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ISBN : 2070129810
Éditeur : Gallimard (17/11/2011)

Note moyenne : 4.56/5 (sur 8 notes)
Résumé :

Saint-Simon vivait entouré de tableaux. Ils peuplaient par dizaines les murs de son château, portraits de famille, portraits de Louis XIII encadrés dans les boiseries, fixés au-dessus des glaces, peints sur toile, peints sur bois, en estampes, buste de Louis XIII sur un piédestal, la tête en cire ceinte d'une couronne en cuivre, portraits de Mme de Saint-Simon, de Rancé, du duc d'Orléans, du cardinal de Fleury, du c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Rodin_Marcel
  10 juin 2015
Delacomptée Jean-Michel - "La Grandeur : Saint-Simon" - Gallimard, 2011 (ISBN 978-2070129812)

Un livre bien écrit, soigneusement documenté, intéressant à plusieurs titres.
D'abord parce qu'il traite du Duc de Saint-Simon, à la langue si bien pendue, mordante, ironique, source d'étonnements sans fin dans la comparaison fielleuse (l'un de mes livres de chevet que j'ai toujours sous la main pour en lire un passage n'importe quand, tant il procure le plaisir de la langue française dans ce qu'elle eut de meilleur).

Ensuite parce que l'auteur met au centre de son interrogation cette question essentielle : qu'est-ce qui a poussé cet aristocrate à se lancer, à un âge aussi avancé, dans une entreprise aussi gigantesque ?
Et comment en vint-il à se libérer de toute phraséologie convenue pour recourir délibérément à une plume débridée, explosive, impulsive ?
Enfin, à ma surprise, il en ressort un portrait plutôt attachant de ce Duc que l'on ne pourrait voir que sous les traits d'une vieille commère, mais qui avait la pensée bien plus vaste…

En conclusion de ses mémoires, et traitant de leur contenu, il anticipe l'hostilité qui accueillerait leur éventuelle publication (qui eut lieu bien plus tard, au milieu du 19ème siècle, à une époque où plus aucune des personnes évoquées n'était encore de ce monde pour s'en plaindre) :
«Ceux dont on dit du bien n'en savent nul gré, la vérité l'exigeait. Ceux, en bien plus grand nombre, dont on ne parle pas de même entrent d'autant plus en furie que ce mal est prouvé par les faits ; et comme au temps où j'ai écrit, surtout vers la fin, tout tournait à la décadence, à la confusion, au chaos, qui depuis n'a fait que croître, et que ces Mémoires ne respirent qu'ordre, règle, vérité, principes certains, et montrent à découvert tout ce qui y est contraire, qui règnent de plus en plus avec le plus ignorant, mais le plus entier empire, la convulsion doit donc être générale contre ce miroir de vérité.» (Duc de Saint-Simon Mémoires – conclusion).

Saint-Simon se targue donc de ne révéler que la "vraie vérité" (cf : ces mémoires ne respirent qu'ordre, règle, vérité...) alors qu'il sait fort bien combien sa plume est féroce lorsqu'il s'emporte : à ses yeux, il se juge tout à la fois objectif dans les faits rapportés, tout en étant partial dans la manière de les narrer. Pour rétablir un semblant d'objectivité, il faudrait qu'un historien reprenne par exemple tel ou tel portrait de tel personnage par Saint-Simon, pour le comparer aux témoignages d'autres personnes de la même époque : mais de tels témoignages n'existent que pour très peu des personnes croquées par Saint-Simon, si bien qu'il reste seul à fournir des informations personnelles sur une quantité de ces courtisans qui peuplaient la Cour du Grand Roi Soleil qu'il haïssait de toutes ses forces.

