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ISBN : 2757874020
Éditeur : Points (03/01/2019)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Marié dès l’âge de dix-huit ans à une femme que sa communauté lui a choisie, Shulem Deen a longtemps mené une vie austère encadrée par les règles strictes des skver. Considérés comme trop extrêmes même par les plus fanatiques – les satmar, les belz, les loubavitch –, les skver font revivre les coutumes et les pratiques des premiers Juifs hassidiques et se tiennent à l’écart du monde extérieur. Seulement, un jour, Shulem s’est mis à douter.
Dans ce récit pass... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
mollymon
  17 février 2017
Le roman autobiographique de Deen Shulem lève le voile sur un monde aussi mystérieux que secret . Un monde où pour ne pas succomber aux tentations et respecter les préceptes religieux, il faut vivre regroupé loin de la société moderne considérée comme une source permanente de perversions. Un monde sans journaux, sans radio ni télé ni Internet où l'on étudie que les textes religieux
Cet univers est celui des hassidim , ces juifs ultra-orthodoxes reconnaissables à leur style vestimentaire hérité de leurs ancêtres venus d' Europe centrale. L'usage du yiddish, un mode de vie centré sur l'étude et la famille et un rigorisme puritain font de leur communauté un monde à part que l'auteur décrit ici.
Deen Shulem connaît bien cette communauté car il y a toujours vécu, jusqu'à ce qu'une crise de foi l'en chasse...
Il a toujours été un hassid respectueux de ses devoirs mais un jour, il cède à la tentation d'en savoir plus que ce qui est permis. Dès lors sa curiosité devient sans limite. Il ose braver les interdits et même s'il sait qu'il ne transgresse pas la loi juive mais celle de sa communauté, plus rien ni personne ne peut l'empêcher d'étancher sa soif de connaissance. Progressivement il se met à ne plus supporter l'autorité des rabbins, à douter de ce qu'on lui a enseigné et en arrive à perdre la foi. Il est devenu un apikorus. Un hérétique indésirable parmi les siens...
Ce texte limpide et profondément humain, évite les longues digressions religieuses et métaphysiques, il est donc accessible à chacun, quelque soit sa religion (s'il en a une). Deen Shulem y analyse sans acrimonie, la trajectoire le menant à l'apostasie tout en dénonçant des principes ultra-conservateurs qui en séparant les hommes des femmes, en réduisant les études à des sujets inadaptés aux réalités du monde contemporain, en rejetant ce qui est différent, bafouent le droit à la liberté et à l'égalité.
Une découverte passionnante !
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Nadael
  26 mai 2017
À treize ans, Shulem Deen, élevé dans une famille juive ultra-orthodoxe aux États-Unis, décide de s'inscrire dans une école talmudique de la communauté hassidique Skver, ayant entendu dire que l'enseignement n'y était pas trop exigeant. Il ne sait pas alors qu'en pénétrant dans cette communauté, il allait s'extraire du monde.
Vêtements et chapeau épais et lourd, chemise blanche au col fermé, longues papillotes tombantes de part et d'autre du visage, sous l'égide du Rebbe – le guide de la communauté – Shulem passe son adolescence à étudier le Talmud avec des garçons de son âge. Profanes, les Sciences, les lettres, l'histoire, la géographie, les langues… ces matières ne sont pas enseignées. Il ne quitte jamais son uniforme, n'écoute pas de musique, ne lit que la bible, le Talmud et les livres sacrés, ne croise jamais de filles, ne sort pas hors de la communauté…
À dix-huit ans, Shulem Deen doit se marier. On lui choisit – impose – une femme, qu'il verra quelques minutes, en présence des deux familles, peu de temps avant la célébration. Jour où il dansera avec elle pour la première et dernière fois de sa vie – les époux ne devront plus se toucher en public. Il se fera expliquer le « service de lit » par le Rebbe…
Malgré les doutes et les craintes, Shulem Deen suivra les règles et autres rituels. Il aura cinq enfants, n'aimera jamais sa femme mais apprendra à l'apprécier, il consentira à vivre ainsi retranché du reste du monde, il acceptera d'avoir des emplois mal rémunérés (rappelons qu'il n'a aucune qualification et que son travail doit avoir un lien avec la communauté hassidique)… jusqu'au jour où, trentenaire, il ose appuyer sur le bouton « radio » du lecteur de cassettes qui trône depuis des années sur le meuble de la cuisine.
