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EAN : 9782809846683
464 pages
L'Archipel (24/08/2023)
4.35/5   111 notes
Résumé :
Un récit ravageur. J'ai adoré.
– Amélie Nothomb

Dans un village reculé de Normandie, Thérèse Sommer attise les passions et dicte sa loi : à son mari qu’elle trompe, à sa mère qu’elle méprise, à ses amants qu’elle consume.
Libre et indépendante, maîtresse de son petit monde, on ne lui connaît pas de rivale. Jusqu’à la naissance de sa fille.
Enfant non désirée, Françoise grandit entre haine et maltraitance. Nuit et jour, elle imp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (65) Voir plus Ajouter une critique
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Au fin fond du département de la Manche cher à Jules Barbey d'Aurevilly, à Brézeville, les ruines du chateau sont hantées par la mémoire d'un inceste.

Nous sommes dans une Normandie rurale, après guerre (1952-1985), résumée par Annie Ernaux : alcool, inceste, viol, suicide. Les filles sont abusées, les femmes cancanent, les hommes boivent et fréquentent le bordel immortalisé par Guy de Maupassant dans « Le port ».

Tout le monde se connait, s'épie, après avoir préparé son certificat de fin d'études à l'école communale où règne l'institutrice, épouse du propriétaire de l'abattoir local. Les croyances ont succédé à la foi et Thérèse de Lisieux a laissé place à Sainte Thérèse des Yeux, dont chacun sait qu'elle rend la vue aux aveugles !

Françoise, la fille unique de Thérèse (qui se rêve en Emma Bovary) et de Serge Sommer (initiales SS), allume le feu qui éclaire les turpitudes et décape les consciences.

L'intrigue est sombre, immorale et glauque, sans être brutale, car Vincent Delareux fait discrètement et parfois élégamment disparaitre ses victimes (abattoir excepté).

L'écriture est féroce et humoristique car le romancier a un incontestable talent pour aiguiser sa plume et ciseler la phrase ou la formule qui fait mouche en caricaturant un personnage ou un vice. Chaque page des pyromanes mériterait d'être citée sur Babelio, chaque chapitre s'ancre dans la mémoire.

Arrivé à la dernière page, je suis impatient de lire la suite, qui se trouve être « Le cas Victor Sommer », publié 3 ans auparavant, car ce jeune auteur se révèle très prometteur.
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« Les pyromanes » est le second ouvrage de Vincent Delareux, après « le cas Victor Sommer » qui a connu un certain succès lors de sa parution en 2022, également aux Editions de L'Archipel. Ce second roman confirme le talent de cet auteur, âgé de seulement 26 ans !

En 1952, naît la petite Françoise au sein d'une famille dysfonctionnelle : sa mère, Thérèse, couche avec tous les hommes du village et des alentours, tandis que son « père », Serge, persuadé de ne pas être son géniteur est un marin alcoolisé et alcoolique dès ses retours à terre. Françoise doit grandir alors dans la maltraitance sous toutes ses formes. Sa seule bulle d'oxygène est Jeanne, sa grand-mère maternelle, qui tente de veiller sur elle et de la prendre sous son aile.

Alors que le résumé ne laisse pas sous-entendre beaucoup de « rebondissements » ou d'«action », je me suis laissé prendre par l'histoire et j'ai été totalement conquise, malgré sa noirceur certaine.

Les personnages sont très souvent détestables, dotés des pires défauts que l'humanité puisse connaître et pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher d'être fascinée par le déroulé du récit.

Dès les premières pages tournées, cela m'a fait penser au magnétique « Né d'aucune femme » de Franck Bouysse. Je ne sais que difficilement expliquer ce sentiment mais il ne m'a pas quittée…

Bien loin du conte de fée, ce roman fait preuve de violences et de méchancetés. Mais pas gratuitement, bien du contraire ! Cette tragédie familiale met en exergue ce qui peut y avoir de plus vil dans l'être humain.

