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ISBN : 2707304034
Éditeur : Editions de Minuit (01/03/1971)

Note moyenne : 4.77/5 (sur 61 notes)
Résumé :

Et toi, comment as-tu fait ? pourrait être le titre de ce troisième volume de Auschwitz et après. Comment as-tu fait en revenant ? Comment ont-ils fait, les rescapés des camps, pour se remettre à vivre, pour reprendre la vie dans ses plis ? C'est la question qu'on se pose, qu'on n'ose pas leur poser. Avec beaucoup d'autres questions. Car si l'on peut comprendre comment tant de déportés sont morts là-bas, on ne compr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  03 mai 2018
Après avoir lu Charlotte Delbo, je ne peux que m'incliner avec respect et humilité devant le courage et la persévérance de cette femme et ses congénères.
Après avoir lu Charlotte Delbo, mon coeur saigne pour ces millions d'hommes et de femmes qui, du système concentrationnaire, ne sont pas revenus.
Après avoir lu Charlotte Delbo, une question reste et s'ancre de façon térébrante dans mon esprit: Pourquoi? Pourquoi ce génocide? Pourquoi ces persécutions inhumaines? Pourquoi ce système froid et déshumanisé?
Après avoir lu Charlotte Delbo, je réalise l'incommensurable difficulté de recommencer à vivre une fois sorti de l'enfer nazi.
Après avoir lu Charlotte Delbo, je repense à cette inscription dans un block du camp de concentration du Struthof qui interpelle le visiteur et l'incite au silence, à lui qui entre ici dans la maison des morts.
Alors je me tais.
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MissG
  22 décembre 2013
"Mesure de nos jours" se démarque des deux premiers tomes d' "Auschwitz et après" par le fait que Charlotte Delbo n'est plus la seule narratrice, elle donne ici la parole à d'autres déporté(e)s pour tenter de répondre à la question que tout le monde se pose et n'ose leur demander : "Et toi, comment as-tu fait ?".
Comment ont-ils fait pour survivre là-bas alors que tant d'autres y sont morts ? Pourquoi eux et pas les autres ? Comment ont-ils fait pour reprendre leur vie ? Comment fait-on quand on est mort pour revenir parmi les vivants et redevenir vivant ?
Il y a dans ce livre autant de réponses que de témoignages, mais comme dans le précédent une vérité : ceux qui sont revenus ont vu de la Nature Humaine plus qu'ils n'en auraient jamais dû voir : "Il reste que je connais des êtres plus qu'il n'en faut connaître pour vivre à côté d'eux et qu'il y aura toujours entre eux et moi cette connaissance inutile.".
Chaque personne a vécu son retour d'une façon différente, il y en a qui ont retrouvé leur famille, d'autres pour qui il n'y avait plus personne, certains se sont mariés, ont eu des enfants, d'autres sont restés seuls, certains ont dû être suivi psychologiquement, mais femmes comme hommes aucun n'a pu se réadapter complètement.
Il y avait ceux qui en parlaient et ceux qui se taisaient, d'autres qui les écoutaient et ceux qui refusaient d'admettre que cela ait pu exister.
Presque toutes les personnes déportées qui sont revenues ont gardé contact entre elles, elles partagent un savoir et une connaissance qualifiée d'inutile qui leur permettent de se reconnaître où qu'elles soient et quel que soit le temps écoulé, derrière l'apparence elles se reconnaissent et elles savent : "Il semble que chacune de nous ait un visage - las, usé, figé - et par-dessous ce visage abîmé, un autre visage - éclairé, mobile, celui qui est dans notre mémoire - et, plaqué sur les deux autres, un masque passe-partout, celui qu'elle met pour sortir, pour aller dans la vie, pour aborder les gens, pour prendre part à ce qui se passe autour d'elle, un masque de politesse comme celui que s'ajustent les vendeuses en même temps qu'elles enfilent leur tenue de vendeuses. Sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions la vérité de nos camarades, sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions leur visage nu par en dessous.".