Autre remarque fondamentale :
«au temps où j'ai écrit, surtout vers la fin, tout tournait à la décadence, à la confusion, au chaos, qui depuis n'a fait que croître».
Il est probable que la majorité des chroniqueurs et mémorialistes se mettent à écrire justement parce qu'ils ont l'impression que "tout fout l'camp", et je dois convenir qu'il m'arrive souvent de penser la même chose de notre époque actuelle, par rapport à ce que je vécus dans mon enfance et ma jeunesse. Ceci étant, Saint-Simon n'a pas entièrement tort : la Régence, puis la fin du règne de Louis XV furent des périodes de profonde remise en cause des modes de vie et des idées qui imprégnaient les gens de sa propre génération. Rédigeant entre 1739 et 1749, il ne devine pas si mal l'avenir puisque ce chaos va mener tout droit à la Révolution de 1789 culminant avec la Terreur de 1793.

Encore une remarque : Saint-Simon écrit donc ses mémoires entre 1739 et 1749, mais il arrête sa narration des faits à l'année 1723, date de la mort de son ami le Régent Philippe d'Orléans, après l'avoir commencée avec l'année 1691, soit un écart de 48 années entre le moment où il commence à écrire (1739) et ce sur quoi il écrit (l'année 1691), ce qui est considérable, même si – c'est bien connu et établi – il s'appuie sur les écrits d'autres mémorialistes ainsi que sur une montagne de documents qu'il a patiemment accumulés. En revanche, tout un chacun peut admettre que certaines scènes laissent des traces durables en mémoire, que ce soit par leur force intrinsèque ou parce que tel ou tel trait surprend et fixe durablement l'attention du narrateur (alors qu'il sera totalement oublié par un autre témoin). Proust a longuement écrit là-dessus, inutile d'y revenir…

Saint-Simon ne rédige ni un journal, ni une histoire de sa famille : il croque les autres, et c'est par là qu'il se dévoile, sans jamais s'étendre sur sa propre vie privée.

Le livre de J.M. Delacomptée poussera sans doute ses lecteurs à se (re)plonger dans ce trésor inépuisable de la (persifflante et moqueuse) langue française de cette époque : un véritable régal… sans oublier évidemment son pendant indispensable que sont les Lettres de la Divine Marquise.
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ivredelivres
  01 mars 2013
En Pléiade c'est 8 ou 9 volumes, pas certaine que vous êtes prêts à vous embarquer dans une aventure aussi longue, aussi je vous propose une version raccourcie, très très raccourcie.
Jean Michel Delacomptée est le spécialiste chez Gallimard des microbiographies, j'ai lu avec grand intérêt son livre sur Ambroise Paré et j'ai dans ma bibliothèque plusieurs essais de lui.
C'est une vraie gageure de parler de Saint Simon de façon aussi simple et percutante et en un nombre de pages très réduit. C'est un art et l'auteur y excelle.
Comment s'y prend t-il pour nous faire entrer dans le coeur de l'oeuvre ?
Il nous le situe dans son siècle, sa vie même et il s'interroge sur le projet que Saint Simon mêne à bien à un âge déjà avancé, il nous dit « A partir de quel moment un écrivain, chargé d'un projet longuement fermenté mais qui lui résiste, finit par se lancer et, d'une traite, le réalise ? »
Songez que Saint-Simon commence à écrire vraiment alors qu' il a plus de soixante ans « A soixante quatre ans (...) Louis de Saint-Simon rompant les amarres, s'élança dans l'océan »
Son oeuvre s'achèvera pratiquement avec sa vie.
Il nous présente des Mémoires de Saint-Simon les portraits les plus incisifs, ces portraits tantôt méchants, tantôt méprisants de la cour et des courtisans avec lesquels il partageait le vivre et le couvert. Si vous avez vu le film tiré du roman de Chantal Thomas, Les adieux à la Reine, vous avez eu une idée de ce qu'était la vie quotidienne à Versailles.
Saint-Simon a l'oeil qui traîne partout et la dent dure, la santé à l'époque était précaire mais il a pour le moins conservé une bonne mâchoire, ses coups de dents sont saignants. Son mariage lui permet de résider au château de Versailles, d'être un courtisan, de ceux qui peuvent approcher le Soleil.

