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EAN : 9782715234536
282 pages
Le Mercure de France (29/08/2013)
3.93/5   28 notes
Résumé :
Louis Philippe Dalembert

Ballade d'un amour inachevé

Présentation

"Longtemps après, lorsque les douleurs se seraient refermées, que les survivants raconteraient l’événement sans que l’émotion vînt leur nouer la gorge, certains jureraient avoir senti la veille une forte odeur de soufre dans l’atmosphère. D’autres diraient l’avoir humée depuis trois jours, sans toutefois y avoir prêté attention. Peut-être, allez savoir... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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LiliGalipette
  12 mars 2014
Azaka et Mariagrazia forment un couple mixte dans une petite ville des Abruzzes. Avec le temps, les habitants ont fini par ne plus voir la couleur de peau d'Azaka et ce dernier se sent enfin chez lui auprès de la femme qu'il aime, dans l'attente imminente de leur premier enfant. Mais voilà que la terre tremble sous le petit village italien. « On vit avec depuis la nuit des temps. Les sautes d'humeur de la terre font partie de nous, c'est nous. » (p. 235) Ces secousses remuent les décombres du passé d'Azaka qui revit en souvenir un autre séisme, celui de son enfance, celui qui, pour la première fois, lui a pris ce qui comptait le plus. Mais en Italie, ce ne sont que quelques secousses, n'est-ce pas ? Rien ne peut empêcher Azaka d'être enfin heureux. du moins, c'est ce que ce dernier veut croire. « le malheur sait aussi bien diviser que rapprocher les humains. Il suffit d'un rien, un geste, un mot, du silence même, pour que l'on bascule d'un côté ou de l'autre. Dans l'horreur ou la générosité. » (p. 129)
Le bonheur conjugal est une chose fragile. Louis-Philippe Dalembert choisit de le confronter à l'une des plus violentes puissances naturelles. L'amour est un séisme intime, mais peut-il résister à la tectonique des plaques ? À demi-mot, le lecteur comprend immédiatement le malheur d'Azaka, mais il se plaît à croire, en suivant son histoire à rebours, que tout va bien se terminer. Cette volonté de s'illusionner ne tient hélas pas longtemps devant l'assertion posée par le titre. En fait de ballade, je parlerais plutôt d'élégie tant le rythme de la narration et la solennité de certains passages invitent le lecteur à communier sur le sort des victimes qui ont succombé aux frissons de la terre. J'ai beaucoup aimé ce texte qui manie lyrisme et poésie sans verser dans le pathos.
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MissG
  29 mars 2014
Azaka forme un très joli couple avec la belle Mariagrazia, un couple composé d'un haïtien et d'une italienne, approuvé par certains et désapprouvé par d'autres, un couple heureux qui attend leur premier enfant, mais dont le destin va se briser le 6 avril 2009 lors du terrible et meurtrier séisme de l'Aquila qui a frappé la région des Abruzzes.
Rien ne laissait pressentir un tel drame, pas même les secousses des jours précédents, car dans cette région de l'Italie il est fréquent que la terre tremble.
Toutefois, la première secousse va avoir pour effet d'exacerber les sentiments et les tensions pour finir par réunir toutes les personnes autour d'un même drame.
Cette secousse va réveiller chez Azaka un souvenir lointain dont il n'a plus jamais parlé à personne : celui du séisme qui a frappé Haïti lorsqu'il était enfant et où il est resté plusieurs jours enfoui sous les décombres : "Alors il laisse couler les larmes sans essayer de les retenir, en fermant les yeux, il pleure sur son amour disparu et sur lui-même, sur l'impossibilité de sortir de ce tombeau où il est enterré vivant.".
Il serait naïf de croire qu'un même malheur ne peut pas frapper deux fois une même personne, c'est pourtant bel et bien ce qui va se produire pour Azaka : "Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.".
Louis-Philippe Dalembert expose avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et de tendresse la détresse de son personnage, Azaka, victime deux fois dans sa vie d'un même drame.
Il évoque avec brio et réalisme le séisme qui a frappé l'Italie en 2009 et fait revivre au lecteur de façon très vivante celui d'Haïti quelques vingt ans auparavant.
