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Manuel Tricoteaux (Traducteur)
EAN : 9782742769209
420 pages
Actes Sud (07/09/2007)
4.19/5   8 notes
Résumé :
Sujet politiquement incorrect, sous-estimé par Fernand Braudel et par nombre d'historiens, l'esclavage blanc pratiqué par ceux que l'on nommait alors les Barbaresques a bel et bien existé sur une grande échelle et constitué une véritable traite qui fit, durant près de trois siècles, plus d'un million de victimes. Qui étaient-elles ? Comment se les procurait-on ? Comment fonctionnaient les marchés d'Alger, Tunis et Tripoli, les trois villes qui formaient le noyau dur... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  22 octobre 2021
Esclavage. Dans nos sociétés, le terme évoque immédiatement la traite transatlantique, qui a envoyé tant d'individus d'Afrique noire vers les Amériques.
Il a pourtant existé une traite d'esclaves blancs, capturés par des pirates barbaresques (provenant du Maghreb) sur les mers et dans les terres italiennes, espagnoles, françaises, parfois même jusqu'en Irlande ou en Islande, pour être amené sur les marchés aux esclaves. Avec un pouvoir central faible, les pachas locaux laissaient faire, pourvu qu'on n'oublie pas de leur verser une part des bénéfices.
L'intérêt de ces captures était double : pour les esclaves issus des classes sociales les plus pauvres, s'approprier de la main-d'oeuvre peu coûteuse pour les galères ou les travaux lourds ; mais également par les possibilités de rachat qu'offraient les artisans, les religieux ou les nobles. La porte était toujours ouverte aux familles pour faire sortir de sa condition un être cher (au sens figuré comme au sens propre). Certains pirates revenaient d'ailleurs dans les villages pillés dès le lendemain pour proposer un rachat au rabais aux habitants restants (un « tiens » vaut mieux que deux « tu l'auras. »).
Évidemment, l'aspect religieux avait aussi son rôle. D'une part, après la Reconquista, capturer des esclaves chrétiens avait des allures de vengeance pour les pirates du monde islamique ; d'autre part, la famille restée au pays avait très peur de voir le captif embrasser l'islam, peur sur laquelle jouaient d'ailleurs les maîtres pour faire montrer les enchères. Cette crainte était d'autant plus réaliste qu'adopter la foi musulmane pouvait adoucir les conditions de vie de l'esclave, voire lui offrir une position sociale convenable dans sa nouvelle nation. de véritables campagnes caritatives à grande échelle se mettaient alors en place pour arracher les esclaves aux périls moraux qui menaçaient leurs âmes et montrer que la Chrétienté n'abandonnait pas ses enfants.
­Plusieurs actions militaires de la part des pays européens, puis la colonisation, auront mis fin d'abord à cette pratique, ensuite à son souvenir même. Un certain sentiment de supériorité viendra gommer le fait que pendant quelques siècles, c'étaient les habitants des côtes européennes qui ont tremblé. L'auteur affirme même que l'époque a marqué durablement les imaginaires de certains pays, rendant la mer dangereuse dans l'esprit de ses habitants.
Le livre était très instructif, et ses sources semblent faire consensus. Un point désagréable est que l'auteur insiste lourdement sur le fait que les études précédentes sous-évaluaient systématiquement l'ampleur du phénomène, et que parmi les descriptions des sévices que pouvaient subir les esclaves, il fallait toujours retenir le pire. Plutôt que de me convaincre, ça m'a plutôt amené à avoir des doutes sur ses intentions réelles. L'emploi de termes comme « barbaresque » ou « renégats », qui sont connotés très négativement, aussi, même si ça a l'air d'être les termes « scientifiques » corrects. L'auteur a l'air reconnu dans son domaine, même si ses estimations semblent une borne supérieure. Il avance le chiffre de 1.25 millions d'esclaves capturés en Barbarie (pour comparaison, la traite transatlantique en aurait compté 12 millions), ce qui semble considérable et rend étonnante son absence dans notre imaginaire collectif.
