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Danièle Valin (Traducteur)
ISBN : 2070762688
Éditeur : Gallimard (17/01/2002)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 299 notes)
Résumé :
Il est une colline sur les hauteurs de Naples qui domine une partie de la cité : Montedidio. Un quartier populaire partagé de ruelles étroites, théâtre du dernier opus d'Erri de Luca, décor de son récit initiatique. Le narrateur a tout juste treize ans quand il quitte l'école pour entrer chez Mast'Errico, comme apprenti menuisier. C'est une maigre paie qui s'ajoute le samedi dans cette humble famille de dockers. Dans la m... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Tumbleweed
21 mai 2015
Intemporelle, Naples puise sa force dans le quartier populaire de Montedidio. Au coeur de ce microcosme, la belle italienne s'époumone et palpite au rythme des allers et venus des habitants. le soir, la foule bruyante s'empresse près du marchand de pizzas et les effluves échappées du four viennent caresser les ventres qui crient famine. Les gosses, eux, miment sur les trottoirs des jeux dont les règles sont interdites aux adultes. Ça chante, ça crie, ça vit...Près du lavoir, un jeune italien de treize ans connaît les premiers tourments de l'amour auprès de Maria. le corps de la jeune fille et l'art du baiser lui semblent aussi mystérieux que l'utilisation d'un insolite « boumeran » offert par son père. L'adolescent, personnage narrateur, est apprenti ébéniste chez Mast'Errico. Sa famille subit de plein fouet et la pauvreté et la maladie de sa mère. Les moments passés à l'atelier lui permettent de fuir un quotidien qui se fait parfois pesant. Au milieu des copeaux de bois, il devise avec Rav Daniel dit Don Rafaniello, un bossu hébergé par Mast'Errico. Don Rafaniello est cordonnier et tandis qu'il répare les chaussures de tout Montedidio, il se raconte au jeune garçon, livre son pays et les affres de la guerre. La protubérance qui courbe un peu son dos serait, selon lui, havre de merveilleux. Une paire d'ailes y séjournerait attendant le moment propice qui permettra à Rav Daniel de s'affranchir de ce monde de douleurs. Parce qu'il a souffert, Don Rafaniello sait voir le beau et éveille l'adolescent à la vie.Dans le tumulte de Montedidio, le narrateur apprend à discerner l'invisible et s'ouvre aux émotions. Il consigne chaque jour des bribes de sa vie sur le papier : les moments complices passés avec le cordonnier, la fragilité de sa mère et le fameux « boumeran » détenteur de tant de secrets.Cependant, les vieilles bâtisses du quartier abritent des mystères que nul homme ne voudrait connaître. Si la clarté est révélée au regard neuf de ce « presque enfant », les zones d'ombres demeurent, prêtes à engloutir la lumière la plus vive.Une fois n'est pas coutume, Erri de Luca livre une oeuvre empreinte de poésie et extrêmement musicale. Rares sont les livres capables à la fois d'apaiser l'âme et de saisir le lecteur avec une telle force. On ne peut que se laisser séduire par ces personnages pittoresques, italiens jusqu'au bout des ongles. Entre pudeur et passion, l'écriture de Montedidio enchante et réchauffe comme un verre de Chianti partagé entre amis... Un livre que l'on quitte à regrets, un départ difficile de Naples.
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latina
01 novembre 2013
Le jour où le narrateur, jeune napolitain de 13 ans, a reçu un « boumeran », il a commencé à changer, à évoluer, à grandir.
En effet, une structure nouvelle se met en marche :
structure de ses muscles, d'abord, dans son entrainement quotidien à lancer l'objet sans le lâcher du haut de la colline « Montedidio » ; structure vocale ensuite, car il mue ; structure familiale, aussi, car sa maman tombe peu à peu dans la maladie; structure fonctionnelle encore, car il abandonne l'école et commence à travailler comme apprenti chez un ébéniste ; structure relationnelle enfin, car Rafaniello, un vieux cordonnier bossu au grand coeur, lui apprend la sagesse et le guide dans la voie difficile de la vie.
Et il y arrive, cet étrange Rafaniello, car grâce à lui, le narrateur se déploie. Et grâce au narrateur, les ailes de Rafaniello se déplient... « Des choses changent, mais nous plus encore. Aucun autre visage n'est fané comme celui de mon père. D'aucune autre bosse ne pointent des ailes, aucun autre corps n'est aussi prêt à lancer un boumeran et c'est maintenant que Maria devait se débarrasser de la crasse de mains vieilles et se laisser prendre par les miennes lissées par la sciure sur la plus haute terrasse de Montedidio. le filet, quand il approche du rivage, est moins lourd et se tire plus vite, c'est ce qui nous arrive ».
Roman d'initiation, de courage et de sagesse, plein de poésie et de naïveté, « Montedidio » se savoure, avec l'accent napolitain en prime. Erri de Luca nous apprend à accepter les coups durs et les changements inévitables, avec l'accent universel.
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tynn
06 juin 2015
"Je viens d'avoir treize ans et mon père m'a mis à travailler".
