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EAN : 9782742734795
470 pages
Éditeur : Actes Sud (11/06/2001)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 66 notes)
Résumé :
Les voitures passent à toute vitesse en dessous de nous, elles viennent de l'ouest où se dresse la colonne de feu. Nous les regardons comme si elles pouvaient nous donner un indice, comme si leur surface polie contenait quelques parcelles de ces couchers de soleil, un lustre particulier, une pellicule de poussière révélatrice. La voix des gens, celle des speakers à la radio ne s'élève jamais au-dessus d'un murmure. Nous baignons dans quelque chose de doré, dans un a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  17 janvier 2014
Les mariages, les naissances, les séparations, les familles recomposées, le travail, le footing, les études, les courses, les repas, les conversations, les disputes et le nuage toxique de nyodène d'-tels sont les événements qui sous-tendent ce Bruit de fond :

« Nous avons affaire à du nyodène D. Une toute nouvelle génération de déchets toxiques qui correspondent à l'avancée technologique. Un millionième de millionième peut transformer un rat en bonne santé en un rat sénile. »

Jack vit avec sa dernière épouse en date, Babette, et quelques-uns de leurs enfants issus de précédents mariages. Après avoir suivi des parcours conjugaux compliqués, ils semblent enfin avoir trouvé une accalmie en menant leur vie l'un avec l'autre. L'oeil à l'affût, on chercherait désespérément une faille à cette harmonie familiale qui ne prétend même pas être parfaite -mais il n'y en a pas. Chaque personnage montre une personnalité caractérisée jusqu'à l'outrance dans les voies les plus originales qu'il soit. Jack enseigne des cours d'Hitler au College on the Hills et pour assurer sa crédibilité, il arbore lunettes noires, moustache et accent allemand face à ses élèves. Babette incarne la santé triomphante : équilibrée et bonne vivante, elle consent même à vouloir suivre un régime pour ne pas écraser les autres de son énergie incroyable. Elle essaie d'avoir l'air névrosée, pour correspondre aux normes d'une époque et d'une société, mais ne réussit qu'à mieux affirmer la vigueur de son corps et l'équilibre de son esprit.Les enfants sont indénombrables : entre ceux qui partent, ceux qui reviennent et ceux qui restent dans le foyer à l'année, il est parfois difficile de s'y retrouver mais leurs personnalités déjà bien affirmées, entre le surdoué sceptique, la traqueuse pharmaceutique et le bébé aux prétentions d'immortalité, achèvent le portrait d'une famille devenue nouvel individu à part entière.

« La famille est le berceau des informations erronées du monde. Il doit y avoir quelque chose dans la vie familiale qui engendre les erreurs sur les faits. »

Le processus perturbateur ne pouvait provenir que de l'extérieur. Un jour, un nuage de nyodène D. se répand au-dessus de la ville suite à un accident ferroviaire. Les autorités et les experts s'inquiètent du comportement et des effets imprévisibles de cette nouvelle substance toxique. Dans le secret des laboratoires, les scientifiques semblent prendre autant de plaisir à jouer avec la vie que Jack s'amuse à enseigner l'Hitlerisme. Sont-ce les mêmes scientifiques qui ont élaboré les médicaments que Babette s'entête à prendre malgré les amnésies qu'ils semblent provoquer ? Quoiqu'il en soit, Jack, Babette et les leurs vont devoir prendre la poudre d'escampette. Mais alors qu'il s'arrête à une station service, Jack inspire une grande bouffée de nyodène D. Ou peut-être pas...

« La culpabilité de l'homme, au cours de l'histoire et dans les remous même de son propre sang, a gagné de la complexité grâce à la technologie. La mort sournoise suinte dans le quotidien. »

On retrouve là une idée qui parcourt toutes les conceptions mythologiques faites par l'humanité : la némésis est proportionnelle à l'hybris. Au cours des derniers siècles de démesure technologique et industrielle, quelles menaces pèsent sur nos existences ? Comment être sûr que la chimie va vous tuer plus rapidement que prévu ? Partagé entre terreur et dignité, Jack brûle d'envie de confier son angoisse aux siens, mais il tient aussi à leur épargner cette inquiétude peut-être inutile et à confiner la mort au sein de sa seule conscience. Savait-il qu'entre temps, Babette se battait elle aussi face à une ambivalence de même nature ? Et pourquoi les enfants du couple ont-ils des comportements aussi étranges ? le nyodène D. semble avoir agi comme un puissant révélateur de la mort qui rôde entre chaque individu. le nyodène D. a révélé ce bruit de fond qui nous construit et nous particularise à notre insu.

