AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782021113839
217 pages
Éditeur : Seuil (02/05/2013)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Intriguée par un poème d?Aragon décrivant une rafle survenue en août 1942 à Villeneuve-lès-Avignon, apparemment ignorée de tous, Nelcya Delanoë décide de chercher à en savoir plus long. D?autant qu?elle réside pour partie à Villeneuve. Aucun témoignage oral disponible. Elle explore alors les archives et finit par trouver, non sans mal, la liste des dix Juifs étrangers visés par la rafle du 26 août 1942. Ce faisant, d?autres archives, parfois privées, et quelques tém... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
oran
  30 mai 2016
L'histoire racontée, véridique, se déroule essentiellement à Villeneuve-les-Avignon qui n'est pas située en Provence, certes, mais l'auteure qui ne méconnaît pas les limites territoriales de cette contrée, a souhaité conserver ce terme : à l'époque et c'est toujours d'actualité, la porosité entre cette petite ville et Avignon est grande, et puis, en 1942 et en 1943,et jusqu'à la fin du conflit, Villeneuve dépendait en matière d'autorité militaire de la X Armée allemande , installée à Avignon, et puis lès ou lez signifie « tout près »,'Nelcya possède une résidence secondaire à Villeneuve-lès-Avignon (Sa « retirade »). (Son père y habita à sa retraite)
Un jour de marché (le jeudi!), une amie ,Marion, lui remet une photocopie.
Plus tard, chez elle, elle découvre qu'il s'agit d' un texte en vers d'Aragon « le médecin de Villeneuve », le poème est précédé une courte introduction : “Le 31 août 1942 à Villeneuve-lès-Avignon c'est la grande chasse aux Juifs. Une femme se jette par la fenêtre plutôt que d'être prise, d'autres sont assommées, rouées de coups, et meurent ».
Intriguée, elle va alors s'intéresser au récit qu'en fait Aragon qui lui même résida à Villeneuve pendant l'été 1942. (Maison Place de l'Oratoire, actuellement charmante et romantique maison d'hôtes « Les Saisons »).
Elle va tenter de retrouver trace de cette rafle qu' Aragon date du 31 août 1942.
Le parcours va être particulièrement difficile : Les contraintes, les obstacles nombreux vont jalonner son enquête , mais avec obstination, persévérance, professionnalisme, recherche de l'authenticité et de la vérité, elle poursuivra ses investigations .
Ses compétences d'historienne vont lui permettre de compulser et de pouvoir interpréter les archives municipales de Villeneuve, départementales à Avignon, à Nîmes , les archives nationales de la gendarmerie détenues au château de Vincennes, celles du Centre de documentation juive....

Elle essaiera aussi d'obtenir des renseignements auprès des habitants de Villeneuve, témoins souvent mutiques, désireux d'oublier ce passé peu glorieux.Les renseignements glanés sur Internet lui seront également utiles pour compléter ce qu'elle a pu reconstituer. Elle se rapprochera aussi de deux écrivains de confession juive qui ont beaucoup travaillé sur ce sujet ( notamment Lewendel Isaac dont la mère mourut en déportation et Weisz Bernard , tous deux firent une intervention remarquable dans le cadre des conférences organisées par l'Université populaire d'Avignon).
Il lui faudra beaucoup de pugnacité pour enfin découvrir ce qui se passa non pas à la date indiquée par Aragon, mais quelques jours plus tôt le 26 août 1942, de vigilance aussi pour ne pas obérer la réalité.
Ses travaux vont lui permettre aussi d'apprendre qu'une autre rafle fut menée l'année d'après en juillet 43, et elle a pu établir, non sans peine, la liste des victimes.
Au total ce furent une vingtaine de juifs qui furent déportés lors de ces deux rafles sur 67 qui vivaient sur la commune. ( rafles initiées par les Allemands mais aussi par les autorités françaises et les maffieux à la solde de l'occupant) .
L' auteur , par ce récit entend honorés ceux qui furent déportés et qui n'en revinrent pas, mais aussi à ceux qui échappèrent aux rafles ou qui survécurent.
Tous les aléas rencontrés pendant cette enquête, donnent du corps au récit, véritable enquête policière par certains côtés.
Récit intéressant aussi qui fait revivre le quotidien pendant la guerre , la vie artistique qui s'y déroulait (Seghers, Aragon, Triolet...).
Beaucoup de détails concernant les décrets en vigueur à cette époque, les rapports moraux rédigés par les édiles (!) , les recensements, les fiches sur les individus. En analysant ces données, l'auteur pointe de nombreuses erreurs : transcriptions incomplètes d'identité, noms incorrectement orthographiés . Elle estime que cela est du à une combinaisons d'incompétence mais peut être aussi d'erreurs volontaires … ce qui va aussi complexifier l'enquête menée.
Ce récit va permettre aussi à Nelcya Delanoë de rendre hommage à sa grand-mère juive, qui dut s'exiler en Amérique pour échapper à un sort funeste, médecin, elle ne put retrouvé son poste à l'issue de la guerre. Elle extrapole sur tout ce qui, a l'époque actuelle, pourrait donner lieu à une surveillance policière malveillante ( les panneaux « voisin vigilant », c'est en quelque sorte une invite à rester vigilant pour que « La Peste » ne resurgisse pas comme le pensait Camus.
Elle dénonce aussi les difficultés (levées en partie aujourd'hui ?) à devoir prouver sa nationalité française, pour le renouvellement de documents d'identité quand on est né à l'étranger, de parents eux-mêmes nés hors métropole...
Conclusion :
Une belle lecture. Un livre très prenant, émouvant, attachant particulièrement bien documenté.
L'auteure conclut « Entraînée en terres inconnues par les beaux yeux de Marion et les strophes d'Aragon, j'ai été surprise et prise (…) J'ai beaucoup reçu de ce périple et j'ai, paradoxalement, beaucoup reçu de ce qui ne s'est pas transmis, ou si mal : la mise au jour de cette histoire invisible a fécondé d'autant la mienne » .
Cette lecture m'a apporté, personnellement tout cela , et bien plus encore .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100