Juste après la guerre, un jeune napolitain apprenti chez un ébéniste, s'éveille à l'écriture en italien et raconte en chapitres courts ce que ses yeux voient, ce que ses oreilles entendent, ce que son esprit comprend du monde qui l'entoure. Il sait dire la beauté des choses, la douleur des hommes, le vice de certains, le sentiment amoureux, la solitude et la difficulté de grandir. Enfin, le désir de s'envoler, tel son boomerang fétiche qu'il espère un jour pouvoir être assez fort pour lancer.
Des descriptions du quotidien en petites touches, de la poésie dans l'acuité du regard posé sur l'environnement et les êtres, la générosité d'un geste ou la valeur d'un savoir-faire. Dans les bruits et les odeurs, tout le petit peuple des ruelles de Naples s'anime, tel ce vieux cordonnier juif, rescapé de la Shoah, généreux de son talent au service de tous, pour qui chaque matin est une résurrection. On croit entendre l'accent chantant, les reparties piquantes, les insultes sans conséquences.
Chaque chapitre est comme un arrêt sur image, une scènette de vie ou d'anecdote sur la Montagne de Dieu.
Un très touchant roman d'apprentissage, du passage de l'enfance à l'adolescence, de découverte de la sensualité, empreint de mélancolie et de spiritualité. Un livre sur la transmission également, à l'écriture magnifique, aux formulations élégantes.
C'est un réel bonheur de lecture, récompensé par le prix Fémina Etranger en 2002.
Ce livre se fossilisait dans les profondeurs de ma Pal, erreur réparée!
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zabeth55
02 novembre 2015
C'est l'histoire d'une enfance qui se termine à 13 ans avec l'entrée en apprentissage chez un menuisier, la maladie de la mère, la découverte de l'amour.
Au début, j'ai trouvé l'écriture linéaire, voire plate.
Les souvenirs racontés étaient émouvants mais paradoxalement, l'émotion ne passait pas.
Peut-être ces courts chapitres, d'à peine une page. Mais ils correspondent au journal écrit sur un vieux rouleau d'imprimerie, et le force des personnages et des sentiments a fini par m'envahir.
Les liens sont forts entre le jeune apprenti et Don Rafaniello . le parallèle entre les ailes d'ange dissimulées dans la bosse de l'un et le « boumeran » de l'autre est attendrissant.
Et puis il y a aussi l'amour de Maria, la petite voisine, et la tendresse pour le père, tellement absorbé par la santé de la mère.
J'ai adoré ces phrases en napolitain. Erri de Luca, comme toujours a mis beaucoup de lui-même dans ce livre que j'ai refermé à regret.
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paroles
19 juillet 2015
Il a treize ans. Il est Italien, mais Napolitain avant tout. Il habite Montedidio, un quartier populaire de Naples. Il vient de quitter l'école pour travailler. Ses parents lui ont permis d'aller à l'école jusqu'en neuvième, alors que beaucoup de ses camarades l'ont quittée après la septième. Ils voulaient qu'il apprenne l'Italien, pour connaître et s'ouvrir au monde. C'est important de s'ouvrir au monde, même si Naples est un monde à elle toute seule avec ses habitants, ses cris, ses interpellations, ses odeurs de mer, de pêche, de cuisine et de linge qui sèche au vent, tout là-haut sur les hauteurs de Montedidio.
Il a treize ans et reçoit en cadeau de la part de sa mère, son premier pantalon et de son père un objet venu d'ailleurs, un "boumeran". Il entre en apprentissage auprès de mast'Errico, menuisier de son état, qui héberge Don Rafaniello, un cordonnier bossu. Avec sa paie qu'il rapporte chaque fin de semaine, il lui semble devenir un homme et se rapproche de son père dont il copie les habitudes. Mais la maladie rôde dans la maison, la mère semble si fragile.
Entre l'adolescent et le cordonnier commence un long dialogue. le cordonnier est juif et a réussi à survivre à la Shoah. Il voulait aller sur la montagne de Dieu (Jérusalem) mais son chemin s'est arrêté là, à Montedidio. Peut-être pourra-t'il poursuivre sa route grâce à l'ange qui veille sur lui et grâce aux ailes qui se cachent dans "l'étui de sa bosse"...
L'adolescent, lui, puise sa force dans son "boumeran". Il s'entraîne tous les soirs à des lancers fictifs sur les hauteurs de Montedidio. Il rêve de le laisser partir quand le moment sera venu.
Et puis, il y a Maria qui le guette chaque soir et qui, petit à petit, lui fait connaître l'amour.
Et comme dans la vie, comme dans toutes les vies, il a toujours et jamais plus...
Fidèle à lui-même, Erri de Luca vous emporte encore et toujours dans un monde onirique grâce à son écriture intime et poétique. Les personnages qu'il campe sont des gens simples, emplis de sagesse populaire. La période qu'il a choisie, ici, pour son narrateur est celle de la fin de l'adolescence, celle du passage à l'âge adulte, celle du rite initiatique symbolisé par le "boumeran". Les personnages phares de cette histoire, l'adolescent et le bossu, sont tout deux en quête d'un graal, d'un changement.
