AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782818048078
256 pages
Éditeur : P.O.L. (22/08/2019)

Note moyenne : 3.45/5 (sur 224 notes)
Résumé :
Rien ne destinait Rose, parisienne qui prépare son déménagement pour le pays Basque, à rencontrer Younès qui a fui le Niger pour tenter de gagner l’Angleterre. Tout part d’une croisière un peu absurde en Méditerranée. Rose et ses deux enfants, Emma et Gabriel, profitent du voyage qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Libye, le bateau d’agrément croise la route d’une embarcation de fortune qui appelle à l’aide. Une centaine de migrants qui manquent de s... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (73) Voir plus Ajouter une critique
Cannetille
  12 mars 2020
Rose s'est embarquée avec ses deux enfants pour une croisière en Méditerranée. Une nuit, leur énorme paquebot se porte au secours de migrants, perdus en pleine mer à bord de leur vedette surchargée. Emue par un jeune Nigérien de l'âge de son fils, Rose lui offre des vêtements et le téléphone portable de son aîné. Rentrée chez elle, elle pensera ne garder de cette histoire qu'un prénom, Younès, et des factures de portable qu'elle continuera à régler. Elle sera loin de s'imaginer où vont la mener son geste et ce lien désormais établi à travers ce téléphone.

J'ai été totalement séduite par la première partie du roman, à bord du bateau de croisière. le récit est enlevé, empli d'un humour sarcastique sur le tourisme idiot, tandis qu'il nous fait découvrir des personnages convaincants et réalistes, dans tous leurs doutes et leurs ambiguïtés. L'on se prend de sympathie pour Rose, pour son sentiment de gêne et de culpabilité dont elle pense se tirer à bon compte, une fois reprise par le tourbillon de son quotidien, comme pour tout un chacun pas si facile.

Le livre prend ensuite un rythme moins marqué, où l'humour se fait plus discret au fur et à mesure que Rose se retrouve confrontée à de vraies décisions. Si le souffle du récit n'est plus le même, le questionnement qu'il nous soumet prend tout son sens : et vous, jusqu'où laisseriez-vous un enfant qui n'est pas le vôtre bouleverser votre existence ? Sans misérabilisme ni manichéisme, Marie Darrieussecq met le doigt sur l'embarras de notre société face à l'afflux de réfugiés que les politiques migratoires ne parviennent pas à gérer. Elle nous interroge aussi sur nos priorités et nos tracas quotidiens, si centrés sur nous-mêmes, notre famille et notre travail. Enfin, elle insiste sur l'importance du « toit » et du « chez soi », ces centres de gravité qui nous équilibrent, nous protègent, et nous identifient.

