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ISBN : 2757808370
Éditeur : Points (18/09/2008)

Note moyenne : 3.24/5 (sur 139 notes)
Résumé :
Philippe Delerm décrit comme personne les instants familiers à chacun de nous, et restitue, presque intacts, nos petits agacements, nos plaisirs furtifs, les grands moments de solitude et les émerveillements... Au fil de ces petites phrases toutes faites, faussement anodines, il démasque les sentiments enfouis et met à nu l'émotion.
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
TheWind
  25 septembre 2018
Autant la première gorgée de bière était savoureuse, autant les dessous des petites phrases ne me paraissent pas si affriolants que cela.
D'ailleurs, je n'ai même pas le courage de tout lire et pourtant ce livre n'est pas bien épais !
Philippe Delerm reprend quelques phrases toutes faites, du style " Il a refait sa vie" et nous en livre leur mystère et leur substance. Certes, c'est plutôt bien vu, en général mais cela manque cruellement d'intérêt.
Il y a surtout une chose qui m'a dérangé à la lecture de ces explications de texte très courtes, c'est le ton employé par l'auteur. On a l'impression qu'il se place au-dessus de la mêlée, qu'il considère de haut les "petites gens" qui ont le malheur d'employer ces phrases anodines qui selon lui dévoilent bien des défauts !
Y a un peu plus, je laisse ?
Non merci !
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sabine59
  30 avril 2018

On pense toujours qu'écrire des textes courts est plus facile qu'un roman. Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas donné à tout le monde de concentrer en peu de phrases l'essentiel de sa pensée, de ses impressions. Et de trouver les mots justes, ceux qui correspondent parfaitement à ce que l'on veut exprimer. L'économie des mots et l'intensité de l'intention...
Philippe Delerm est un maître dans ce domaine. Depuis " La première gorgée de bière" , il ne cesse de m'étonner, de me ravir, je suis admirative devant ses textes, simples en apparence mais , travaillés, ciselés . J'aime sa façon si particulière de transcender le quotidien, souvent poétiquement.
Dans ce recueil, dont le sous-titre nous informe plus précisément sur le thème abordé , l'auteur se penche sur toutes ces petites phrases banales, souvent prononcées, et arrive à nous les rendre plus vivantes, voire inattendues. Et surtout à nous faire réfléchir à tous les non-dits qu'elles contiennent, à ce qu'elles laissent entendre. C'est très subtil et confondant de justesse.
De " Ma grand-mère avait les mêmes" à " On ne vous fait pas fuir, au moins?" en passant par" Y'a pas d'souci" ou" Il pourrait bien neiger", on redécouvre le sens caché, souvent délicieusement cruel de ces phrases apparemment anodines et conventionnelles...
Encore une fois, j'ai voyagé avec délice dans l'univers des mots, grâce à Philippe Delerm . Et quelle jolie idée que cette collection Points , " le goût des mots"!
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colimasson
  12 septembre 2013
Les petites phrases « courantes » relevées par Philippe Delerm sont les suivantes : « il a refait sa vie » ; « y a un peu plus, je laisse ? » ; « n'oubliez pas d'éteindre vos portables », « j'ai moins huit su'l'plateau » ; « je préfère Trouville à Deauville » ; « je vais prendre les matchs un par un » ; « que son frère » ; « v'là l'bord d'la nuit qui vient » ; « c'est maintenant qu'il faut en profiter »…

Dans ce palmarès représentatif, on notera déjà que la plupart des petites phrases que Philippe Delerm a choisi d'analyser sont d'une extraction douteuse et ne relèvent absolument pas du langage courant de la majorité. Ainsi, on découvre souvent des chapitres dont le seul titre suffit à nous déstabiliser. « Je vais prendre les matchs un par un » : comment ? Qui a jamais prononcé cette phrase ? Si le but de l'entreprise était de passer au crible le comportement de ces personnes méticuleuses et organisées jusque dans l'organisation de loisirs aussi triviaux que le sport devant la télé, la démarche pour l'atteindre est tellement artificielle qu'elle biaise d'emblée l'intention. Philippe Delerm avance avec ses gros sabots et tape bien fort des pieds pour qu'on l'entende venir de loin. Lorsqu'il approche, il continue à se faire remarquer en défonçant des portes déjà grandes ouvertes.

Parmi les petites phrases socialement révélatrices, Philippe Delerm nous fait le coup du « n'oubliez pas d'éteindre vos portables » dans une lutte déjà surannée et inutile contre l'envahissement de l'homme par la technologie. Puisque tout a déjà été dit et écrit, on aurait aimé qu'une variation originale sur ce sujet qui ne l'est pas nous soit proposée. Mais non : Philippe Delerm nous sert le même air faussement apitoyé et désolé que les autres contempteurs du téléphone, ceux-là mêmes qui décrochent toujours avant la troisième sonnerie. C'est qu'il ne faudrait pas être trop surprenant… pas trop dérangeant… et faire plaisir à tout le monde, même aux vieux crasseux de la cambrousse. Quand Philippe Delerm s'adresse à cette catégorie de son lectorat, on le remarque tout de suite : aussitôt s'insèrent entre les mots des apostrophes censées traduire un langage parlé typique –« qui sent bon le sud »-, qui respire surtout le peuple, celui des vieux détenteurs de la tradition ou des fidèles artisans levés à l'aube. A la boulangerie : « j'ai moins huit su'l'plateau » -ne cherchez pas à comprendre le sens de cette déclaration avant d'avoir lu le développement édifiant qui l'accompagne. Plus terrorisant encore : « v'là l'bord d'la nuit qui vient » : Philippe, que cherches-tu à nous dire ? qu'essaies-tu de nous faire comprendre ? est-ce qu'on doit rire ? ça marche pas…