Évoluant au fil des pages, comme Françoise passant de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge adulte, le lecteur sera happé tout comme je l'ai été et aura bien du mal à décrocher de ce livre au quotient hautement addictif et brûlant qu'il n'est pas près d'oublier…
Lien : https://www.musemaniasbooks...
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Waouh ! Quel roman qui me laisse pantoise, un peu sonnée mais complètement conquise !!!!
Nous sommes en 1952, dans un village d'une centaine d'âmes, perdu au fin fond de la Normandie. Thérèse, qui méprise sa mère, Jeanne, trompe son mari alcoolique et veule à tour de bras avec tous les hommes du village puis les jette, accouche d'une enfant non désirée, Françoise, qu'elle rejette immédiatement car elle voit en elle une rivale, qu'elle va maltraiter sans relâche jusqu'à ses treize ans. En 1965, Thérèse meurt et Françoise est prise en charge par sa grand-mère qui est la seule à lui montrer de l'amour. Après la mort accidentelle de sa tante, la même année, Antoine, son cousin, vient vivre avec elles. S'ensuivent sept ans de passion cachée entre les adolescents jusqu'à ce qu'Antoine rencontre Séraphine, une chanteuse renommée et abandonne Françoise pour vivre à Paris. Françoise arrivera-t-elle à se construire une vie ou se consumera-t-elle dans cette passion dévorante et sans espoir?
Ce roman, particulièrement addictif, est noir, très noir et incandescent à la fois. A part Jeanne, la grand-mère, les personnages sont méprisables, en particulier les hommes qui ne sont pas à leur avantage, et c'est un délicat euphémisme, qu'ils soient pères, curé, maire, gendarme... Ce sont des violeurs, des alcooliques, des menteurs, des pédophiles, des lâches... Et ce que je trouve savoureux c'est que ce soit un auteur qui les croque sans vergogne. Il faut dire que les personnages féminins n'ont rien à leur envier; elles sont des langues de vipère, des commères, des peaux de vache acariâtres voire des meurtrières.
Le feu est, d'une certaine façon, le personnage principal de ce roman à commencer, bien sûr, par son titre et sa magnifique couverture mais aussi par le nom imaginaire du village "Brèzeville". Les personnages sont consumés soit physiquement par l'alcool soit moralement, par la haine, la colère, la rage, la vengeance mais aussi par l'amour exalté qu'il soit pour un homme ou pour Dieu qu'on honore d'ailleurs avec des cierges.
Par moment, j'ai eu l'impression d'être projetée dans un conte de fées sans fées, qu'avec des marâtres. Cette sensation a été particulièrement prégnante avec Thérèse qui voit en sa fille une rivale et qui se regarde dans un miroir pour vérifier qu'elle est la plus belle à l'instar de la reine de Blanche-Neige. Mais le roman ne manque pas d'un certain humour, noir, bien sûr : le gendarme s'appelle Gruchot (en référence au Gendarme de Saint-Tropez?????), le patron de l'abattoir s'appelle Tuvache!, le médecin alcoolo, Gouloche! Certaines descriptions sont un vrai régal d'humour noir.
J'ai dévoré ce roman que j'ai trouvé jubilatoire par ses personnages hors normes, truculents qui ne peuvent absolument pas laisser indifférent mais aussi animée par une curiosité inextinguible quant au destin de Françoise dont l'auteur maintient la flamme intacte jusqu'à la fin.
Je vais donc me ruer maintenant sur "Le cas Victor Sommer" qui bien que paru en 2022, se situe chronologiquement après celui-ci.
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Après le succès rencontré avec son premier roman, le cas Victor Sommer, Vincent Delareux sort son deuxième livre, Les pyromanes, qui retrace la vie d'un personnage présent dans son précédent roman. Les ingrédients sont quasiment identiques : des personnages particuliers, très mystérieux et une plongée en apnée dans les méandres de la psychologie humaine.

L'histoire se déroule dans un petit village de Normandie, où Thérèse Sommer est réputée pour tromper impunément son mari avec l'ensemble des hommes du village. Contre toute attente, Thérèse tombe enceinte d'une petite fille non désirée, qu'elle considérera immédiatement comme sa rivale. Cette fille, Françoise, sera élevée dans la peur permanente, elle ne connaîtra pas l'amour maternel ni paternel mais pourra se raccrocher à sa grand-mère, seule pointe de lumière dans son quotidien très noir.