Citations et extraits (2) Ajouter une citation
oranoran   23 août 2016
1 Dans ce pays de fenêtres étranges
Il fait trop nuit pour qu'un sanglot dérange
Les jardins clos qui sont des cœurs murés
Tout est de pierre et tout démesuré
Dans ce pays de fenêtres étranges

2 La lune est restée au détour des toits
Où le moyen âge étoilé chatoie
De tous les côtés des tours et des tours
Sauf un rayon pris au puits dans la cour
La lune est restée au détour des toits

3 Il règne ici la paix cardinalice
Aux cils des volets une pourpre glisse,
Porche complice enfer désaffecté
Un chapeau s'écorche au balcon sculpté
Il règne ici la paix cardinalice

4 Sommeil de l'homme énorme panoplie
Enfin le ciel est couleur de l'oubli
Toute mémoire y perd son abeillage
Celui qui rêve immobile voyage
Sommeil de l'homme énorme panoplie

5 Qui frappe à la porte au noir du silence
Il se lève un vent de violence
Sur la ville un vol de coquecigrues
Traque des fuyards à travers les rues
Qui frappe à la porte au noir du silence

6 Docteur docteur ouvrez votre maison
Le souffle me faut me feint la raison
Ouvrez que j'entre et me donnez asile
Je reprendrai le bâton de l'exil
Docteur docteur ouvrez votre maison

7 Dieu ne reçoit plus au pied des autels
Ceux que l'homme met en péril mortel
Le diable menant les soldats du roi
Se moque pas mal des signes de croix
Dieu ne reçoit plus au pied des autels

8 Celle-ci qui croit son heure venue
Court à la croisée et folle mi-nue
Crie à minuit Mon amour au revoir
Et boit la mort qu'elle craint recevoir
Celle-ci qui croit son heure venue

9 D'autres sont partis courir la campagne
Vignes où la peur leur pas accompagne
Laissant la chaleur de cendres des draps
Avec leurs petits serrés dans leurs bras
D'autres sont partis courir la campagne

10 Ouvrez la porte et me sauvez la vie
À votre seuil les monstres m'ont suivi
Qu'il faisait beau ce soir à la Chartreuse
Vous qui reposez dans l'alcôve heureuse
Ouvrez la porte et me sauvez la vie

11 Le deuxième étage allume une braise
La lumière éveille un spectre de chaise
On a remué dans l'appartement
Un enfant gémit se tourne en dormant
Le deuxième étage allume une braise



12 Sur la colline obscure aux pins bronzés
Afin de mieux l'ombre dramatiser
Chante un oiseau comme aux vers de Pétrarque
Et comme l'amant grave ses marques
Sur la colline obscure aux pins bronzés

13 Cette complainte une autre recommence
D'une autre peste et d'une peine immense
Et non d'amour mais de meurtre et de sang
Miroir ancien d'un malheur renaissant
Cette complainte une autre recommence

14 C'était hier le temps des Pastoureaux
Le temps qui passe embellit le bourreau
La pierre fend à force de bourrasques
À chaque siècle il suffit sa tarasque
C'était hier le temps des Pastoureaux

15 Dans ce pays de fenêtres étranges
Il fait trop nuit pour qu'un sanglot dérange
Les jardins clos qui sont des cœurs murés 4
Tout est de pierre et tout démesuré
Dans ce pays de fenêtres étranges.

Louis Aragon "Poème interdit en France par Pétain et publié en Suisse dans la revue En français dans le texte".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
oranoran   18 juin 2017
Le 20 octobre 1940, dans une carte postale interzone pré imprimée adressée à la femme de Jean Paulhan, Aragon l'informait de ce que "Le cousin Mercaier pouvait aller chez Pierre", manière cryptée d'annoncer qu'il se rendait à Villeneuve-lès-Avignon, chez son ami Pierre Seghers.
Commenter  J’apprécie          70

Videos de Nelcya Delanoë (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nelcya Delanoë
Conférence de Nelcya Delanoë, historienne, à la journée d'étude "Histoire et médias" organisée par le Comité de vigilance face aux usages de l'histoire (CVUH). 21 janvier 2012, Paris.
autres livres classés : listesVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

QUIZ LIBRE (titres à compléter)

John Irving : "Liberté pour les ......................"

ours
buveurs d'eau

12 questions
190 lecteurs ont répondu
Thèmes : roman , littérature , témoignageCréer un quiz sur ce livre