Le tout est mis en mots avec une langue extraordinaire « Une langue écrite par le vieil homme, mais qui était si neuve, si vibrante de passion, si chargée de la grandeur même du règne dont il blâmait les tares. »
Cet homme d'une fidélité exemplaire, il admire Louis XIII qui pour lui fut « chaste, désintéressé, modeste, sobre, charitable » Il est aussi capable d'inimitiés terribles et de rancunes tenaces et il dit de Louis XIV que c'était un roi à l'esprit « au dessous du médiocre »
A la mort du Grand Dauphin il sait que la place sera libre pour Philippe d'Orléans qui est son ami et il le dit « Il me semblait, avec une évidence encore plus parfaite que la vérité, que l'État gagnait tout en une telle perte. Parmi ces pensées, je sentais malgré moi un reste de crainte que le malade en réchappât, et j'en avais une extrême honte. »
Jean-Michel Delacomptée avec un titre parfaitement choisi, nous dresse un portrait tout en nuances « Grandeur modeste par son altruisme, ambitieuse par son objectif, audacieuse par l'exposition de soi , avec pour clé de voûte la franchise, la véracité des faits rapportés et l'honnêté morale »
Son portrait m'a rappelé celui de la Fontaine par Marc Fumaroli, une même célébration de la langue, une même admiration de l'homme, une même nostalgie d'un passé révolu et magnifiquement ressuscité.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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sobierski
  16 mars 2012
J'aime beaucoup la frénésie rétinienne et le verbe du Duc de St Simon. Il m'arrive de temps en temps de lire quelques passages de ce contemporain du Régent.
Ma curiosité aidant, j'ai fait l'acquisition de cet ouvrage. Et quelle fut ma surprise ! J'ai dégusté cet ouvrage. Bravo à JM Delacomptee que j'ai découvert.. Remarquable peintre doté d'une plume élégante, riche. Rivarol aurait apprécié. Je recommande fortement cette lecture.
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critiques presse (5)
LeSpectacleduMonde   06 mars 2012
Tout à la fois ample et cassante, la plume de cet universitaire chevronné fait honneur à son sujet d’étude.
Lire la critique sur le site : LeSpectacleduMonde
Lhumanite   23 janvier 2012
Ce livre, tout empli de fraternité pour son objet, nous aide à penser un Saint-Simon dans la tranchée des mots.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lexpress   05 janvier 2012
Ecriture vive, culture sans vanité, élégance de grand seigneur, voilà ce qui caractérise cet essai-portrait, savant mais accessible. Il y plane la nostalgie d'un passé flamboyant, quand la langue française créait le rêve, se plaçait à hauteur de l'ambition politique et sociale pour devenir un patrimoine de l'humanité.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   02 décembre 2011
Il y a plusieurs grandeurs chez Saint-Simon, et l'auteur de Madame La Cour La Mort (Gallimard, 1993) les recoupe pour qu'elles n'en forment plus qu'une : c'est la magie de son livre.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   16 novembre 2011
C'est sous l'angle, tout ensemble esthétique et moral, de la grandeur que le fait revivre Jean-Michel Delacomptée. S'interrogeant sur le moment où vint au « petit duc », déjà vieillissant, la volonté vertigineuse de coucher sur le papier son grand œuvre, sa magistrale odyssée.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
SepoSepo   21 avril 2014
Cependant la faillite du Roi découlait d'un crime plus grave encore, réellement inexpiable, et dont témoignait le scandale des bâtards: il s'était voulu le géniteur universel. Il avait décrété que de son propre chef il pouvait accorder à ses enfants naturels la grandeur que seuls rendaient légitime la tradition et la marche du temps. Il avait édicté que ses enfants naturels avaient autant de droits à lui succéder que les fils de France, qui avaient avant d'être les enfants de quiconque, étaient les enfants de la couronne. Il s'était autorisé à poser que la postérité engendrée par sa semence, produite par son corps de chair, d'os, et de sang, valait autant que la postérité véritable, issue de l'ordre de succession régi par la loi salique et totalement indépendant de son pouvoir personnel. Il s'était permis d'accorder à la boue de l'adultère une valeur égale à la sainteté du mariage.Il avait confondu dans un même creuset l'impureté des mélanges et la pureté sacrée des unions légitimes. Il avait oublié que sa semence n'était rien par elle-même, sinon le moyen que l'éternité s'était donné pour la transmission pacifique d'un règne au suivant. Il s'était cru habilité à effacer la loi de Dieu gravée dans la patine des siècles. Il avait osé se placer à l'origine du monde. Il avait prétendu se délivrer des ascendances et abolir le temps. Mais la couronne qui lui ceignait le front appartenait au royaume, et à vouloir évincer le temps d'un coup d'épaule pour s'en affranchir, il avait ruiné son règne et risqué son salut, parce qu'on ne pousse pas le temps dehors."
p.137/138,"
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Rodin_MarcelRodin_Marcel   10 juin 2015
« Ceux dont on dit du bien n'en savent nul gré, la vérité l'exigeait. Ceux, en bien plus grand nombre, dont on ne parle pas de même entrent d'autant plus en furie que ce mal est prouvé par les faits ; et comme au temps où j'ai écrit, surtout vers la fin, tout tournait à la décadence, à la confusion, au chaos, qui depuis n'a fait que croître, et que ces Mémoires ne respirent qu'ordre, règle, vérité, principes certains, et montrent à découvert tout ce qui y est contraire, qui règnent de plus en plus avec le plus ignorant, mais le plus entier empire, la convulsion doit donc être générale contre ce miroir de vérité. »
(Duc de Saint-Simon – Mémoires – conclusion).
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SepoSepo   26 avril 2014
En conclusion du Parallèle des trois premiers Bourbons, il se félicitait que Louis XIII sût "reconnaître les services et le mérite, urltraiter avec chacun avec la distinction qui lui convenait, et sentir par toute sa conduite qu'un monarque n'est grand et en même temps aimable qu'autant ses sujets de toute condition sont heureux jusqu'au plus bas du peuple; et qu'autant que depuis ce bas peuple jusqu'à lui les divers degrés sont bien établis, fixés, distingués, sans confusion et sans mélange."