Malheureusement, cette seconde partie du récit m'a agacée par l'inutile et improbable évocation des pouvoirs de magnétiseuse de Rose, et déçue par la facilité presque naïve du dénouement, dont j'attendais bien davantage eu égard à la gravité des thèmes abordés. Ce qui commençait comme un livre coup de coeur s'est ainsi mué en une jolie lecture, sympathique et très actuelle, mais d'une profondeur par trop inégale pour convaincre totalement.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          762
TerrainsVagues
  07 avril 2020
La mer à l'envers où comment j'ai lâchement changé de tactique pour un bouquin qui ne m'intéresse pas.
L'histoire : Rose et ses deux enfants sont sur un bateau, enfin un truc monstrueux de douze étages qu'on trouve en centre ville à Venise ou au plus près des icebergs pour donner des sensations à de riches désoeuvrés…
Bon, là c'est pas Rose qui paye. C'est maman qui offre un break (une coupure, pas une voiture) à sa fille pour qu'elle fasse le point sur son couple, son mariage. Va-t-elle divorcer ou suivre son mari en province. Que c'est trop dur la life hein.
Pourquoi j'ai ce bouquin entre les mains ????? Euh… Ah oui… si la croisière s'amuse, le Pacific Princess du livre va croiser un chalutier surchargé de migrants et les secourir.
Alors oui pendant une bonne vingtaine de pages j'ai commencé à entrer dans l'histoire et puis… j'ai attendu, j'ai attendu que ça commence vraiment. Page 51 tout est terminé, tous les rescapés sont expédiés sur une vedette direction la Sicile. Rideau.
Jusque là, c'était pas violent non plus niveau émotions. Rien sur le sauvetage ni sur les migrants, juste Rose, témoin, qui va de pont en pont pour mieux voir.
La mère à l'envers d'avoir assisté à ce dommage collatéral de la misère va réfléchir sur la vie, la société enfin si j'en crois les billets lus des autres babélioteurs parce que c'est maintenant que je vous donne ma nouvelle tactique sur ce coup là.
Page 89, l'escale en Grèce avec l'excursion au Parthénon parce que la Grèce c'est au programme de la troisième et du CE1 (les classes des enfants de Rose, c'est bien foutu quand même) ben… au Parthénon et à ses excursinistes je leur ai dit : Partez si, loin, très loin de moi. J'ai refermé le bouquin pour ne plus l'ouvrir. Abandonné, voui.
Faut dire que les autres billets ne m'ont pas incité à poursuivre puisque même les chroniques richement étoilées laissaient entendre que le début et tout ce qui concernait la croisière étaient top et que ça se gâtait un peu une fois la terre ferme retrouvée. La croisière n'ayant déjà à mon avis aucun intérêt, j'ai pas eu le courage…
Si encore l'écriture m'avait attrapé mais là aussi, quelle platitude, quel ennui.
L'amer allant vers l'impasse, il n'y avait pas d'autre issue que la capitulation devant tant de fadeur.
Première et dernière rencontre avec Marie Darrieussecq.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4513
alexb27
  30 août 2019
Entre divorcer ou suivre son mari (très porté sur la boisson) au pays Basque, Rose, psychologue et parisienne, hésite. Pour réfléchir à la question, sa mère lui offre ainsi qu'à ses enfants une croisière. Durant ce périple, Rose va croiser la route de Younès, migrant recueilli sur le bateau, à qui elle va donner un manteau et le téléphone de son fils. Ce choix va changer sa vie (et celle du jeune homme)...Un roman intéressant, qui pose un regard acéré (absolument pas manichéen) sur les politiques migratoires. C'est un récit qui questionne tout en étant le portrait très crédible d'une femme à la croisée des chemins. j'ai beaucoup aimé, tout m’a paru juste.
Commenter  J’apprécie          492
Annette55
  05 décembre 2019
Voici un récit bien dans l'air du temps :
Rose, parisienne typique, magicienne presque à son insu, citadine bobo, personnage fantasque, très attachée à sa liberté, psychologue pour enfants, mère aimante de Gabriel, 15 ans et Emma , 7ans , un peu dépassée par le déménagement prochain au Pays basque, croise le destin de Younès , jeune adolescent nigérien——-ses yeux se posent sur lui ——: Il est très jeune, des cheveux mouillés en boucles , un grand front un peu cabossé .Il ressemble à son fils . »
