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EAN : 9782742734795
470 pages
Actes Sud (11/06/2001)
3.78/5   86 notes
Résumé :
Dans une ville américaine, Jack vit avec Babette, sa femme et la ribambelle d’enfants issus de leurs mariages respectifs. Il enseigne dans une petite université un sujet un peu particulier : Hitler. Sa vie ressemble pourtant à tant d’autres dans l’Amérique profonde, rythmée par le bruit de fond des automobiles, des machines à laver, des slogans publicitaires et des cris d’enfants qui jouent. La routine se trouve bouleversée lorsqu’un gaz toxique s’échappe d’un train... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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HordeduContrevent
  10 janvier 2021
Je remercie un Babeliote qui se reconnaitra pour m'avoir donné envie de lire ce livre. Ce livre auquel je mets 5 étoiles. Mais, vous en conviendrez, il y a plusieurs types de 5 étoiles, les 5 étoiles la plupart du temps voulant dire que nous avons beaucoup aimé un livre, pour ne pas dire adorer, et les 5 étoiles en jaune or, plus rares, qui clignotent tel un warning, indiquant « attention chef d'oeuvre ». Ce sont bien ces étoiles-là, celles indiquant un chef d'oeuvre, que je mets ici. D'ailleurs mon livre finit avec un nombre incroyable de pages cornées, comme autant d'enthousiasmes à surtout ne pas oublier et à revisiter. Je ne sais pas vous, mais chez moi le nombre de pages cornées est un bon indicateur du plaisir de lecture pris. Ce livre finit en une multitude de pliures attestant d'un plaisir immense et jubilatoire.
Voici l'histoire d'un couple, Jack et Babette, dans l'Amérique profonde, famille recomposée avec leur ribambelle d'enfants que nous découvrons vivre en assez bonne harmonie. le début de l'histoire est douillette, agréable, amoureuse. Petit plaid pour une histoire que je pense être familiale et de facture classique. Mais très vite, ce cocon se fissure, un ensemble de petits éléments viennent lézarder cette apparente harmonie. Conte, fable ou dystopie, je ne sais comment qualifier cette histoire mais disons que nous sommes dans une société telle que la nôtre (du moins telle qu'elle était en 1985) mais où certains éléments sont accentués, étirés, amplifiés. Avec humour, cynisme, de façon décalée et grinçante. Avec une plume remarquable. Nous sourions, nous rions aux éclats parfois, nous sommes gênés, interpellés, émerveillés…
Par exemple, les enfants semblent éduquer leurs parents, avec des arguments implacables débités d'une voix de robot, enfants précoces ou Asperger, je ne sais mais c'est glaçant, et ce dès leur plus jeune âge. Seul le tout petit Wilder semble pour le moment épargné. Ils créent un certain malaise de sorte que les réunions familiales deviennent lourdes, parfois absurdes. du moins pour nous lecteurs et témoins, car les parents eux ont une patience en or et alimentent même cet état. Les adultes sont d'ailleurs par moment complètement immatures, le summum de la bêtise et de la vulgarité étant les déjeuners entre les collègues de Jack. Ensuite, nous apprenons, et cela semble commun et normal, que Jack en est à son cinquième mariage. Professeur à l'Université, il a créé avec succès un département d'enseignement dédié entièrement à Hitler. Succès tel qu'un de ses collègues veut à tout prix monter une chaire analogue dédiée à Elvis Presley. le plaisir ultime de cette famille est d'aller tous ensemble faire des achats au grand centre commercial, plus les achats sont compulsifs, plus le bonheur est tutoyé : « Il me semble que Babette et moi, par la quantité et la variété de nos achats, par la parfaite plénitude que suggèrent ces sacs bourrés, par leurs poids, leur taille et leur nombre, par l'éclat