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EAN : 9782072949937
240 pages
Gallimard (19/08/2021)
3.66/5   487 notes
Résumé :
Après plusieurs années d'absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d'un patriarche impitoyable. Entourés par une nature sauvage, la mère et le fils voient le père étendre son emprise sur eux et édicter les lois mystérieuses de leur nouvelle existence. Hanté par son passé, rongé par la jalousie, l'homme sombre lentement dans la folie. ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (136) Voir plus Ajouter une critique
3,66

sur 487 notes

Cinq ans après Règne animal, prix du livre Inter 2017, que j'avais particulièrement apprécié, j'ai à nouveau été conquise par l'écriture de Jean-Baptiste del Amo dans son nouveau roman le fils de l'homme.

Un break quitte la ville avec à son bord un homme, une femme et leur jeune enfant de neuf ans.

Après des heures de route, plusieurs vallées traversées, les villages disparaissent peu à peu et la voiture s'engage sur une route en lacets puis sur un chemin de terre, quand soudain un pin obstrue le passage. Ne pouvant le déplacer, le père met le véhicule à l'écart, le camoufle et extirpant les bagages du coffre, tous trois, sacs à dos chargés sur les épaules, s'acheminent sous la conduite du père vers une vieille maison isolée dans la montagne, tout juste habitable, aux Roches. Au départ, il s'agit d'un séjour estival qui va rapidement s'avérer être un séjour définitif sans possibilité de retour.

Ce n'est que trois semaines auparavant que le père a réapparu dans la vie de son ex-compagne et de son fils après environ six ans d'absence pour des raisons mystérieuses.

Au fil du récit, l'auteur alterne le moment présent avec cette découverte de la nature pour le fils et le passé avec comme point de départ le retour du père et ensuite une remontée dans le temps, sans pour autant créer de réels chapitres et donc sans rompre le rythme de l'histoire.

Dés les premières lignes, Jean-Baptiste del Amo nous plonge dans une atmosphère d'angoisse. Dans la voiture, sans qu'un mot ne soit échangé, les regards croisés entre la mère et l'enfant expriment un sentiment de crainte et d'inconnu.

On apprend peu après que c'est aux Roches, précisément que ce père a vécu auprès de son propre père, un homme devenu impitoyable et qu'il entend maintenant y faire vivre sa femme et son fils, femme dont il a appris qu'elle l'avait trompée.

Hanté par son passé et rongé par la jalousie, le père sombre lentement dans la folie.

Le père, la mère et le fils ne sont jamais nommés et la troisième personne est de rigueur tout au long du roman, nous amenant à penser quasiment à un mythe, dans lequel la transmission de la violence de père en fils pourrait être le thème principal.

Tout en restant facile d'accès, avec un vocabulaire riche, une écriture fine et imagée, où la poésie le dispute à la rudesse, l'auteur sait à merveille retranscrire la découverte de la nature par cet enfant ayant vécu jusque-là dans une petite maison d'un quartier ouvrier. Si dans un premier temps, le gosse est effrayé par ce milieu qui lui paraît hostile et dangereux avec ces bois profonds et ces bêtes sauvages, il saura peu à peu y trouver sa place et même un refuge dans ce renfoncement créé entre les racines épaisses d'un vieux noyer, créant ainsi une niche obscure où il se sent protégé. Les descriptions sont imagées au possible et nous entraînent avec volupté au coeur de ces lieux sauvages nous faisant ressentir toute la force de cette nature et sa puissance, des lieux qui pourraient être paradisiaques si la folie de cet homme ne prenait au fil de l'histoire toute la place. L'homme et la nature y sont en perpétuelle confrontation.

J'ai été frappée par le peu de paroles et de dialogues entre les trois protagonistes, ceux-ci étant remplacés, à mon sens très avantageusement, par des regards ou des gestes particulièrement expressifs. Les corps de chacun sont fort justement mis en avant, décrits dans tout leur naturel, avec volupté et sensualité parfois, ou plus durement et froidement dans d'autres cas.