Où le rencontre t- elle ?
Au beau milieu de la Méditerranée , quelques heures avant Noël , lors d'une croisière offerte par sa mère ,avec ses deux enfants .
L'énorme paquebot sur lequel elle a embarqué a croisé la route d'un frêle esquif où s'entassent des réfugiés venant d'Afrique .
Les naufragés embarquent sur le gros navire. Aux migrants elle apporte quelques affaires , à Younès , l'adolescent nigérien , elle donne le portable de son fils Gabriel.
Lorsque quelques heures plus tard , les chemins de Rose et de Younès se seront séparés , ce téléphone mobile constituera entre eux —- un lien indéniable ——un attachement —- affectif autant que lointain ——
Rose réalise que les paquebots de vacanciers pour enfants gâtés sont sur les mêmes routes maritimes que les frêles esquifs des Migrants ...
En découvrant Younès , ce jeune migrant qui a fui son pays de misère ou de danger, elle plonge la tête la première dans cette terrible réalité .
Le décalage entre ses enfants exigeants , sa vie gâtée lui saute aux yeux .
Son univers change , celui du lecteur aussi...
Ce voyage donnera une nouvelle orientation à sa vie ou comment habiter intelligemment le monde ?
N'en disons pas plus..
Ce n'est pas un roman sur l'exil mais un récit engagé sur les différences et nos difficultés à accepter l'autre ou plutôt ce qui ne fait pas partie de notre univers habituel.
. Comment bousculer son quotidien et ses habitudes pour sauver un enfant qui n'est pas le sien,?
Une réflexion prégnante et exigeante, à travers le personnage investi, complexe de Rose, sur la place de l'individu dans le monde.
«  La-mer à l’envers  » , qui n'a rien de moralisateur, reflète l'embarras de sociétés complètement démunies face aux réfugiés qui se présentent à nos portes .
Un malaise , une culpabilité diffuse , malgré l'héroïsme de Rose, traverse l'écriture de l'auteure . Les phrases sont courtes , limpides , agréables.
Des thèmes graves abordés avec simplicité , une belle réflexion, une déclaration de tolérance, d'ouverture au monde , d'écoute pour Rose qui a beaucoup à donner .....
«  Le problème avec les migrants, c'est combien ils sont angoissants ... »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          404
Litteraflure
  29 septembre 2019
Les 40 premières pages sont fracassantes. Elles expriment avec force le choc de deux mondes (celui des privilégiés et celui des réfugiés) sur fond de mer Méditerranée. Sans trop en rajouter, Marie Darrieussecq exprime avec justesse le désarroi de cette femme, Rose, qui n'assume pas le drame humain qui se répète sur les côtes italiennes. le sujet dominant de ce roman n'est pas la culpabilité mais l'héroïsme. Qu'est-ce qui peut faire de nous des héros ? le fait de risquer non seulement sa vie mais celle de ses proches au nom d'une noble cause ? L'inconscience ? Des facultés extraordinaires ? Rose, la protagoniste du roman, est tout cela. Une maman sensible, une femme perturbée, une magnétiseuse, une idéaliste. Tout le long du livre, Marie Darrieussecq marche sur une corde raide, entre l'envie de raconter une belle histoire et la peur de tomber dans le misérabilisme bon ton. Mais elle trouve l'équilibre. Son histoire tient la route, malgré des longueurs nécessaires, pour illustrer les hésitations de Rose, sa reconstruction, son envie d'une autre vie. C'est le deuxième thème du livre : la quête d'un ailleurs. Pour Younès, le migrant recueilli, cet ailleurs est l'Angleterre, le pays « où il n'y a pas de contrôle d'identité dans la rue ». Pour Rose, il est au pays basque. On devine que Marie (l'auteure) se cache peut-être derrière Rose (le personnage) : le mariage à bout de souffle, l'éducation compliquée des enfants, l'étrange évolution des rapports humains, les errements d'une société qu'elle ne comprend plus… Younès, l'homme qui vient du Niger, est un catalyseur. Avec son roman, Marie Darrieussecq porte un regard critique sur ce monde globalisé tout en nous affirmant qu'il est possible de le rendre meilleur. Il suffit d'un peu de folie, bien placée.
Bilan : 🌹
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          411