et la couleur de leurs emballages, par leur taille géante, par les paquets familiaux, par les autocollants fluorescents, par l'impression d'achèvement qu'ils nous procurent, par le bien-être, la sécurité et le contentement qu'ils apportent à quelque coin de notre âme douillette, il nous semble que nous avons atteint un épanouissement de l'être qui est ignoré de ceux qui n'ont pas besoin de tout ça, dont les désirs sont moindres et qui bâtissent leur vie autour de promenades solitaires à la tombée de la nuit ». La nature est d'ailleurs complètement absente, nous sommes dans les lisières, la périphérie, ces abords sans âme et sans beauté, où centres commerciaux, restaurants, et magasins abandonnés servent de décors (cela devrait plaire à Olivier Adam d'ailleurs) à des virées familiales. Manger dans la voiture, sur un parking sinistre, du poulet et des frites commandés dans un boui boui quelconque semble procurer beaucoup de plaisir, communion familiale confinée dans les odeurs de gras et d'humidité. Enfin rumeurs et fake news sont mêlés dans un flux constant d'informations (tiens depuis 1985 nous nous sommes approchés de cela).
Nature absente vous l'aurez compris et pourtant des scènes d'un esthétisme à couper le souffle. le fils de Jack sur son tricycle rouge traversant une autoroute bondée à double trois voies à l'avant dernier chapitre, des couchers de soleil anormalement beaux, aux couleurs flamboyantes quasi fluorescentes, admirés avec un mélange de terreur et d'émerveillement, un nuage toxique digne des plus beaux films catastrophes…des images apocalyptiques. La fin du monde semble proche.
Et nous touchons là le coeur du livre : la peur de la mort. Jack et Babette ont une terrible peur de la mort. Au point de tester un médicament expérimental censé annihiler la zone du cerveau responsable de cette peur malgré les effets secondaires possibles. Au point de se compromettre. La peur de la mort qui, quotidiennement, est contrebalancée par les bruits de fond. Ils sont omniprésents, apaisants, rassurants. Telle une berceuse : « Les portes automatiques s'ouvrent et se referment avec de profonds soupirs. le bruit des pas trainants surnage au-dessus d'une douzaine d'autres sons, tels que le bourdonnement sourd du système de ventilation, le bruissement des journaux des clients qui veulent découvrir rapidement leur horoscope, le chuchotement des vieilles dames aux visages poudrés, le grondement régulier des voitures qui contournent une tranchée dans la chaussée… ». le silence est synonyme de mort. En cela le livre contraste avec un autre livre de l'auteur, le seul que j'ai lu il y a 20 ans, Body art, où j'avais été marquée par son silence assourdissant. Les bruits de fond ronronnent, coeur rassurant, synonymes de vie ou de survie. Au point où Jack et Betty, pour se rassurer, imagine la mort comme un son, un son uniforme et neutre.
Pouvons-nous échapper à la gravité qui nous rapproche de la mort, en arrêtant d'obéir, en volant au lieu d'acheter, en tirant au lieu de parler ? Ou encore grâce « au refoulement, au camouflage, à l'enfouissement, à l'épuration » ? Certaines personnes y parviennent mieux que d'autres, c'est tout. le petit Wilder émerveille, attire et apaise ses parents car il est à un âge où la mort n'existe pas, où elle n'est pas conscientisée, sa traversée en tricycle de l'autoroute en étant la preuve.
Finalement la mort n'est-elle pas ce qui donne son caractère précieux à la vie ? Voilà les multiples questions que pose ce livre de façon déjantée. C'est un livre magistral. Visionnaire. Esthétique. Il m'aura fallu attendre 35 ans pour que ce livre se trouve sur mon chemin. Je n'ai qu'une envie ce soir : découvrir d'autres titres de Don DeLillo.