« - Comment te sentirais-tu si tu étais un minable ?
Content d'être en vie. »

Avec le même détachement et le même humour, Don Delillo avance dans sa conception d'un sentiment tragique. Il redonne de la grandeur au moindre détail, au moindre savoir, au moindre geste. Qu'il s'agisse d'observer le caractère liturgique de la messe télévisée ou les promesses d'immortalité que prodiguent les centres commerciaux, Don Delillo parvient à dévoiler cette mort qui attend les hommes au prochain tournant. Et puis alors ? Il faut bien oublier et se passionner en attendant, et si la mort doit malgré tout surgir, elle le fera de manière insolite, à la manière d'une ritournelle de comptine, bouffonne et presque inoffensive.

« Babette parle aux chiens et aux chats. Je vois des petites taches colorées dans le coin de mon oeil droit. Babette, le visage rouge d'excitation, projette, toujours sans résultat, d'aller faire du ski. En montant la colline pour me rendre à l'université, je remarque la peinture blanche des grosses pierres qui bordent les sentiers des nouvelles demeures.
Qui mourra le premier ? »

Ce bruit de fond agit aussi puissamment que le nyodène D. Sa verve intarissable, son humour féroce et son attachement désespéré aux détails n'ont d'égale que l'absolue omniprésence de la mort qui gouverne ses sujets.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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ignatus-reilly
  25 juillet 2012
Une petite ville américaine, Jack est professeur d'université. Il vit avec sa nombreuse famille et sa nouvelle épouse Babette.
Jack enseigne "Hitler" à l'université. Jack est, en fait, à l'origine de l'idée d'enseigner cette matière. Il est donc considéré comme le spécialiste de cette matière.
Nous suivons Jack et sa famille au quotidien et dans toutes leurs activités. Ce qui donne lieu à des scènes surréalistes et très drôles - particulièrement dans les supermarchés.
Leur vie va se trouver bouleversée lorsqu'un gros nuage noir envahit le ciel de leur ville, c'est un gaz toxique qui s'est répandu dans l'air suite à un accident de train.
La population ne va plus cesser d'écouter la radio. le gros nuage noir va devenir le nuage de haute toxicité. Les filles de la maison vont ressentir les différents symptômes à mesure qu'ils sont évoqués à la radio.
La population va être évacuée un certain temps.
L'évacuation a un côté terriblement irréel, d'ailleurs l'organisme qui s'occupe de l'évacuation s'appelle "EVASIMU", ce qui signifie évacuation simultanée.
EVASIMU va d'ailleurs se servir de cet accident pour améliorer ses exercices d'évacuation selon le principe que ce que l'on répète n'arrive jamais dans la réalité.
Jack, suite à son exposition aux émanations toxiques va développer une angoisse de la mort qui va s'immiscer dans son quotidien.
Babette est ,elle aussi, obsédée par la mort. Elle prend même un traitement expérimental, sensé faire disparaître la peur de la mort.
Jack et Babette se disputent régulièrement pour savoir quel sera celui qui souffrira le plus de la mort de l'autre, chacun prétendant vouloir mourir le premier.
Don Delillo pointe les travers, les obsessions, les phobies de la classe moyenne américaine. Cela donne lieu à des dialogues cocasses. Notamment, entre Jack et Murray, son collègue à l'origine du séminaire sur Elvis Presley.
Il pose le problème de la médiatisation à outrance qui peut avoir une influence délétère sur le comportement des gens.
Un livre très réussi.
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strummer
  03 avril 2017
Superbe, dingue, visionnaire, poétique, je n'en jette plus, j'ai adoré ce roman complément barré du Grand, de l'exceptionnel Don.
Trame se déroulant au sein d'une famille américaine recomposée, les enfants parlent comme des adultes complètement déshumanisés, on dirait des enfants mutants sans sentiments et remplis d'informations inutiles, les dialogues sont excellents, superbes, ciselés.