critiques presse (4)
LeJournaldeQuebec   16 septembre 2019
Depuis son célèbre Truisme, Marie Darrieussecq ne parvient pas toujours à nous enchanter. Avec La Mer à l’envers, elle a cependant réussi autre chose : nous surprendre, en nous plongeant tête première dans la terrible réalité des migrants.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeMonde   29 août 2019
L’auteure parvient à injecter beaucoup d’humour et d’apparente simplicité à la gravité des thèmes abordés, grâce à des phrases courtes pourtant capables de charrier beaucoup de choses. La Mer à l’envers est un texte qui se demande très intelligemment comment habiter le monde. Et qui oscille entre l’excellent livre et le grand roman.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   26 août 2019
Le ton volontairement clinique de ce roman, ses détours parfois longuets dans l’histoire de Rose m’ont un peu déstabilisée au départ. Mais ce texte continue de m’habiter plusieurs semaines après sa lecture, sans doute parce qu’il a su rejoindre ma vie quotidienne. Magie de la littérature.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   20 août 2019
Avec La mer à l’envers, Marie Darrieussecq signe un des romans les plus forts de la rentrée française, roman sur l’absurdité des politiques migratoires, sur la famille, et un peu aussi sur le pouvoir de la magie.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   02 janvier 2020
Tout en bas, sous elle, on mettait une chaloupe à la mer. Ratatata faisaient les chaînes. La chaloupe diminuait, diminuait, la surface de la mer vue d’en haut comme d’un immeuble. Silence. Les bruits fendaient la nuit de rayures rouges. Un officiel et deux marins descendaient le long de la paroi dans la chaloupe, un gros tas de gilets de sauvetage à leurs pieds. En mer il y avait comme des pastilles effervescentes, écume et cris. Et elle voyait, elle distinguait, un autre bateau, beaucoup plus petit mais grand quand même. Ses yeux protégés de la main contre les guirlandes de Noël s’habituaient à la nuit, et rattachaient les bruits aux mouvements, elle comprenait qu’on sauvait des gens.
D’autres passagers au bastingage tentaient de voir aussi. C’étaient des Français de Montauban, elle les croisait au restaurant deLuxe. Ils la saluèrent, ils étaient ivres. Les deux femmes, jeunes, piétinaient en escarpins, il y en a pour des plombes estima l’une d’elles. Un homme criait à l’autre «mais putain tu es dentiste, dentiste comme moi», la phrase les faisait rire sans qu’on sache pourquoi. Un autre couple courait vers eux, baskets et survêtement, faisaient-ils du sport à cette heure ? Ils ne parlaient aucune langue connue: des Scandinaves? Rose leur expliqua dans son anglais du lycée qu’il y avait, là, dans la mer, des gens. Et peu à peu et comme se donnant on ne sait quel mot mystérieux, des passagers se regroupaient. Il était quoi, quatre heures et demie du matin. La chaloupe avait touché l’eau, cognant contre le flanc du paquebot, le moteur démarrait impeccable sous l’œil des passagers penchés, l’officier à la proue et les deux marins derrière, debout très droits, comme un tableau. D’autres canots de sauvetage étaient parés à la descente. Elle se demanda s’il fallait qu’elle aille réveiller ses enfants pour qu’ils voient. Un employé surgit, «Ladies and gentlemen, please go back to your cabins». Les canots peu à peu s’éloignaient, bruits de moteur mêlés. Les voix semblaient marcher sur l’eau. On demandait dans de multiples langues ce qui se passait, alors que c’était évident, pourquoi ils n’appellent pas les flics? C’est à la police des mers d’intervenir. Ces gens sont fous, ils emmènent des enfants. On ne va quand même pas les laisser se noyer. C’était une des Françaises qui venait de parler et Rose eut un élan d’amour pour sa compatriote honorable. Un officier insistait en anglais et en italien pour que tout le monde quitte le pont. Les Français ivres et dentistes avaient froid et un peu la gerbe: le bateau imprimait aux corps son léger mouvement vertical, sa légère chute répétée. Venez, on va s’en jeter un, dit un dentiste. Rose resta avec la Française honorable pendant que l’autre femme se tordait les chevilles à la suite des hommes. 
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
hcdahlemhcdahlem   02 janvier 2020
Cette nuit-là, quelque chose l’a réveillée. Un tap tap, un effort différent des moteurs. La cabine flottait dans le bleu. Les enfants dormaient. Depuis sa couchette, les mouvements du paquebot étaient difficiles à identifier. Elle était dedans - à bord - autant essayer de sentir la rotation de la Terre. Elle et ses deux enfants devaient peser un quintal de matière vivante dans des centaines de milliers de tonnes. Leur cabine était située au cinquième étage de la masse de douze étages, trois cents mètres de long et quatre mille êtres humains.
Elle entendait des cris. Des appels, des ordres? Un claquement peut-être de chaîne? Il était quoi, trois heures du matin. Au hublot on n’y voyait rien: le dessus ridé de la mer, opaque, antipathique. Le ciel noir. La cabine «deLuxe» (c’est-à-dire économique) n’avait pas de balcon (les Prestige et les Nirvana étant hors des moyens de sa mère, qui leur a fait ce cadeau de Noël), et sans balcon, donc, on n’y voyait rien.
Elle arrangea l’édredon de la petite, resta une minute. La cabine était sombre, douillette, mais l’irruption des bruits faisait un nœud qui tordait les lignes. Elle ouvrit la porte sur le couloir. Un passager des cabines Confort (au centre, sans hublot) la regardait, debout devant sa porte ouverte. Elle portait un pyjama décent sur lequel elle avait enfilé une longue veste en laine. Lui, il était en pantalon à pinces et chemise à palmiers. Des cris en italien venaient du dessus, un bruit de pas rapides. Le voisin se dirigea vers les ascenseurs. Elle hésita - les enfants - mais au ding de l’ascenseur elle le suivit.
