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Yasmin Hoffmann (Traducteur)Maryvonne Litaize (Traducteur)
EAN : 9782742754809
99 pages
Actes Sud (30/03/2005)
3.44/5   17 notes
Résumé :
Avilie par un mari qui la brutalise, la jeune Elli se révolte, trouve refuge auprès d'une amie, se confie, s'abandonne et, dans ses bras, découvre l'autre versant de la sexualité. C'est alors qu'à ces deux femmes vient l'idée de faire payer à l'époux ses outrages... Inspiré d'un procès qui défraya la chronique dans les années 20, L'Empoisonnement est de ces récits auxquels la cruauté confère un éclat inoubliable. Médecin psychiatre, Alfred Döblin dissèque le drame s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Ambages
  05 décembre 2015
« Désespérée elle finit par se ranger du côté séduisant, mais qui déjà lui répugnait. »
En quelques mots l'auteur sait nous faire sentir combien une chose peut être perçue de manière si variée en quelques secondes par un individu.
« Mais en un instant tout s'est enflammé, j'avais perdu l'esprit, une vraie folle. Qui pourrait comprendre ce sentiment : on se réveille, et on s'aperçoit qu'il n'y a rien de vrai ? »
Est-on pleinement conscient de tout ? Ce roman soulève de nombreuses questions et nous amène à douter de la pertinence d'un sentiment, d'un jugement que l'on a à un instant T car il est si facile de ressentir l'instant d'après tout le contraire, de trouver des justifications à nos actes par des voies parfois peu honorables. La prise de recul est nécessaire et à ce moment on se dit : « Comment en parler à présent ? C'est pour moi un mystère et ça le restera, tout me semble n'avoir été qu'un rêve. »
Alfred Döblin est un médecin psychiatre. Alors quand ce médecin relate le meurtre commis par Elli sur son mari, tout est chirurgical. L'écriture froide et précise va jusqu'au bout des sentiments, du raisonnement et décrit les méandres tortueux de l'âme. C'est un livre splendide à lire pour qui voudrait s'interroger sur les arcanes de la passion.
Une mention particulière car ce livre parle également de l'homosexualité féminine en 1924. En effet, Elli, maltraitée par son époux, se rapproche d'une autre épouse malheureuse dans son couple, Grete, les deux s'auto-alimentant pour arriver à commettre l'irréparable. Mais selon moi, c'est indifférent car le sujet plus profond est surtout l'interaction et les rapports de force, entre les individus.
Donc la seule chose dont je sois certaine après cette lecture : le mort est mort ! (euh..ça c'est de Funès avec Fantomas, passons....) Mais qui est responsable ? Qui sont les responsables ? le roman est révélateur de l'incertitude car la famille d'Elli la pousse à retourner vers son mari violent (par goût des convenances), Elli choisit de ne pas divorcer, Grete n'est pas honnête ni courageuse et oriente Elli dans le sens qui l'intéresse, voire l'époux qui souhaite vaincre son infériorité en étant violent... Difficile de savoir.
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Isa0409
  28 mars 2022
☠ « Désespérée elle finit par se ranger du côté séduisant, mais qui déjà lui répugnait. Elle traversait une crise terrible. Assaillie par son destin comme son mari. Et comme lui en danger de mort. Après une scène démente avec Link, elle songea à s'enfuir, ou à s'empoisonner après lui avoir donné du phénol. »
(P.49)
☠ En 1920, la jeune Elli épouse Link ; si leur amour fit illusion au début de leur mariage, très vite naquit entre les époux une haine non dissimulée, attisée par l'alcoolisme du mari et l'indifférence totale de la jeune femme. Refusant d'être une vulgaire femme au foyer alors qu'il se tuait à la tâche et emportée par le dégoût qu'il lui inspirait, Elli fuit la prison dorée qu'est devenue son union en se réfugiant dans les bras d'une nouvelle amie, la Bende, en proie aux mêmes tourments, la brutalité en moins. Interdit face à la détermination de sa femme, révolté face à son dégoût, Linke tantôt la bat, tantôt se laisse abattre. Fou de rage, il devient esclave de ses colères, de son ego moqué et ridiculisé : lasse des coups, Elli n'a plus qu'une seule alternative. Il faut tuer ce mari violent, avec l'aide précieuse de sa désormais fidèle amie…
☠ Inspiré de faits réels ayant eu lieu dans les années 1920, Alfred Döblin, romancier et médecin, analyse ce crime via le prisme de la psychanalyse. L'ambiguïté du déroulement des faits laisse place à plusieurs scenari possibles : Elli avait-elle des pulsions homosexuelles qu'elle n'a jamais réussi à maîtriser au point de vouloir se débarrasser de son mari ? Ou au contraire la rage et la haine de son mari l'ont-elles poussée à se réfugier dans les bras d'une femme, seule figure capable d'amour ? Et quid de l'enfant en elle et de la figure paternelle qu'elle n'a jamais trouvée en son époux ?
☠ Les possibilités sont multiples mais le verdict du médecin est sans appel : il faut « effacer l'impression que l'on [peut] tout ou presque tout comprendre dans une tranche de vie si dense. Nous comprenons, mais à un certain niveau. » (P.100)
☠ A méditer !
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oiseaulire
  03 février 2018
Ce très court roman a été écrit par Alfred Doblin en 1924, cinq ans avant son Berlin Alexanderplatz. Au travers l'intimité de deux couples qui se déchirent, il dépeint l'ambiguïté des sentiments, la naissance d'une passion amoureuse, ce dont celle-ci se nourrit jusqu'à devenir un monstre qui s'alimente de violence, de manipulation et de rêves. Un homicide est finalement commis. Tout cela est magistralement rendu par l'auteur, avec une poignante vérité, vérité finalement toute relative. Car Doblin, dont on n'oublie pas qu'il fut médecin neurologue, conclut avec modestie et lucidité : "Voilà comment les choses se sont passées; les acteurs eux-mêmes le croient. En fait, elles se sont aussi passées autrement."
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Marpesse
  10 juin 2016
Je me dis : une histoire de femmes malheureuses en ménage et qui se liguent pour se débarrasser de leurs maris, cela va me plaire! D'autant plus que les deux femmes vont devenir amantes.
Eh bien, non... J'ai abandonné très vite pour deux raisons :
- le style m'agaçait fortement (phrases nominales récurrentes...)
- la psychologie me faisait penser à des balbutiements de freudisme. On sent le médecin/écrivain pas très aimant envers les femmes dont ils parlent, et je voyais pointer à travers les phrases un jugement qui ne me plaisait pas : on aurait bientôt affaire à d'horribles mégères, lesbiennes par défaut. Beurk! Sensations très désagréables. J'ai laissé tomber au bout de quelques pages.
Lien : http://edencash.forumactif.o..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
art-bsurdeart-bsurde   04 avril 2013
L'expert H., le médecin et le spécialiste le plus compétent dans le domaine de l'amour homosexuel, publia même dans un journal, sous le titre "Un jugement dangereux", des réflexions que lui avait inspiré cette sentence, "sans doute unique par sa clémence dans les annales de la criminologie".
Selon lui, l'inversion sexuelle des pulsions ne résultait pas d'une volonté criminelle, mais d'un malencontreux mélange de chromosomes. Disposition qui toutefois ne saurait en aucun cas autoriser les homosexuels à écarter brutalement les obstacles ou éliminer les personnes qui s'opposent à leur liaison. C'est pourtant ce qui s'était produit là. Le jugement des jurés permettait aux deux femmes de réaliser d'ici quelques années leur projet de convoler ensemble. Le Dr H. se refusait catégoriquement à voir dans la disposition homosexuelle en soi une raison permettant d'excuser un empoisonnement aussi criminel. Par une fatalité tragique, le père avait à deux reprises ramené à son mari l 'accusée qui n'était faite ni pour le mariage, ni pour la maternité : la femme doit suivre son mari. Quant aux déficiences intellectuelles des deux femmes - arriération affective, infantilisme chez la Link, une faiblesse d'esprit frôlant la débilité chez la Bende - elles n'étaient pas prononcées au point d'exclure l'autonomie de la volonté. Et il restait à prouver si les récits des traitements brutaux infligés par leurs maris correspondaient ou non à la réalité des faits. Il semblait établi que Link, névropathe caractérisé, aimait sa femme jusqu'à l'humiliation de soi. La vacuité mentale, la froideur de sa femme semblaient l'avoir mis hors de lui, sa colère attisait la peur qu'éprouvait sa femme, le dépit de celle-ci sa rage à lui. Le Dr H. ne savait que trop, par expérience, combien des amies de cette sorte peuvent empoisonner la vie des hommes. L'une d'elles lui avait écrit un jour : "Malheur à l'homme qui nous achètera sur le marché du mariage ; nous le frustrerons du bonheur auquel il a droit, même sans le vouloir."
Dans ce cas, le pas criminel - de l'empoisonnement au figuré à l'empoisonnement réel - avait été franchi.