Et là, sa vie va basculer, inéluctablement. Un changement de regard et de perception. La découverte d'autres horizons, d'autres figures. Un mur qui tombe, le jaillissement d'une lumière, un monde de tous les possibles. Ce simple petit bouton pressé sera le déclencheur puis le catalyseur des émotions et des désirs enfouis de Shulem. Rattrapé par sa curiosité naturelle, la vivacité de son esprit, sa soif de connaissance, il s'affranchira des codes, s'achètera une voiture, passera des heures et des heures dans une médiathèque à lire et relire les encyclopédies qui s'offrent à lui, emplissant sa mémoire des images des sons des odeurs de la ville – New York – et des paysages environnants, se payera un ordinateur, une télévision…
Durant des mois, il dissimulera son ouverture au monde – évidemment sa femme ne le comprend pas -. Lentement, il cheminera vers la liberté, en s'éloignant de la religion, de son extrémisme… jusqu'au jour où, sa communauté, l'apprenant, le chasse pour hérésie.
Avec intelligence et sans jugement, Shulem Deen écrit là un récit sensible et passionnant en levant le voile sur son parcours de vie, et parle de sa reconstruction difficile mais admirable. Beaucoup plus qu'un témoignage sur le fondamentalisme religieux, ce livre se lit comme une fiction et révèle une plume humaniste brillante.
Lien : https://lesmotsdelafin.wordp..
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Hamisoitil
  10 mai 2017
Il y a certains livres qu'il faut absolument prendre le temps de tourner les pages pour mieux les savourer.
Celui qui va vers elle ne revient pas est un récit d'émancipation où l'auteur, lui-même, raconte sa propre histoire au sein de la communauté ultra-orthodoxe, les Juifs Hassidiques, qui sont facilement identifiables : Barbus, Chapeaux noirs, longues papillotes, caftans noirs, pour les hommes, et les femmes mariés, perruques souvent stylisées d'une écharpe ou d'un chapeau et d'un vêtement très, très sobre, entourées d'une ribambelle d'enfants. Bref ! Shulem est né et a grandi Skver, une des branches Hassidiques qui se trouvent en plein New-York, à New Square, village où les membres sont à l'abri des influences du monde laïque, ne parlant que le Yiddish, très peu ou pas la langue du pays, excluant radicalement tous les plaisirs terrestres (télé, radio, internet, magazines, nourritures non casher, vêtements...) pour être en total osmose avec le Créateur, en communion dans la prière et de la Torah (la Bible hébraïque ou l'ancien Testament, pilier de la foi Juive) qui leur sert de guide. D'ailleurs, ils ne fréquentent pas et ne s'intéressent pas aux non-juifs qui pourraient avoir une mauvaise influence sur eux.
C'est donc à travers les lignes que l'on découvre l'obscurantisme et extrémisme de cette communauté, que moi, personnellement, je connaissais un peu. Ici, Shulem, sans pour autant incriminer les hassidiques, préfère décrire son ressenti, ses faiblesses, ses tentations, ses peurs, ses questionnements, ses doutes sur sa foi, qui ont commencé peu avant sa majorité et qui ont pris réellement de l'ampleur quand il découvre internet, par hasard. Il est à cette époque à peine adulte, marié à une jeune femme qu'il n'aime pas, et père de cinq enfants ; à vrai dire, il n'a pas vraiment eu le choix, chez eux, les mariages sont arrangés. C'est donc une faille (internet) qui vient foutre en l'air toutes ses convictions ancrées en lui depuis toujours et qui, par la suite, va détruire sa vie de famille.
