histoire, de préférence cochonne, sortir, aller au cinéma, au lit ou au café, voir un film, déshabiller une femme ou boire une bière, rentrer à la maison, se déshabiller, ronfler, se réveiller, prendre une tasse de café, lire un journal et aller au travail. Le pire n'est pas qu'il croie que vivre c'est cela, le pire dans cette vie c'est qu'il en soit satisfait.
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Videos de Stig Dagerman (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Stig Dagerman
Extrait du spectacle adapté de l'oeuvre de Stig Dagerman et mis en scène par Nicolas Berthoux pour la Compagnie Mêtis (49)
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