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EAN : 9782707302175
303 pages
Editions de Minuit (01/11/1965)
4.54/5   45 notes
Résumé :
Venues de toutes les régions de France et de tous les horizons politiques, issues de toutes les couches sociales, représentant toutes les professions, d'âges mêlés mais où dominait la jeunesse, deux cent trente femmes quittaient Compiègne pour Auschwitz, à trois jours et trois nuits de train dans les wagons à bestiaux verrouillés, le 24 janvier 1943.
Sur deux cent trente, quarante-neuf reviendraient, et plus mortes que vives.
La majorité d'entre elles ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Un magnifique hommage à ces 230 femmes emmenées dans ce convoi du 24 janvier. La plupart faisait partie d'un réseau de résistance, mais pas seulement. Souvent emprisonnées préalablement à Compiègne, elles ont tout subi à Auschwitz. Peu d'entre elles sont revenues, 49 ont survécu.
Charlotte Delbo a réussi à réunir un maximum d'informations sur chacune d'elles, avec l'aide des autres rescapées. Chacune de ces 230 femmes a ici droit à une petite biographie qui nous les rend réelles. Ce qui oblige le lecteur a être dans l'empathie et non dans L Histoire ! Etre dans la réalité de ce qui a été. On réalise aussi que la vie, il y a à peine un siècle, était vraiment différente d'aujourd'hui. La vie de ces femmes, et de leurs proches, avant la seconde guerre mondiale n'était pas facile. Beaucoup d'entre elles travaillaient dès le plus jeune âge. Beaucoup étaient engagés dans des idéologies. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas, j'ai ressenti encore plus le côté superficiel dans lequel nous vivons au XXIème siècle. Puis le conflit est apparu et là, la dénonciation et les arrestations ont commencé. La police française y a pris une grande part ! Et la fin, à Auschwitz, représente l'horreur dans toute sa puissance.
Quelques décennies plus tard, que retenons nous de cette Histoire ? J'ai bien peur qu'il n'en reste malheureusement que quelques témoignages. Il me semble que nous vivons aujourd'hui dans un monde très loin de cette réalité vécue. Et en même temps, il reste tellement de similitudes dans d'autres régions du monde, dans d'autres cultures. Et des injustices existent toujours. Les dénonciations ne sont pas si loin. En revanche, j'ai peur que les idéologies humaines ne soient plus d'actualité, au point de se battre pour elle. Ou alors, à l'état d'un feu de paille ! Enfin, cette réflexion n'est que personnelle et découle de cette lecture qui à l'avantage de faire réfléchir au passé et à l'avenir...
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Charlotte Delbo n'a jamais rien revendiqué, rien demandé, ne s'est jamais mise en scène comme auteure -elle, la secrétaire de Louis Jouvet, et c'est sans doute pourquoi, alors qu'elle a écrit les plus mortellement belles pages que j'aie pu lire sur la survie dans les camps d'extermination nazis, les plus extraordinaires, poétiques, évocatrices, intelligentes, profondes et géniales, on ne la connaît pas, on la connaît moins que d'autres, voire on l'ignore. C'est d'une grande injustice, et j'aimerais tant la voir réparée.
Le "Convoi du 24 janvier" est un livre extraordinaire à plusieurs niveaux.
Charlotte Delbo, résistante, veuve de résistant, déportée à Auschwitz-Birkenau le 24 janvier 1943, recense, dans les années 1960,après de longues recherches, toutes les femmes qui étaient présentes dans ce convoi. Elle rétablit leur biographie, ce que l'on sait d'elles car, visiblement, il y a risque d'oubli, peur de l'amnésie globale d'un pays qui préfère effacer son passé. Ce convoi fut le premier et unique convoi de prisonnières politiques envoyées dans ce camps d'etermination, autrement réservé aux Juifs et Tsiganes. Par erreur, semble-t-il, bien que personne ne le sache, puisque, le 3 août 1943, les quelques 57 survivantes (sur 230, un ratio énorme pour ce camp) sont "mises en quarantaine", et donc extraites des blocks, des appels, de la mort par épuisement, faim, soif, négation...Charlotte Delbo précise dans le texte inaugural qu'elle ne sait ni pourquoi ni comment elles furent envoyées là-bas, puis mises en quarantaine, puis envoyées à Ravensbrück -une sorte de soulagement après Birkenau ...
Le recensement fait par Charlotte Delbo produit sur le lecteur un effet de fascination. L'écriture est simple, directe. On énumère des faits avec une sécheresse objective. Des faits incroyables, mis en valeur par cette absence complète d'emphase, de pathos.