Ils descendirent sans un mot dans la musique d’ambiance. Peut-être aurait-il été plus malin d’aller vers le haut, vers la passerelle et le commandement? A moins que l’histoire ne se loge tout au fond, vers les cales et les machines? Le bateau semblait creuser un trou dans la mer, s’enfoncer à force de taper, interrogatif, comme cherchant un passage.
Les portes s’ouvrirent sur de la fumée de tabac et une musique éclatante. Décor pyramide et pharaons, lampes en forme de sarcophages. Des filles en lamé or étaient perchées sur des tabourets. Des hommes âgés parlaient et riaient dans des langues européennes. Le type des cabines Confort entra dans le bar à cognacs. Elle resta hésitante, à la jointure de deux bulles musicales : trois Noirs en blanc et rouge qui jouaient du jazz; une chanteuse italienne à boucles blondes, accompagnée d’un pianiste sur une estrade pivotante.
Elle traversa en apnée le casino enfumé. Dans quel sens marchait-elle? Bâbord était fumeur et tribord non fumeur. Ou l’inverse, elle ne se rappelait jamais. Le casino se trouvait sous la ligne de flottaison. Les joueurs s’agglutinaient en paquets d’algues autour des tables. Elle avait envie d’une coupe de champagne ou de n’importe quel cocktail comme les filles en lamé or. Un couple très âgé se hurlait dessus en espagnol pendant qu’une femme à peine plus jeune leur attrapait les mains pour les empêcher de se battre, que lucha la vida, prenant on ne sait qui à témoin, elle peut-être, qui se déplaçait en crabe. Elle aurait aimé voir un officiel, un de ces types en uniforme qui fendent les bancs de passagers. Elle traversa un libre-service, pizzas, hamburgers et frites, l’odeur mêlée au tabac et aux parfums et à quoi, cette légère trépidation, la vibration de quelque chose, lui flanquait légèrement la nausée. Sa mère lui avait offert le tout-inclus-sans-alcool. Sortie de ce boyau-là c’était une autre salle de jeu, vidéo cette fois, pleine d’adolescents pas couchés. Puis des couloirs déserts, des boutiques fermées, un décor égyptien mauve et rose, et le grand escalier en faux marbre vers la discothèque Shéhérazade. Malgré la musique on percevait une rumeur, mais à tenter d’isoler les sons on ne l’entendait plus.
Elle hésita. Un amas de retraités ivres titubait au bas de l’escalier. Elle visualisa son petit corps debout dans la masse creuse du bateau, et la mer dessous, énorme, indifférente. Les passagers du Titanic eux aussi avaient mis un certain temps à interpréter les signes. Ce voyage était une promotion de Noël, peut-être parce qu’un des paquebots avait fait naufrage quelques années auparavant, trente-deux morts. Partir en croisière aussi comportait des risques.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
SZRAMOWOSZRAMOWO   29 août 2019
C’est sa mère qui l’a convaincue de faire cette croisière. Une façon de prendre de la distance. De réfléchir à son mariage, à son métier, au déménagement à venir. Partir seule avec les gosses. Changer d’air. Changer d’eau. La Méditerranée. Pour une fille de l’Atlantique. C’est plat. Une mer petite. Les côtes sont rapprochées. On a l’impression que l’Afrique pousse de tout son crâne contre l’Europe, d’ailleurs c’est peut-être vrai. Une mer tectonique, appelée à se fermer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
CamkyouCamkyou   19 juin 2019
Songe, lui dit son mari, que le sommeil nous plonge dans une vulnérabilité si grande qu'il faut s'en protéger le temps qu'il dure. Nous devons nous replier et répéter chaque nuit ce repli sans avoir à nous poser la question du où ni du comment [...] Nous les humains avons besoin d'un lit et d'une porte qui ferme. Un domicile. Une adresse sur la planète.
Commenter  J’apprécie          80
artemisfowletteartemisfowlette   10 décembre 2019
Et comme elle avançait de porte en porte, Vitry, Bercy, Vincennes, Montreuil, de seuil en seuil, elle quittait Paris sans fin. Elle se voyait là-bas, ici, chez elle, à la maison - les Parisiens disent maison pour leur appartement - descendant quatre à quatre car l'ascenseur ne venait pas, balançant le tri dans la poubelle jaune, sautant par-dessus le caniveau, saluant le vendeur sri-lankais installé à la sauvette depuis des années, traversant hors des clous pour courir vers le bus, lisant le journal sur un téléphone entre le caddie d'une ancêtre à cheveux mauves et la poussette d'une jeunesse en boubou, fonçant à la lente vitesse du bus vers ses patients, vers Grichka et Bilal et les autres. Mais elle était dans sa voiture immatriculée 64 et un morceau d'elle était resté ici. Eût-elle voulu rentrer, reprendre sa vie où elle l'avait laissée, des étrangers habitaient désormais l'appartement dont elle était le fantôme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Marie Darrieussecq (73) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marie Darrieussecq
De quelques gorilles - Parc national des Volcans - Rwanda - Marie Darrieussecq avec les gorilles des montagnes de l'Isabukuru group, à 3200 mètres d'altitude sur les pentes du volcan Visoke en 7 mai 2016 - montagnes du Virunga Rwanda : Karisimbi, Visoke, Muhabura, Gahinga et Sabyinyo.
Isabukuru - SIlverbvack - en compagnie de Moïse.
autres livres classés : migrantsVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (2 - littérature francophone )

Françoise Sagan : "Le miroir ***"

brisé
fendu
égaré
perdu

20 questions
2373 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , littérature française , littérature francophoneCréer un quiz sur ce livre

.. ..