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ISBN : 2315007151
Éditeur : Max Milo (15/09/2016)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Le temple est bondé. « Ça pue ici » dit le maître en anglais. « Vous ne devez plus faire de prosternations, ou alors il faut ouvrir les fenêtres. » Un grand intendant maigre fait discrètement remarquer qu’il pleut à verse, et que, peut-être, cela n’est pas tout à fait indiqué. Le maître l’attrape alors par les cheveux et le secoue d’avant en arrière. « Qui es-tu pour juger ? Je suis ton maître, tu es mon esclave. Ah, ce n’est peut-être pas très politiquement correct... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Ledraveur
  12 juillet 2017
“Saga” d'un « Iktomi Rinpoché » tibétain ...
Je ne souhaitais pas vraiment lire cette « enquête » de Marion Dapsance, le propos me  “touchant” de trop près sans doute ! Ma compagne l'ayant rapporté de la « Médiathèque » de Toulouse, je l'ai lu tout de même...  !
Dès la “première de couverture”, le ton est donné … c'est « l'Inversion » de la Tradition ! « La mise à l'envers d'un endroit ! »
Bien qu'anthropologue en activité Marion Dapsance nous livre là plutôt un contenu d'enquête de type “journalistique” en personne “avertie” du sujet, avec un regard parfois amusé, tantôt quelque peu pamphlétaire, qui donne une certaine  envolée à ce qu'elle nous narre … avec la persistance typographique de “dalaï-lama” sans majuscule … amusant, mais “petit” !
Sonam Gyaltsen alias Sogyal Lakar (de la famille Lakartsang*) est plus connu dans les “milieux” occidentaux du bouddhisme tibétain sous le vocable de : “Sogyal Rinpoche”. Nous avons croisé le chemin de ce “dignitaire” à deux reprises, en 1990 et 1991** ; une première fois donc dans l'entourage qui accompagnait Khyabjé Dilgo Khyentsé cet été-là à La Sonnerie en Dordogne, puisque celui-ci devait aller enseigner à « Rigpa-France » (Lérab Ling n'existait pas encore à l'époque) une dizaine de jours fin août 1990 et une seconde fois donc lors de la venue du Dalaï-Lama sur la Côte de Jor en Dordogne fin août 1991. 
Ce fut donc très anecdotique ; fondu dans la dimension d'événements (l'un 1990 est l'autre 1991) d'une telle ampleur, le premier assez confidentiel, le second très médiatisé,  Sogyal Lakar n'avait pas vraiment relevé notre attention particulière … 
Les années sont passées, nous nous étions éloignés de tous ces milieux en 1993, et son nom a commencé à faire surface dans les années 2007/2008 au gré d'événements qui commençaient d'agiter sérieusement la “communauté pratiquante” et sympathisante de France du “lamaïsme”, bouddhisme de forme tibétaine donc.
J'ai donc lu attentivement ce livre, qui confirmait la déviance de la dite Tradition dans nos contrées …
Sogyal Lakar incarne un “trickster” simiesque du maître tibétain Trungpa, caricature faisant penser à « Iktomi »*** de la tradition Lakota ;
« Iktomi Rinpoché » !
Au-delà du descriptif du “cheminement” de M. Dapsance, il se pose la question d'une instrumentalisation du « bouddhisme tibétain » en nos contrées d'occident, qui n'a pas de précédent … 
Il s'avère que ce qui s'est finalement présenté ne correspond à rien et est une curieuse création hybride des traditions culturelles himalayennes importées en nos contrées de façon impromptue, superficielle et totalement inadaptée ...
Des ambitions « d'écoles », de Lignées, de “maîtres” plus ou moins accomplis ont brouillé les cartes dans  une situation socio-politique tibétaine complexe  qui s'embourbe dans l'inextricable.
D'ailleurs le lapsus de  M. Dapsance (p. 184/185) concernant Le Dalaï-Lama et la Lignée Kamtsang Kagyu est éloquent !
« Le Dalaï-Lama, autorité spirituelle en tant qu'incarnation de la divinité Tchenrézig, bénéficie en effet d'une autorité limitée sur ce que font les lamas appartenant à d'autres lignées que la sienne. 