Françoise grandit dans un environnement familial compliqué, puisqu'elle est rejetée par ses propres parents, ainsi que par l'ensemble des habitants du village et en particulier ses camarades de classe, qui tous, la catégorisent comme étant la fille de Thérèse la gourgandine. Cela l'oblige à se raccrocher aux seules pointes d'espoir qui jalonnent son existence, en l'occurence la religion et la figure de sainte Thérèse de Lisieux, qu'elle prendra comme point de repère tout au long de sa vie. Elle se découvre également une fascination pour le drame du château désaffecté du village, qui a vu un couple d'amoureux issus de la même famille se donner la mort pour s'aimer il y a plusieurs décennies. Un épisode dramatique qui bouleverse et obnubile la jeune femme.

Françoise est une jeune fille fragilisée depuis l'enfance, facilement influençable, naïve mais gentille, pour laquelle on ressent autant de compassion que de peine. Sa personnalité, tout comme celle de sa mère, est entourée de mystères indicibles, qui donnent de la noirceur au récit et une touffeur certaine. On a beaucoup de mal à comprendre leurs agissements, leur façon de penser, de réfléchir et d'agir. le comportement de la mère et de la fille prouve qu'elles souffrent de troubles mentaux qui peut facilement être considéré comme de la folie pure. Vincent Delareux nous plonge dans des méandres psychologiques complexes, qui donnent une dimension passionnante au récit mais aussi très angoissante.

Un très bon roman, percutant, fascinant, qui ne vous laissera pas indifférent. J'ai beaucoup aimé cette deuxième rencontre littéraire avec Vincent Delareux !
Lien : https://analire.wordpress.co..
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Il y a peu, je vous parlais du premier roman de Vincent Delareux, "Le cas Victor Sommer", un roman noir psychologique qui avait été une très belle découverte et que j'avais dévoré. J'ai voulu continuer ma découverte de cet auteur avec son second roman qui sort lors de cette rentrée littéraire. Les deux romans parlent de la famille Sommer, mais cela n'empêche pas qu'ils peuvent se lire indépendamment et dans l'ordre que l'on veut. Dans le temps, les Pyromanes se passe avant le cas Victor Sommer, mais ça ne dérange pas du tout si on commence par le premier, ce que j'ai fait moi. Ce second livre m'a permis de mieux comprendre le présent du premier, mais si j'avais lu dans l'ordre inverse, cela aurait permis d'avoir la suite directement.



Le cas Victor Sommer nous parlait de Victor, un homme de 33 ans, vivant seul sous le joug de sa mère, autoritaire et étouffante. Dans Les Pyromanes, on retrouve la mère de Victor, Françoise, et aussi, la mère et la grand-mère de celle-ci. Ce qui m'a tout de suite intéressée, j'avais très envie d'en savoir plus sur cette famille et mieux comprendre leurs caractères. C'est une famille très matriarcale, les femmes ont des rôles prédominants et tout est régi par elles. On va ainsi suivre Thérèse, la mère de Françoise, qui est la fille de Jeanne, celle-ci est peut-être la plus douce et "normale" du lot. L'action se situe dans un petit village de Normandie, Thérèse est mariée à Serge, un marin pêcheur, qu'elle trompe à qui veut bien la mettre dans son lit. Serge connait les agissements de sa femme, mais ne dit rien, et se noie dans l'alcool. Lorsque Thérèse donne naissance à Françoise, elle la rejette de suite, elle voit en elle une rivale qu'il faut qu'elle écarte. C'est Jeanne, la grand-mère, qui s'occupera de sa petite-fille. Lorsque Thérèse décidera de reprendre sa fille chez elle, Jeanne ne pourra s'y opposer. Mais commence alors pour Françoise une vie très dure faite de brimades et de violences. Comment va réagir Françoise en grandissant, entre une mère violente et un père trop collant, cette éducation va être la base de toute la violence que Françoise rendra au centuple, même si elle essaie de se tourner vers la foi. 





