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Critique de Soleney


Soleney
  14 novembre 2017
Vendu à l'âge de quatorze ans pour rembourser les dettes de sa famille, Rhuys ap Kaledán vient de voir ses huit années de service s'achever. Fraichement débarqué dans la célèbre cité libre d'Aniagrad, il n'a plus qu'une idée en tête : rendre ses lettres de noblesse à sa maison, dont il n'est plus que le dernier représentant. Cette ville où tout s'achète et tout se vend est le meilleur endroit pour repartir de zéro – encore faut-il reconnaître ses ennemis.

Mes amis, il faut que je vous dise la vérité. J'ai adoré ce roman, littéralement. Mais j'ai eu tellement de mal à le lire ! Port d'âmes n'est pas un texte qui se donne, il faut arracher la progression de haute lutte. La faute aux descriptions. Je les ai trouvé trop nombreuses, trop approfondies et bien souvent injustifiées. Elles ralentissent le rythme du récit et m'ont faite perdre le fil plus d'une fois.
Port d'âmes est un roman qui ne s'adresse qu'à des lecteurs confirmés.

Cependant – eh oui ! – cependant, quel délice ! Ces personnages, cet univers ! Cette « magie », cette ville, cet obscurantisme, cette Histoire ! Que du bon !
Rhuys est un jeune idéaliste qui accorde sa confiance très facilement. Il essuie quelques plâtres au début du roman, le temps d'apprendre bon gré mal gré que personne n'est tout à fait bienveillant. À Aniagrad, l'honnêteté est une utopie. Rhuys s'endurcit, il s'efforce d'apprendre les règles du jeu (manger pour ne pas être mangé) ; et pourtant il ne peut renier ce qui fonde sa personnalité : sa bonté. Sa sensibilité. Qui est aussi la source de la passion qu'il ressent pour une jeune Vendeuse d'âme. Une fille de rien, un reliquat de la société. Une femme qui n'a plus rien à monnayer que ses souvenirs – et contre seulement quinze mercats, encore ! Mais sa grâce, sa dignité et sa beauté le bouleversent moins que sa volonté de fer et sa fierté – c'est vous dire. Elle n'est cependant pas femme à accepter la protection d'un homme, fut-elle dans la pire des conditions.
Et cette Vendeuse anonyme, mes chers, n'est rien de moins que mon coup de coeur de l'année. Je vous jure, elle m'a fascinée. Qui est-elle ? Pourquoi Vend-t-elle ? Comment s'appelle-t-elle ? L'obsession de Rhuys s'est transmise jusqu'à moi. L'amour passionnel, pétri de respect et d'admiration qu'il éprouve est un des plus beaux qu'il m'ait été donné de voir dans la SFFF. On ne sait pas exactement ce qu'elle pense de lui. Elle l'apprécie suffisamment pour tolérer sa présence, mais pas assez pour répondre à ses questions.
Au fur et à mesure, elle gagne en profondeur. On en sait plus sur ses motivations et son passé, et surtout sa vision des choses. Une vision terriblement poétique, sensible, bouleversante et dramatique. Je ne l'en ai aimée que plus.
Dernière mention pour Khartari, un personnage secondaire antipathique, mais fascinant. Comme tous les Druas, il maîtrise la flatterie et l'insulte à la perfection. Dans son pays, quand on offense quelqu'un, on le fait dans les règles de l'art. C'est un symbole d'intelligence et de savoir-vivre. Le but ? Faire en sorte que la personne visée soit la seule à ne pas se rendre compte de l'insulte pour la déshonorer à son insu.
Un personnage ambigu et très difficile à cerner.

Pour ce qui est de l'univers, nous n'en savons pas beaucoup. Ça tombe bien, les personnages non plus. Cela fait seulement trois siècles que l'humanité est sortie des Âges Sombres, qui ont été provoqués par une guerre titanesque. Le Vayd Asrethia, un ouvrage religieux, affirme qu'il y a eu un empire mondial (le Saint-Empire d'Asrethia), gouverné par une personne toute-puissante et équitable. Il y avait des Anges, autrefois. D'immenses créatures ailées et sans tête qui avaient pour but de faire régner une justice sans merci. Les hommes d'autrefois savaient utiliser la conversion dranique, qui permettait, entre autres, de faire avancer des voitures TOUTES SEULES.
Et puis les Âges Sombres. L'empire a chuté. Les connaissances se sont perdues. Ne sont restées que des reliques et quelques textes. Le monde de Rhuys serait-il le futur du nôtre ?

Une lecture enrichissante, bien qu'insatisfaisante : il reste encore beaucoup de questions en suspens. Je suppose qu'il me faudra lire La Route de la Conquête et La Volonté du Dragon pour en savoir plus (à ceux qui ne savent pas, les trois livres se déroulent dans le même monde sans toutefois se suivre). Des personnages d'une richesse étonnante, mais une lecture ardue qui ne conviendrait pas à des lecteurs débutants.
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