Il n'est d'ailleurs même pas à la tête de l'école Kagyu, à laquelle il appartient pourtant. Son autorité n'est donc pas celle d'un pape, et le fait qu'il s'affiche régulièrement avec tel ou tel enseignant bouddhiste ne vaut pas gage de légitimation au profit de ce dernier. » 
Il est évident qu'ici nous sommes dans l'imbroglio lamentable et la confusion des genres suite au schisme interne désastreux de la succession du XVIe Karmapa. 
Le  Dalaï-Lama est issu de l'ordre des Gelugpa (et non Kagyupa) et effectivement ne dirige pas cette école, toutefois il y désigne le  Gaden Tripa, maître de cette lignée (actuellement le 105e Jangtse Choejey Kyabje Jetsun Lobsang Tenzin Palsangpo depuis le 25 juin 2017). 
Mais comme il a pris sous son influence personnelle le XVIIe Karmapa présenté par le Taï-Sitoupa et Gyaltsapa après la mort tragique du jeune Djamgon Khongtrul en 1992 (Lodreu Tcheukyi Sengué Tenpaï Gotcha, né en 1954, tous les trois faisant partie des quatre régents du XVIe Karmapa), la confusion est compréhensible.
Nous voyons bien là les limites de ce qui peut être appréhendé par une personne « extérieure » aux subtilités internes des Lignées du Vajrayana tibétain …
Cela jette un peu une “ombre” sur ce compte rendu, par ailleurs fort intéressant.
Sogyal Lakar se “pose” en “pratiquant” de « Maïthuna », en héritier potentiel de Kunga Legpa'i Zangpo et Sangye Tsenchen (“Le Fou de Tsang” compilateur des célèbres « Cent mille chants » de l'hagiographie de Milarépa, de la « Lignée de Bouche à Oreille de Rétchoungpa » [Dordjé Drak]****) et autre Jowö Mati du Lhobrag, sauf que la “compassion active” de Kunley n'hésitait pas à tenter « l'impénétrable des vagins effondrés » de femmes d'âge bien mûr, ne réservant pas le “gland” de son pénis pourvoyeur “d'éveil” à destination exclusive de plus ou moins “jeunes péronnelles” … ! Nous sommes bien loin de la « fusionnelle complétude » de Dévî dont nous parle avec beauté Daniel Odier ***** ! En outre ces personnages en référence dans la tradition du Vajrayana étaient des “vagabonds”, plus ou moins sans le sou, tout comme le disciple de Do Khyentsé, Dza Patrul  (XIXe), dont Dilgo Khyentsé était un héritier direct et accompli lui ! ... tout comme Chhimed Rigdzin. 
D'ailleurs, Marion Dapsance, répond à ses détracteurs dans « La Croix », du 07/02/2017, que finalement : « … les Tibétains et les tibétologues savent très bien que ce "bouddhisme" mi-occidental mi-tibétain proposé par des "maîtres" comme Sogyal Rinpoché n'a pas grand chose à voir avec les traditions culturelles himalayennes. S'il y a quelque chose que ce livre "dénonce", c'est cette curieuse création hybride que ni les Tibétains ni les tibétologues ne reconnaissent. » Elle “égratigne” au passage les “promoteurs du bonheur” en occident, tel Matthieu Ricard ou Frédéric Lenoir ; Raphaël Liogier confirmait d'ailleurs dans un article, l'aspect fantasmagorique de la chose (http://www.hebdo.ch/hebdo/cadrages/detail/%C2%ABle-bouddhisme-qui-s%C3%A9duit-les-occidentaux-est-un-fantasme%C2%BB).
Ainsi, cet ouvrage met en perspective les travaux conséquent de Cécile Campergue (https://www.babelio.com/livres/Campergue-Le-maitre-dans-la-diffusion-et-la-transmission-du-/644762) “diabolisée” elle aussi, comme ayant eu des “fonds chinois” pour réaliser sa thèse ! 