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colimasson
  17 janvier 2014
Les mariages, les naissances, les séparations, les familles recomposées, le travail, le footing, les études, les courses, les repas, les conversations, les disputes et le nuage toxique de nyodène d'-tels sont les événements qui sous-tendent ce Bruit de fond :

« Nous avons affaire à du nyodène D. Une toute nouvelle génération de déchets toxiques qui correspondent à l'avancée technologique. Un millionième de millionième peut transformer un rat en bonne santé en un rat sénile. »

Jack vit avec sa dernière épouse en date, Babette, et quelques-uns de leurs enfants issus de précédents mariages. Après avoir suivi des parcours conjugaux compliqués, ils semblent enfin avoir trouvé une accalmie en menant leur vie l'un avec l'autre. L'oeil à l'affût, on chercherait désespérément une faille à cette harmonie familiale qui ne prétend même pas être parfaite -mais il n'y en a pas. Chaque personnage montre une personnalité caractérisée jusqu'à l'outrance dans les voies les plus originales qu'il soit. Jack enseigne des cours d'Hitler au College on the Hills et pour assurer sa crédibilité, il arbore lunettes noires, moustache et accent allemand face à ses élèves. Babette incarne la santé triomphante : équilibrée et bonne vivante, elle consent même à vouloir suivre un régime pour ne pas écraser les autres de son énergie incroyable. Elle essaie d'avoir l'air névrosée, pour correspondre aux normes d'une époque et d'une société, mais ne réussit qu'à mieux affirmer la vigueur de son corps et l'équilibre de son esprit.Les enfants sont indénombrables : entre ceux qui partent, ceux qui reviennent et ceux qui restent dans le foyer à l'année, il est parfois difficile de s'y retrouver mais leurs personnalités déjà bien affirmées, entre le surdoué sceptique, la traqueuse pharmaceutique et le bébé aux prétentions d'immortalité, achèvent le portrait d'une famille devenue nouvel individu à part entière.

« La famille est le berceau des informations erronées du monde. Il doit y avoir quelque chose dans la vie familiale qui engendre les erreurs sur les faits. »

Le processus perturbateur ne pouvait provenir que de l'extérieur. Un jour, un nuage de nyodène D. se répand au-dessus de la ville suite à un accident ferroviaire. Les autorités et les experts s'inquiètent du comportement et des effets imprévisibles de cette nouvelle substance toxique. Dans le secret des laboratoires, les scientifiques semblent prendre autant de plaisir à jouer avec la vie que Jack s'amuse à enseigner l'Hitlerisme. Sont-ce les mêmes scientifiques qui ont élaboré les médicaments que Babette s'entête à prendre malgré les amnésies qu'ils semblent provoquer ? Quoiqu'il en soit, Jack, Babette et les leurs vont devoir prendre la poudre d'escampette. Mais alors qu'il s'arrête à une station service, Jack inspire une grande bouffée de nyodène D. Ou peut-être pas...

« La culpabilité de l'homme, au cours de l'histoire et dans les remous même de son propre sang, a gagné de la complexité grâce à la technologie. La mort sournoise suinte dans le quotidien. »

On retrouve là une idée qui parcourt toutes les conceptions mythologiques faites par l'humanité : la némésis est proportionnelle à l'hybris. Au cours des derniers siècles de démesure technologique et industrielle, quelles menaces pèsent sur nos existences ? Comment être sûr que la chimie va vous tuer plus rapidement que prévu ? Partagé entre terreur et dignité, Jack brûle d'envie de confier son angoisse aux siens, mais il tient aussi à leur épargner cette inquiétude peut-être inutile et à confiner la mort au sein de sa seule conscience. Savait-il qu'entre temps, Babette se battait elle aussi face à une ambivalence de même nature ? Et pourquoi les enfants du couple ont-ils des comportements aussi étranges ? le nyodène D. semble avoir agi comme un puissant révélateur de la mort qui rôde entre chaque individu. le nyodène D. a révélé ce bruit de fond qui nous construit et nous particularise à notre insu.