Bien des questions viennent à l'esprit tout au long de cette lecture, et c'est tout le charme de celle-ci qui se partage entre beauté et noirceur, amour et cruauté, même si la noirceur prend malheureusement le pas sur la beauté.

À la transmission de la violence d'une génération à une autre, s'ajoute ici la domination des hommes sur leurs semblables tout comme la confrontation du monde de l'enfance à la dureté et la brutalité du monde des adultes.

D'une beauté saisissante, bien que dramatique, le fils de l'homme est un roman intemporel qui m'a bouleversée. Je remercie très sincèrement Babelio et les éditions Gallimard pour cette somptueuse lecture, en avant-première.

À noter que Jean-Baptiste del Amo devrait être présent aux Correspondances de Manosque en septembre prochain et que je me fais une joie, déjà, de pouvoir le rencontrer !


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Dans le fils de l'homme, Jean-Baptiste del Amo confirme, si c'était nécessaire, son immense talent d'écrivain. Règne animal (Prix du Livre Inter 2017) m'avait profondément marqué mais, avec le fils de l'homme, cet auteur réussit encore à m'impressionner en me plongeant au plus profond des racines de l'espèce humaine luttant pour sa survie dans une nature brute, austère et pourtant favorable aussi.

La séquence inaugurale du livre me surprend puisqu'elle me plonge dans la vie d'une horde d'hommes et de femmes préhistoriques. Malgré les éléments, le froid, la mort avant trente ans, la vie se perpétue : accouplements, accouchements, bébés vivants ou non. Pour survivre, il faut chasser, pêcher, préparer les repas, se retrouver au camp. C'est de ce camp que partent des chasseurs dont un père et son fils qui ne tarde pas à faire ses preuves.

Brusquement, changement d'époque, voilà le fils de l'homme, avec son père au volant, conduisant la mère et ce fils dans un endroit perdu, en montagne, loin de tout : Les Roches.

Déjà, un constat s'impose. Les principaux protagonistes de cette histoire terrible n'ont pas de prénom, pas de nom. Il faut s'y faire et cela est vite oublié dans les descriptions détaillées et tellement vivantes offertes par Jean-Baptiste del Amo. Quel style magnifique ! Quel déferlement de vocabulaire, riche, intense, précis, toujours juste !

Comme il est indispensable de savoir à qui nous avons affaire, l'auteur, régulièrement, revient un peu en arrière. Trois semaines auparavant, alors que le garçon jouait dans la petite cour d'une maison très modeste, un homme arrive : son père ! Il réapparaît alors qu'il a disparu depuis six ans. La mère est au travail. Il mange, s'installe et fume beaucoup.

Par petites touches, sans jamais trop en dire, laissant souvent son lecteur sur sa faim, l'auteur révèle le passé de cet homme qui inquiète et fascine en même temps. Petit à petit, je découvre son passé et l'histoire de son père, le grand-père du gosse, celui qui a créé ce lieu improbable, Les Roches, où le père va obliger mère et fils à vivre, à survivre.

Cette mère dont Jean-Baptiste del Amo laisse échapper une seule fois le prénom – Cristina – a été maman à dix-sept ans alors qu'elle ne voulait pas d'enfant. Elle en a vingt-six quand le père revient et elle est… enceinte !

Tensions, menaces, recherche d'un bonheur impossible à trouver dans des conditions de vie extrêmes, cette maison, Les Roches, le père l'a retapée, y a stocké des vivres et le cadre peut se révéler idyllique au printemps, ce printemps en montagne magnifiquement décrit.

Une terrible violence rentrée est prête à sourdre à tout moment mais il faut se laisser emporter par l'excellente prose de Jean-Baptiste del Amo, ne pas vouloir tout expliquer, accepter qu'il n'y ait pas vraiment de fin, même si… Alors, je me suis laissé prendre jusqu'au bout, vibrant devant cette nature sauvage, tremblant à cause des menaces qui planent constamment sur cette famille qui n'en est pas vraiment une.