Toute personne qui ose porter des questionnements sur se qui se passe à ce sujet dans les « centres tibétains de France » est aussitôt “dénoncé, stigmatisé” comme ayant des liens et des accointances avec le gouvernement de la « Chine Populaire ». Ce genre de méthode ne laisse pas de portes ouvertes au “dialogue”, d'ailleurs ils n'en veulent tout simplement pas ! Ils sont dans une attitude obtuse où ils croient  ne devoir rendre de comptes à personnes … un enfermement dans une forme de “samaya-mafia” … où l'omerta règne dans l'aveuglement d'une dévotion idiote, voire "débilitante" mais très rentable en terme de biens économiques vers les intéressé(e)s, le "business" ! (sans parler de ceux "en nature" et autres !) ; 1 roupie = 0,013 d'euro ! … bravo, bien !
« Coyote » ... pour vous servir !
« In my personal experience, there are two taboos in Buddhist organisations, both of which have merit and both of which can be used as manipulative tools. One of them is an injunction against gossip – useful when trying to establish a calm mental state, but also useful to prevent the circulation of critical comment.
The second is samaya – the bond of loyalty that is one of the key tenets of Tibetan Buddhism. It supports the relationship between teacher and neophyte, but it can be deployed unscrupulously as a threat – break your samaya and attract dire consequences to yourself and your loved ones.
Another factor is that acceptance into the inner circle around an important guru delivers high status within the organisation. Women are persuaded to view the master as a deity and to be compliant with his wishes and whims, to undertake a punishing workload and be available for sex on demand. They are separated from family and friends, discouraged from contact with the outside world and persuaded to see the organisation as family with the guru (confusingly as father-lover) in absolute power and control. By the time women realise they are being abused, exploited and embedded in a coercive cult, it is often too late for them to extricate themselves. Their investment is total and their chances of making lives for themselves beyond the organisation have dwindled into non-existence. »
https://www.theguardian.com/commentisfree/belief/2011/jul/01/lama-sex-abuse-sogyal-rinpoche-buddhist
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3 août 2017
Communiqué suite au scandale lié à Sogyal Rinpoché
publié le jeudi 3 août 2017, par UBF
Le maître du bouddhisme tibétain nyingmapa, Sogyal Rinpoché est visé par des accusations concordantes , qui, tel que nous en avons connaissance et telles qu’elles sont énoncées, ne correspondent en aucun cas à l’éthique bouddhiste et se révèlent injustifiables à tous points de vues.
Dans l’attente qu’une évolution heureuse soit établie, l’Union Bouddhiste de France suspend la qualité de membre de Rigpa Lérab Ling et Rigpa France.
L’UBF exprime avec sincérité et compassion tout son soutien spirituel aux personnes concernées par cette affaire et à la communauté internationale de cette école.
http://www.bouddhisme-france.org/espace-presse/article/communique-suite-au-scandale-lie-a-sogyal-rinpoche.html
https://www.facebook.com/OKCinformation/posts/1796661047028866
https://yarlungwarrior.wordpress.com/2017/08/31/abuse-is-abuse-we-live-in-the-world-of-conventional-reality/
* Pour clarifier et préciser : Sogyal est membre de la famille Lakartsang ou Lakar. Lakartsang était une famille de commerçants dans la vallée de Rongpatsa à Kham. Sogyal porte toujours son nom. Son nom personnel est une contraction de Sonam Gyaltsen.
https://www.facebook.com/sogyal.rinpoche/photos/a.485061908344.252790.30766398344/10156019121648345/?type=3&theater
http://camisard.hautetfort.com/media/02/02/2051308259.jpg
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=816940431799231&set=p.816940431799231&type=3&theater
http://camisard.hautetfort.com/media/00/02/3612388908.jpg
** Sogyal Lakar dès la fin des années 1990, est déjà obnubilé par la “dévotion” au « maître Vajra ». Il prenait appui sur la stature d'un réel yogi accompli (Vajradhara), Khyabjè Dilgo Khyentsé, pour asseoir et valider son propos, et bien que se présentant comme un simple “étudiant/disciple” du dit yogi, on se rendait bien compte, que comme beaucoup d'autres hélas, il comptait bien reprendre à son “compte propre” la dite “dévotion illuminatrice” ! Sauf que l'on ne se compare pas impunément à un personnage tel qu'était Tashi Peljör (K.  Dilgo K.) !