Tous les témoignages sont bouleversants et illustrent la difficulté de faire partie de ceux qui sont revenus, une forme de culpabilité : "Pourquoi moi et pas elle alors qu'elle était plus forte ?", et surtout l'impossibilité de repartir de zéro, de rebâtir une autre vie : "Refaire sa vie, quelle expression ... S'il y a une chose qu'on ne puisse refaire, une chose qu'on ne puisse recommencer, c'est bien sa vie.", et combien il fut difficile de poursuivre celle qui était restée en suspens pendant un, deux, trois ans voire peut-être plus.
Dans "Mesure de nos jours", il n'est plus question, ou alors par bribes de souvenirs, des conditions de déportation, ce récit s'intéresse à l'Humain, au ressenti le plus profond et à la façon qu'ont eu ceux qui ne l'ont pas vécue d'appréhender ceux qui en sont revenus, au paradoxe qu'il existe entre ceux qui ont gardé leur qualité d'être humain malgré la dureté de la guerre et ceux qui en ont été dépouillés dans les camps de la mort : "Vous direz qu'on peut tout enlever à un être humain, tout sauf sa mémoire. Vous ne savez pas. On lui enlève d'abord sa qualité d'être humain et c'est alors que sa mémoire le quitte. Sa mémoire s'en va par lambeaux, comme des lambeaux de peau brûlée. Qu'ainsi dépouillé il survive, c'est ce que vous ne comprenez pas. C'est ce que je ne sais pas vous expliquer. Enfin, pour les quelques uns qui ont survécu. On nomme miracle l'inexpliqué.".
Il ne faut pas attendre de ce récit des réponses aux questions que l'on se pose, c'est une tentative de réponse, la vision de Charlotte Delbo mais aussi celles d'autres personnes déportées comme elle.
Le titre fait à la fois référence au temps qui paraissait extrêmement long en déportation, de ces journées de travail qui n'en finissaient pas ponctuées de l'appel interminable du matin et du même le soir; mais également du temps qui s'est écoulé depuis leur retour, d'une journée qui n'a plus la même signification temporelle et du temps et des années qui passent qui ne s'écoulent plus de la même façon.
Il ne faut pas y voir une forme d'égoïsme, ces personnes sont revenues brisées physiquement et psychologiquement, elles font en quelque sorte semblant d'être comme tout le monde mais entre elles elles ne se mentent pas et ne se cachent pas, elles peuvent se permettre de se dire des choses qu'elles n'oseraient pas avec d'autres : "Seule l'une d'elles pouvait se permettre une question aussi directe, seule obtenir que j'y réponde tout droit, sans trouver indiscrète la question.".
Il existe de nombreux témoignages sur la déportation, l'oeuvre de Charlotte Delbo a le mérite de s'attacher également à raconter le retour et l'extrême difficulté de reprendre une vie et de se fondre à nouveau dans la masse.
Comme pour les deux précédents tomes, le style de Charlotte Delbo mêle réalité crue et poésie, donnant ainsi une beauté à ce récit pourtant cruel, barbare, en un mot horrible.
"Auschwitz et après" forme avec ses trois tomes un tout indissociable, un témoignage bouleversant et fort qui fait toucher au lecteur la vérité.
Ce récit, outre son caractère de témoignage sacré, a eu le mérite de me permettre de me rendre compte d'une chose : j'aurai beau lire tout ou presque ce qui existe sur ce sujet, jamais je n'arriverai à comprendre et à réaliser pleinement ce que la déportation a été et finalement, je crois que je n'ai pas envie de la connaître cette connaissance qualifiée par Charlotte Delbo d'inutile.
Par contre, j'ai toujours envie d'apprendre cette connaissance utile qui ressort de témoignages comme celui de Charlotte Delbo, c'est pourquoi je continuerai d'en lire et que je garderai précieusement à portée de main les trois tomes composant "Auschwitz et après".