« - Comment te sentirais-tu si tu étais un minable ?
Content d'être en vie. »

Avec le même détachement et le même humour, Don Delillo avance dans sa conception d'un sentiment tragique. Il redonne de la grandeur au moindre détail, au moindre savoir, au moindre geste. Qu'il s'agisse d'observer le caractère liturgique de la messe télévisée ou les promesses d'immortalité que prodiguent les centres commerciaux, Don Delillo parvient à dévoiler cette mort qui attend les hommes au prochain tournant. Et puis alors ? Il faut bien oublier et se passionner en attendant, et si la mort doit malgré tout surgir, elle le fera de manière insolite, à la manière d'une ritournelle de comptine, bouffonne et presque inoffensive.

« Babette parle aux chiens et aux chats. Je vois des petites taches colorées dans le coin de mon oeil droit. Babette, le visage rouge d'excitation, projette, toujours sans résultat, d'aller faire du ski. En montant la colline pour me rendre à l'université, je remarque la peinture blanche des grosses pierres qui bordent les sentiers des nouvelles demeures.
Qui mourra le premier ? »

Ce bruit de fond agit aussi puissamment que le nyodène D. Sa verve intarissable, son humour féroce et son attachement désespéré aux détails n'ont d'égale que l'absolue omniprésence de la mort qui gouverne ses sujets.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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croquignol
  27 janvier 2021
Je suis une souris tournant frénétiquement dans la roue de sa cage.
Je suis Auguste et Pierrot, et pourtant le même homme.
J'ai des enfants, beaucoup, qui m'apprenne à vivre et à aimer.
Je suis un vieillard perdu dans une grande surface anonyme, froide, luxueuse, éclatante de lumière.
J'écoute la radio, je regarde la télévision, et c'est moi que j'écoute, c'est moi que je vois. Je suis content.
Je suis un enfant qui traverse l'autoroute en tricycle.
Je me sens plus intelligent. Mais à quoi ça va servir, puisque je vais mourir ?
Je lis "Bruit de fond" de Don DeLillo.
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ceciloule
  01 mai 2021
Avec une ironie et un absurde délicieux, Don DeLillo souligne les contradictions de la société occidentale moderne, moque avec une douloureuse distance cynique ses héros, concentrés de ces mêmes ambivalences. Malgré quelques longueurs, l'acuité des dialogues, leur esprit et le jouissif de certaines situations font de ce roman un must-have – ou plutôt un must-read (plus de détails : https://pamolico.wordpress.com/2021/05/01/bruit-de-fond-don-delillo/)
Lien : https://pamolico.wordpress.c..
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ignatus-reilly
  25 juillet 2012
Une petite ville américaine, Jack est professeur d'université. Il vit avec sa nombreuse famille et sa nouvelle épouse Babette.
Jack enseigne "Hitler" à l'université. Jack est, en fait, à l'origine de l'idée d'enseigner cette matière. Il est donc considéré comme le spécialiste de cette matière.
Nous suivons Jack et sa famille au quotidien et dans toutes leurs activités. Ce qui donne lieu à des scènes surréalistes et très drôles - particulièrement dans les supermarchés.
Leur vie va se trouver bouleversée lorsqu'un gros nuage noir envahit le ciel de leur ville, c'est un gaz toxique qui s'est répandu dans l'air suite à un accident de train.
La population ne va plus cesser d'écouter la radio. le gros nuage noir va devenir le nuage de haute toxicité. Les filles de la maison vont ressentir les différents symptômes à mesure qu'ils sont évoqués à la radio.
La population va être évacuée un certain temps.
L'évacuation a un côté terriblement irréel, d'ailleurs l'organisme qui s'occupe de l'évacuation s'appelle "EVASIMU", ce qui signifie évacuation simultanée.
EVASIMU va d'ailleurs se servir de cet accident pour améliorer ses exercices d'évacuation selon le principe que ce que l'on répète n'arrive jamais dans la réalité.
Jack, suite à son exposition aux émanations toxiques va développer une angoisse de la mort qui va s'immiscer dans son quotidien.