Je ne peux en dire plus, ce serait divulgâcher. D'autres femmes viendront se greffer à cette histoire, la voisine, par exemple, une vieille dame voyante, qui ne se trompera jamais dans ses prédications et surtout qui verra tout ce qu'il se passe chez les Sommer. Il y a aussi Jacqueline, la soeur de Thérèse, mariée, mère d'un fils, qui vit à la ville et essaie d'avoir le moins de contact possible avec sa famille. Tout ce petit monde va former une sorte d'énorme imbroglio, et moi, en tant que lectrice, je les ai regardés évoluer, se déchirer, s'aimer, en étant bien surprise par certains gestes de leur part. Thérèse reporte toute sa haine sur sa fille, qui la retournera contre elle, elle subira les conséquences, et pas d'une manière très sympa. Françoise est très expéditive dans sa vengeance. Et pour d'autres personnages, des drames vont arriver alors que je ne m'y attendais pas du tout, des aléas de la vie qui plongent une famille dans le désarroi. Une des femmes pour qui j'ai eu de l'affection, c'est Jeanne. Elle a donné naissance à deux filles, qui ne se ressemblent pas du tout, leur a donné la même éducation, et elles deviendront des femmes totalement opposées. J'ai eu de la peine pour cette femme, qui n'est pas méchante, et cherche toujours à arrondir les angles et à ce que ses filles et petits-enfants soient le mieux possible, et la pauvre, elle doit elle aussi subir les affres et les caractères des autres. Et malgré les gestes et la violence, j'ai eu aussi de la peine pour Françoise ou pour Thérèse. Elles ne comprennent pas toujours ce qu'elles subissent, elles se sont forgées leurs caractères seules, et si elles sont parfois mauvaises, c'est aussi un mécanisme de défense, elles se protègent, et on ne peut pas leur en vouloir pour ça. L'auteur a réussi à rendre ses personnages à la fois détestables et aimables, et ça, ça m'époustoufle à chaque fois. 





Tout comme dans "Le cas Victor Sommer", Vincent Delareux a extrêmement bien travaillé ses personnages, les détails sont vraiment très pointus, que ce soit dans leurs caractères, leurs psychologies, leurs actes, leurs sentiments. Il y a beaucoup de densité dans chacun d'eux, tout comme dans l'histoire. Il arrive très bien à les décrire, à les rendre réels, il est très facile pour le lecteur de se les représenter. J'ai eu l'impression de les voir évoluer devant mes yeux, tellement tout sonne vrai. Je dirais malheureusement, car la violence dans les actes et les mots de ce livre existent vraiment dans la vie, et quel dommage. L'auteur nous montre toute l'horreur qu'il peut y avoir dans les relations entre des personnes qui devraient s'aimer plutôt que se détester, il montre aussi combien des violences psychologiques ou physiques laissent des traces indélébiles et modifient le comportement d'une personne, l'inceste est un fléau qui marque à vie, dont il est difficile de se relever. Certains y arrivent, d'autres s'enfoncent ou deviennent violents. L'auteur a vraiment mis beaucoup de puissance dans chacun de ses personnages. Ils m'ont marquée, ils ont imbibé ma tête, et je ne suis pas prête de les oublier. 



J'ai dévoré ce livre, l'histoire est complètement addictive, une fois commencée, impossible de s'arrêter, j'avais envie de savoir. Les révélations arrivent parfois en douceur, je les ai vues arriver, et parfois, c'est tout l'inverse, elles sont arrivées à moi comme une porte qui claque devant vous, ça déstabilise, et tout de suite on se demande quelles vont être les conséquences, et donc on continue à lire. Ce second roman est plus épais en terme de nombres de pages, il est très dense, comme je le disais plus haut, l'écriture de l'auteur s'est encore plus affinée, est de plus en plus pointue, précise, et c'est un régal à la lecture. Je ne me suis jamais ennuyé, je pense qu'il est impossible de le faire, il y a toujours un petit ou gros rebondissement. Il y a pas mal de personnages, mais vous verrez, impossible aussi de les mélanger ou de ne plus savoir qui est qui, ils sont tous chacun très marquants et on se remémore très vite leurs fonctions. Une petite mention particulière pour la légende du château et de ses amants maudits, une histoire à vous glacer le sang, qui a beaucoup d'effet sur les personnages du roman. 



J'ai passé un excellent moment avec ce roman, le titre a énormément de valeurs, je ne dis rien, mais vous verrez qu'il est important. J'ai aussi aimé les titres des chapitres, qui ont toujours une signification. La narration à la troisième personne n'empêche pas de s'attacher aux personnages, elle permet aussi de garder une certaine distance, ce qui n'est pas négligeable par rapport aux événements. La lecture est intense et rapide à la fois, les chapitres courts donnent beaucoup de rythme, les pages se tournent toutes seules. 