Parce que oui, internet est une immense porte qui s'ouvre au monde, qui ne cache pas et qui attise comme le serpent et la pomme. La tentation. Internet répond aux questions, documente... et c'est comme ça que Shulem va découvrir le monde qui l'entoure aux choses futiles complètement interdites au sein de la communauté et également voir qu'il n'est pas seul à être dans cette situation délicate. Mais tout cela à un prix, le prix de la liberté aura des conséquences et il va vite le comprendre une fois dehors.
Un livre passionnant, percutant, mais surtout, très instructif, et riche par les mots, sans trop mettre en avant le côté biblique que beaucoup évite en littérature. Une belle découverte que je vous recommande !
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Garoupe
  04 janvier 2018
The choice is yours
« On ne peut pas laisser les règles des autres définir qui l'on est. » Elizabeth Brundage in Dans les angles morts
Cette phrase, tirée du livre « Dans les angles morts », se marie admirablement bien avec le sujet de ce livre magnifique.
Shulem Deen est un homme qui s'en est sorti. Non pas que la situation dans laquelle il était était en valeur absolue un problème, mais c'est ainsi qu'il le vivait. de religion juive, Shulem Deen, à la mort de son père, alors qu'il n'était âgé que de 13 ans, avait besoin d'une communauté qui l'accueille, qui lui offre un soutien. Tout cela, et bien plus encore, trop peut-être, il l'a trouvé dans la communauté hassidique de New Square, petite commune de 7000 habitants environ, au nord de New-York, à 45 minutes de bus de Manhattan.
Cette communauté a été fondée au milieu des années 50 et devait s'appelait New Skver en hommage à la communauté juive skver issue de l'Europe de l'Est. Pour décrire cette communauté et son mode de vie, disons qu'ils rejettent tout modernisme et dans leur foi et dans leur mode de vie. Pas de télé, pas de radio pas de journaux, pas d'études d'anglais, de mathématiques ou d'histoire. L'étude du droit leur permet de rédiger sans sourciller un contrat valable du temps de la splendeur de la civilisation sumérienne ou de savoir comment proprement égorger tel ou tel animal mais ils sont incapables, pratiquement, de se mêler au monde dont la communauté fait tout pour se couper.
Le code vestimentaire en vigueur est le triptyque schtreimel, téphillim et papillottes.
Au sein des communautés ultra-orthodoxes juives, la communauté skver, de l'aveu même de Shulem Deen, passe pour une des plus extrémistes qui soit… certains des membres de la communauté ne parlent pas anglais et ne s'expriment qu'en yiddish.
Grandissant dans cette communauté, Shulem Deen s'est fatalement marié à une jeune fille issue de cette communauté qu'il a pu rencontrer au court d'une présentation de 7 minutes totalement épique et ubuesque.
Il va sans dire que cette isolement, volontaire, s'accompagne d'une soumission sans faille exigée par le rebbe et ses sbires (en gros le reste de la communauté dans la mesure où ce type de protectionnisme exige l'implication de chacun dans un système d'auto-surveillance et d'auto-délation).
Et pourtant, au coeur même de Shulem Deen, tout concourt à faire grossir sa propension à (se) questionner. Tout commence par la remise en question que Shulem Deen fait de sa propre foi avant d'étendre ses interrogations à la foi telle qu'elle est mise en avant, prônée, par les autorités religieuses.
Si au départ, il parvient à garder secrets ses propres doutes, y compris aux yeux de sa femme et de ses enfants, il devient au fil du temps de plus en plus dur de cacher le fait qu'il ait totalement perdu la foi. A partir de cet instant il est tiraillé entre son désir de s'émanciper et le besoin qu'il ressent malgré tout de continuer à faire partie d'une communauté, et d'une famille, aussi castratrice soit-elle.
Les origines des remises en causes auxquelles procède Shulem Deen sont multiples. Elles prennent racine dans un terreau familial propice : son père et sa mère étaient des orthodoxes qui n'hésitaient pas à s'ouvrir aux athées, aux juifs non pratiquants voire aux non-juifs. Elles se construisent ensuite à travers une jeunesse passée dès le plus jeune âge à douter. On sent que le doute ne s'est pas insinué en une seule fois en Shulem Deen mais qu'il a pris le temps de germer au fil des années, sachant rester en sommeil quand il le fallait, à la mort du père, par exemple, se terrant dans l'ombre d'une foi déjà vacillante pour mieux resurgir à l'âge adulte.
