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Critique de Rodin_Marcel


Rodin_Marcel
  31 juillet 2016
Dantec Maurice G. [Georges] (1959-2016) – "La sirène rouge" – Gallimard/Folio-policier, 2016 (ISBN 978-2-07-078435-6) – cop. 1993

C'est à l'occasion de son récent décès que j'ai découvert le nom de cet auteur qui m'avait jusque là échappé : il eut alors droit à des kyrielles d'articles dans la presse bien-pensante gôcho-bobo, malgré ses prises de positions plus ou moins fantaisistes cataloguées "de droite". Je n'étais guère enthousiaste à la vue des diverses biographies publiées, mais bon, je me résolus tout de même aller y voir par moi-même.

Je ne sais si ce roman policier reflète vraiment l'ensemble de son oeuvre, mais il fit à tout le moins l'objet d'une adaptation cinématographique qui – semble-t-il – connut un certain succès. le roman est construit selon les règles aussi classiques que strictes de la thématique du couple de fuyards (un homme, une enfant, tous deux dans le camp des gentils) pris en chasse tant par la police que par des très très méchants-vilains, adeptes et réalisateurs de "snuff-movies". L'écriture est trépidante à souhait, l'intrigue bien menée, rien à redire, ça fonctionne, bien que le tout relève du domaine du hautement invraisemblable (quoique).

L'auteur tente cependant d'insérer cette problématique dans le contexte plus global de la guerre atroce qui – à l'époque de l'écriture de ce roman – déchire l'ex-Yougoslavie et voit les Serbes exercer des violences nazies sur les populations civiles des territoires ravagés. A plusieurs reprises, l'auteur vitriolise les belles âmes des gentils pays européens qui ne cessaient (telle E. Guigoux) de demander aux belligérants de s'envoyer des bisous, désarmant les uns (bosno-croates) pour laisser les autres (serbes extrémistes) massacrer à qui mieux mieux (cf. pp. 208, 283-285, 395).

La thèse centrale du roman est exposée dans les pages 439-440, dans lesquelles l'auteur fait un lien entre ces nantis se régalant de l'ignoble violence des snuff-movies et cette guerre épouvantable dans les Balkans :
"L'enfer s'était déplacé. Non, il proliférait, comme un virus. [] L'Europe succombait à ses virus, le monde occidental moderne à ses limites, montrant là son vrai visage, annonciateur d'un crépuscule redoutablement tangible, encore une fois. le visage ambivalent du yuppie cannibale et humanitaire."

C'est là que le bât blesse.
D'abord parce que – comme nous l'apprend Wikipédia – rien ne prouve que les "snuff-movies" soient autre chose qu'une légende urbaine. Nul ne peut douter qu'il existe hélas des gens suffisamment dérangés mentalement pour se régaler d'en voir d'autres mourir dans d'atroces souffrances : depuis l'empereur romain Néron et les gladiateurs, jusqu'aux camps d'extermination nazi en passant par l'Inquisition, l'histoire est remplie de ces exactions commises rien que sur le territoire européen : et la liste devient quasiment infinie si l'on ajoute le reste du monde !
Mais que des gens se filment en train de commettre ces atrocités, pour ensuite diffuser ces films à prix d'or, n'aurait jamais pu être prouvé à ce jour : les ignobles atrocités commises par les par l'État Islamique bénéficient pleinement de la complicité des médias toujours avides de sensationnalisme, d'une diffusion aussi massive que gratuite via le Web, et sont sensées servir une guerre de civilisation et non des instincts particuliers (ce point là mériterait d'âtre approfondi).

Un auteur comme Dantec aurait pu orienter son propos justement vers ces gens (comme les dignitaires serbes, héritiers de leurs homologues nazis) ; ce qui eût été plus convaincant... Autre piste tout aussi épouvantable : à l'époque de l'écriture de ce roman, plusieurs instances avaient déjà prouvé que certains enlèvements crapuleux visaient purement et simplement à alimenter le trafic d'organes, ce qui collerait mieux avec l'explication finale terminant ce récit.

Du point de vue romanesque, le récit tient vraiment la route ; il n'en va pas de même du point de vue documentaire et insertion dans les réalités qu'il prend lui-même à témoin.
Dommage.
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