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Marianne Véron (Traducteur)
EAN : 9782742792306
138 pages
Éditeur : Actes Sud (01/09/2010)
3.45/5   80 notes
Résumé :
Richard Elster, universitaire à la retraite, accueille sans enthousiasme le jeune cinéaste Jim Finley qui souhaite le filmer pour lui faire dire ce qu'il en a été de sa collaboration scientifique avec le Pentagone pendant la guerre d'Irak.
Tous deux sont bientôt rejoints par la fille d'Elster, Jessie, qui un jour disparaît pour ne plus revenir, rendant les deux hommes à une étrange solitude...
L'auteur de "L'Homme qui tombe" et de "Cosmopolis" poursui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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petch
  08 janvier 2014
Don DeLillo fait partie des auteurs situés quelque part à la périphérie de mon petit cercle littéraire. La lecture de Point Omega permet d'entrevoir une parcelle de son univers, d'appréhender son style à travers un court roman, avant d'attaquer, si le coeur nous en dit, ses romans majeurs.
Point Omega est de prime abord déroutant, même si on pense rapidement à certains aspects de l'univers d'Auster : solitude profonde des personnages, relations à tiroirs, mise en abyme dans l'intrigue, huis-clos angoissant. A cela s'ajoute en début et fin de roman une escapade artistique, cinéphile, mais absconse, vers l'oeuvre de Douglas Gordon : «24 Hour Psycho » (le film d'Hitchcock Psychose dilaté à deux images par seconde, sur une interminable projection de 24 heures). La disparition soudaine et inexpliquée d'un des trois personnages fait basculer le récit vers des questions existentielles autour du deuil et de la solitude.
Teilhard de Chardin définissait le point Omega comme point de convergence ultime de l'évolution humaine. Après avoir fermé ce livre, on est loin d'avoir trouvé ce fameux point. le début est déroutant, à la fin persiste le sentiment frustrant de ne pas avoir tout compris des motivations de l'auteur. Reste la petite musique littéraire accrocheuse du style narratif, phrases courtes et minimalistes, permettant de rentrer en empathie avec les protagonistes, de s'accrocher à leur éphémère destinée, de s'identifier à leurs dérives. Une belle découverte.
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Ingannmic
  27 juillet 2021
Je ne saurais vous dire, là, comme ça, si j'ai aimé ou pas les deux romans de Don DeLillo que je viens de lire : "Body Art" et "Point Oméga".
La première impression que j'en retire, c'est que ce sont des lectures pendant lesquelles il est difficile de rester passif(ve), parce qu'elles sont génératrices de questionnements et de réactions. DeLillo nous y surprend, nous bouscule.
On subodore la présence d'une symbolique entre ses lignes, la nécessité de ne pas s'arrêter à une interprétation superficielle du texte, qui le laisserait à l'état de récit obscur et incompréhensible.
On y devine un sens non pas caché, mais exprimé sous une forme inhabituelle et qui par conséquent nous déroute, que l'on a du mal à appréhender de prime abord.
Leur point commun le plus évident, c'est que l'auteur y donne l'impression de dilater, d'étirer le temps. Il s'attarde sur des riens, des détails a priori insignifiants mais dont il extrait et révèle l'importance.
Il bouleverse ainsi la signification que nous sommes accoutumés à attribuer aux actes et aux paroles, en modifie le sens et la portée.
Dans "Point Oméga", il place ses personnages au sein d'un environnement silencieux et isolé. La nudité du cadre (ici une maison perdue au coeur du désert) laisse la place à la pensée et à la réflexion, et instaure un rapport au temps différent de celui que nous entretenons dans l'espace urbain, où il est fragmenté, organisé, mécanisé.
La scène qui ouvre le roman est d'ailleurs complètement représentative de cette notion de "dilatation" du temps évoquée plus haut. Dans une salle du MOMA, se déroule une projection du célébrissime film d'Hitchcock, "Psychose", au ralenti, portant sa durée totale à vingt-quatre heures, déroulant chaque scène dans un étirement démesuré. Un homme se tient là, debout (aucune chaise n'a été prévue pour les spectateurs, qui peuvent de plus faire le tour de l'écran, placé au milieu de la salle), qui vient chaque jour pour assister des heures durant, fasciné, à la projection.
Puis on se retrouve dans le désert californien, où Jim Finley, jeune cinéaste, est l'invité de Richard Elster dans sa vieille maison reculée. Il souhaite le convaincre de participer à un projet de film documentaire, dont Elster serait l'unique protagoniste. En tant qu'ex-conseiller du Pentagone, où il a exercé pendant trois ans (au moment de la guerre en Irak), il devra, dans un décor minimaliste, évoquer cette expérience, et développer sa vision de la guerre.
Jessie, la fille de Richard, les rejoint bientôt. Très peu loquace, énigmatique, sa présence presque éthérée se marie parfaitement avec l'atmosphère silencieuse et oisive des lieux.