De toute les façons, le mode de vie de la communauté skver n'est pas fait pour favoriser l'attitude de Shulem Deen. Et son donc bien finalement la communauté qui prendra en quelque sorte la décision pour Shulem Deen : celle de le rejeter, de le bannir pour hérésie. Mais le fait que cette exclusion vienne de la communauté et non pas de Shulem Deen lui-même aura des conséquences dramatiques sur ses relations avec d'une part sa femme mais aussi et surtout d'autre part ses enfants.
Le livre de Shulem Deen est un témoignage somptueusement écrit et magnifiquement traduit avant tout. Mais c'est un livre sur l'importance de faire des choix, même si certains sont imposés ou provoqués, et surtout de les assumer, quoi qu'il en coûte. C'est un livre sur la libre conscience de l'homme qui ne devrait échapper à personne mais que le poids et le pouvoir d‘une communauté peu endiguer et mettre sous l'éteignoir. le poids du nombre en impose fatalement à l'individu.
C'est ainsi le sens qu'a pris la vie de Shulem Deen : seul face à une communauté, il s'est engagé dans une association « Footsteps » qui vient en aide aux personnes qui souhaitent s'extraire de ces communautés qui ressemblent beaucoup à ce qu'on appellerait chez nous une secte mais qui n'est pas reconnue comme telle par les pouvoirs américains.
Lien : https://wp.me/p2X8E2-UZ
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topocl
  15 mars 2018
Ce n'est absolument pas un essai, mais un récit autobiographique. Je me demande pourquoi il a eu le Médicis essai. Déjà que les romans bien souvent ne sont plus des romans, si en plus les essais ne sont plus des essais, cela va devenir compliqué …
Il s'agit donc d'une histoire personnelle, qui apporte un témoignage sur la communauté des Juifs américains ultra-orthodoxes (les plus ultras de chez les plus ultras). Shulem Deen met en lumière leurs méthodes d'éducation, de bourrage de crâne, de manipulation, en un mot de terrorisme intellectuel. Bourrage de crâne pratiqué par des gens tout aussi intoxiqués, persuadés qu'ils ont la Vérité parce que, à eux non plus, personne n'a appris à voir autrement, à envisager l'autre. Mais dans cette multitude, (ils sont vraiment nombreux dans ce shetl recomposé à deux pas de New-York), certains se prennent cependant à douter, à jeter un oeil ailleurs, à réfléchir. Internet, quoique prohibé, a fait beaucoup pour cela, terreau prodigieux du libre arbitre.
Shulem Deen est de ceux-là. Peu à peu, il a abandonné complètement la foi en la Torah, en Dieu, en tout cette parole castratrice dans laquelle il avait été élevé. Mais elle est aussi protectrice, et il raconte la difficulté de remettre en cause une croyance aussi douloureusement et viscéralement inscrite, la douleur que cela constitue, comment il s'est longtemps caché. Il parle aussi des difficultés plus pratiques : comment se réinsérer dans une société américaine quand on n'a fréquenté que les écoles juives et aucun diplôme, jamais adressé la parole à une femme sans frémir, jamais porté de jean, jamais connu les livres, la radio, télé, cinéma… quand on est rejeté, banni par sa communauté, sa famille, ses propres enfants. Comment on regrette la douceur des rituels et de l'appartenance à un groupe, même tyrannique.
La tolérance, la liberté, ça se paye très cher. Mais c'est une foi comme une autre et pas moyen de transgresser une fois le pas fait.
Vital à qui aime voir comment ça se passe ailleurs, un vrai ailleurs complètement autre, ou à qui s'interroge s'il faut être tolérant avec l'intolérance, et comment naissent les fanatiques (qui sont de tous bords, on l'oublie un peu vite), cet ouvrage vaut plus par son aspect documentaire que par ses qualités littéraires, l'émotion y émerge un peu trop rarement.. Mais il mérite qu'on s'y arrête.