(...)

Un état qui voit dans le mariage un acte purement consensualiste se montre inconséquent s'il se met, en cas de séparation, à défendre le point de vue inverse.
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AmbagesAmbages   04 décembre 2015
Cette passion amoureuse pour la Bende qui s'éveillait en Elli n'était pas un instinct puissant jusqu'alors endormi : mais une passion engendrée, créée justement par ces circonstances-là. Elles firent lever quelque chose qui végètait, tapi au fond d'elle, un ancien mécanisme au bout du rouleau. Comme chez les naufragés qui en viennent à commettre des actes monstrueux dont on peut difficilement dire qu'ils leur ressemblent, ce qui germa en Elli, prit possession d'elle, effroyablement, pendant toute une période, elle ne put y échapper. C'était cet homme terrible, elle l'avait assimiler et maintenant devait l'expulser.
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fanfanouche24fanfanouche24   07 décembre 2021
Les lettres étaient apparemment un moyen de s'entraider, de comploter contre les hommes, mais bientôt elles devinrent aussi et surtout l'instrument d'une auto-exaltation. Les deux femmes s'aiguillonnaient, se calmaient, jouaient au plus fin. Les lettres étaient un grand pas vers d'autres complicités. (p. 29)
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fanfanouche24fanfanouche24   07 décembre 2021
Et lorsque l'époux Bende apprit que Link était malade, il dit en plaisantant: "Eh bien, d'ici à ce que la Link lui ai donné quelque chose ! Elle s'est vantée qu'un jour elle se vengerait. (...)
Chez Madame Link: extrême fébrilité, incohérence absolue. Epuisée, elle soignait son mari. Construisait, détruisait. (p. 58)
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oiseaulireoiseaulire   03 février 2018
Voilà comment les choses se sont passées; les acteurs eux-mêmes le croient. En fait elles se sont aussi passées autrement.
Commenter  J’apprécie          10

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