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Critique de Relax67


Relax67
  20 septembre 2014
Je ne suis généralement pas masochiste, mais là j'avoue que j'adore recevoir des claques comme celle-ci !

Lionel Davoust a créé un univers original et magnifique, dont il nous livre des morceaux de-ci, de-là, de la même manière qu'on reconstruit un puzzle en reconnaissant la place d'une pièce dans son ensemble. Et chaque pièce est brillamment colorée, un bijou qui éclaire le tout d'un éclat différent et complémentaire.
Je ne rentrerai pas dans le détail de chaque pièce - les amis babéliotes Dionysos89 et BlackWolf l'ont fait bien mieux que je ne le pourrais. Je résumerai simplement en disant que l'auteur conte l'histoire de l'Empire d'Asreth qui, horrifié par les monstruosités que les guerres sempiternelles entre les hommes peuvent générer, a décidé d'unifier le monde sous son sage gouvernement. L'essentiel des textes, et le livre «la volonté du dragon» également, décrivent des instants de cette conquête, des instants chargés d'émotions, de tragédie personnelle, d'importance politique.

Au-delà de l'histoire contée, on découvre par petites touches l'essence de cet empire qui ressemble par bien des aspects à nos démocraties modernes, plutôt socialiste - la croyance en la domination possible des forces de la nature, la recherche, le soin de chaque être humain est important, l'intégration à égalité des peuples conquis, la liberté individuelle – mais sans la, démocratie justement, remplacée par la gouvernance d'un être bon (pour chaque citoyen) et immortel : Dame Mordranth. Les citoyens lambda de cet empire, pour le peu qu'on les voit, semblent vivre comme nous, avoir des aspirations similaires.
L'assimilation des peuples conquis, indispensable à l'élimination de la guerre, s'accompagne d'une phase de préservation de ce qui fait sa culture. Mais on sent qu'il s'agit d'une préservation dans le formol, une culture qui n'a plus sa place que dans un musée. L'intégration complète à l'empire s'accompagne de l'acquisition totale de sa culture. C'est mon sentiment en tout cas. Ces cultures étrangères à l'Empire sont décrites avec émotion, avec un soin qui m'a rappelé l'approche de Christian Léourier dans son Cycle de Lanmeur.

Parmi les éléments unificateurs des textes, on trouve la place accordée aux souvenirs, à la mémoire. Ces éléments forment le matériau autour duquel l'histoire de « Au-delà des murs », de «La fin de l'histoire» et de «Bataille pour un souvenir» déploie ses circonvolutions. La magie du monde d'Evanégyre – qui pour l'Empire remplace clairement le pétrole - semble se nourrir du cerveau des hommes. Dans «Au-delà des murs» le thème est poussé dans des retranchements Dickiens ; on ne sait plus si l'on rêve ou si l'on est dans la réalité. Dans « Bataille pour un souvenir », la mémoire est le prix à payer pour la puissance physique, un prix infini qui plairait à Orson Scott Card. Cette nouvelle est ma préférée, mélangeant des combats furieux avec une tragédie personnelle qui rappelle Oedipe-Roi, de Sophocle.

Parlons-en des combats ! Dans presque tous ces textes on suit des armées qui n'ont rien à envier aux infanteries spatiales pullulant dans de nombreux récits de SF. Parfois, comme dans «La route de la conquête», la diplomatie réussit à se passer de l'affrontement physique. Il s'agit avant tout de se comprendre. Parfois on fonce tête baissée dans la bataille, comme dans "Le guerrier au bord de la glace». On se place alors du point de vue d'un soldat. On ressent sa peur, sa rage, l'horreur du combat au corps à corps. C'est aussi fort que les batailles de la trilogie des Macht de Paul Kearney.

Vous voyez il y a beaucoup à dire. Et pourtant le puzzle est à peine entamé. On ne connaît pas grand-chose encore de l'empire d'Asreth. Qui est donc cette Dame Mordranth la Volonté du Dragon ? Comment l'empire a-t-il réussi à utiliser la magie d'Evagényre sous une forme mécaniste ? Que se passe-t-il une fois le monde pacifié ? Comment et pourquoi la déstabilisation apparaît-t-elle et mène-telle à la deuxième Guerre ?

Deux petites déceptions : de nombreuses coquilles ou répétition de mots dans le texte (attention Critic !) et l'absence de carte d'Evanégyre. J'ai osé questionner l'auteur à ce sujet par Twit. Il m'a gentiment répondu « C'est volontaire, car je ne veux ni enfermer le lecteur, ni moi dans un tracé arbitraire » mais aussi « Il existe toutefois des cartes de détail et régionales, et il y en aura très probablement une dans Port d'âmes ». Faudra que je fouille le Net !

Bravo à Lionel Davoust pour ce magnifique univers, à Critic pour ce beau livre et à François Baranger pour cette belle illustration du fantassin d'Asreth, sorte de légionnaire romain engoncé dans une armure de « Etoiles, garde à vous ! ». Je lirai le reste de l'oeuvre avec un très grand plaisir.
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