Voir : http://camisard.hautetfort.com/media/00/01/3998832327.jpg
http://camisard.hautetfort.com/media/01/00/3826360209.jpg
et
http://camisard.hautetfort.com/media/01/00/3964497586.jpg
http://camisard.hautetfort.com/media/01/01/2004917275.jpg
voir également :
https://www.facebook.com/hridayartha/posts/815493161943958
*** https://www.babelio.com/livres/Erdoes-Et-Coyote-crea-le-monde/270899
**** https://www.babelio.com/livres/Milarepa-Les-cent-mille-chants-tome-1/700680
***** https://www.babelio.com/livres/Odier-Tantra/40462/critiques/505070
Lien : http://camisard.hautetfort.c..
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igaluck
  08 juillet 2017

Dans un contexte où les affaires navrantes ne cessent de se multiplier autour de centres occidentaux dévolus au bouddhisme tibétain, le livre de Marion Dapsance a le mérite d'ouvrir la boîte du débat au grand jour. Contrairement à l'étude de Cécile Campergue parue il y a cinq ans, plus universitaire et plus difficile d'accès, le ton journalistique et vivant de cette immersion anthropologique a fait mouche. Grands chevaux et paroles de lucidité sont de sortie dans les milieux concernés. On aimerait que la vague atteigne le rivage des médias nationaux… Tant de situations désastreuses et de dégâts humains ont été générés par des enseignants sans garde-fous, à l'aura garantie par l'exposition ostensible de photos prises en compagnie du Dalaï Lama et autres références fantasmées ou reconnues.
J'avoue que le clou du spectacle a été la liste de tout ce que doit absolument contenir le sac du lama pour aller de sa cabane à son sommet de méditation. À défaut de folle sagesse, c'est le fou rire qui m'a été révélé en un instant. Et ce d'autant plus que j'ai parcouru ce même chemin un jour d'accès libre. Niveau inspiration, je préfère m'en remettre à mon chat. C'est un roi de la détente, du lâcher-prise et du sens de l'adaptation. Niveau conscience, la balle est dans notre camp.
Il est temps d'effriter la statue du Bouddha d'or.

Lien : http://versautrechose.fr/blo..
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2017
L'individu réfractaire fait l'objet d'une labellisation comme “intellectuel” (ce fut ici mon cas) et est souvent ignoré et évité par la suite. À la sortie, certains, à qui j'aurais souhaité parler, m'évitèrent en effet soigneusement. Les regards suspicieux qu'ils me jetèrent, la bienveillance excessive, un brin apitoyée, des instructrices à mon égard et le retournement inattendu de l'Italienne (qui prenait maintenant des adresses auprès des instructrices) me laissèrent, à vrai dire, avec une certaine amertume. Je résolus de ne plus chercher, à l'avenir, à aller au bout de la discussion. Je compris que « le grand maître » était définitivement au centre de tous les discours, de toutes les activités, de toutes les attentions. Le bouddhisme, la méditation, c'est lui, et rien d'autre. Je comprenais maintenant comment certaines personnes, et notamment certaines femmes, pouvaient se laisser entraîner dans la voie de la subordination absolue à son égard. L'idée que la « folle sagesse » entraîne un changement d'état d'esprit et de comportement est en réalité tout à fait juste. C'est pourquoi certains y adhèrent. Mais dans quel sens change-t-on, et en vue de quoi ? Le problème est que le résultat obtenu n'est pas le résultat recherché. On cherche la libération de toutes les aliénations psychologiques, mentales, culturelles, sociales (libération que l'on appelle « l'Éveil ») : on se retrouve à devoir adhérer à un dogme d'infaillibilité “lamaïque” et à se soumettre aux caprices d'un homme d'affaires qui s'amuse à faire prendre des vessies pour des lanternes à ses disciples.