Le fils de l'homme est un roman qui m'a marqué, impressionné et porté jusqu'au bout, entre suspense et régal, grâce à la précision et à la qualité d'écriture d'un grand écrivain : Jean-Baptiste del Amo.


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Rentrée littéraire 2021 #40

Le titre annonce une tragédie biblique. le magnifique prologue, situé dans les temps préhistoriques précise les intentions de l'auteur à transporter le lecteur dans un récit mythologique à la portée universelle : un père, un fils, la nature, chasse, armes, accouplement, accouchement, et une certaine sauvagerie liée à la survie, autant de pistes explorées dans le monde contemporain.

Un père, un fils donc, une mère et un grand-père aussi, autant de figures archétypales, sans prénom, qui renvoient à la précaire condition humaine celle d'hier comme celle d'aujourd'hui. le père ressurgit dans la vie de son ancienne compagne et de son fils après plusieurs années de mystérieuse disparition. Il les entraine aux Roches, la maison à moitié en ruine dans laquelle il a grandi avec son propre père, complètement isolée en moyenne montagne.

Jean-Baptiste del Amo instaure d'emblée une ambiance lourde, proche du roman noir voire du thriller tellement le poids menaçant du père et de ses réelles intentions sourd et tend le récit, d'autant plus que la narration à la troisième personne adopte le point de vue de l'enfant qui devra trouver sa voie pour survivre à cet inquiétant géniteur.

Le thème de la transmission de la violence des pères aux fils est profondément exploré, subtilement, et explose lors d'un incroyable monologue du père hanté par son enfance sacrifiée au contact d'un patriarche oscillant entre folie, souffrance et violence. A cette logorrhée quasi hallucinée, répond le silence du fils comme une façon de résister à la parole du père et à la violence héréditaire du monde des adultes. le fatum antique se met en branle avec une fatalisme à la Zola de laquelle il semble difficile d'échapper, le tout sous le regard d'une nature omniprésente apportant une dimension panthéiste au drame qui se joue et menace d'emporter les personnages dans un mouvement vertigineux à travers le temps et l'espace.

L'auteur est un styliste. Ses phrases richement travaillées réjouissent par leur vocabulaire opulent et précis, gorgé d'adjectifs. Elles tendent à une solennité minérale qui fait cependant un peu écran à l'émotion. Certains passages peuvent basculer dans un esthétisme verbeux, notamment lors des évocations de la nature ( presque trop redondantes à mon goût ). Par contre, j'ai été totalement séduite par sa façon d'appréhender les personnages, chaque scène construite comme des tableaux, à l'image de celui d'Andrew Wyeth ( le Monde de Christina ), évoquée superbement dans le roman. Jean-Baptiste del Amo évite judicieusement toute approche psychologique pour se concentrer sur les corps, zoomant sur les détails, les gestes, les lumières afin de suggérer l'intériorité des personnages.

« Le père s'adosse au plan de travail, porte le pilon à ses lèvres retroussées sur de petites dents irrégulières, grisées par le tabac, une incisive à l'angle intérieur cassé. Il détache des filaments de muscle d'un mouvement latéral de mâchoire. Ses doigts et la commissure de ses lèvres sont luisants de graisse, du jus a coulé sur la tranche de sa main gauche, son poignet et son avant-bras, sans qu'il s'en aperçoive ou s'en préoccupe. Il déglutit, s'applique à ronger l'os, à déchirer les tendons, dessouder les cartilages qui craquent sous la pression des molaires, mastique l'extrémité du petit tibia pour en extraire la moelle, inspecte ce qu'il reste du pilon entre la pulpe huileuse de ses doigts. Enfin, il se tourne vers le plan de travail et laisse tomber l'os dans le plat, près de la carcasse. »

Un roman noir dont la beauté pessimiste éclabousse chaque ligne.