Babette est ,elle aussi, obsédée par la mort. Elle prend même un traitement expérimental, sensé faire disparaître la peur de la mort.
Jack et Babette se disputent régulièrement pour savoir quel sera celui qui souffrira le plus de la mort de l'autre, chacun prétendant vouloir mourir le premier.
Don Delillo pointe les travers, les obsessions, les phobies de la classe moyenne américaine. Cela donne lieu à des dialogues cocasses. Notamment, entre Jack et Murray, son collègue à l'origine du séminaire sur Elvis Presley.
Il pose le problème de la médiatisation à outrance qui peut avoir une influence délétère sur le comportement des gens.
Un livre très réussi.
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Citations et extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   11 août 2014
Ne vous en faites pas parce que je boite. Tous les gens de mon âge boitent. A partir d’un certain âge, c’est naturel de boiter. Ne vous en faites pas pour la toux. Ça fait du bien de tousser. Ça remue les matières. Toutes ces saletés ne peuvent pas vous faire de mal, tant qu’elles ne restent pas durant des années dans un coin. Donc, c’est bon de tousser. Ne parlons pas de l’insomnie. L’insomnie, ce n’est rien. Que gagne-t-on à dormir ? Arrivé à un certain âge, on pense que chaque minute de sommeil est une minute perdue pour faire des choses utiles. Par exemple tousser ou boiter. Ne vous en faites pas pour les femmes. Ça va avec les femmes. On loue des cassettes et on baise. Ça renvoie le sang vers le cœur. Surtout ne parlons pas des cigarettes. J’aime penser que, quand je m’en vais, c’est pour quelque chose. Les mormons peuvent s’arrêter de fumer s’ils en ont envie. Ils mourront de toute façon et pas forcément d’une meilleure mort. Quant à l’argent, ce n’est pas un problème. Ça va. Aucune retraite, aucune économie, aucune valeur, aucune action. Donc, ne vous faites pas de souci pour ça. Tout s’arrange. Ne vous en faites pas non plus pour les dents. Les dents, ça va. Plus elles branlent, plus on peut s’amuser en passant la langue dessus. De cette manière, la langue n’est pas inactive. Ne vous faites pas de souci pour le tremblement. Tout le monde tremble un jour ou l’autre. De toute façon, ce n’est que la main gauche. On arrive même à prendre plaisir à un tremblement si l’on fait semblant de croire qu’il s’agit de la main de quelqu’un d’autre. Ne vous tracassez pas pour la brusque et inexplicable perte de poids. Il n’y a aucune raison de manger ce qu’on ne peut pas voir. Et ne vous faites pas de souci à propos de mes yeux. Ils ne peuvent être pires qu’ils ne sont. Quant au cerveau, n’en parlons pas. Le cerveau s’en va avant le corps. C’est comme ça que les choses se passent. Donc, ne vous faites pas de tracas pour le cerveau. Et le cerveau, ça va. En revanche, faites-vous du souci pour la voiture. Le volant est tout tordu. Les freins ont été rafistolés trois fois. Le capot s’ouvre dès qu’il y a un nid-de-poule.
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HordeduContreventHordeduContrevent   11 janvier 2021
Ne vous en faites pas parce que je boite. Tous les gens de mon âge boitent. A partir d’un certain âge, c’est naturel de boiter. Ne vous en faites pas pour la toux. Ça fait du bien de tousser. Ça remue les matières. Toutes ces saletés ne peuvent pas vous faire de mal, tant qu’elles ne restent pas durant des années dans un coin. Donc, c’est bon de tousser. Ne parlons pas de l’insomnie. L’insomnie, ce n’est rien. Que gagne-t-on à dormir ? Arrivé à un certain âge, on pense que chaque minute de sommeil est une minute perdue pour faire des choses utiles. Par exemple tousser ou boiter. Ne vous en faites pas pour les femmes. Ça va avec les femmes. On loue des cassettes et on baise. Ça renvoie le sang vers le cœur. Surtout ne parlons pas des cigarettes. J’aime penser que, quand je m’en vais, c’est pour quelque chose. Les mormons peuvent s’arrêter de fumer s’ils en ont envie. Ils mourront de toute façon