p. 168
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2017
Sogyal Rinpoché n'est pas un “lama” au sens où il serait l'abbé d'un monastère, un moine érudit ou un tantriste. Il l'est, par extension et à titre honorifique, dans la mesure où il a été reconnu “tülku” par le mari de sa tante maternelle, son « maître » Jamyang Khyentsé Chôkyi Lodrô. Il semble que cette reconnaissance ait avant tout été le résultat d'un arrangement familial. En effet, dans le récit de la famille Lakar livré par la mère de Sogyal Rinpoché, se dessine en creux une histoire familiale particulièrement instructive. Le père de ce dernier n'apparaît que très brièvement dans sa généalogie, pour ne plus être mentionné du tout par la suite, probablement en raison d'un divorce. Dans la famille Lakar, comme souvent au Tibet, la transmission du nom et du patrimoine se fait suivant le principe de la matrilinéarité, les hommes ne s'adjoignant à la famille que comme “gendre”. En l'absence de père, et en raison du remariage de la mère avec un autre homme, il fut convenu entre les deux sœurs de la famille, la mère et la tante de l'enfant, que celui-ci serait adopté par son oncle Jamyang, l'époux de la plus jeune. Jamyang est donc en réalité devenu le père adoptif de Sogyal Rinpoché et, pour justifier l'adoption et lui conférer un caractère sacré, il lui fut ajouté une dimension religieuse : Sogyal fut reconnu “réincarnation” d'un tantriste du XIXe siècle, Tertön Sogyal. Cette reconnaissance impliquait la nécessité qu'un religieux plus âgé, en l'occurrence Jamyang, s'occupât du jeune garçon. Ainsi était en quelque sorte officialisée l'adoption. La filiation spirituelle remplace la filiation biologique. Le terme de « maître spirituel » attribué chez Rigpa et dans « Le Livre tibétain de la vie et de la mort » à Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö est donc avant tout de l'ordre de la métaphore. Il ne faut pas l'entendre au sens d'une transmission de savoir-faire rituels, comme c'est le cas dans les lignées monastiques ou tantristes. Le livre de Sogyal Rinpoché ne mentionne d'ailleurs aucune transmission religieuse, alors que la plupart des biographies et autobiographies de lamas tibétains sont composées pour l'essentiel de listes d'initiations reçues à tel et tel moment de la part de tel et tel maître. Il faut donc considérer que Sogyal Rinpoché n'a bénéficié d'aucune instruction religieuse spécifique, qui en ferait un “lama” au sens propre, c'est-à-dire un religieux capable de transmettre à son tour savoirs, rituels et initiations tantriques*. Sogyal Rinpoché n'a par ailleurs hérité aucun patrimoine foncier ni aucune fonction religieuse, comme on aurait dû s'y attendre grâce à son statut de “tülku”. Il a simplement reçu une instruction religieuse de base de la part de son oncle, évoquée par touches impressionnistes et avec beaucoup de sentimentalisme dans « Le Livre tibétain de la vie et de la mort ».
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* Des lamas et des enseignants bouddhistes occidentaux qui souhaitent garder l'anonymat affirment même que Sogyal Rinpoché est à peu près illettré.
p. 176 - 177
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2017
Un “grand maître”, affirme en effet Olivier Raurich*, n'est pas un être humain comme les autres. Et celui qui s'apprête à entrer dans le temple est plus “spécial” encore que ses semblables, du fait de son caractère “non conventionnel”.“Non conventionnel” signifie que « le maître », contrairement à “nous”, ses étudiants, spectateurs ou simples « Occidentaux » en général, n'a pas à se plier aux règles du sens commun et du savoir-vivre élémentaire. Sogyal Rinpoché se manifestera donc sous la forme inattendue voire choquante d'un être délié de toute obligation sociale ordinaire. L'étudiant est appelé à ne pas s'en offusquer, mais à « rester ouvert, dans l'état d'esprit du débutant », capable de voir dans toute manifestation “spontanée” de son maître, avec lequel il entretient une relation karmique depuis des vies et des vies. Tout ce qui sera dit et fait par Sogyal Rinpoché, annonce-t-on avec emphase, doit être compris comme « un enseignement ». Plus grand sera le décalage entre « nos concepts » (ce à quoi on s'attend à tort de la part d'un religieux) et la banalité, la trivialité ou l'étrangeté de sa manifestation (ce qu'il fera effectivement), plus le message délivré devra être considéré comme profond. Ainsi la sagesse du maître se trouve-t-elle …
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* Olivier Raurich a récemment quitté Rigpa.
