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André Stas (Illustrateur)
EAN : 9782930607672
24 pages
Éditeur : Les Carnets du Dessert de Lune (07/10/2019)
Résumé :
Le livre :
Après "Le violon pisse sur son powète", clin d'œil au "Poète pisse dans son violon" de Pierre Autin-Grenier, Éric Dejaeger, sous le regard d'André Stas, récidive avec ses aphorismes qui vont encore faire grincer quelques dents ou sourire. De temps en temps ça fait du bien.

Les auteurs :
Éric Dejaeger (Charleroi, 1958 – ?, 20**) est tombé dans la littérature dès qu’il a appris à lire. Bibliophage, revuiste (Écrits Vains puis Mi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Dessert
  06 décembre 2019
« Le violon pisse derchef sur son powète » Eric Dejaeger. Couverture André Stas. Ed Les Carnets du Dessert de Lune, 2019. Collection Pousse-Café. 6 €.
« Le poète poursuit sa désacralisation du statut du poète tout puissant, tout lyrique, plein d’ego, nombriliste au plus haut point. Avec sa dose massive d’humour et de dérision, Dejaeger remet les choses à leur juste place : « Quand le powéte va à la pêche, / il rentre toujours bredouille : / ses vers n’attirent pas le poisson ». Dejaeger sait trop bien jusqu’où le poète peut ou ne peut aller. Sa charge est bénéfique et salutaire pour une « profession » qui a tendance à se multiplier. N’est pas « powète » qui veut !
© Philippe Leuckx in Bleu d'encre.
Dans Le poète pisse dans son violon, un mince recueil d’aphorismes et de sentences bien à sa façon, Pierre Autin-Grenier écrivait : « On imagine toujours le pire, et puis c’est pire ». En très complice écho-hommage mais en focalisant davantage la cible sur le petit monde des poètes, Éric Dejaeger répond avec un opuscule de calibre identique, Le Violon pisse derechef sur son powète. “Derechef” parce qu’il y eut un premier tome de même titre et de même type, et qu’il n’y en aura pas de troisième (l’auteur pense qu’il s’est fait comme ça suffisamment de copains et de copines !) ; et le mot “powète” tout en rondeur béate, avec un w entre le o et le è, se pose cependant comme un concept précis et pointu qui sert à désigner ceux qui s’autoproclament “poète” sans invoquer d’autre légitimité (si l’on peut dire) que la boursouflure d’un ego quasi trumpien : le powète est au poète, ce que la twittomanie (tiens ! encore un w !) de Trump est à la prudence politique d’un homme d’État. Powète ou poète, à vrai dire rien de bien nouveau (sauf bien sûr pour les stratèges du scrabble que les possibilités nouvelles de placer le w réjouiront !). Du moins depuis le linguiste Étiemble qui à partir d’une même étymologie grecque — poieisis signifiant l’art de faire, de fabriquer — distinguait jadis le travail de fabrication du poète de celui du faiseur : l’un et l’autre “fabriquent” des objets avec des mots, le premier s’effaçant devant le poème posé dans l’évidence de sa propre fin, le second considérant l’exercice comme un moyen d’exhiber un moi je qu’il se complaît à trouver talentueux forcément. Peut-être Antoine Émaz songeait-il à Étiemble en formulant cette exigence : « le poète n’a pas à convaincre si le poème n’a pas convaincu ». Le poète se tait, laisse agir le poème. Tandis que le drame du powète, empalé sur son powème, est qu’il se croit obligé d’endosser une défroque supposée “poétique” et porter un masque — personna, en grec — c’est-à-dire de jouer un “personnage” pour tenter de séduire et persuader autour de lui ; de sorte que la plupart du temps le drame existentiel (la non-reconnaissance) vire à la sottise grotesque, le powète rajoutant « toujours le mot pour faire rire de lui », comme disait Jules Renard à propos du sot. Éric Dejaeger, comme s’il revisitait les Caractères de La Bruyère avec un tempérament de belle humeur et de bon humour belge qu’il partage avec Magritte, Verheggen, Gelluck et quelques autres, se régale de mitrailler à coups d’aphorismes, sentences et invectives textuelles les powètes, ces nouveaux “précieux ridicules” qui, contrairement à trop d’autres espèces sur la planète, sont « une espèce en voie de multiplication », hélas ! Quelques extraits du pilonnage : « dans la basse-cour aux powètes, le dindon se prend pour un cygne ». « le powète ne se creuse jamais la tête, seulement le nombril ». « le powète s’y connaît en harcèlement textuel ». « au marché de la powésie, le powète fait le poids : il a vingt-cinq tapuscrits de son dernier recueil dans le sac à dos ». « le powète n’est pas incontinent, il marque son territoire ». « en quittant le marché de la powésie, le powète se sent léger : il n’a plus que vingt-deux tapuscrits dans son sac à dos ». Et le powète fréquente également d’autres lieux où il est recommandé de paraître : « une fois terminé l’atelier d’écriture animé par un powète, tous les participants peuvent écrire de la powésie » « le powète ne peut habiter qu’une maison de la powésie, même insalubre » « le powète a généralement remporté quelques concours, prix, médailles ou diplômes lors de joutes powétiques dont personne n’a entendu parlé » Enfin — et serait-ce l’aspect positif de la powésie ? —, force est de constater une parité quasi parfaite entre powètes et powètesses qui accomplit la prédiction d’une féministe incontestable, Françoise Giroud, quand elle déclarait que « les femmes seront les égales des hommes lorsque, dans la même fonction, elles se montreront aussi nulles qu’eux ! » La fonction powétique est assurément à l’avant-garde, pour une fois ! Bref ! Powètes et powètesses, mêmes ébats : affligeants, impudents et insupportables. Et la conclusion restera à Éric Dejaeger : « les powètes et les powètesses ne m’aiment pas. Je suis quasiment certain que c’est réciproque ». Je partage la réciprocité et je m’en retourne de ce pas vers ce qui se contente d’exister sans fanfare ni fanfarons : la poésie.