Elster, arrivé à l'automne de sa vie, ayant côtoyé de près certains de ceux qui, par les mots, ont manipulé l'opinion pour justifier leurs entreprises guerrières, et asseoir leur pouvoir, s'interroge sur le devenir de l'homme. Sa réflexion ne porte pas sur les perspectives économiques ou sociales du genre humain, mais plutôt sur son évolution d'un point de vue biologique, essentiel, sur ce qui reste de l'homme et de ses caractéristiques, au-delà des avancées technologiques, des progrès sociétaux, et des erreurs qu'il a commises.
Il semble penser qu'inéluctablement, soumis à l'avancée du temps et à la puissance pérenne de la nature, c'est la matière qui triomphera de l'être, lui rappelant sa condition d'élément d'un environnement qu'il a cru dompter. L'isolement au sein d'une nature indifférente, sinon hostile, met en lumière la vacuité de l'agitation humaine, le caractère éphémère des actes et des paroles...
Ce constat imprime au récit une grande mélancolie : alors que "Body Art" (écrit dix ans auparavant) se centrait sur l'individu et sur ses capacités à s'intégrer dans le monde, "Point Oméga" le ramène à son statut d'infime composant du dit monde, malgré son acharnement à se persuader du contraire.
Alors... même si je ne peux toujours pas vous dire si j'ai aimé ces deux romans, et bien que cette lecture n'ait pas été toujours facile, j'ai le sentiment d'avoir vécu là une expérience fort intéressante, et qui ne m'a pas laissée indifférente.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
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bgbg
  29 août 2017
. Petit ouvrage planant haut, au contenu énigmatique, au style pur, et dont le thème porteur semble être le temps, le temps perdu surtout, ou la vie « en dehors des infos et de la circulation ».
Le roman part de la vidéo d'un artiste américain, 24 hour psycho, projeté au Museum of Modern Art (MoMa) de New York, et qui étire le film Psychose de Hitchcock sur 24 heures, sans bande-son associée. Un spectateur y passe ses journées, fasciné par ces sortes d'arrêts sur images, de mouvements décomposés, scènes connues du meurtre de Janet Leigh par Norman Bates (Anthony Perkins), sous la douche, chute dans l'escalier du détective privé, le visage tailladé, chaque scène durant des heures, en tout cas « un segment de temps radicalement modifié ». Devant cet écran, comment échapper, face à ce temps presque arrêté, à « la profondeur des choses, si faciles à manquer dans l'habitude superficielle de voir » ? À se demander si on n'est pas dans le réel dans cette installation, alors que le film original ne serait qu'une fiction ? le réel, quel réel ?
Avant de revenir au musée à la fin de l'ouvrage, l'auteur nous amène dans le désert où l'on retrouve deux personnes aperçues au musée, un jeune cinéaste, Jim Finley, et un vieil homme qu'il voudrait filmer, Richard Elster, ancien expert en stratégie militaire, conseiller écouté, un conservateur qui eut un rôle dans la guerre en Irak, tout en étant longtemps resté extérieur aux staffs gouvernementaux. La fille d'Elster les rejoint dans un deuxième temps.
Là se déploie tout l'art de DeLillo, entre le sens donné aux propos des protagonistes et l'esthétique du texte, le rythme, la succession des dialogues entre les deux hommes et des impressions du cinéaste-narrateur. On peut se laisser bercer par la musique des mots, ou chercher à approfondir les propos d'Elster, qui fuit les villes où tout est conflit pour cette maison dans le désert, lieu de retraite spirituelle, où « il ressent le paysage plus qu'il ne le voit », car «  le temps ralentit, devient aveugle ».
Volontairement mystérieux, le stratège militaire qu'est Elster semble s'opposer aux stratèges qui complotent, monde fermé qui mène une guerre abstraite, envoyant des armées à des endroits sur des cartes, qui ne correspondent à aucune réalité, et sont pourvoyeurs de mots, d'images, de slogans. Partisan de « la guerre haïku, une guerre en trois vers avec un nombre fixe de syllabes », à la recherche « d'un ensemble d'idées ayant à voir avec des objets éphémères », au coeur de l'histoire vivante de son pays, il moque « les estimations, les statistiques, les rationalisations » de ses collègues. Il n'obtiendra pas les habilitations nécessaires. Il aura tout de même une brève carrière gouvernementale, confirmant son opinion que « tout gouvernement est une entreprise criminelle », qui entretient des fantasmes comme les armes irakiennes de destruction massive, ou qui se repose sur des empires financiers mafieux, malhonnêtes.
Puis, se soustrayant à cette agitation urbaine, il s'installe dans le désert, se laissant gagner par le temps à perdre, par des dialogues ou monologues sur le point oméga, le paroxysme et la convulsion du monde à quoi vise la société, le rêve d'extinction, la reddition, etc.
Ce livre n‘est pas que réflexion théorique sur la guerre, le temps et la vie, c'est aussi une relation vivante entre un aîné et son disciple, entre un jeune homme (le cinéaste) et une jeune femme (la fille d'Elster), d'ailleurs surtout faite de fantasmes, enfin un questionnement sur une disparition qui révèle l'amour fou du vieil homme pour sa fille et sa détresse devant ce qu'il ne comprend pas. On redescend sur terre, et la réception est douce. DeLillo nous désarme insensiblement.