Les mots employés sont forts en évocation et en image, le séisme est destructeur et frappe sans prévenir, surprenant les habitants en pleine nuit dans un bruit sourd et inquiétant, à l'image de ce qu'a dû être l'éruption du Vésuve des siècles auparavant : "Au moment où Azaka s'apprêtait à ouvrir la bouche pour dire "ciao ragazzi, ci vediamo", un grondement sourd et lointain se fit entendre. Il ne fut pas le seul à capter le vrombissement qui déchira le silence déjà épais de la nuit.".
Louis-Philippe Dalembert a une plume extrêmement poétique, son récit est une invitation au voyage et au drame intérieur, il rend les événements très vivants, tout comme les personnages.
Il ne faut pas oublier que cette histoire se situe en Italie, en faisant revivre les souvenirs d'Azaka : ceux d'Haïti mais également ceux de son arrivée en Italie, de sa rencontre avec Mariagrazia et sa famille, de leur histoire d'amour qui s'est fini en un vrai mariage traditionnel à l'italienne; l'auteur oscille en permanence entre commedia dell'arte à l'italienne et drame à l'haïtienne, croquant à chaque fois des tranches de la vie quotidienne toutes plus évocatrices les unes que les autres.
Mais malgré les drames traversés, ce qui ressort de ce roman c'est la Vie, forte, puissante, dominatrice, l'emportant à chaque fois sur la misère ou la mort.
"Ballade d'un amour inachevé" est une ode criante à la vie servie par la très belle plume poétique et évocatrice de Louis-Philippe Dalembert, un auteur que je découvrais à travers ce roman pour lequel j'ai eu, je dois bien le reconnaître, un coup de coeur.
Lien : http://lemondedemissg.blogsp..
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bina
  11 mars 2014
Cet ouvrage est rythmé régulièrement par une phrase qui revient comme un refrain, ‘'longtemps après, lorsque les douleurs se seraient refermées… ‘', et par une structure répétitive, entre passé et présent. Il pose la question de ce qui restera après un drame, quand les morts seront enterrés et la ville reconstruite. Ici, il s'agit du tremblement de terre de l'Aquila, petite ville des Abruzzes, qui a dévasté la région où vivait le héros, Atzaka, et sa femme Mariagrazia, enceinte de 7 mois.
Le regard de Dalembert permet de prendre conscience des communautarismes, de l'ancrage dans la tradition de certaines dans cette région, au détriment de l'ouverture aux Autres.
Les Autres ? le monde, les voisins, ceux qui vivent à côté, nombreux, minorité visible qu'on ne veut pas voir et sur qui ont rejette tous les maux : les extracommunautaires, ces immigrés qui espèrent refaire leur vie dans cette région.
Atzaka, dont on n'a que le prénom, est l'un deux. Après avoir tenté de s'implanter dans l'Italie du nord, il a recherché une autre région moins touchée par le racisme virulent. C'est sur les Abruzzes qu'il a jeté son dévolu, pour s'installer, y faire son nid, être petit à petit accepté…et souffrir.
Les Abruzzes, région qui n'a jamais donné de grands footballeurs, et c'est pour cela que notre héros, enfant, ne la connaissait pas. Il en a entendu parler pour la première fois par un ambulancier qui lui parlait pendant son transfert à l'hôpital, après trois jours sous les décombres suite à un tremblement de terre, dans son pays. C'est en souvenir de cet homme qu'il s'installe là 25 ans plus tard.
Le passé douloureux et traumatisant se rappelle à lui régulièrement à travers les secousses fréquentes dans cette région, jusqu'à la tragédie de L'Aquila. C'est dans la souffrance qu'il est enfin accepté par la communauté, quinze ans après son arrivée.
Entre roman et observation du quotidien, entres souvenirs et réalité, Dalembert nous plonge au coeur des hommes d'une région qui a du mal à s'ouvrir et à accepter l'autre.
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michelekastner
  20 octobre 2013
Azaka, étranger, a fui le nord de l'Italie, trop dangereux pour un extracomunitario, et s'est installé dans un petit village des Abruzzes qui lui rappelle, par le paysage, son pays natal et montagneux. Il a fini par gagner la confiance des habitants, malgré une nouvelle émergence du néofascisme, et réussi à se faire accepter par un patron d'extrême droite et par la famille réactionnaire et très traditionaliste de sa femme, Mariagrazia. Rebelle, celle-ci n'a eu de cesse de tenter de s'émanciper pour échapper aux siens et à leur éducation rigide et étouffante. Elle a fini par céder et épouser son bel étranger avec lequel elle rêvait de prendre la fuite. le bonheur les comble, un enfant est attendu.