Incroyable d'abord, le courage de ces femmes souvent très simples, paysannes, ouvrières...résistantes, chacune à leur niveau, passeuses, cacheuses d'hommes, d'armes, jusqu'aux plus hauts niveaux des réseaux de résistance. Ces familles entières, ces soeurs, ces mères et leurs filles, tantes et nièces, amies, belles-mères et belles-filles, solitaires, veuves de fusillés du Mont Valérien, qui ont souvent laissé leurs enfants en nourrice pour "aider" et se sont fait arrêter, par la police française, comme ça, un soir, un matin ...Ca glace le sang dans sa simplicité, et ça enrage, tout ce courage dont on ne parle jamais, car c'est celui des femmes, et qu'il est recensé par une femme.
Incroyable, ce qui leur arrive sur place, comment est-ce concevable, même après des mois de prison en France : "Aurore Pica est morte à Birkenau le 28 avril1943, morte de soif. Elle s'est traînée vers les marais aussi longtemps qu'elle a pu. Elle ne tenait plus sur ses jambes quand elle est entrée au revier. Elle avait les lèvres toutes coupées." Des phrases lapidaires décrivent des morts atroces, des tortures sans nom, des douleurs indicibles.
Incroyable enfin, pour les quelques survivantes, le silence qui les accueille, l'absence de reconnaissance publique et politique. Pour ces femmes qui reviennent d'un enfer dont personne ne parle ou ne souhaite parler, pas ou peu d'aide. Elles reviennent malades, handicapées, traumatisées, et nul ne s'en préoccupe, hors de la famille proche, et encore. Certaines résistantes n'ont jamais été reconnues comme telles -et certaines sont mortes dans les années 1960 sans avoir été fêtées, ni remerciées, ni admirées pour leur noble courage. Rien que le silence, pour assurer la paix nationale, un deuxième sacrifice de leur vie. Voilà pourquoi Charlotte Delbo les recense, ces femmes de bien.
Incroyable, donc, ce livre, premier chef-d'oeuvre à lire avant la trilogie "Auschwitz et après", tout aussi magnifique.

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Ce livre s'organise en trois parties, une introduction d'une vingtaine de pages sur les conditions de l'arrestation, l'histoire reconstituée des 229 femmes du convoi (et un bref paragraphe sur la dernière, restée anonyme), et enfin des documents et des statistiques. Plusieurs amies rescapées ont aidé C. Delbo à reconstituer toutes ces histoires, qui s'accompagnait aussi d'un récollement avec les photographies anthropométriques faites à l'arrivée à Auschwitz-Birkenau (elles étaient présentées dans l'exposition Autour de Charlotte Delbo). Chacune des déportées, majoritairement des résistantes communistes, suivies des gaulistes, quelques femmes qui n'avaient rien fait et même deux délatrices. A Charlotte Dudach, Charlotte Delbo raconte son parcours à la première personne, elle qui est revenue en France en septembre 1941 alors qu'elle était en tournée en Argentive avec Louis Jouvet. Les parcours de ces 230 femmes, dont 49 sont revenues, sont variés, toutes se sont retrouvées au fort de Romainville, parties de Compiègne, destination Birkenau (et Auschwitz à 2 km pour l'anthropométrie), la quarantaine, les kommandos (sections de travail), le revier (Krankenrevier / quartier des malades, pour celles qui sont incapables de tenir debout avec le typhus, les oedèmes, etc.) dont l'on ressort assez rarement vivante, le block 25 de celles qui sont « sélectionnées » (pour la chambre à gaz), les appels interminables, une terrible course en février 1943, les coups, et pour celles qui survivront (Marie-Claude Vaillant-Couturier, Maria-Elisa Normann, une ingénieure chimiste amie de France Bloch-Sérazin, Geneviève Pakula, la mère de Claude Pauquet, etc.), nouvelle quarantaine, assouplissement des conditions d'internement à Rajsko (chauffage, pas d'appel interminable, qulques lettres et colis), puis... [la suite sur mon blog]
Lien : http://vdujardin.com/blog/de..
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J'ai découvert Charlotte Delbo, il y a quelques années en lisant « Qui rapportera ces paroles ? Et autres écrits inédits » (584 pages), une oeuvre majeure, un témoignage fort et terrifiant, une écriture qui marque. Je travaillais alors sur les femmes et la déportation.

Lorsqu'elle est arrêtée en janvier 1943, Charlotte Delbo est dans la résistance et est la secrétaire du comédien et homme de théâtre Louis Jouvet. Elle est en tournée à l'étranger avec la troupe et malgré l'insistance de Jouvet afin qu'elle ne retourne pas en France, elle rentre à Paris rejoindre son époux résistant. Il sera arrêté puis exécuté. Elle aussi est arrêtée et fera partie du convoi du 24 janvier 1943 direction Auschwitz-Birkenau. Avec elle, deux cent trente femmes, seules quarante-neuf reviendront mais dans quel état, plus mortes que vives, vidées, sans jus pour continuer.

