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Critique de FMK


FMK
  09 juillet 2021
Je poursuis ma découverte des auteurs français actuels de littérature de l'imaginaire, avec cet ouvrage de fantasy historique. Comme son nom l'indique, ce genre littéraire inscrit l'intrigue dans un contexte historique réel, mais en y incluant des éléments propres à la fantasy : surnaturel, magie, etc. Royaume de vent et de colères, publié en 2015, est le premier roman de Jean-Laurent del Socorro, et a reçu le prix Elbakin.net du meilleur roman de fantasy français la même année. J'ai eu la chance de trouver, totalement par hasard, la version poche du roman dans une bouquinerie de Nantes : et bien c'est un immense coup de coeur, que je vais vous présenter avec le plus grand plaisir !

Nous sommes à Marseille, en février 1596. Dans le chaos de la huitième guerre de Religions, le consul Charles de Casaulx a pris le pouvoir et règne d'une main de fer sur la ville, contrôlée par la Ligue Catholique et refusant de reconnaître l'autorité du roi Henri IV. Alors que les armées royales se présentent à ses portes pour, enfin, mettre un terme à cette insurrection, c'est dans la modeste auberge La Roue de Fortune que va se sceller le sort de la ville, emportant les destinées de cinq personnages dans la tempête de l'« Histoire »…

Le roman se compose d'un prologue suivi de trois parties, adoptant une structure identique. En effet, chaque section comporte une succession de chapitres très courts, tous rédigés au présent et à la première personne, selon le point de vue de l'un des principaux protagonistes. J'ai trouvé que cette structure atypique donnait une vraie identité à ce roman, et j'ai beaucoup apprécié le fait que chaque narrateur adopte un style qui lui est propre pour raconter les événements du présent, mais aussi sa propre histoire.

Dans le prologue et la première partie du récit, on fait connaissance avec les principaux personnages, tous issus d'horizons très différents. Nous avons tout d'abord Axelle, ancienne capitaine de mercenaires à la peau noire, qui a rendu les armes depuis peu pour reprendre l'auberge La Roue de Fortune, à Marseille, avec son mari Gilles et leur très jeune fille Aube. le seul résident permanent de l'auberge est le chevalier Gabriel de Saint-Germain, un ancien protestant qui a vu tous ses proches périr lors de la Saint-Barthélemy, et qui est aujourd'hui le bras armé et le bouclier de la Ligue Catholique. On fait également connaissance avec Armand, un membre de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, qui a fui sa commanderie avec son disciple et amant Roland, et qui s'est réfugié dans l'auberge en attendant de trouver un bateau pour quitter le royaume. Et enfin, les derniers acteurs de cette histoire sont Victoire, qui cache sous son apparence de vieille femme son identité de dirigeante redoutable de la guilde des assassins, et son bras droit Silas, un Turc d'origine maure. Les seules interventions de ce dernier ne sont d'ailleurs situées qu'en clôture de chacune des sections du roman, en faisant le point sur le contexte et les événements, à la manière du choeur des tragédies classiques, mais avec un point de vue cynique et décalé.

Dans la première partie, les événements s'enchaînent rapidement sur la même journée et, avant que tout se déclenche réellement, la deuxième opère un vertigineux retour dans le passé. Chaque personnage, à tour de rôle, présente ainsi son histoire au présent par bribes, parfois avec une ellipse temporelle importante entre deux prises de parole, et toujours avec son propre style. Ce journal écrit à huit mains forme ainsi un passionnant puzzle dont les pièces jointes bout à bout dessinent le chemin tortueux, et souvent tragique, que chacun a parcouru pour se retrouver à Marseille, à la Roue de Fortune, en ce jour du 17 février 1596. C'est dans cette partie du roman que l'auteur dresse véritablement le portrait de ses héros, en utilisant de façon brillante les récits de leur passé douloureux pour expliciter leur caractère et leurs motivations. J'avoue être plusieurs fois retourné en arrière pour me resituer dans la chronologie de ces quatre récits parallèles et être certain de bien saisir l'enchaînement des événements. Jamais je ne me suis senti perdu ou submergé par un trop plein d'informations, comme cela peut être le cas dans des romans historiques : j'étais happé par les récits de ces quatre personnages, et les pages se sont enchaînées tout naturellement !

Enfin, dans la troisième partie, on retourne dans le vif du sujet pour vivre les événements du 17 février 1596. le récit est ici tellement réaliste qu'on a vraiment l'impression d'être auprès des différents protagonistes, bien que tout se déroule simultanément dans différents lieux de la cité ! Comme on peut s'en douter, les décisions et les actions de Gabriel, Axelle, Victoire ou Armand auront un fort impact sur l'évolution de situation à Marseille, et eux-mêmes ne seront pas épargnés… Pour clore son ouvrage d'une belle manière, l'auteur a inclus une nouvelle « bonus » qui raconte l'histoire de Gabin, le jeune commis de la Roue de Fortune. Toujours à la première personne, ce court et émouvant récit décrit, avec le regard naïf de cet enfant qui a grandi trop vite dans un climat familial délétère, dans quelles circonstances particulières il a quitté son père avant d'être recueilli par Axelle.

Si l'aspect historique du roman semble assez évident, le côté fantasy est apporté par le personnage d'Armand, un maître de l'Artbon. Cette discipline à mi-chemin entre l'alchimie et la magie exploite les propriétés d'un fragment de pierre incandescente que les Artbonniers portent autour de leur cou dans une boîte carrée en bois, afin de pouvoir utiliser son énergie pour soigner les blessures mais aussi pour enflammer leurs ennemis par exemple. Cependant, l'utilisation de ce pouvoir est à double-tranchant, et entraîne chez ses utilisateurs une véritable accoutumance ainsi qu'une dégradation accélérée de leurs fonctions vitales, un peu à la manière d'un matériau radioactif. Dans le récit, l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem pratique cet art, utilisé à des fins militaires au service de l'armée d'Henri IV, notamment contre la Ligue Catholique lors du siège de Paris. En-dehors de l'utilisation de cette magie, tous les autres éléments du roman ont un fond historique réel, et font intervenir de nombreuses personnalités : cela m'a donné envie, après avoir terminé le roman, de me documenter sur ces figures historiques (ce Charles de Casaulx, quel plaisantin !).

J'ai donc adoré ce roman de bout en bout ! Sa structure, qui évoque d'ailleurs dans le titre de ses différentes parties un tirage des cartes du tarot de Marseille, sert à merveille le récit qui passe d'un narrateur à un autre sans jamais perdre le lecteur. J'ai trouvé que les protagonistes étaient tous très bien écrits et intéressants. Leurs différences d'origine, de parcours, de croyance, d'âge ou de personnalité permettent à l'auteur d'aborder une très grande variété de thématiques, qu'elles soient propres à l'époque ou universelles. Quant au contexte historique, il est parfaitement maîtrisé par l'auteur qui s'est sans doute très bien documenté pour concevoir cette histoire réaliste, en y injectant un soupçon de magie. Depuis la sortie de ce premier roman, Jean-Laurent del Socorro a eu la possibilité de réexploiter son univers dans la nouvelle le Vert est éternel et dans l'ouvrage illustré La Guerre des trois rois. Cette année, l'auteur a publié du roi je serai l'assassin, consacré à la jeunesse de Silas, l'assassin Maure : je suis très impatient de le lire pour me replonger dans cette histoire passionnante !

Lien : https://lesaffamesdelecture...
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