Les chapitres alternent entre cris et respirations, calme et frayeur, joie et douleur. Les secousses sont habituelles dans ces contrées, mais les craintes resurgissent à chaque fois.
Azaka se souvient du terrible tremblement de terre qu'il a vécu, enfant, en Haïti, sa terreur, enseveli sous les décombres, ses appels au secours à son père, le secouriste italien qui le sauve, puis la découverte d'une ville ravagée, le chaos et les vies arrêtées, la recherche du père, la découverte de sa trahison et lui, mûrissant subitement, d'un bond, à l'âge adulte. Un cauchemar qu'il avait enfoui et jamais révélé à Mariagrazia, un cauchemar qui le rattrape vingt-cinq ans plus tard sur cette terre lointaine de la même force brutale et aveugle, dont les conséquences réveillent les vieilles rancoeurs face à la mollesse et le laxisme du gouvernement et attise la colère et le besoin de désigner un bouc émissaire tout trouvé en l'étranger, pointé du doigt par les extrémistes, étranger roumain ou albanais particulièrement. La vindicte populaire se transforme en traque à l'immigré "pilleur".
Je voue une grande admiration aux écrivains haïtiens, à leur écriture riche, imagée et élégante. Je découvre cet auteur grâce à masse critique, Louis-Philippe Dalembert n'a pas son pareil pour décrire l'arrivée du serpent grondant, le déferlement violent et soudain du tangage monstrueux et de ses sonorités, tel qu'il l'a sans doute vécu en 2010 dans son île natale, l'angoisse et le sentiment d'impuissance sous les gravats. Il a vécu de nombreuses années en Italie, il peut ainsi rendre compte des comportements, des mentalités, des coutumes, de la vague d'extrémisme, mais également de la générosité, des contradictions d'un pays, d'une région où même un Napolitain peut se sentir étranger et plus proche des immigrés.
Le développement de l'environnement familial de Mariagrazia m'a semblé un peu long et moins captivant, mais le regard de celui "d'ailleurs", qui s'est complètement approprié les habitudes et le langage, y compris le dialecte, est sacrément intéressant, car l'auteur était présent les jours suivant le séisme dans les Abruzzes en 2009 et a assisté aux réflexions des autochtones, au rejet des extracom' et leur stigmatisation.
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Sharon
  26 mars 2014
Azaka et Mariagrazia forment ce que l'on nomme un couple mixte. Azaka est un « extracom », il vit depuis plus de douze ans en Italie, où il a repris la gérance d'une boutique de photocopies et reliures. Mariagrazia est assistante sociale. Mariés, heureux, ils attendent leur premier enfant. Ils ont tout pour être heureux, jusqu'au jour où la terre tremble.
Mon premier constat est que le titre de ce roman est particulièrement bien choisi. Ce texte, à la forte musicalité, raconte une histoire d'amour qui n'a pu aller jusqu'à son terme.
Pas de suspense, pourrai-je dire : le lecteur sait dès le début que la femme d'Azaka n'est plus. Il sait que le tremblement de terre a causé sa mort. A lui de revivre, à rebours, les moments heureux de la vie de ce couple. Je ne vous cacherai pas que certaines pages m'ont semblé trop sentimentales, un peu égarées dans ce texte sobre, où le pathos n'a pas sa place.
En effet, ce roman s'apparente à une tragédie, tant la fatalité poursuit Azaka jusqu'à l'ultime page du roman – pour ce dernier fait, je me suis même dit que c'était un peu trop. Ce tremblement de terre rappelle celui qui a frappé son pays natal (jamais nommé) et l'a fait naître à l'âge adulte. Ce roman dit aussi les difficultés qui touchent ceux qui ont vécu des drames trop inimaginables, trop impensables pour pouvoir être raconté à d'autres.
La richesse de ce livre vient aussi de la multiplicité des thèmes qu'il traite. Il dresse un état des lieux de l'Italie, qui ploie sous le poids des traditions. Même Mariagrazia, qui se veut moderne, cède aux pressions de sa famille. Et que dire de la scission Nord/Sud, mal vue dans cette région italienne sise au milieu du pays ? Que dire aussi du discours raciste, presque intemporel : les propos tenus contre les émigrés, ces « extracoms », pourraient avoir été prononcés bien des années auparavant. Ils se retrouvent aussi dans d'autres pays. Il est toujours plus facile d'accuser les autres de ses difficultés, de ses échecs.