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critiques presse (3)
Telerama   24 mai 2017
En quittant la communauté juive orthodoxe dans laquelle il vivait à New York, l'auteur a tout perdu, jusqu'à ses enfants. Un témoignage impressionnant.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   03 avril 2017
Le livre de Shulem Deen est traversé par une question: jusqu’à quel point un pays peut-il permettre à un groupe religieux de s’autogérer? On le referme sans certitude.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Liberation   02 mars 2017
Shulem Deen raconte avec émotion sa quête de liberté et son éviction pour hérésie d’une communauté hassidique.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
jmlire92jmlire92   19 novembre 2018
 Ainsi que je l'apprendrais par la suite, beaucoup de croyants ayant perdu la foi perçoivent dans les apports de la recherche scientifique le catalyseur de leur changement de vision du monde. C'était mon cas : la plupart de mes lectures dans ce domaine me déconcertaient. Les idées que j'avais toujours tenues pour acquises, confiant dans la parole des rabbins, certains que les textes sacrés recelaient des vérités absolues, m'apparaissaient désormais comme douteuses, voire fallacieuses. L'univers n'avait pas six mille ans, comme je l'avais toujours cru, mais plutôt quatorze milliards d'années ; loin d'être l'espèce noble et privilégiée façonnée par la main de Dieu à partir d'une poignée de terre au sixième jour de la Genèse, l'homme partageait un ancètre commun avec le chimpanzé - et même avec tout le règne animal. Sur ce point au moins, les Sages du Talmud, qu'on nous disait infaillibles, s'étaient manifestement fourvoyés...

     En posant sur le Talmud un regard plus critique, je m'apercevais que l'enseignement des Sages était entaché, comme tous les écrits de leur époque, par la superstition, la misogynie et la xénophobie, autant de failles qui ne faisaient pas nécessairement de ces auteurs des vauriens, mais les rendaient soudain plus humains et plus ordinaires à mes yeux.

   Enfin, rien ne fut plus dévastateur pour ma foi que la prise de conscience du caractère profondément humain de la Bible hébraïque, notre texte le plus sacré. Dès l'instant où je commençais à entrevoir la main de l'homme, et non celle de Dieu, dans ces pages splendides et bouleversantes, infiniment complexes, tissées de poésie et de métaphores, je ne fus plus capable de revenir sur mes pas.

  D'après le Zohar, le texte du XIIIème siècle qui a donné naissance à la mystique juive, "Dieu a contemplé la Torah et créé l'univers" La Torah, divine et éternelle, est le modèle et la matrice de toute création.

    Je l'avais cru, moi aussi. À présent, je posais un autre regard sur le texte sacré. Je découvrais que La Torah, l'essence même de notre foi, loin d'être un document immuable transmis de génération en génération depuis trois mille cinq cents ans, résultait manifestement d'un assemblage de fragments issus de la Haute Antiquité, patiemment compilés et remaniés au cours des siècles suivants. Telle était du moins la vision qu'en offraient tous les spécialistes de la datation des textes bibliques. Rien ne m'obligeait à les croire, mais les preuves qu'ils avançaient à l'appui de leurs démonstrations me parurent irréfutables. Soudain, le caractère profondément étrange de ce texte - ses contradictions, ses anachronismes, cette accumulation déconcertante de crimes fratricides, de génocides, de miracles et de drames familiaux - prenait sens à mes yeux, mais un sens bien différent de celui qui m'avait été inculqué. Si, d'un point de vue historique et anthropologique ( point de vue que soutenaient les récentes découvertes archéologiques et la comparaison avec d'autres textes antiques du Proche-Orient), la Bible ouvrait indéniablement une fenêtre fascinante sur le monde de nos ancêtres, d'un point de vue théologique, pour moi, elle ne tenait plus la route...
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Vinie1984Vinie1984   17 juin 2017
Quelque part, à un moment donné , une décision avait été prise : Gitty et moi devrions désormais "jouer au papa et à la maman" : elle serait la mère au foyer, moi le soutien de famille.Gitty s'était révélée parfaite dans son rôle : elle nourrissait, habillait et baignait nos bébés comme si elle y avait été préparée dès sa naissance. [...]
