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Critique de steppe


steppe
  06 mai 2011
Ce jour là Mr Damasio, j'arpentais comme une âme en peine les rayons hétéroclites de ma librairie préférée.
Car j'étais en quête moi aussi... Comme chaque homme un jour ou l'autre peut l'être... Qu'il s'agisse de survie ou de simplement retrouver goût à un plaisir simple qui s'évertue à nous échapper...
L'origine du vent pour certains, le plaisir de lire pour d'autres.... Les enjeux pensez-vous, ne sont pas les mêmes, lorsqu'il s'agit du destin du monde ou de sa propre "petite trajectoire"... détrompez-vous! le tout est dans l'espoir que l'on investit... Et un homme heureux, satisfait, comblé dans sa recherche individuelle d'une route à suivre, alors, sera plus apte à une destinée universelle...

Lorsque lire mais plus encore, lire du jamais lu, lorsque notre quête ne se dirige vers rien d'autre que l'étonnant, l'inexploré, la révélation d'un genre, une approche encore inconnue, alors, rapidement, on tourne en rond, on s'exténue à retourner inlassablement vers nos premières découvertes littéraires pour essayer, le temps d'un livre, de retrouver notre capacité à s'étonner et à s'émerveiller...

Depuis quelques temps déjà, aucune lecture ne trouvait grâce à mes yeux... Je commençais chaque jour un ouvrage nouveau et chaque jour l'abandonnais... Chaque 4ème de couverture était la promesse enivrante d'une découverte fabuleuse, d'un voyage hors du commun...
Mais chaque première page, à peine lue, démystifiait de façon impitoyable mes attentes de renouveau et de découverte...
Je commençais à me croire trop exigeante. Et m'accablais de reproches quand à mon incapacité à m'enthousiasmer pour quoi que ce soit...

Ainsi donc, ce matin là, je déambulais parmi les rayons bigarrés de cette grande librairie où je me sentais perdue et à l'affût presque désabusé de ce livre particulier qui enfin, me redonnerait le goût des mots et des histoires...

J'essayais vainement de me détourner de la fantasy que j'explorais depuis 5 ans déjà... Et là, en tête de gondole des nouveautés, un livre peu coloré, sans rien de plus pour attirer l'oeil qu'un bandeau rouge annonçant un "grand prix de l'imaginaire", un poche, grisâtre et peu attrayant.
Mais, allez savoir pourquoi, c'est vers lui que je me dirigeai alors que les prix depuis longtemps déjà n'étaient plus pour moi gage de qualité.. Je le pris, le caressai, lus la 4ème de couverture et l'ouvris à la première page....
Et c'est là que se produisit le miracle car voici ce que je lus :
" A l'origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le "vent-foudre".
Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu'aux lenteurs habitables, jusqu'au vivant, jusqu'à vous.
Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur de vitesses."

Ces quelques mots me cinglèrent l'esprit et me transportèrent jusqu'à me laisser pantelante du désir amorcé d'aller plus loin dans ce phrasé si plein de promesses...Je rentrai chez moi impatiente et néanmoins hésitante... Et si je m'étais trompée ?
Si cet ouvrage, comme les autres, n'était qu'un mirage de plus, une autre promesse non tenue?..

Mais je commençai et bientôt je compris que je ne m'étais pas trompée...
Chaque page, chaque ligne lues étaient comme un nectar, une bouffée d'oxygène, un délicieux sursaut sur mon chemin de lecture... Un moment de grâce, si rare, si exaltant, si généreux et si riche!!!
Caracole m'étourdissait et me laissait après chacune de ses interventions dans l'extase du beau mot, de la belle phrase et du propos joyeux du saltimbanque généreux et érudit.
Sov m'expliquait, sans m'ennuyer jamais, les particularités de cet univers à la fois menaçant et passionnant dans lequel je finis par me projeter en toute confiance...
Même Golgoth et sa cruauté toute bestiale, son animalité dédiée à l'aboutissement de sa quête, aveugle et brutale... Grossière aussi mais tellement touchante....
Et Pietro, le prince déraciné, son élégance aussi bien dans l'attitude que le propos...

Et Coriolis, Talweg ou Aoi Nan....

Je me jetai à corps perdu dans l'aventure et luttai contre les vents furieux....Je m'esquintai comme ceux de la Horde à chercher une route praticable et à aller au plus loin de mes capacités....
Je pleurai, le moment venu, le destin de Steppe....
Je me délectai de chaque touche de poésie, de philosophie, de voyage et de découverte, de réflexion toujours judicieuse.
Je m'ébahis devant la justesse du dosage...
Et plus que tout, je savourai le langage, l'habileté du mot, de l'expression. Tout était prétexte à extase pendant cette lecture.
Puis, vint le mot de la fin...

Et avec lui, le sentiment d'une perte immense...Alors, je commençai mon travail de deuil. Je parlai de la Horde à quiconque voulait bien m'écouter... Je postai sur chaque forum une critique malheureusement très en dessous de ce que je ressentais...
Je pris le pseudonyme de Steppe sur mon forum préféré...
Mais, quoi que je fasse, reste en moi comme un sentiment confus de perte et de vide....
J'ai eu besoin de plus d'un mois avant de pouvoir ouvrir un autre livre....
Alors, Mr Damasio, entre vous remercier et vous maudire, je ne sais que choisir....

Merci, merci mille fois pour cette oeuvre généreuse, atypique et si aboutie...
Merci pour mes larmes glacées versées dans la Norska, de joie comme de tristesse.
Merci pour cette grâce offerte à mon âme blasée.
Merci pour cet amour du mot juste et pour mon intérêt enfin renouvelé...
Merci pour Golgoth, Pietro, Sov, Caracole, Erg, Talweg, Firost, L'Autoursier, Steppe, Arval, le Fauconnier,
Horst et Karst,
Merci pour Oroshi, Alme, Aoi nan, Larco, Léarch, Callirhoé, Boscavo, Coriolis et Sveziest...
Merci pour moi Mr Damasio... Et ce mouvement insufflé à ma curiosité...

Mais je vous maudis pour ce sentiment d'inachevé qui me colle à la peau depuis la dernière(la première?) page tournée de la "Horde".
Je vous maudis de m'avoir donné le meilleur et ainsi d'avoir relevé le niveau de mes exigences....
Je vous maudis de m'avoir laissée orpheline d'une famille que j'avais faite mienne...
Je vous maudis d'avoir annoncé une suite à la "Horde"....

Depuis, à nouveau, j'erre dans les rayons de ma librairie préférée... Toujours en quête...
Et je vous cherche, Mr Damasio, je vous espère....
Je scrute l'horizon en quête du chrone dans lequel je pourrais m'oublier et me déliter jusqu'à me renouveler...
Mon "Vif" vous appelle et vous attend.

Vous m'avez laissée là, ébranlée, essoufflée, haletante, presque suffocante.... Orpheline et désemparée, je continue à chaque lecture à rechercher ce merveilleux instinct du mot et de l'histoire...
Et chaque lecture me ramène à vous et à ma frustration...
Mais aussi, vous m'avez donné le goût de la quête....
Et la certitude d'un espoir possible.
Et chaque livre ouvert, chaque première page est une promesse....
Grâce à vous....
Merci Mr Damasio.... et pour finir, pour ceux qui savent :
"N'acceptez pas que l'on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l'air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne.
Soyez complice du crime de vivre et fuyez ! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et à la main large, prête à s'unir, sobre à punir.
Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason." .....
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