Lien : http://lemondedemissg.blogsp..
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Annette55
  17 février 2014
On se sent très humble ,presque démuni pour commenter ce document.
L'auteur,Charlotte Delbo prête sa voix à celle et à ceux qui sont revenus des camps.
Ce livre parle du retour, de l'après, de la vie d'après.
Et toi,comment as tu fait? Reprendre la vie,comment,pourquoi? Pour qui?,pour la mémoire,pour la liberté, contre l'oubli,contre"on ne le savait pas", "cela n'arrive qu'aux autres" contre tous les racismes, ceux d' hier,ceux d 'aujourd'hui,parler du passé pour demain,transmettre,dire........
C'est une voix poignante ,faite pour être entendue:"Oublier est impossible",
" Je ne suis pas vivante". " le temps ne passe pas,il n'estompe rien, il n'use rien,je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit."
"Pourquoi n'étais - je pas mort là- bas?"
"Même en été j'ai froid ".
Cette écriture simple,dépouillée ,fluide m'a bouleversée.
Avec un détachement apparent ,un naturel désarmant,une infinie sensibilité l'auteur explique que le retour des femmes déportées a été très difficile,le décalage immense entre l'espérance qui les avait soutenues et la réalité.
Ce décalage explique le silence qui a duré des années avant qu'elles souhaitent témoigner de leur épreuve.
Un livre qui ne vous laisse pas indemne de par sa simplicité et sa réalité crue,sans fioritures,un véritable travail de mémoire offert comme une expiation de toutes ces douleurs ,à peine compréhensibles ,pour ceux qui ne l'ont point vécu,un respect total et une grande admiration pour toutes ces femmes et ces hommes là!.
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thisou08
  13 août 2018
Charlotte Delbo, dans ce dernier volume de "Auschwitz et après" témoigne pour ses compagnes et compagnons.
C'est en lisant "Mesure de nos jours" que je me rends compte que quelque chose est définitivement mort en eux.
A la place, une faille a pris naissance, une faille que rien ne pourra jamais combler, malgré tous leurs efforts.
En cela, les nazis ont gagné, ils les ont intimement détruits.
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charlitdeslivres
  15 décembre 2016
Cet ultime témoignage nous permet de surtout réfléchir « à l'après ». Comment faire lorsque l'on revient à la civilisation, lorsque l'on revient à la vie ?!
Charlotte Delbo prête sa voix à ses camarades pour nous montrer comment chacune s'est retournée, une fois libérée des camps. Comment peut-on même envisager de vivre, après avoir connu l'horreur la plus totale, c'est sous la forme de court témoignage que l'auteure nous livre un bout de réponse.
En prêtant sa voix, elle nous donne différente façon de faire. Nous sommes toutes différentes et notre rapport à la vie comme à la mort est propre à chacune. Ici nous le découvrons plus que jamais. Certaines ont le besoin de tout raconter et de tout connaître. D'autres s'enfuissent dans l'isolement le plus totale. D'autres vivent à travers leurs enfants, leurs travaux. En résumé chacune tentent de se remettre au mieux dans la vie qui lui est propre.
L'important étant de vivre mais comment faire, lorsque l'on a tout perdu, jusqu'à son humanité : comment se réadapter ? Ce qui est intéressant c'est la manière dont Charlotte Delbo traite le sujet. Elle nous montre bien que le monde lui a continué de tourner et personne ne peut imaginer ce qu'il s'est déroulé. Car les femmes dans les camps coupées de tout, commencent à réaliser que la vie à l'extérieur n'a pas été une partie de plaisir non plus. Et les personnes qui n'ont pas connu les camps veulent comprendre et s'interrogent, presque de manière intempestive …. La curiosité est parfois mal placée.