De mon côté, en revanche, l'échec était patent. Je passais d'un job à l'autre en repensant à mes études, toutes ces années consacrées au Talmud et à la Torah, au cours desquelles personne ne s'était donné la peine de m'expliquer comment il fallait s'y prendre pour avoir un boulot et un salaire à la fin du mois.
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jmlire92jmlire92   19 novembre 2018
"J'ai une question à te poser, annonça Chezky quelques jours plus tard dans le hall de la synagogue, où nous avions l'habitude de nous retrouver avant les prières du vendredi soir. As-tu déjà songé au fait que tes croyances religieuses, comme ta naissance dans l'État de New-York, résultent d'une succession de hasards et de coïncidences ? Et que si tu avais grandi dans une famille catholique ou musulmane, tu serais tout aussi convaincu par leurs enseignements que tu l'es des nôtres aujourd'hui ? Toi qui tiens tant à croire aveuglément, n'es-tu pas troublé par le caractère terriblement arbitraire de tes croyances ?"

   Aussi élémentaire soit-elle, cette question ne m'avait jamais traversé l'esprit jusqu'alors. Elle n'appelait pas vraiment de réponse, d'autant que les grands sages du judaïsme l'avaient résolu depuis longtemps - j'en étais convaincu. De quel droit aurais-je remis en cause une telle évidence ?

   La question me tarauda pourtant toute la soirée. J'éprouvais un léger agacement envers Chezky. Pourquoi se montrait-il si insistant me demandai-je en rentrant chez moi. Je revenais sans cesse au problème rhétorique qu'il m'avait posé, comme on ne peut s'empêcher de gratter une cicatrice qu'il faudrait laisser tranquille. Quelle était la solution ? Malgré moi, je ne pouvais m'empêcher de m'interroger : si je n'avais pas été élevé dans la religion juive, l'aurais-je choisie ? Si ,mes parents et mes professeurs ne m'avaient pas appris à réciter le Chema Israël à deux ans, "Torah Tsiva Lanou Moshe" à trois ans, les prières et les Psaumes à quatre, la Bible à cinq et le Talmud à huit ans, aurais-je cru à ces principes fondateurs comme j'y croyais à présent ?
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HamisoitilHamisoitil   10 mai 2017
...je continuais de me demander ce que j'aurais fait de ma vie si j'avais eu à choisir ma religion. Aurais-je cru à l'existence de l’Éternel si je n'avais pas été élevé dans le judaïsme ? Aurais-je pensé que la Torah est la parole de Dieu ? Aurais-je décidé d'être orthodoxe ? D'être ultra-orthodoxe ? D'appartenir à la communauté skver ?
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NadaelNadael   26 mai 2017
« Si le Talmud était bâti sur la parole rapportée de Dieu, ou présenté comme telle, cette parole me frappait par ses aspects terriblement humains, ses ambiguïtés, son caractère arbitraire et ses multiples niveaux de sens. Même le concept de foi suggérait l’intervention de l’homme : l’idée qu’il fallait se soumettre à une conviction, au lieu de se contenter d’admirer la beauté de l’univers. Les principes de la logique qui guidaient l’écriture informatique se fondaient, eux, sur des postulats immuables. Ce qui était vrai était vrai. Ce qui était faux ne l’était pas. Pas de zone grise, pas de compromis, pas de place pour l’ambiguïté, la contradiction ou l’interprétation. Tout était précis et prévisible. Et il ne servait à rien de prier quand votre application se trouvait coincée dans une boucle infinie. »
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Video de Shulem Deen (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Shulem Deen
Considéré comme hérétique pour avoir eu la curiosité d'aller dans une bibliothèque ou s'être informé sur internet, Shulem Deen nous raconte son parcours dans l'une des communautés les plus extrêmes de juifs hassidiques.
Au prix de sa liberté, il a sacrifié sa vie de famille. Lauréat du National Jewish Book Award, Shulem Deen nous livre avec ?Celui qui va vers elle ne revient pas" (Éditions Globe) un récit d'une grande force littéraire et émotionnelle.
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