Et puis bien sûr, on retrouve aussi l'importance des mots pour l'auteur, leur valeur et leur poids. Comme dans "les poissons ne ferment pas les yeux", le verbe tenir est mis en exergue : "Tu as raison de dire tenir au lieu de garder. Garder est présomptueux, en revanche tenir sait bien qu'aujourd'hui il tient et demain qui sait s'il tiendra encore. Tiens la plume en souvenir."
Voilà encore une belle lecture d'Erri de Luca, toute en sensibilité et en poésie qui a enchanté ma journée.



Lien : http://mes-petites-boites.ov..
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Citations & extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
CarozineCarozine16 juillet 2017
Les grands sont pris par leurs soucis et nous, nous restons dans les maisons sourdes qui n’entendent plus un seul bruit. Nous n’entendons que le nôtre et il fait un peu peur. Les esprits frôlent mon visage dans la cuisine vide et ils me calment. Le boumeran est toujours en contact avec moi et il me réchauffe, son bois doit avoir poussé sous une poêle au soleil, et il en gardé un peu.
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PilingPiling02 février 2010
Je parle avec Rafaniello, aujourd'hui nous avons le temps, je lui demande si son pays ne lui manque pas. Son pays n'existe plus, il n'y est resté ni vivants ni morts, on les a fait disparaître tous ensemble : "Je ne sens pas le manque, dit-il, mais la présence. Dans mes pensées ou quand je chante, quand je répare un soulier, je sens la présence de mon pays. Il vient souvent me trouver, maintenant qu'il n'a plus une place à lui. Dans le cri du marchand d'eau qui monte avec son charreton à Montedidio pour vendre de l'eau sulfureuse dans des pots de terre cuite, de sa voix aussi me parviennent quelques syllabes de mon pays." Il se tait un moment, ses petits clous dans la bouche et la tête penchée sur une semelle. Il voit que je suis resté à côté et il continue : "Quand tu es pris de nostalgie, ce n'est pas un manque, c'est une présence, c'est une visite, des personnes, des pays arrivent de loin et te tiennent un peu compagnie." Alors don Rafaniè, les fois où il me vient la pensée d'un manque, je dois l'appeler présence ? "C'est ça, et à chaque manque, tu souhaites la bienvenue, tu lui fais bon accueil." Alors quand vous vous serez envolé, je ne dois pas sentir votre manque, moi ? "Non, dit-il, quand il t'arrive de penser à moi, moi je suis présent." J'écris sur le rouleau les paroles de Rafaniello qui ont mis le manque sens dessus dessous et il est mieux comme ça maintenant. Lui, avec les pensées, il fait comme avec les chaussures, il les retourne sur sa caisse et les répare.
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AunryzAunryz01 mars 2016
Le tas de chaussures trouées diminue, sous ses mains elles marchent toutes seules, la graisse les fait briller, on sent un parfum de cuir heureux. À midi, quand mast’Errico va déjeuner, les gens passent chercher leurs souliers réparés.
...
Don Rafaniè, le Père éternel doit vous faire riche comme la mer, lui disent-ils en échange du travail qu’ils ne peuvent payer, avec les bénédictions sur la santé, contre les mauvaises langues et le mauvais œil. « Puissiez-vous échapper au feu, à la terre et aux gens méchants », « puisse l’or sortir de votre bosse », Rafaniello est content, il dit qu’il vaut mieux des bénédictions que des sous parce que au ciel on les écoute. Et les malédictions aussi on les écoute, dit-il, et il crache par terre pour se rincer la bouche de ce triste mot.
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patrick75patrick7527 juillet 2012
Don Rafanié, à force de vivre à Naples vous ne seriez pas devenu napolitain par hasard ? Non, dit-il pour rire, c'est que les Napolitains sont peut-être une des dix tribus perdues d'Israël. Comment ? Vous avez perdu dix tribus? Et il vous en reste combien ? " Deux seulement, une est celle de Judas qui nous donne le nom de juifs, un nom qui vient du verbe remercier."
Alors, vous les juifs, vous vous appelez : merci ?
" C'est ce que dit le mot, mais tous les hommes devraient s'appeler comme ça, avec un mot de remerciement."
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jmlire92jmlire9202 décembre 2016
Les enfants ne comprennent pas l'âge, pour eux quarante ou quatre-vingts ans sont un même désastre. Une fois, dans l'escalier, j'ai entendu Maria demander à sa grand-mère si elle était vieille. Elle lui a répondu non, Maria a demandé si son grand-père était vieux et la grand-mère a répondu non. Alors Maria a demandé : " Mais alors, des vieux, y en a pas ? " et elle s'est pris une gifle. Moi, je les comprends les années des gens, mais celles de Rafaniello non. Son visage fait cent ans, ses mains font quarante, ses cheveux vingt, tout roux comme des broussailles. Ses mots, je ne sais pas, il parle peu, d'une voix très fine. Il chante dans une langue étrangère, quand je balaie son coin il me fait sourire, ses rides et ses taches de rousseur remuent, on dirait la mer quand il pleut dessus. "
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