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Pierre Masson (Éditeur scientifique)
ISBN : 2020225344
Éditeur : Seuil (01/01/1980)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 21 notes)
Résumé :
L'histoire du jeune Jean ,12 ans, qui découvre la vie adulte au moment de la guerre de 1870 contre les Prussiens.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  25 novembre 2013
1870, la foudre d'abat sur Paris : la Prusse déclare la guerre à la France ! Alors qu'ils ne sont que prussiens, tandis que leurs adversaires sont tout de même français ! Une fois la stupeur passée, on se réjouit de pouvoir enfin donner à ces êtres frustres la bonne leçon qu'ils méritent. Une seule question fait débat : combien de temps faudra-t-il à l'armée française pour atteindre Berlin ? Quelques jours ? Quelques semaines ?
Le jeune Jean, 12 ans, s'enthousiasme avec sa famille, dans laquelle chacun fait surenchère dans la glorification de l'armée française. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que la ferveur patriotique de son père, de ses amis et de ses voisins est directement proportionnelle à la distance qui les sépare de l'ennemi. Criant hier « Vive l'empereur ! », ils n'hésitent pas à crier « Vive la République » quand celle-ci est officiellement proclamée. Prêts à verser leur sang jusqu'à la dernière goutte pour la patrie quand l'ennemi était encore aux frontières, ils s'enthousiasment pour la discipline teutonne quand leur ville est envahie, n'hésitant plus à commercer avec le nouveau maître des lieux, et d'obtenir au passage quelques avantages personnels dûment mérités, ou l'élimination de quelques adversaires gênants.
Moins d'un siècle plus tard, on retrouvera les mêmes comportements : certitude d'une victoire facile, stupeur devant la défaite, collaboration rapide avec l'occupant par ceux-là même qui manifestaient le plus fort leur attachement à la patrie. Darien s'attaque vivement à la morale bourgeoise, accusée de tous les maux : hypocrisie, lâcheté, cupidité, trahison, … La critique est amère, d'autant que l'auteur s'est inspiré de sa propre enfance pour ce roman. le patriotisme et les va-t-en-guerre bruyants, mais bien planqués au chaud, en prennent aussi pour leur grade. Là encore, on ne voit pas très bien ce qui a changé depuis un siècle.
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nathalie_MarketMarcel
  17 septembre 2016
Excellent petit roman sur la guerre de 70.
Le narrateur, Jean, est un garçon de 12 ans qui vit avec sa famille à Versailles. Et il nous raconte avec son point de vue d'enfant les évènements auxquels il assiste : l'enthousiasme patriotique pour la guerre, le départ de l'armée française sous les flonflons. Il est ravi par le défilé des uniformes et des chevaux et grâce à de petits drapeaux s'apprête à suivre l'avancée des troupes jusqu'à Berlin. Puis ce sont les rumeurs les plus contradictoires, la propagande toujours ronflante, l'entrée et l'installation de l'armée prussienne à Versailles. La guerre est un spectacle plein de fracas à 12 ans.
Mais il raconte aussi des événements qu'il comprend mal : son père criant qu'il faut tuer tous ces Prussiens, mais qui s'accommode très bien de leur présence. Il en va ainsi du grand-père et de la soeur, et des voisins. Tous ces comportements contradictoires sont bien étonnants. Il y a aussi un personnage louche, un juif, type même de l'intrigant et du profiteur. L'intérêt est bien évidemment que cela soit un enfant qui raconte, sans point de vue surplombant, ne comprenant des aléas politiques que ce qu'en disent les adultes, ces lâches et ces hypocrites.
Bien sûr on ne peut que songer à la Seconde guerre mondiale, à l'Occupation allemande et à la Collaboration.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   24 novembre 2013
Oui, nous sommes battus par les Prussiens, mais battus glorieusement, héroïquement, battus comme Roland à Roncevaux, battus comme une poignée de chevaliers succombant sous les coups d'une horde entière de barbares. Beaux vainqueurs, vraiment, que ces vandales qui s'embusquent pour surprendre les corps les plus faibles et les écraser sans danger ! Beaux vainqueurs, que ces lâches Teutons qui ne savent combattre que lorsqu'ils sont dix contre un !

M. Pion ne dérage pas. Il traite les Prussiens de cochons, de brutes, de sauvages, depuis le matin jusqu'au soir.

M. Beaudrain cite le vers fameux : « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. »
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LuniverLuniver   26 novembre 2013
– Mon enfant, me dit le père Merlin lorsque nous avons fini, tu parlais tout à l'heure d'aller révéler les horribles secrets qui te pèsent, de crier sur les toits les iniquités dont tu as été le témoin, de publier les mauvaises actions dont on s'est rendu coupable devant toi. Il ne faut pas faire cela. Il faut, comme tu l'as fait jusqu'ici, enfouir ces choses au fond de toi. Ne les oublie pas, souviens-t'en, au contraire, repasse-les souvent dans ton cœur. Laisse là ta colère, mais conserve ton indignation. L'indignation est toujours une chose juste. C'est pour cela qu'elle vit. Plus tard, quand tu seras grand, les frémissements qui t'agitent aujourd'hui te secoueront encore et ce sera peut-être au souvenir des ignominies qui t'ont fait horreur que tu devras d'être un homme. C'est une dure leçon qui t'est donnée là, mon enfant, tu le comprendras un jour. Elle peut te profiter à toi, si tu veux. Si tu veux, si tu es assez fort pour ne pas laisser fausser, pendant dix ans au moins, ton âme d'enfant qui est sincère et droite ; si tu es assez robuste pour voir les choses, plus tard, avec tes yeux d'aujourd'hui.
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LuniverLuniver   25 novembre 2013
C'est drôle, Léon est convaincu que les Français ont été vainqueurs. Je ne sais pas comment il s'arrange, mais c'est comme ça. Il admet bien qu'en définitive nous sommes battus, mais battus sans l'être, battus avec le beau rôle, battus pour la forme. Il prétend qu'au fond, en poussant jusqu'au bout l'examen des faits, en approfondissant la question, il est impossible de douter de notre succès définitif. C'est un succès moral, ce succès-là ; mais enfin c'est un succès – et le plus grand.
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LuniverLuniver   26 novembre 2013
Ah ! ils y tiennent, à leur patriotisme ! Ils y tiennent, comme on tient aux sentiments factices, ceux qu'on n'éprouve pas – et qu'on se targue d'éprouver...
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LuniverLuniver   27 novembre 2013
— Je m'emporte, mon enfant, je m'emporte. Ces choses-là, vois-tu... La guerre, je la hais.
— Oh ! moi aussi, je la hais !
— Toi aussi ? demande le vieux en souriant. Tu as déjà des convictions ?
Et il ajoute, très sérieux :
— Alors, tu souffriras. Ce sont les convaincus qui souffrent.
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