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ISBN : 281110626X
Éditeur : Karthala (02/04/2013)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Comment vit-on du métier des armes dans un pays marqué par la récurrence des rébellions et des répressions ? Que font les combattants quand ils ne sont pas mobilisés par la guerre ? Et, au fond, qu’est-ce qu’être un combattant ou un ancien combattant ? A partir d’une enquête menée au Tchad auprès de ces hommes, ce livre interroge le recours aux armes quand celui-ci devient à la fois une forme ordinaire de la lutte politique et un métier.
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
YvesParis
  16 octobre 2013
On a du Tchad une image caricaturale : celle d'un pays sahélien d'une grande pauvreté peuplé de rude guerriers qui s'entre-déchirent dans des guerres civiles sans fin qu'alimentent les ingérences étrangères et qui opposent grosso modo un Sud animiste et un Nord arabe.
Marielle Debos combat ces stéréotypes. Sa thèse de science politique, soutenue en 2009 à l'IEP de Paris, abrégée et actualisée, n'a pas pour ambition de refaire l'histoire, des conflits qui rythment l'histoire du Tchad depuis l'indépendance. Sa démarche relève de la sociologie politique et vise à décrire la vie des hommes en armes.
Ils n'ont rien de bêtes de guerre surarmées. Ils ne présentent pas une inclinaison naturelle à la violence. Il s'agit de « débrouillards » qui, dans un contexte de violence routinisée, emprunte un répertoire d'action banal.
L'étude de leurs trajectoires révèle la fluidité de leurs loyautés, présentée à tort comme traduisant un goût atavique pour la trahison. Les statuts sont beaucoup moins marqués qu'en Europe. le civil est souvent armé ; le militaire n'a pas toujours un uniforme. Les forces régulières et irrégulières se ressemblent et il est fréquent qu'on passe des unes ou autres en fonction des opportunités du moment.
A la fluidité des statuts fait écho la fluidité des « situations ». le Tchad est rarement tout à fait en guerre. Les combats y sont épisodiques et rarement meurtriers. Les guerriers pratiquent la technique du rezzou, des attaques surprises visant moins à tuer l'ennemi qu'à le faire fuir et à s'emparer de ses biens. le Tchad n'est jamais non plus tout à fait en paix. L'arrêt des hostilités permet aux combattants d'engranger les bénéfices de la dernière guerre tout en préparant la suivante. L'auteure utilise fort à propos l'expression d'entre-guerres pour caractériser cette période interstitielle où chacun vit dans l'attente anxieuse de la reprise des hostilités.
Pendant l'entre-guerres, les combattants se recyclent. Certains rallient le gouvernement ; d'autres restent en rébellion, trouvant parfois refuge à l'étranger. La plupart évoluent dans un espace flou situé « aux portes de l'Etat » : faux douaniers, coupeurs de routes … Là encore, il faut se départir des grilles occidentalo-centrées héritées de Max Weber qui caractérisait l'Etat légal-rationnel par la détention du monopole de l'utilisation légitime de la violence. Rien de tel au Tchad où les frontières entre le droit et le non-droit sont floues. On y applique le « décret sans numéro », des règles non écrites et fluctuantes qui n'en sont pas moins respectées pour autant.
Marielle Debos a raison de s'inscrire en faux contre les théories de l'Etat « failli ». Au Tchad, l'Etat n'a jamais eu un rôle protecteur : les institutions légales ne fonctionnent pas ; les acteurs privés peuvent recourir à la violence sans encourir de sanctions. Pour autant, l'Etat est omniprésent, qui sait par un habile mélange de répression et de cooptation, conclure de nouvelles alliances ou consolider les anciennes sans verser pour autant dans le quadrillage social des États autoritaires. Dès lors, point n'est besoin d'importer un kit de « bonne gouvernance » pour lui conférer les attributs dont il est dépourvu.
Il ne s'agit pas pour l'auteure de s'accommoder de cette situation ; mais elle a au moins le mérite de nous la faire comprendre.
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johnowen9
  24 juin 2013
Avant, de commencer cette critique, je tiens à remercier les éditions KARTHALA pour m'avoir offert ce livre, mais aussi Babelio pour m'avoir déclaré vainqueur de Masse Critique et d'avoir réitéré la confiance qu'ils m'ont octroyé après ma première critique.
"Le métier des armes au Tchad. le gouvernement de l'entre-guerres" est une enquête ethnographique conduite entre 2004 et 2010 par Marielle Debos, maîtresse de conférences à l'Institut des Sciences Sociales du Politique et post-doctorante "Marie Curie" à l'Université de Californie, Berkeley.
Retraçant dans un premier temps avec une précision chirurgicale et extrêmement fouillée les différents événements de l'histoire tchadienne, l'auteure tente ensuite de s'attacher à montrer comment les gens font la guerre. Elle va pour cela tenter de comprendre comment les armes sont devenues un mode ordinaire de contestation, mais aussi de vie au Tchad, une chose anormale, incompréhensible voire même aberrante, pour nous, occidentaux, bien installés et au chaud (chaleur qui ne manque pas au Tchad...) dans nos fauteuils ou nos bureaux. D'où le titre: comment le métier des armes s'apprend-il, mais aussi gangrène toutes les strates de la société tchadienne: banditisme, forces rebelles et mêmes forces gouvernementales.