Le lecteur est captivé par cette écriture, limpide dans sa complexité, imagée, cette narration souple, variant de la réflexion à l'action, avec un brin de mélancolie. Si l'on est par moment désarçonné, il faut s'en remettre à cette réflexion de DeLillo : un roman est un challenge pour le lecteur, il l'est aussi pour l'écrivain.
Lien : http://lireecrireediter.over..
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sumitsuki
  01 mars 2012
Un petit roman assez difficile, en effet, directement inspiré d'une oeuvre d'art contemporain. En fait, même sensation que devant certaines oeuvres ou performances d'art contemporain, dans ce livre-tableau où rien ne bouge, où on oscille entre étrangeté fascinante, sentiment de toucher un truc génial, et vide absolu. Sensation de passer très près de quelque chose, mais parfois aussi, à côté de quelque chose, sans dévoiler l'intrigue – il y en a tout de même une, très mince -, j'aurais aimé un récit plus long, plus consistant (sur le thème de la guerre notamment), on peut rester un peu insatisfait, mais charmé aussi, de cette impression d'effleurer les choses, le thème, les personnages, le décor… La beauté n'est pas absente, elle est fugace et se mérite, ne se laisse pas toujours attraper (comme dans un musée donc). Ma partie favorite est au début, simple et brillante, dans la description de cet homme qui assiste à la projection au ralenti (sur 24h) de Psychose, d'Hitchcock, et qui se coule dans le film, dans le temps immobile… de très belles phrases sur la psychose, et en définitive une nette impression, très psychanalytique, de ‘rencontre manquée avec le réel'. Curieux objet littéraire, qui mérite qu'on y revienne pour l'apprivoiser autrement, ou simplement pour se confronter à son altérité… comme au musée.

Lien : http://laclefdefa.wordpress...
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cicou45
  25 avril 2011
Jim Finley, jeune cinéaste se rend dans un con perdu en plein désert afin de rencontrer Richard Elster, un septuagénaire sur lequel il a l'intention de réaliser un documentaire. Ce vieil universitaire de 73 ans l'intéresse en effet au plus au point de par les expériences qu'il a vécues et notamment sa participation à la guerre d'Irak. Ce dernier est assez solitaire et a du mal à se confier, tentant toujours de dévier la conversation vers un autre sujet. La solitude des deux hommes est bientôt rompue par l'arrivée de Jessica, alias Jessie, la fille de Richard Elster. Celle-ci va leur apporter dans le coeur de ceux-ci une lueur de joie ...jusqu'au jour où elle disparaitra d'une mystérieuse façon, disparition qui, bien que suggérée, ne sera jamais réellement expliquée et le lecteur ressentira l'effet de quelque chose d'inachevé, de non-dit.
Point oméga est en fait une réflexion sur la vie et sur notre présence sut terre. Que sommes-nous sensés accomplir durant le peu de temps qui nous est octroyé en ce vaste monde ?
Magnifique roman de Don de Lillo qui pose des questions existentielles et nous invite à mener notre propre interprétation. À lire !
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
petchpetch   19 décembre 2013
La nuit les chambres étaient des horloges. L'immobilité était presque totale, murs nus, planchers, le temps ici et là-bas, dehors, sur les pistes, chaque minute qui passait un attribut de notre attente. Je buvais, lui pas. Je ne le laissais pas boire, et cela avait l'air de lui être égal. Les couchers de soleil n'étaient plus rien d'autre que de la lumière qui meurt, des chances en diminution.
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liratouva2liratouva2   07 décembre 2010
La vraie vie n'est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux.
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liratouva2liratouva2   07 décembre 2010
Il disait que la cellule humaine est vivante , qu'elle circule . Et que la sphère de la pensée humaine collective approche de son terme, de l'explosion finale. Il a existé un chameau nord-américain. Où est-il à présent?
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petchpetch   07 janvier 2014
Si vous révélez tout, que vous dénudez tout, que vous quémandez de la compréhension, vous perdez quelque chose de crucial dans le sentiment que vous avez de vous-même.
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ThyuigThyuig   03 novembre 2010
Elle ne conduisait pas parce qu'elle ne pouvait pas maîtriser les commandes avec les mains et les pieds en même temps. L'une des personnes qu'elle assistait venait justement de mourir d'un quelconque machin multiple. Sa mère parlait russe au téléphone, nuit et jour, un blizzard russe en rafales. Elle aimait l'hiver, les étendues de neige dans le parc, mais elle ne s'y aventurait pas trop, en hiver les écureuils étaient peut-être enragés.
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Videos de Don DeLillo (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Don DeLillo
Dans son dernier roman, "Le Silence" (Actes Sud) récemment paru en français, Don DeLillo projette une grande panne technologique. Nous recevons sa traductrice, Marianne Véron qui, avec l'intervention de l'écrivain américain Bret Easton Ellis, nous en dit plus sur l'oeuvre du romancier.
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