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Jean-Louis Rancon (Éditeur scientifique)Alice Debord (Collaborateur)Vincent Kaufmann (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070773749
1901 pages
Gallimard (21/04/2006)
4.64/5   18 notes
Résumé :

Ce volume, présenté dans l'ordre chronologique, contient : Tous les livres de Guy Debord : Rapport sur la construction des situations, Mémoires, La Société du spectacle, La Véritable Scission dans l'Internationale, Préface à la quatrième édition italienne de " La Société du spectacle ", Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici, Commentaires sur la société du spectacle, Panégyrique tome premier et second, In girum imus nocte et consumimur igni, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Ce n'est bien sur qu'en se confrontant à l'ensemble de son oeuvre et de ses interventions que l'on peut espérer se faire une idée quelque peu objective de ce personnage hors du commun que fut réellement Guy Debord et surtout des objectifs qu'il s'était donné. Certains pourront faire remarquer qu'il n'a pas "réussi " en son projet principal consistant à renverser la domination spectaculaire-marchande désormais mondialisée. Mais ils devront aussi reconnaitre qu'il est bien celui qui sut définir la nature exacte de cet ennemi redoutable et donc aussi donner la possibilité de le combattre. Ils devront aussi se demander quel usage ils font de leur propre vie et de quelle manière, pour leur part, ils s'opposent à un monde qu'ils reconnaissent si déplorable et si incontestablement mortifère pour le devenir de l'humanité.
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critique de la marchandise et de l'aliénation au sein du capital devenu image
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Le travail tend ainsi à être ramené à l'exécution pure, donc rendu absurde. Au fur et à mesure que la technique poursuit son évolution, elle se dilue, le travail se simplifie, son absurdité s'approfondit.
Mais cette absurdité s'étend aux bureaux et aux laboratoires: les déterminations finales de leur activité se trouvent en dehors d'eux, dans la sphère politique de la direction d'ensemble de la société.
D'autre part, au fur et à mesure que l'activité des bureaux et des laboratoires est intégrée au fonctionnement d'ensemble du capitalisme, l'impératif d'une récupération de cette activité lui impose d'y introduire la division capitaliste du travail, c'est-à-dire la parcellisation et la hiérarchisation. Le problème logique de la synthèse scientifique est alors télescopé avec le problème social de la centralisation. Le résultat de ces transformations est, contrairement aux apparences, une inculture généralisée à tous les niveaux de la connaissance : la synthèse scientifique ne s'effectue plus, la science ne se comprend plus elle-même. La science n'est plus pour les hommes d'aujourd'hui une clarification véritable et en actes de leur rapport au monde ; elle a détruit les anciennes représentations, sans être capable d'en fournir de nouvelles. Le monde devient illisible comme unité ; seuls des spécialistes détiennent quelques fragments de rationalité, mais ils s'avouent incapables de se les transmettre. ( extrait de "Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire" - page 511 - rédigé par Guy Debord et P. Canjuers, pseudonyme de Daniel Blanchard, en 1960 )
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La publication en 1838 des Prolégomènes à l’Historiosophie d’August von Cieszkowski, alors âgé de vingt-quatre ans, marque l’effondrement instantané du système hégélien. À partir de cet effondrement, la méthode dialectique, «la pensée de l’histoire», va rechercher la réalité qui la recherche. C’est sur ce mouvement que se constitue, à travers Marx et Bakounine notamment, la première base du projet moderne de la révolution sociale.
Cieszkowski dépasse Hegel en des termes purement hégéliens : il anéantit l’aporie centrale du système, simplement en rappelant que le temps n’est pas fini. Hegel avait conclu l’histoire, dans la forme de la pensée, parce qu’il acceptait finalement d’en glorifier le résultat présent. Cieszkowski renverse d’un seul coup le système, en portant à son contact le «moment» de l’avenir, parce qu’il reconnaît à la pensée de l’histoire, dépassement de la philosophie, le pouvoir de transformer le monde.
«Réaliser les idées […] dans la vie pratique […] telle doit être la grande tâche de l’histoire.» Dans cette «praxis post-théorique qui sera l’apanage de l’avenir», les héros historiques «doivent être non plus des instruments aveugles du hasard ou de la nécessité ; mais les artisans lucides de leur propre liberté». «L’être et la pensée doivent donc disparaître dans l’action, l’art et la philosophie dans la vie sociale.» «De même que la poésie de l’art est passée dans la prose de la pensée, la philosophie doit descendre des hauteurs de la théorie dans le champ de la praxis. Être la philosophie pratique ou, plus exactement, la philosophie de la praxis.» Le théoricien qui parle ainsi, cinq ans avant le jeune Marx, cent vingt ans avant les situationnistes, devra être tôt ou tard reconnu comme le point obscur autour duquel toute la pensée historique, depuis un siècle et demi, a pris son tournant décisif.