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Soudain réapparu après des années d'absence et de silence, un homme convainc sa compagne, enceinte d'un autre, et son fils de neuf ans, de le suivre aux Roches, une bâtisse difficilement accessible et à peine habitable, perdue loin de tout dans la montagne. Leur rustique séjour au vert tourne rapidement à l'aigre, alors que le père, dévoré par le passé et par la jalousie, révèle peu à peu ses véritables intentions, en même temps que les signes d'une folie grandissante. La mère et le fils réalisent bientôt qu'ils sont prisonniers des Roches…

Aucun nom ne personnalise le récit, qui, construit autour des seules mentions, à consonance biblique, d'un père, d'une mère et d'un fils, se pare de toute évidence de la portée universelle annoncée par le titre et soulignée par le prologue. En commençant par nous renvoyer aux âges préhistoriques, dans l'évocation accablante d'êtres usés par la constante lutte pour leur survie, selon des règles sauvages et violentes transmises de père en fils, l'introduction du roman nous place d'emblée face à la perception de notre insignifiance et de notre infinie solitude dans l'immensité glacée et minérale de l'univers. le malheur semble inhérent au destin humain, dans une éternelle tragédie rejouée à chaque génération. Et comme son père avant lui, l'homme au centre de la narration ne manquera pas de transmettre la malédiction de la douleur, de la violence et de la haine.

Désespérément noire, la tonalité du récit n'autorise aucune éclaircie. D'emblée chargé d'angoisse, le texte avance au rythme des observations du fils de neuf ans, instinctivement conscient de la menace en germe dans l'étrangeté du père. Pour épouser la progression de son regard sur cet homme sorti de nulle part qui tient pourtant son sort et celui de la mère dans ses mains, la narration se nourrit des dialogues elliptiques, puis des monologues paternels de plus en plus hallucinés, qui laissent entrevoir en pointillés un passé tourmenté. le langage corporel, retranscrit avec une exceptionnelle précision, prend le relais d'une analyse psychologique totalement absente. Et, tandis que se précisent les failles d'une personnalité en train de reproduire une histoire en de maints points semblable à celle vécue une génération plus tôt, l'isolement dans une nature magnifiquement décrite dans tout ce qu'elle peut comporter de menaces et de dangers quand on s'y retrouve abandonné comme un nourrisson sans ressources ni défenses, achève d'alourdir le climat anxiogène qui pèse sur le lecteur depuis la première page.

Il ne se passe au final que peu de choses dans cette histoire. Mais le pessimisme accablant et l'atmosphère menaçante du récit entretiennent un sentiment vivace de vulnérabilité face à l'impondérable tragédie de la destinée humaine. Travaillé dans son expression et son vocabulaire, le style s'élève souvent vers d'admirables hauteurs, et, nonobstant deux infimes mais surprenantes incohérences, c'est un livre en tout point remarquable qui réussit ici à nous régaler. Coup de coeur.


Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Tragédie épouvantable, cette folle intrigue bénéficie d'une écriture superbe.

Introduite par une préface inspirée de Joseph-Henry Rosny, la préhistoire semble nous ramener à l'époque de la guerre du feu, aux côtés d'Eyrimah ou de Helgvor du fleuve bleu.

Puis l'histoire se hisse à l'altitude des romans de Pierre Pelot, aux Roches, où une mère et son fils sont confinés par un homme qui a « bricolé des bagnoles », s'est retrouvé à l'ombre, et retrouve un semblant de liberté.

Prisonnier de son passé familial, d'un pesant atavisme paternel, l'homme initie son fils de neuf ans au maniement d'un revolver, avant de découvrir que la femme est enceinte … d'un autre homme.

La famille plonge dans l'horreur quand l'orage découvre les Roches et que la grossesse arrive à son terme. le dernier acte de la tragédie laisse le lecteur abasourdi face à l'hypothèse d'une probable apocalypse.

Ce cauchemar pourrait heurter des lecteurs sensibles s'adresse donc à un public averti. Mais la violence du scénario ne peut masquer des anonymes finement peints par Jean-Baptiste del Amo et insèrés dans une faune et une flore magnifiées par une plume parfaitement maitrisée.

Un ouvrage admirable, effrayant, qui projette un éclairage glauque sur une situation familiale qui n'a, hélas, rien d'exceptionnelle.