Le livre, paru en 1986, interroge sur la perte d'humanité, les flux constants d'information (ce bruit de fond), la course frénétique aux achats, peut on créer un médicament qui annihile la peur de la mort ?
Scènes hallucinantes dans ce livre, notamment le fils du héros qui dévale et traverse un autoroute à 3 voies sur son tricycle, un nuage toxique digne d'un beau film catastrophe, visite médicale dans un cabinet hyper moderne.
Un professeur qui a mis en place tout un cursus universitaire sur le seul Hitler et un autre qui conscient du succès rencontré par l'entreprise souhaite ouvrir un cursus sur Elvis Presley.
C'est dense, c'est magnifique, c'et le grand Don dans toute sa splendeur.
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oblo
  11 mai 2015
Blacksmith, dans l'est des Etats-Unis. Jack est professeur à l'université, spécialiste des études sur Hitler. Il est marié à Babette, qui donne des cours de bien-être. C'est une famille recomposée, Jack ayant eu 4 enfants, et Babette une fille ; ensemble, ils ont eu un fils. Cette vie est vide, en réalité. Un bruit de fond maintient l'illusion d'une vie réelle : c'est le bruit des transports, le bruit de l'électro-ménager, le bruit des professeurs qui parlent pour ne rien dire, le bruit de la télévision, de la publicité, en un mot de cette société de consommation. Un jour, un nuage toxique menace Blacksmith : le seul évènement depuis des années. Comme d'habitude, rien n'en sortira, si ce n'est une angoisse nouvelle pour Jack, et un argument supplémentaire pour le nihilisme de Heinrich, le fils de Jack.
Don DeLillo a une qualité essentielle : il fait beaucoup avec du vide. Il se joue de l'absurde et de la vacuité de la vie contemporaine des Américains. L'humour, la description d'actions rocambolesques ou encore l'accumulation des noms de produits tendent à tourner en dérision une Amérique qui ne sait plus faire qu'acheter et croire en la supériorité de son modèle. Un grand roman sur notre mode de vie contemporain.
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Maphil
  17 avril 2017
Dans une petite ville américaine, Jack Gladney est professeur d'université et le prototype même de l'américain intellectuel qui mène une vie sans histoires avec sa femme et les enfants de leurs précédents mariages respectifs. Dans cet univers banal et rassurant, le drame survient sous la forme d'un accident : un nuage de produit toxique se répand dans la ville. A partir de là tout bascule, les certitudes s'effondrent, les êtres humains se retrouvent fragiles et vulnérables. L'auteur observe la classe moyenne américaine et la décrit avec un humour grinçant.
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Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   11 août 2014
Ne vous en faites pas parce que je boite. Tous les gens de mon âge boitent. A partir d’un certain âge, c’est naturel de boiter. Ne vous en faites pas pour la toux. Ça fait du bien de tousser. Ça remue les matières. Toutes ces saletés ne peuvent pas vous faire de mal, tant qu’elles ne restent pas durant des années dans un coin. Donc, c’est bon de tousser. Ne parlons pas de l’insomnie. L’insomnie, ce n’est rien. Que gagne-t-on à dormir ? Arrivé à un certain âge, on pense que chaque minute de sommeil est une minute perdue pour faire des choses utiles. Par exemple tousser ou boiter. Ne vous en faites pas pour les femmes. Ça va avec les femmes. On loue des cassettes et on baise. Ça renvoie le sang vers le cœur. Surtout ne parlons pas des cigarettes. J’aime penser que, quand je m’en vais, c’est pour quelque chose. Les mormons peuvent s’arrêter de fumer s’ils en ont envie. Ils mourront de toute façon et pas forcément d’une meilleure mort. Quant à l’argent, ce n’est pas un problème. Ça va. Aucune retraite, aucune économie, aucune valeur, aucune action. Donc, ne vous faites pas de souci pour ça. Tout s’arrange. Ne vous en faites pas non plus pour les dents. Les dents, ça va. Plus elles branlent, plus on peut s’amuser en passant la langue dessus. De cette manière, la