La verticalité des vertus faisait place au morne progrès des conditions horizontales."
p.129
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SepoSepo   21 avril 2014
C'est que la grandeur, qui implique un dépassement de soi pour coïncider avec une idée supérieure aux intérêts particuliers, englobe toute la communauté, confère à chacun le sentiment de sa valeur, et par là même, interdit le souci de soi vaniteux, exclusif, exorbitant dont Louis XIV offrit l'exemple lamentable. Le Roi, dictateur assourdi par le bourdonnement des essaims de flatteurs qui lui tournillaient autour, s'est institué au-dessus de ses sujets rassemblés en une foule compacte et indistincte qui n'existait que par lui, engendrée par lui seul en descendant l'échelle qui allait des ministres enchaînés à l'arbitraire de ses grâces, jusqu'aux plus faibles soumis à leur empire. Pour les uns les places acquises au forceps et toujours en suspens, pour les autres la taille, les corvées, les fers et la bâton. Et solitaire tout au sommet, lui, le Roi, astre resplendissant sur la terre dévastée, soleil s'admirant dans la vanité de sa gloire, n'ayant de grand que le nom."p.139
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ivredelivresivredelivres   01 mars 2013
Grandeur modeste par son altruisme, ambitieuse par son objectif, audacieuse par l'exposition de soi , avec pour clé de voûte la franchise, la véracité des faits rapportés et l'honnêté morale
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Videos de Jean-Michel Delacomptée (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Michel Delacomptée
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Un portrait de l'écrivain Jean de la Bruyère, les milieux qu'il fréquentait, ses rapports aux hommes et aux femmes ou encore ses liens avec la morale. ©Electre 2019
https://www.laprocure.com/bruyere-portrait-memes-jean-michel-delacomptee/9782221240250.html
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