Charlotte Delbo rend hommage à toutes ces femmes à travers une courte biographie, et nous parle de chacune d'elle, leur naissance, leur milieu social, leur engagement et leur mort ou survie dans le camp de concentration. Un merveilleux témoignage, qui nous en apprend davantage sur l'organisation de la résistance en France, puis les conditions de vie dans les camps, leur libération et le retour des déportés dans l'indifférence permanente des Français et de l'Etat. Terrible… mais nécessaire pour la mémoire car il ne faut jamais oublier.
Lien : https://chroniquesaigues.com..
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Arrêtées parce qu'elles des résistantes aux Allemands, elles sont menées en train jusque qu'Auschwitz, Birkenau et Ravensbrück. Très peu d'entre elles reviendront en France a à la fin de la guette. L'auteure décrit minutieusement le vie qu'elles y menaient. Faim, froid, dénutrition, maladies dont le typhus. Promiscuité, saleté, diarrhée, coups, travail. L'auteur retrace ce qu'elle a pu trouver sur chacune pour honorer leur mémoire. C'est émouvant et horrible. le traitement des Juives était pire que les leurs. C'est un livre de mémoire ! Comment ont fait celles qui ont réussi à s'en sortir ?
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Elle est morte à Birkenau au début de février 1943, alors que nous n'allions pas encore travailler hors du camp. Deux kapos se sont acharnées sur elle à coups de bâton. Pourquoi ? Il n'y a pas de pourquoi. Parce qu'elle était sur leur chemin.
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« Parce que je reviens d’où nul n’est revenu Vous croyez que je sais des choses Et vous vous pressez vers moi Tout gonflés de vos questions De vos questions informulables. Vous croyez que je sais les réponses. Je ne sais que les évidences La vie La mort La vérité. Je reviens de la vérité.» Prologue de Françoise, Qui rapportera ces paroles ?
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Videos de Charlotte Delbo (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charlotte Delbo
Charlotte Delbo : Spectres, mes compagnons - Lettre à Louis Jouvet (France Culture / Théâtre et Cie). Texte présenté par Geneviève Brisac. Réalisation : Marguerite Gateau, avec des archives INA. En partenariat avec l’association “Les Amis de Charlotte Delbo”. http://www.charlottedelbo.org/. Conseillère littéraire : Céline Geoffroy. Enregistré au Festival d’Avignon le 18 Juillet 2013. Diffusion sur France Culture le 2 octobre 2016. Texte lu par Emmanuelle Riva. Photographie : Charlotte Delbo, via le site internet de “L'association des amis de Charlotte” • Crédits : @copyright Schwab. « Charlotte Delbo fut l’assistante de Louis Jouvet au Théâtre de l’Athénée avant d’entrer dans la Résistance. Elle est arrêtée avec son mari Georges Dudach le 2 mars 1942. Le 23 avril 1945, après vingt-sept mois de captivité dans les camps d’Auschwitz-Birkenau et de Ravensbrück, elle fut libérée par la Croix-Rouge et internée en Suède. Elle n’avait pas encore trente-deux ans. Des deux cent trente prisonnières de son convoi, elles n’étaient plus que quarante-neuf. Et Charlotte Delbo se préparait à consacrer le restant de ses jours à trouver les mots justes, à écrire des livres et des pièces de théâtre pour faire vivre la mémoire et les mots de ses amies assassinées, et de son mari fusillé. La première chose qu’elle fit, le 17 mai 1945, ce fut d’écrire une lettre. On peut imaginer dans quel état de faiblesse elle se trouvait. C’était une lettre à Louis Jouvet, qui disait : « Je reviens pour entendre votre voix. » Il y eut d’autres lettres, jusqu’à cette dernière qu’Emmanuelle Riva lira, une lettre non envoyée, non terminée, non reçue, interrompue par la mort de Louis Jouvet, en 1951. Une lettre comme un testament politique et littéraire, où le courage, la peur, le rêve et la pitié pèsent leur juste poids. » Geneviève Brisac Cette lecture de « Spectres, mes compagnons » est agrémentée d'extraits de la Radioscopie consacrée à Charlotte Delbo, produit par Jacques Chancel et diffusée le 2 avril 1974. Remerciements à Claude-Alice Peyrottes, présidente d'honneur de “L'association des amis de Charlotte”. Source : France Culture
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