langue n’est pas inactive. Ne vous faites pas de souci pour le tremblement. Tout le monde tremble un jour ou l’autre. De toute façon, ce n’est que la main gauche. On arrive même à prendre plaisir à un tremblement si l’on fait semblant de croire qu’il s’agit de la main de quelqu’un d’autre. Ne vous tracassez pas pour la brusque et inexplicable perte de poids. Il n’y a aucune raison de manger ce qu’on ne peut pas voir. Et ne vous faites pas de souci à propos de mes yeux. Ils ne peuvent être pires qu’ils ne sont. Quant au cerveau, n’en parlons pas. Le cerveau s’en va avant le corps. C’est comme ça que les choses se passent. Donc, ne vous faites pas de tracas pour le cerveau. Et le cerveau, ça va. En revanche, faites-vous du souci pour la voiture. Le volant est tout tordu. Les freins ont été rafistolés trois fois. Le capot s’ouvre dès qu’il y a un nid-de-poule.
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colimassoncolimasson   31 août 2014
- Vous ne croyez pas au ciel, vous, une religieuse ?
– Si vous n'y croyez pas, pourquoi devrais-je y croire ?
– Si vous y croyiez, peut-être y croirais-je.
– Si j'y croyais, vous n'auriez pas à y croire.
– Tout le vieux fatras d'autrefois, dis-je. La foi, la religion, la vie éternelle. La bonne vieille crédulité humaine. Êtes-vous en train de me dire que vous ne les prenez pas sérieusement ? Que votre vocation n'est que simulation ?
– Notre simulation est une vocation. Quelqu'un doit faire semblant de croire. Nos vies sont aussi chargées de sérieux que si nous professions une véritable foi, de solides croyances. Comme la foi diminue de par le monde, les gens trouvent de plus en plus nécessaire que quelqu'un croie. Des ermites aux yeux fous dans des grottes. Des religieuses habillées de noir. Des moines obéissant à la règle du silence. Tous ceux-là sont là pour croire.
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colimassoncolimasson   29 juillet 2014
- Plus je pense à ma mort, plus je crois qu’elle arrivera tôt […].
- Comme tout cela est étrange ! Nous avons ces terribles craintes à propos de nous et des gens que nous aimons, cependant nous continuons de vaquer à nos affaires, de parler aux gens, de manger et de boire. En un mot, nous fonctionnons. Pourtant, ces impressions sont profondes, réelles. Ne devraient-elles pas nous paralyser ? Comment se fait-il que nous soyons capables de survivre au moins pendant un certain temps ?
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colimassoncolimasson   25 juin 2014
La famille est le berceau des informations erronées du monde. Il doit y avoir quelque chose dans la vie familiale qui engendre les erreurs sur les faits. […] Je fais remarquer à Murray que l’ignorance, l’erreur ne peuvent être en aucun cas les forces motrices qui se cachent derrière la solidarité familiale. Quelle idée, quelle subversion ! Il me demande alors pourquoi les cellules familiales les plus fortes existent précisément dans les sociétés les moins développées.
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colimassoncolimasson   07 août 2014
A vrai dire, de nos jours, le mariage nous permet de ne pas chercher ailleurs les petits extras. On peut tout avoir dans les alcôves des foyers américains. […] Autrefois, la seule chose possible dans les foyers américains était l’acte naturel à l’état brut. Maintenant, il y a un tas d’options à votre disposition. L’acte se complique, croyez-moi. Pourtant, notre époque a quelque chose d’étonnant, car plus bous obtenez de choses à la maison, plus il y a de prostituées dans la rue. Comment expliquez-vous cela, Jack ? C’est vous le professeur. Qu’est-ce que cela signifie ?
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Videos de Don DeLillo (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Don DeLillo
"Fou" de Christopher Moore. Editions L'Oeil d'Or "Héros Ordinaires" de S.G. Browne. Editions Agullo "Zero K" de Don DeLillo. Editions Actes Sud
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