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critiques presse (1)
Lhumanite   28 octobre 2013
L’expérience personnelle, fût-elle la plus terrible, sert ici la littérature à la manière, peut-être, d’un exorcisme. Même si Haïti n’est jamais nommée, ce roman participe de fait à la longue théorie de la riche littérature de ce pays pauvre entre tous.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   20 octobre 2013
Cloué sous sa masse de béton et de barres de fer, Azaka a encore plus de mal à gérer ces moments où la chose menace de revenir, où le péril se matérialise dans des crises d'épilepsie à répétition qui donnent au sol l'allure d'un vulgaire esquif de planches sur une mer démontée, quand elles ne semblent pas vouloir lui ouvrir les entrailles et aspirer tout ce qui se trouve à la surface, humains, animaux, arbres, bâtiments. Alors il ne reste à Azaka qu'à clore les yeux, à rejoindre Sarah et son arrière-grand-mère qu'il a vue sur son lit de macchabée au sortir de ses quatre-vingt-dix-huit ans, le premier corps sans vie qu'il ait regardé en face, avant même celui de Sarah. Mais les soubresauts, aussi longs qu'un sanglot de violon, s'arrêtent enfin et il rouvre les yeux dans l'obscurité. Une fois la peur passée, Azaka prend conscience du fait que la terre bouge, plus nettement que n'a jamais su et ne saura jamais illustrer l'alternance du jour et de la nuit, moins encore les cours théoriques de géographie.
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michelekastnermichelekastner   20 octobre 2013
Curieusement, en le serrant dans ses bras, la mère ne perçoit aucune émotion particulière chez son fils qui lui offre un visage neutre, impavide. Peut-être ce qu'il a vécu, coincé sous les décombres durant ces trois jours et ces trois nuits, est-il plus horrible encore que de perdre un frère auquel on était attaché, et en est-il ressorti immunisé à la douleur. Peut-être s'est-il senti abandonné des siens, alors qu'elle a laissé la dépouille de l'aîné sous la surveillance du voisin pour courir comme une folle jusqu'à l'école qu'elle a trouvée, à l'arrivée, réduite en poussière, qu'elle a crié son nom le reste de l'après-midi et une partie de la nuit, jusqu'à ce qu'elle ait dû, la mort dans l'âme, rebrousser chemin pour rejoindre les autres. Peut-être ces épreuves l'ont-elles fait grandir d'un coup, passer de l'état d'enfance à l'âge adulte sans s'être arrêté à l'adolescence, le voilà aujourd'hui avec une tête d'homme mature dans un corps de gamin.
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michelekastnermichelekastner   20 octobre 2013
Là, sous les décombres, Azaka a l'impression d'être tout proche d'elle, d'entendre sa voix cristalline, de voir son corps élancé jusque dans les sprints où ils se défiaient, où elle le battait systématiquement parce qu'elle était meilleure, possédait une technique innée et que lui passait le temps de la course tournée vers elle, au point d'aller un jour mordre la poussière, sans qu'elle ne s'en rende compte tant elle avait les yeux et l'énergie concentrés sur la ligne d'arrivée. Une impression si nette qu'il lui en vient les larmes aux yeux, des larmes qu'il lui serait incapable de sécher à cause de la position biscornue dans laquelle il se trouve, sans pouvoir ramener une main à son visage. Alors il laisse couler les larmes sans essayer de les retenir, en fermant les yeux, il pleure sur son amour disparu et sur lui-même, sur l'impossibilité de sortir de ce tombeau où il est enterré vivant.
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binabina   11 mars 2014
A part ce léger point d'achoppement de la langue, il avait tout fait pour être accepté des gens d'ici, ceux de la belle famille en particulier. Il en était même venu à s'intéresser au rugby, ce sport de midinettes en mal de protection, le seul dans lequel la région jouissait un tant soit peu de crédibilité au niveau national.
p 202.
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LiliGalipetteLiliGalipette   12 mars 2014
« On vit avec depuis la nuit des temps. Les sautes d’humeur de la terre font partie de nous, c’est nous. » (p. 235)
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