Cet ultime volet apporte donc une merveilleuse conclusion. Charlotte Delbo a réalisé un travail remarquable sur ces trois textes. Elle nous livre des témoignages bouleversant, et à travers elle, c'est les voix de centaines de femmes déportées qui peuvent se lever et crier leur passé ou choisir de se taire à jamais. Car maintenant qu'elles sont libres, elles peuvent choisir d'oublier ou de livrer leur expérience.
Un texte juste et poignant qui laisse à réfléchir par rapport à notre propre rôle face à ces femmes. Car lorsque nous continuons à vivre comme si de rien n'était, il ne faut pas oublier qu'elles étaient nos mères, nos soeurs, nos amies ou encore nos voisines. Il ne faudra jamais oublier leur mémoire, et grâce à ce bouleversant récit, on nous permet d'ouvrir les yeux et l'esprit face à cette réalité.
Lien : https://charlitdeslivres.wor..
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
lisettelisette   08 juin 2013
Vous voudriez savoir poser des questions et vous ne savez quelles questions et vous ne savez comment poser les questions alors vous demandez des choses simples la faim la peur la mort et nous ne savons pas répondre nous ne savons pas répondre avec vos mots à vous et nos mots à nous vous ne les comprenez pas alors vous demandez des choses plus simples dites-nous par exemple comment se passait une journée c'est si long une journée que vous n'auriez pas la patience et quand nous répondons vous ne savez pas comment passait une journée vous croyez que nous ne savons pas répondre.Vous ne croyez pas ce que nous disons parce que si c'était vrai ce que nous disons nous ne serions pas là pour le dire. Il faudrait expliquer l'inexplicable ...
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thisou08thisou08   13 août 2018
Etre heureux, est-ce une question que nous nous posons, nous ? Je me répète pour m'en assurer qu'il y a vingt-cinq ans que nous sommes rentrés, sinon je ne le croirais pas. Je le sais comme on sait que la terre tourne, parce qu'on l'a appris. Il faut y penser pour le savoir.
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NievaNieva   07 avril 2015
Elles ont joué ce jeu de feu follet pendant tout le temps où nous piétinions d'un bureau à l'autre, se perdaient, se retrouvaient, me retrouvaient, disaient des mots que je ne saisissais pas, s'évanouissaient encore et se fondaient enfin dans la foule des gens qui nous attendaient, englouties pour toujours dans cette foule.
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NievaNieva   12 avril 2015
Il savait que ce matin-là son cœur volerait sous les balles — depuis combien de jours, depuis combien de nuits le savait-il —, il savait que son cœur éclaterait et que mon cœur ne battrait plus que juste assez pour ne pas fléchir, juste assez pour tenir, que mon cœur n'aurait que juste ce qu'il lui faudrait de force pour cela, pas davantage.
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MissGMissG   22 décembre 2013
Il semble que chacune de nous ait un visage - las, usé, figé - et par-dessous ce visage abîmé, un autre visage - éclairé, mobile, celui qui est dans notre mémoire - et, plaqué sur les deux autres, un masque passe-partout, celui qu'elle met pour sortir, pour aller dans la vie, pour aborder les gens, pour prendre part à ce qui se passe autour d'elle, un masque de politesse comme celui que s'ajustent les vendeuses en même temps qu'elles enfilent leur tenue de vendeuses. Sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions la vérité de nos camarades, sans doute n'y a-t-il que nous qui voyions leur visage nu par en dessous.
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Videos de Charlotte Delbo (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charlotte Delbo
http://www.librairiedialogues.fr/ Marion de la librairie Dialogues nous propose ses coups de c?ur du rayon Sciences Humaines : "Njinga, histoire d'une reine guerrière (1582-1663)" de Linda M. Heywood, " (éd. La Découverte), "Sorcières, la puissance invaincue des femmes" de Mona Chollet (éd. Zones) et "Auschwitz et après" de Charlotte Delbo (éd. de Minuit). Réalisation : Ronan Loup. Questions posées par : Delphine le Borgne.
Retrouvez nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues/ Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues/
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