Le recours des armes est une spécialisation d'une partie de la population masculine, pour des raisons économiques et pécuniaires évidemment, mais aussi contestataires, sociales ou même politiques. Pour tenter de comprendre les rouages d'une machine que l'auteure va tenter de démystifier, rôle principal de la sociologie en vue de rechercher la vérité dessous les apparences, elle va reprendre les méthodes interactionnistes de l'Ecole de Chicago, Howard Becker en tête, pour tenter de concevoir le métier des armes, au sens de carrière et de trajectoire. Au fond, les armes sont devenues par les multiples circonstances historico-sociales une pratique quotidienne, constituant un véritable mode de vie. La violence et les armes sont prégnantes dans le champ politique tchadien, et personne ne s'en étonne plus. Une des causes de cette standardisation de la violence est évidemment un quotidien intensément difficile où insécurité rime avec pauvreté, où gouvernement corrompu va de pair avec brutalité et animosité.
Dans ce contexte, la prise des armes est même valorisée, et la personne sans arme est même stigmatisée. La guerre est ainsi popularisée, mettant constamment la société sous tension, même lors des trêves (appelées ironiquement "entre-guerres"): la vie n'en est que plus difficile.
Au fond, la question n'est pas de savoir pourquoi, mais comment les hommes ont recours aux armes, un recours qui s'est démocratisé, véritable répertoire d'actions totalement commun, une façon relativement ordinaire de régler un problème. Derrière cela se cache toute une activité de symbolisation et de légitimation de la violence par les armes actée par le gouvernement, qui est lui-même constamment armé pour lutter contre les rebelles.
Une enquête sociologique bouleversante, sur un sujet difficile, dangereux et peu étudié. Marielle Debos réussit un véritable tour de force, en vulgarisant quelque peu sa thèse de doctorat dans un lexique compréhensible, agréable à lire mais tout de même réservé à un public avisé.
"On ira tous au paradis, car on a déjà vécu l'enfer sur Terre", dicton tchadien, résume bien ce livre qui tente de comprendre les rouages d'une société gangrénée par une normalisation du métier des armes, qui s'apprend, s'étend ne laissant pas de place à d'autres formes de contestation. Vraiment bouleversant, et à mille lieux de notre société occidentale: cela permet de nous remettre en question, et particulièrement l'Etat français, qui avec ses interventions colonialistes est probablement une des causes de la maladie du peuple tchadien.
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nomarque
  06 juillet 2013
Je tiens tout d'abord à adresser mes remerciements à Babelio et aux éditions Karthala pour cette belle découverte.
Le métier des armes au Tchad. le gouvernement de l'entre-guerres de Marielle Debos est la version remaniée de sa thèse de doctorat. L'auteure, qui a effectué une enquête de onze mois au Tchad entre 2004 à 2010, s'est donnée pour objectif de faire une sociologie du métier des armes. Elle s'interroge sur le recours aux armes ainsi que sa banalisation dans l'entre-guerres et démontre l'existence de règles qui encadrent ce métier.
Dans la première partie, l'auteure adopte une perspective historique du métier des armes de la période précoloniale à l'indépendance, en abordant notamment le rôle du colonisateur dans les transformations de ce métier. L'accent est mis, dans la deuxième partie, sur les histoires personnelles des individus devenus des hommes en armes, et pour lesquels la pratique des armes est quotidienne. L'auteure souligne l'existence de « loyautés fluides » avec le passage d'une faction armée à une autre qui témoigne de la mobilité des hommes en armes, à la fois à l'intérieur du Tchad et dans d'autres pays d'Afrique. Enfin, la troisième partie est consacrée au mode du gouvernement actuel du Tchad qui est qualifié de « gouvernement par les armes ».
L'enquête est véritablement passionnante, car l'auteure a pris le soin d'expliquer clairement sa méthode de recherche et les buts poursuivis. Elle propose une analyse fine et détaillée des entretiens qu'elle a menés au Tchad avec des hommes en armes à un moment où ils n'étaient pas mobilisés par la guerre. La précision de son écriture, ainsi que l'organisation bien structurée du livre, qui manifeste la rigueur de l'auteure, sont un réel plaisir pour le lecteur. de même, la présence d'anecdotes en lien avec ses séjours au Tchad agrémente la lecture de cet ouvrage très pointu.
Néanmoins, on peut regretter l'absence d'une bibliographie qui aurait permis au lecteur de se reporter à des références plus générales pour compléter sa lecture, même si la présence de nombreuses notes de bas de page permet d'obtenir des compléments d'information. Par ailleurs, la présence de cartes du Tchad aurait peut-être permis de mieux visualiser certaines informations. La retranscription de quelques entretiens en intégralité aurait pu également être intéressante pour le lecteur.
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sebito
  05 juillet 2013
Voici un essai complexe mais intéressant. Complexe par le vocabulaire utilisé (spécifique aux sciences sociales) et par le sujet traité: montrer que les armes permettent une organisation sociale et politique au Tchad. L'apparent chaos qui règne dans le pays est en fait structuré par des normes sociales qui nous échappent, à nous, Occidentaux. Ce livre permet ainsi de s'ouvrir à un autre mode de pensée, à une autre organisation, qui peut paraitre déstabilisante pour un occidental. Pour cette raison, je conseille ce livre même si la lecture est un peu laborieuse. On notera toutefois qu'il est difficile pour un non spécialiste de comprendre l'histoire tchadienne et de retenir tous ses acteurs.
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