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Critique de fuji


fuji
  13 mars 2019
Imaginez un vieux quartier, dans votre ville cela ne manque pas, et un jour celui-ci se transforme…
C'est le cas de ce quartier La Fuye, ancien quartier de cheminots, entre deux fleuves, qui a tout un passé même si les habitants d'origine se font de plus en plus rare . C'est un pan de l'histoire de la ville et de son passé ouvrier.
Mais l'ère des « bobos » est là, ces bourgeois-bohèmes à qui des investisseurs font croire, après moult manipulations, et évincements que ce quartier, celui-là tout spécialement, est l'écrin qui va les accueillir parce qu'ils le valent bien.
Quid des autochtones ? C'est simple, les plus âgés sont poussés vers des ailleurs bien mieux pour eux avec rez-de-chaussée ou ascenseur ultra moderne et plein de commerces à proximité même s'ils n'ont nullement besoin de ce qui est offert, quartier où ils seront vite isolés et mourront plus vite, les commerces sont rachetés ou relookés, il faut en faire des endroits à la mode, les habitations seront transformées en loft ultra-modernes et la nature sera domptée pour un environnement sur-mesure. Alors l'épicier local et le bistrotier qui mettent de la vie dans les vies de ces petites gens qui ont été jetés après une dure vie de labeur, qu'importe.
C'est ainsi que Sylvie Dazy nous raconte la vie d'aujourd'hui, dans ce roman polyphonique original et étonnant de justesse dans le regard.
Théo est agent immobilier, il fait plutôt le sale boulot sous la pression constante d'être détrôné par les jeunes loups juste sortis de l'école, qui sont frais et ont les dents longues.
Louise est assistante sociale dans le CHU de la ville, elle est importunée par le volet qui claque chez son voisin d'en face.
Son voisin c'est Paul, et il y a un lien entre lui et Louise.
La maison de Paul est l'objet de toutes les convoitises, si je puis dire, car c'est la verrue du quartier. Une verrue en dermatologie est une excroissance due à un micro-traumatisme.
La maison de Paul serait une verrue due à un macro traumatisme, car il est atteint de syllogomanie. Il accumule tout, ne jette rien. Il ne sort plus, ne répond à rien ni personne. Seul, pas si vieux, petite cinquantaine, il vit entouré de chiens et chats. Sa maison est immonde, mais elle lui convient ainsi. Alors les modifications du quartier et tous ces phantasmes de boboïtude !
« Ma façon de vivre gêne, elle ne convient pas. Les braves gens n'aiment pas que. » … « Plein de gens seraient horrifiés parce qu'ils me jugeraient cynique. Plein de gens se soumettent à trop de conventions et à si peu de vérité. »
Il suffit d'un événement pour passer de l'invisible au visible.
Pour les spéculateurs immobiliers « La Fuye n'allait pas résister, elle allait s'accommoder. »
Paul et sa verrue est-il le seul à être entrer en résistance ?
Vous le saurez en lisant ce roman, qui va attirer votre regard vers d'autres horizons quand vous regarderez une ville, la vôtre ou une autre…
En conclusion notre société ne souffre-t-elle pas d'une perte d'identité à tous les niveaux ?
Voulons-nous surfer sur la vague d'une mode qui se démodera vite, ou cultiver un mode de penser et de vivre qui soit la continuité historique d'une mémoire de vie ?
Beaucoup de questions pour s'approprier sa vie…
Ce roman est une surprise dans sa forme pour nous montrer à travers la mue d'un quartier ce qu'est la mue irréversible des valeurs fondamentales du vivre ensemble.
Est-il trop tard ?
Si la nature reprenait ses droits, bafouée par l'homme.
C'est un roman bien construit, où les voix résonnent aux oreilles du lecteur pour lui dessiller les yeux par mille petits détails qui n'en sont pas, le vocabulaire est choisi et d'une justesse exceptionnelle, ce qui rend l'écriture encore plus visuelle, il se lit comme un suspens, car l'histoire est sous tension.
©Chantal Lafon-Litteratum Amor 13 mars 2019.
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