Je suis vraiment très contente d'avoir lu ce livre. Vincent Delareux me confirme avec lui son très bon style et son talent de raconteur et d'écrivain. Ses deux romans vont me marquer pour un moment. Je me demandais tout le long comment il avait pu imaginer tout cela, et surtout ce qu'il pouvait nous réserver pour un prochain roman. Je le félicite vraiment pour son originalité dans sa façon de traiter le sujet de ses livres. Je ne peux que vous conseiller de le lire, vous pouvez commencer par n'importe lequel des deux, même si les personnages sont les mêmes, l'auteur a eu le talent de réussir à ne pas rendre ses romans dépendants l'un de l'autre, chacun d'eux se suffit à lui-même. Vous pouvez donc sans crainte commencer par celui que vous voulez. de mon côté, je vais suivre cet auteur de près et serais au rendez-vous de son troisième roman, je me demande bien où il va m'emmener cette fois. 
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Serge avait accueilli la nouvelle avec indifférence . Un enfant ne changerait pas grand-chose à son quotidien. Il passait une moitié de sa vie sur l’eau et l'autre dans l'alcool. Son existence était purement liquide, sans forme ni contour. Ce n'était pas un gosse qui le sortirait de ce flou. En outre, il était certain que l'enfant n'était pas de lui : raison de plus pour s'en tenir à distance. À la suite de l'annonce, il avait rejoint le gros Raoul au bar du bourg, en songeant que c'était peutêtre ce bougre-là qui avait engrossé sa femme. Il aurait pu en dire autant de n'importe quel homme accoudé au comptoir.
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Un sanglier ? On n'avait pourtant rien entendu ni senti. Mensonge ! Ils avaient le dos large, les sangliers ! Et quand on ne trouvait pas de bestiole à blâmer, c'était la météo que l'on accusait. Les mêmes excuses à chaque trajet, à croire que les conducteurs le faisaient exprès. C'était à celui qui aurait le plus de retard en invoquant le prétexte le plus fumeux.

L'hypothèse se tenait : les conducteurs de train étaient de sombres personnages sans amis ni famille ; des cœurs de pierre incapables d'aimer, seuls, isolés, et pour preuve, on ne les voyait jamais. Tapis dans la solitude de leur cabine, ils s'amusaient à leur manière. En retardant, par exemple, le moment où l’amoureux retrouverait sa moitié. Barrer le bonheur d'autrui pour rehausser le sien : sadisme connu de tous, mais surtout, oui, surtout des conducteurs de train.
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Par quel biais la rumeur avait-elle franchi les murs de l'hôpital ? On ne le sut jamais. Toujours est-il qu'au lendemain des événements, là nouvelle circulait dans Brézeville : la Sommer avait été internée. Rien d'étonnant, puisqu'elle était folle à lier.

Marguerite Bourguignon tenait l’information de sa cousine Mme Lepoittevin, épicière au bourg voisin, qui l'avait apprise de la bouche de la poissonnière, elle-même très proche de la femme du cordonnier, dont le beau-frère facteur, à l'occasion de sa tournée en ville, avait été mis au courant par le neveu de la mère Sanzot, bouchère dans la rue du Petit-Magot, à deux pas de l'hôpital. Néanmoins, en l'absence d'informations plus pointues, les conversations s'épuisèrent vite et l'on dut passer à autre chose.
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Jacqueline se remémora la lettre de sa mère, reçue fin janvier 1959. « Thérèse a tenté de se suicider. Elle n’a pas réussi. » Ainsi Jeanne l'avait-elle formulé.

Jacqueline ne s’en était pas étonnée : sa sœur ne réussissait jamais rien. À quatorze ans, le certificat d'études lui était passé sous le nez ; à vingt et un ans, elle avait fait un mariage raté ; et à vingt-cinq, désastre suprême : elle avait enfanté. Il était donc logique que sa tentative de suicide se soldât par un échec.
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Françoise scrutait l'horloge du salon. Ses pupilles, calées sur le mouvement du balancier, valsaient d'un coin à l'autre de ses yeux. Redoutâbles machines ! Une horloge dans une pièce et l'on ne voyait plus rien d’autre. Les casinos les bannissaient, car elles nuisaient à leurs profits. Même l'argent redoutait les horloges : preuve ultime de leur suprématie. On s'y laissait prendre. Au début, on s'amusait de voir les secondes s'égrener, puis les secondes cessaient d'exister. Ne restait que l'aller-retour lancinant du balancier.
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