Cieszkowski restait dans l’idéalisme objectif, mais à son extrême pointe, là où il se renverse dans la plus totale revendication du concret, de sa construction historique consciente. Le mérite de Marx est d’avoir ultérieurement montré qu’une société de classes ne pourrait être capable de réaliser un programme si grandiose ; et celle-ci a effectivement donné à voir, depuis, la grandeur et le prix de sa carence sur cette question. Le mérite du prolétariat révolutionnaire est d’avoir montré, dans toutes ses luttes, qu’il ne pouvait se définir que par l’acceptation d’une telle tâche ; ce qui suffit à démasquer comme étant du parti de ses exploiteurs tous ceux qui ont prétendu le contenter ou le dissoudre à moins.
Ce livre, jamais traduit en français depuis 1838, ni jamais réédité en Allemagne durant toute cette période, a été publié par Champ libre en 1973 ; il est aussi le seul des livres de ces Éditions auquel aucun article de critique n’a jamais été consacré.
On sait que la société actuelle est partout lourdement armée pour son combat de retardement, en fin de compte assez vain, contre la pensée historique. (C’est aussi l’intérêt subjectif des spécialistes intellectuels qui y font carrière, et qui tentent de cacher leur honte en négligeant ce qui les révèle d’emblée comme tout à fait négligeables.) Rien peut-être comme le sort d’un tel livre n’est à ce point révélateur des conditions faites à la théorie fondamentale par une époque qui finit en ce moment sous nos yeux, au bout du plus riche accomplissement de toutes ses virtualités d’irrationalité et de misère. Il est normal que reparaisse, avec la faillite de notre société, le verdict de Cieszkowski qui la condamne pour avoir vécu au-dessous de ses moyens.
[Cette nouvelle présentation pour une éventuelle réédition des Prolégomènes à l’Historiosophie, parus en juin 1973 aux Éditions Champ libre dans une traduction de Michel Jacob, fut envoyée le 3 mai 1983 par Guy Debord à Gérard Lebovici, avec cette précision manuscrite : «Peut-être remplacer enfin la présentation inepte de M. Jacob (dix ans après ?)» Elle est restée inédite jusqu’à sa parution dans les Œuvres de Guy Debord (Quarto, 2006).
August von Cieszkowski (1814-1894) participe à l’insurrection polonaise de 1830, puis en 1838 est reçu docteur à Heidelberg avec une thèse sur la philosophie ionienne. La même année, il publie en allemand Prolégomènes à l’Historiosophie et, l’année suivante, en français, un ouvrage d’économie, Du crédit et de la circulation. En 1848, il fait paraître anonymement Notre Père, livre qui analyse la crise du monde moderne et celle de la religion chrétienne.
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Il existe un conflit entre d'une part la technique, la logique propre du développement des procédés matériels (et même largement la logique propre du développement des sciences ) ; et d'autre part la technologie qui en est une application rigoureusement sélectionnée par les nécessités de l'exploitation des travailleurs, et pour déjouer leurs résistances. Il existe un conflit entre les impératifs capitalistes et les besoins élémentaires des hommes.
(extrait de "Préliminaires pour une définition de l'unité du programme révolutionnaire" - page 511 - rédigé par Guy Debord et P. Canjuers, pseudonyme de Daniel Blanchard, en 1960)
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NOTES SUR LA "Question des immigrés" - décembre 1985.
Dans le spectacle, une société de classes a voulu, très systématiquement, éliminer l'histoire. Et maintenant on prétend regretter ce seul résultat particulier de la présence de tant d'immigrés, parce que la France "disparaît" ainsi ? Comique. Elle disparaît pour bien d'autres causes et, plus ou moins rapidement, sur presque tous les terrains.
Les immigrés ont le plus beau droit pour vivre en France. Ils sont les représentants de la dépossession; et la dépossession est chez elle en France, tant elle y est majoritaire, et presque universelle. Les immigrés ont perdu leur culture et leur pays, très notoirement, sans pouvoir en trouver d'autres. Et les Français sont dans le même cas , et à peine plus secrètement.
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C'est cette volonté de modernisation et d'unification du spectacle, liée à tous les autres aspects de la simplification de la société, qui a conduit en 1989 la bureaucratie russe à se convertir soudain, comme un seul homme, à la présente idéologie de la démocratie : c'est à dire la liberté dictatoriale du Marché, tempérée par la reconnaissance des Droits de l'homme spectateur. Personne en Occident n'a épilogué un seul jour sur la signification et les conséquences d'un si extraordinaire événement médiatique. Le progrès de la technique spectaculaire se prouve en ceci. Il n'y a eu à enregistrer que l'apparence d'une sorte de secousse géologique. On date le phénomène, et on l'estime bien assez compris, en se contentant de répéter un très simple signal - la chute-du-mur-de-Berlin -, aussi indiscutable que tous les autres signaux démocratiques.
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Vidéo de Guy Debord
Son : Guy Debord, "In girum imus nocte et consumimur igni" Images : La société du Spectacle Doublure : Big Pharmacron #Macron #Confinement #Servilité #BigPharma #Fabriqueduconsentement #sociétéduspectacle #guydebord #ingirum
>Processus sociaux>Changements sociaux>Causes du changement (acculturation, catastrophes naturelles, progrès techniques) (137)
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