…Passage de témoin
Plus précisément, vers un éditeur de poésie. Les deux titres cités plus haut ont été publiés par Jean-Louis Massot à l’enseigne des Carnets du Dessert de Lune (67 rue de Venise, 1050 Bruxelles). Or, voilà que Jean-Louis annonce sa cessation d’activité pour la fin de l’année, le temps de peaufiner le passage de témoin à un repreneur des éditions. Le travail est fait, les fondations solides et les murs aptes à recevoir les rayonnages pour d’autres livres. Jean-Louis a fait de ses éditions une maison renommée, accueillante à de nouvelles voix et courageuse dans la prise de risque, par exemple pour ne citer qu’une des plus récentes, la réédition complète (après la première édition au Dé bleu et la seconde à Folio-Gallimard) des Radis bleus de Pierre Autin-Grenier, un gros, beau et bon livre qui concentre l’écriture d’un poète aujourd’hui incontournable. Dans le Catalogue — une “œuvre” à part entière, celle de l’éditeur — on relève les noms de poètes sans lesquels quelque chose manquerait dans notre monde littéraire, et pas que : S. Durbec, J.-C. Martin, C. Couliou, J.-P. Georges, L. Guilbaud, J.-F. Mathé, A.-L. Blanchard, B. Bretonnière, C. Guivarch, R. Piccamiglio, A. Gellé, J.-M. Flahaut, A. Marembert, T. Radière, C. Van Acker, M. Glück, V. Joyaux, G. Cathalo, etc. Sans oublier bien entendu le duo de Décharge, Jacques Morin et Claude Vercey. Plus d’une centaine, et pas un powète ! Des livres qui poursuivront leur aventure sous la même marque, c’est la bonne nouvelle de la journée ! Jean-Louis Massot me confiait récemment qu’un des ses regrets c’était de n’avoir pu mener à bien, comme il l’a fait pour Pierre Autin-Grenier, une réédition des poèmes de Georges L. Godeau. Ces deux poètes s’étaient rencontrés grâce à un poème et, comme ici tout se termine sur un poème, en voici un de GLG consacré à PAG que je te dédie, Jean-Louis :
UN JOUR un jour, dans un journal, j’ai lu un poème signé Autin-Grenier. J’en ai eu un frisson. Rare. Plus tard, j’ai traversé la France et, au bout, un champ d’herbe. Il était là. En trinquant, il m’offrit un livre. Le même qu’il avait envoyé à son voisin Char. Resté sans réponse. Le lendemain, je dînais chez Char, je lui demandai ses raisons. Il n’écrivait plus, mais il se souvenait. Depuis, chez moi, quand je reçois la N.R.F., je cours au sommaire. Si j’y trouve Autin-Grenier, je passe une bonne journée.
L. Godeau
© Louis Dubost in Décharge
Le titre explicite une distance prise avec le sérieux dans lequel se présente trop souvent la poésie. Le livre présente un ensemble de brefs paragraphes : pataphysiques un peu, humoristiques beaucoup, absurdes jamais, nonsensiques souvent. Le recueil est tombé de la tour d’ivoire et de la boue des sons ; le gravier des lettres a bâti des mots architecturant des aphorismes. Un aphorisme est une phrase orpheline, mais rassemblez-les dans un recueil et ils invitent le lecteur à trouver, entre les paragraphes plutôt qu’entre les lignes, la poésie.