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tristantristan
  03 décembre 2017
Fort bien documenté, cet ouvrage nous rappelle que l'esclavagisme est peut-être "la chose la mieux partagée"
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
LuniverLuniver   19 octobre 2021
Les hommes qui distribuaient l'argent [du rachat des esclaves] au cas par cas à Naples ou Rome, voulaient obtenir l'assurance que la conduite de ces esclaves était restée louable durant toute leur captivité : qu'ils n'avaient pas sombré dans l'ivrognerie et l'impiété, et en particulier qu'ils ne s'étaient pas convertis à l'islam sous l'effet des coups ou des cajoleries de leurs maîtres, même par simulacre. Les fonds disponibles suffisant rarement à libérer tous les esclaves originaires d'un État donné, c'étaient aux prêtres de décider qui partirait et qui devrait attendre. Leur choix se fondait sur le mérite des esclaves, autant comme bons chrétiens que comme victimes. Vers la moitié du XVIIIe siècle, [l]es formulaires étaient pré-imprimés et réservaient de l'espace pour indiquer si l'esclave s'était comporté "comme un bon catholique et un fidèle disciple des prescriptions de notre Sainte Loi". Comme on peut s'en douter, les esclaves étaient amers lorsqu'ils découvraient que d'autres avaient la préférence.
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tristantristantristantristan   04 décembre 2017
A la fin du XVIIIe siècle les visiteurs remarquaient que " les habitants d'Alger avaient une complexion assez claire, observation confirmée récemment par des chercheurs. parfait amalgame, à une époque, d'esclaves européens, de janissaires, de renégats, de Maures, de Berbères et de Juifs, Alger fut peut-être d'ailleurs le meilleur exemple de société métisse dans cette région au XVIIe et XVIIIe siècles. pp. 58,59

Si l'on met de côté les quelques pauvres voyageurs européens qui tombaient aux mains es musulmans après le naufrage de leur vaisseau sur les côtes nord-africaines, la grande majorité des chrétiens réduits en esclavage en Barbarie avaient été soit capturés par des corsaires en même temps que le bateau à bord duquel ils voyageaient ,soit enlevés lors des raids esclavagistes qui touchaient surtout les îles méditerranéennes ou les côtes espagnoles, italiennes et grecques. p.71

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LuniverLuniver   02 octobre 2021
Bien conscients de l'intérêt que portaient les corsaires à leur situation et à leur richesse, la plupart des passagers faisaient de leur mieux pour dissimuler l'un et l'autre lorsqu'ils voyaient que leur bateau était sur le point d'être abordé. Il semble en effet que les voyageurs, prudents, aient pris grand soin de ne pas confier sur eux quoi que ce fût au capitaine ni à leurs compagnons de voyage afin d'éviter que quelqu'un, le cas échéant, soit pour s'attirer des faveurs soit pour éviter d'être battu, ne les décrouvrît à leurs ravisseurs comme des personnes riches et tenant une place importante dans la société chrétienne. Les traversées en Méditerranée ne devaient donc pas favoriser les rencontres.
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LuniverLuniver   21 octobre 2021
La très large diffusion des histoires [sur les pratiques homosexuelles en Barbarie] pourraient avoir eu une autre conséquence involontaire en portant la culture sexuelle des régences à l'attention des Européens ayant eux-mêmes des penchants pour l'inversion. D'ailleurs, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que les histoires qui circulaient sur les activités homosexuelles en Barbarie impliquaient souvent des renégats. Peut-être n'est-il pas exagéré d'imaginer que ceux qui quittaient de leur propre chef la chrétienté, très restrictive sur la question de l'homosexualité, abjuraient et venaient en Maghreb autant pour ce qu'ils avaient entendu dire de la liberté sexuelle de la région que pour des considérations économiques ou religieuses.
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EuthydemEuthydem   26 juin 2021
Mascarenhas raconte qu'au début d'un voyage le capitaine de la galère sur laquelle il était embarqué avait chargé cinquante "gros bâtons" pour assurer la discipline des galériens, mais après à peine quinze jours "il ne restait plus un seul bâton : tous avaient été brisés sur le dos des captifs. On les frappait ensuite avec un câble goudronné". Même privés de leurs bâtons, les surveillants savaient comment maintenir une douleur constante : "Sous le moindre prétexte, ils font l'escurribanda, ce qui consiste à les jeter dans la coursie et à frapper dix à douze fois le dos nu de chacun avec un cordage goudronné, et les deux cent cinquante chrétiens d'une galère y passent l'un après l'autre, sans qu'aucun n'y échappe. "
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