http://www.midilibre.fr/2016/10/08/temple-bouddhiste-de-lodeve-confidences-de-l-ancien-bras-droit,1406184.php
[N.d. Transcripteur]
p. 143
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2017
… lorsque des tibétologues apprennent ce qui est pratiqué dans des groupes comme Rigpa, ils ne sont guère surpris. Du moins sur un certain nombre de points, tel le service du maître, la sévérité et les humiliations que ce dernier inflige à ses plus proches disciples, la vénération dont il fait l'objet : tout cela relève bien de la culture tibétaine. La seule différence entre le contexte tibétain et le contexte occidental est qu'il est nécessaire, dans ce dernier cas, de former les disciples aux « bonnes manières » tibétaines, qui vont à l'encontre non seulement de leurs représentations du bouddhisme comme « spiritualité moderne » favorisant l'épanouissement personnel, mais également de l'idéal démocratique des sociétés occidentales, dans lesquelles on ne se soumet pas d'aussi bonne grâce à l'autorité absolue d'un chef.
...
... la rhétorique traditionnelle des « moyens habiles » (upaya), qui fait passer n'importe quelle activité pour une « technique de l'esprit » dépourvue de toute conséquence réelle (servir le maître et lui faire don de billets de banque ou de son corps sont alors euphémisés comme des “tests” ou un « “travail sur soi” ; la rhétorique de la « folle sagesse », qui s'accompagne d'épreuves initiatiques ritualisées destinées à la faire éprouver physiquement aux disciples. Les personnes qui ne parviennent pas à assimiler ces savoirs et savoir-faire qualifient le groupe de « secte ».
p. 272
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2017
Les dévots du bouddhisme
La perspective historique du livre est complétée par une approche ethnographique classique. Quel est exactement cet enseignement dispensé par le célèbre personnage au centre de l'étude ? Marion Dapsance répond à cette question en évaluant les aspects performatifs des sessions lors desquelles le maître entre en relation avec ses disciples — que ce soit en personne ou, le plus souvent, sous la forme d'une représentation enregistrée, une « relique virtuelle », grâce à laquelle les dévots, dans un état de réceptivité psychologique particulier (“l'empathie”) croient que l'état de leurs neurones est transformé. La clé de la puissance de persuasion de cette institutio — qui est une entreprise bien huilée avec un « management autoritaire » — se trouve dans le contrôle minutieux du langage qu'elle opère. L'excellente analyse du discours utilisé dans cette communauté offre un modèle que l'on pourrait facilement étendre à des cas semblables — et ce n'est pas ce qui manque — afin d'expliquer comment une pensée unique parvient à s'imposer en réduisant de manière drastique l'éventail des formulations linguistiques disponibles. L'anthropologue Maurice Bloch a souligné que les discours politiques et rituels avaient en commun d'être des formes appauvries du langage : dans aucun de ces deux domaines il n'est souhaitable de permettre plus qu'une quantité limitée de pensées et d'actions ; et le langage utilisé dans le cadre de Rigpa, l'association étudiée par Marion Dapsance, affiche toutes les marques d'un tel appauvrissement linguistique.
Quiconque se considère adepte du bouddhisme tibétain, ou tout au moins sympathisant de sa culture et de ses aspirations, devrait se réjouir de la publication de ce livre. Les révélations des abus de longue date au sein d'une institution religieuse peuvent mener — comme cela a été le cas récemment en Europe et en Amérique du Nord — à la condamnation globale de cette institution, mais elles peuvent aussi inciter certains fidèles à abandonner la religion sous la bannière de laquelle ces abus ont été perpétrés. Ce livre frappe fort ; mais il distingue avec soin la religion des institutions qui s'en réclament, et la cible de l'auteur n'est pas le bouddhisme tibétain.
Les disciples justifient la façon dont le maître les traite en y voyant une manifestation de « folle sagesse », un style dont on trouve de nombreux exemples dans les biographies tibétaines : la signification spirituelle d'un acte change selon qu'il est accompli par une personne ordinaire — auquel cas il peut être moralement condamnable — ou par une personne éveillée — il est alors l'expression de “moyens habiles”. Il ne faudrait pas prendre les excentricités de certains personnages célèbres dans la littérature tibétaine pour une caractéristique normale du paysage religieux tibétain.
p. 14 – 15
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