C’est que réunis, les aphorismes voient leur binarité constitutive s’émousser. Leur autonomie, celle-là même qui constitue la puissance de l’aphorisme se dilue quelque peu, surtout qu’ici, ils se suivent comme des strophes d’un long poème de discontinuités. Si le fil directeur d’un raisonnement jamais ne se forme, l’épaisseur d’une tonalité se mue en attitude d’engagement dans le monde. Le danger pour le poète est de briser les limites de l’instant, or l’aphorisme fait mouche dans l’instant. Mais la suite d’aphorismes ne convoque-t-elle pas une durée ? Les contradictions autour desquelles sont structurés les aphorismes s’interpellent, se font échos, parfois se perdent dans le nonsensique. Une conséquence de cette primauté de la durée, de la suite et de l’à suivre, c’est que Le violon pisse derechef sur son powète n’agit pas sur le référent, sur le monde mais interpelle l’univers même de la poésie, les représentations verbales, le langage comme univers. N’est-ce pas une altération du genre, dans le sens où altérer c’est faire autre ?
© Philippe Geneste in Lisezjeunesse
« Ecrire de la powésie parce que l’on se proclame powète est profondément ridicule.» Dans un précédent recueil d’aphorismes, « Le violon pisse sur son powète », à coup de formules toutes plus aiguisées les unes que les autres, Eric Dejaeger dénonçait déjà les faux poètes, les « powètes » comme il les désigne, les pauvres hères des lettres, qui posent, se pavanent, publient et croient avoir un don, mais la vraie poésie est un art de forçat, elle demande talent, travail et surtout humilité. Mais ça je l’ai déjà écrit après la lecture du premier recueil. Dans ce second recueil qui ne sera jamais le deuxième car l’auteur a promis que ce serait le dernier, il enfonce le clou en dégainant de nouveaux aphorismes, encore plus acérés, pour stigmatiser les poètes qui ne sont que des « powètes ». Ils n’atteindront jamais le statut de « poëte » comme l’écrit Paul Valéry dans « La renaissance de la liberté » (Bartillat/Omnia poche) que j’ai lu juste avant l’ouvrage du barde du Pays noir. « Le powète ne se creuse jamais la tête, seulement le nombril ». « Le powète n’a jamais dit la vérité, il ne doit pas être exécuté » ; (pour ceux qui ont plus de vingt ans depuis très longtemps : petit clin d’œil à Guy Béart). « Le powète rêve d’absinthe mais ne peut s’offrir que du pastis sans alcool ». Eric a la dent particulièrement dure à l’encontre des gâcheurs de vers qui dévoient les mots à grands coups de rimes bancales, ils comptent les pieds de leurs vers sur leurs doigts comme le dénonçait le grand Léo, Léo Ferré. Ces besogneux du pied et de la rime ne méritent aucun égard : « Il ne faut pas protéger le powète : il est en voie de multiplication ». Le powète ne sera sans doute jamais un poëte tel que le définit Paul Valéry dans le texte cité ci-dessus : « Un poète est en somme un individu en qui paraissent au plus haut degré l’agilité, la subtilité, l’ubiquité, la fécondité de cette toute-puissance économie (de mots) ». Mais le poète peut écrire pour des raisons moins louables comme le dit si joliment Léon-Paul Fargue dans un court extrait de Tancrède que Paul Valéry cite dans l’ouvrage désigné ci-dessus : « Il était plusieurs fois un jeune homme si beau que toutes les femmes voulaient expressément qu’il écrivît ». Alors, il faut rester vigilant et peut-être qu’Eric Dejaeger devra écrire un nouvel opus pour dénoncer les bellâtres qui croient que poème rime avec je t’aime.
© Denis Billamboz in mesimpressionsdelecture.unblog.fr
Publié par les Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, dans sa collection « Pousse-Café », « Le violon pisse derechef sur son powète », d'Éric Dejaeger est le deuxième volet du violon qui pisse sur son powète. Hé oui, depuis le premier petit tome, les poètes, en général, ont encore frappé avec leur tonne de poèmes. Je suis bien placé pour le savoir, moi qui reçois et lis pas mal de textes, et en vois aussi passer d'autres que je ne lirai jamais. Tout cela dans un cloisonnement la plupart du temps parfaitement réussi. Et ils continuent, pourtant, les poètes ! C'est pour cela qu'ici Éric Dejaeger les appelle des « powètes ». Au moins, en faisant publier ces quelques aphorismes, le lecteur ne pourra pas dire que l'auteur est pris en flagrant délit de contradiction avec ce qu'il dit des powètes, lui-même en étant un. En effet, le livre compte une dizaine de pages et se compose de 50 phrases environ. Pas de quoi avoir le temps de s'endormir ou d'attraper le mal de crâne ! Extrait de « Le poète pisse derechef sur son powète », quelques aphorismes bien sentis : « Quand les poètes penseront aux lecteurs plutôt qu'à leur nombril, la poésie s'en portera mieux. » « Contrairement à ses textes, le poète est teigneux. » « Le powète ne peut habiter qu'une maison de la powésie, même insalubre. » « Le powète n'a jamais dit la vérité, il ne doit pas être exécuté. » La première de couverture est illustrée par André Stas, avec « Le poète écorché ».
© Patrice Maltaverne, in https://poesiechroniquetamalle.
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