et pas forcément d’une meilleure mort. Quant à l’argent, ce n’est pas un problème. Ça va. Aucune retraite, aucune économie, aucune valeur, aucune action. Donc, ne vous faites pas de souci pour ça. Tout s’arrange. Ne vous en faites pas non plus pour les dents. Les dents, ça va. Plus elles branlent, plus on peut s’amuser en passant la langue dessus. De cette manière, la langue n’est pas inactive. Ne vous faites pas de souci pour le tremblement. Tout le monde tremble un jour ou l’autre. De toute façon, ce n’est que la main gauche. On arrive même à prendre plaisir à un tremblement si l’on fait semblant de croire qu’il s’agit de la main de quelqu’un d’autre. Ne vous tracassez pas pour la brusque et inexplicable perte de poids. Il n’y a aucune raison de manger ce qu’on ne peut pas voir. Et ne vous faites pas de souci à propos de mes yeux. Ils ne peuvent être pires qu’ils ne sont. Quant au cerveau, n’en parlons pas. Le cerveau s’en va avant le corps. C’est comme ça que les choses se passent. Donc, ne vous faites pas de tracas pour le cerveau. Et le cerveau, ça va. En revanche, faites-vous du souci pour la voiture. Le volant est tout tordu. Les freins ont été rafistolés trois fois. Le capot s’ouvre dès qu’il y a un nid-de-poule.
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colimassoncolimasson   31 août 2014
- Vous ne croyez pas au ciel, vous, une religieuse ?
– Si vous n'y croyez pas, pourquoi devrais-je y croire ?
– Si vous y croyiez, peut-être y croirais-je.
– Si j'y croyais, vous n'auriez pas à y croire.
– Tout le vieux fatras d'autrefois, dis-je. La foi, la religion, la vie éternelle. La bonne vieille crédulité humaine. Êtes-vous en train de me dire que vous ne les prenez pas sérieusement ? Que votre vocation n'est que simulation ?
– Notre simulation est une vocation. Quelqu'un doit faire semblant de croire. Nos vies sont aussi chargées de sérieux que si nous professions une véritable foi, de solides croyances. Comme la foi diminue de par le monde, les gens trouvent de plus en plus nécessaire que quelqu'un croie. Des ermites aux yeux fous dans des grottes. Des religieuses habillées de noir. Des moines obéissant à la règle du silence. Tous ceux-là sont là pour croire.
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HordeduContreventHordeduContrevent   08 janvier 2021
Il me semble que Babette et moi, par la quantité et la variété de nos achats, par la parfaite plénitude que suggèrent ces sacs bourrés, par leurs poids, leur taille et leur nombre, par l'éclat et la couleur de leurs emballages, par leur taille géante, par les paquets familiaux, par les autocollants fluorescents, par l'impression d'achèvement qu'ils nous procurent, par le bien-être, la sécurité et le contentement qu'ils apportent à quelque coin de notre âme douillette, il nous semble que nous avons atteint un épanouissement de l'être qui est ignoré de ceux qui n'ont pas besoin de tout ça, dont les désirs sont moindres et qui bâtissent leur vie autour de promenades solitaires à la tombée de la nuit.
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colimassoncolimasson   29 juillet 2014
- Plus je pense à ma mort, plus je crois qu’elle arrivera tôt […].
- Comme tout cela est étrange ! Nous avons ces terribles craintes à propos de nous et des gens que nous aimons, cependant nous continuons de vaquer à nos affaires, de parler aux gens, de manger et de boire. En un mot, nous fonctionnons. Pourtant, ces impressions sont profondes, réelles. Ne devraient-elles pas nous paralyser ? Comment se fait-il que nous soyons capables de survivre au moins pendant un certain temps ?
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Dans son dernier roman, "Le Silence" (Actes Sud) récemment paru en français, Don DeLillo projette une grande panne technologique. Nous recevons sa traductrice, Marianne Véron qui, avec l'intervention de l'écrivain américain Bret Easton Ellis, nous en dit plus sur l'oeuvre du romancier.
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