PS : ma lecture de Méchamment dimanche


Lien : https://www.babelio.com/livr..
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critiques presse (5)
LaPresse
08 novembre 2021
À travers la symbolique de ce roman brutal, on reconnaîtra l’isolement caractéristique de récits tels Dans la forêt, de Jean Hegland, et le délire des pères qui est au cœur de Sukkwan Island, de David Vann. En résulte une tragédie silencieuse qui ne saurait mieux dépeindre la manière dont l’homme peut perdre la raison lorsqu’il se retrouve loin de ses semblables.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeMonde
18 octobre 2021
Un couple avec enfant, seuls dans la montagne. Le nouveau roman de l’auteur de « Règne animal » est tout en tension.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix
04 octobre 2021
Une cellule familiale s’échappe dans la montagne pour subir une folie patriarcale à la fois fantastique et palpable. Du grand art tout en tension.
Lire la critique sur le site : LaCroix
FocusLeVif
10 septembre 2021
Dans un huis clos montagnard tendu, Jean-Baptiste Del Amo explore, entre masculinité toxique et survivalisme, la transmission de la violence.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LeSoir
25 août 2021
Violent, âpre, tragique comme la montagne et les forêts au milieu desquels le père, la mère et le fils évoluent.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (101) Voir plus Ajouter une citation

L'horizon est lourd de brume, la montagne alentour détrempée par l'humidité de la nuit. Les pierres sont noires, luisantes, elles affleurent à la surface comme la carapace de quelque bête enfouie dans un profond sommeil, ou comme si la montagne tout entière n'était elle-même qu'une immense créature assoupie, sur le dos de laquelle l'enfant cheminerait.

La crête brune des arbres se perd dans le brouillard et tout semble feutré : le pépiement des merles dans les bosquets lugubres, la lueur du jour, monotone sous la gaze occultant le ciel.

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Le fils soulève la couverture et la mère se blottit contre lui. Longtemps, ils écoutent la maison siffler et craquer comme un vieux rafiot malmené par la tempête, le vent porter jusqu’à eux le cri de chouettes effraies qui ululent dans le creux d’un arbre mort, avec leurs faces blanches et mystérieuses. Mais, rassuré par la présence et la chaleur du corps de la mère, rien ne peut plus atteindre l’enfant, et tous finissent par retomber jusqu’au matin dans un sommeil tranquille.

(page 99)

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Le soleil décline, baigne la prairie d'une lumière biaisée qui les aveugle, hivernale encore. Le fils lâche la main de la mère et court vers la lisière du bois où le tronc crevassé des pins tout éclaboussé d'or exsude un parfum de résine. Ils marchent dans l'ombre éparse des arbres, sur une couche d'aiguilles rousses qui craque sous leurs pas. Le fils se baisse pour ramasser des cônes de mélèzes qu'il examine et, après une minudeuse sélection, fourre dans ses poches ou lance devant lui.

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Dans la pénombre de la chambre, depuis le refuge chaud du lit, la douceur des draps élimés et la somnolence qui le gagne, il semble à l'enfant que le monde du tapis est aussi réel que celui qu'il habite - le quartier ouvrier avec ses voiries défoncées, ses maisons défraîchies, ses containers à poubelles qui déversent leur haleine aigre dans la solitude des arrière-cours, son terrain vague cabossé semblable à un champ de mine, parsemé de détritus, de crottes de chiens et de tessons de bouteilles -, et il peut sans peine, par un simple exercice de l'esprit, se projeter dans les rues paisibles, dans l'ordre parfait du tapis, accessible à lui seul.

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Tous avaient quinze ans, dix-huit ans, vingt ans, ils étaient nés ici, avaient grandi ici, assignés à résidence dans cette ville médiocre, sanglée, corsetée au creux de cette vallée, prise en étau par la montagne, condamnés à leur condition de fils et filles d’ouvriers, manutentionnaires, soudeurs, carriers, agents d’entretien, certains rêvant pourtant de fuir, avec le sentiment encore vif, bouillonnant, que leur salut résiderait dans la plus grande distance qu’ils parviendraient à mettre entre la ville et eux.

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