La couverture de ce livre devrait spécifier que l'intention de Philippe Delerm n'est pas de nous faire connaître le dessous affriolant des petites phrases mais plutôt de créer des variations personnelles (peu originales) autour de petites phrases qu'il est souvent le seul à avoir l'honneur d'entendre. Ces variations ne cherchent jamais à communiquer des informations ou à révéler les pensées authentiques d'un auteur mais à approcher le plus possible ce qu'il croit être l'opinion populaire. Malheureusement, Philippe Delerm est loin du peuple. Lorsqu'il s'en approche, ça empeste l'hypocrisie, la sympathie exagérée et la tendresse apitoyée. Qu'ils sont braves ces ducons qui regardent la télé (« tiens, l'autre jour j'ai regardé l'imitateur, vous savez, le nouveau ») ou ces bouchers monomaniaques qui devraient ne rien faire d'autre de leur journée que de couper du steak (« Je dirais la même chose de mon boucher, qui a pris sa retraite, et que je croise quelquefois, étonnamment taciturne, lui qui savait distiller des petites phrases d'une sagesse liée au découpage de la bavette ou de l'entrecôte »). Philippe, de qui te moques-tu ? est-ce que ça t'amuse seulement ? En fait, ta grand-mère n'avait sans doute pas les mêmes…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Mimimelie
  11 décembre 2015
Une trentaine de petites expressions convenues, phrases pirouettes, que l’on dit, plutôt que l’on répète machinalement faute d’imagination, sans trop y penser et surtout sans se préoccuper de leur intime signification, sont mises au jour sous la plume alerte de Philippe Delerm. Cela ne sera pas sans nous rappeler sa fameuse « Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » et c’est bien car cette gorgée me fut assez plaisante.

C’était une belle idée, prometteuse de réjouissances, promesse qui, hélas, à mon avis n’a pas été tenue. Il y en a bien deux ou trois par ci par là qui sont bien senties, « on ne vous fait pas fuir au moins », « c’est le soir que c’est difficile », « c’est maintenant qu’il faut en profiter »… mais pour l’ensemble il m’a semblé qu’il a oublié la loupe qui lui aurait permis de les regarder avec un peu plus de profondeur.

Sans compter celles pour lesquelles on n’avait pas besoin de M. Delerm pour nous orienter la torche, comme par exemple son « Y a un peu plus, je laisse ? » ou le « Quel est votre plus gros défaut » que tous les recruteurs en herbe utilisent à tour de bras. Et je ne parle pas des expressions retenues dont l’insipidité vous laisse perplexe telle « On était écroulées » expression très usitée par chacun d’entre nous, comme on sait, et encore moins de celles qu’il est parmi les rares à connaître, telles « J’ai moins huit su’l’plateau » « je vais prendre les matchs un par un » "Que son frère" et qui plus est, l'auteur n’a pas même réussi faire comprendre à la niaise que je suis, ce qu’elles signifiaient vraiment.

Et si encore on avait un peu souri... à part une esquisse avec "Et qu'est-ce que vous allez faire aujourd'hui ?"... et encore !

Enfin bref, « moi j’ai pas bien aimé » et pour être plus précise, disons que je suis plutôt déçue, parce qu’encore une fois cette idée m’avait semblé très intéressante mais malheureusement l’ensemble donne l’impression d’avoir été traité sans soin, « par-dessus la jambe », et encore, je ne suis pas loin de penser que c'est même limite du filoutage littéraire et c’est bien dommage.
Impression accentuée du fait de la mise en page qui comporte presque autant de plages blanches que de textes, dame ! il fallait faire du remplissage avec seulement 34 expressions pour atteindre probablement le nombre de pages minimum requis par le format ; du reste, pour ce faire, 1/5e du livre est utilisé pour la table, les ouvrages du même auteur et ceux de l’éditeur…avec les mêmes répartitions blanc/texte évidemment, voilà voilà !
Pas grave, j'ai pas perdu trop de temps, c'était un livre tout riquiqui dans toutes ses dimensions.
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Herve-Lionel
  28 avril 2014


N°396– Février 2010.
MA GRAND-MÈRE AVAIT LES MÊMES – Philippe DELERM – Feryane éditeur.
 Philippe Delerm n'est pas un inconnu pour cette revue (la Feuille Volante n°268).
 J'ai donc abordé cette lecture avec un a priori favorable. le titre en lui-même sonne comme une remarque existentielle, pas vraiment un compliment, plutôt une réflexion désabusée qui insiste sur la banalités de choses qui pourtant se voulaient originales!
 D'emblée, j'ai été conquis par le style, bien dans l'esprit de cet ouvrage qui n'est ni un roman ni un essai mais une somme de réflexions sur la condition humaine à travers des expressions de tous les jours qui reviennent dans notre bouche et qui résument la perception que nous avons du monde qui nous entoure. du monde et surtout des êtres, nos semblables que nous sommes amenés, parfois malgré nous ou parfois non, à juger d'un mot, comme si cela devait faire date dans notre jurisprudence personnelle, tant il est vrai que nous sommes tous prompts à la critique! Nous nous arrogeons le droit de poser nos yeux sur la vie d'autrui comme si cela nous regardait et comme si cela pouvait arranger les choses, en oubliant, bien sûr, qu'il en va de même pour nous, que nous sommes nous aussi un centre d'intérêt pour autrui ou une occasion de parler! Juger les autres n'a jamais fait avancer les choses. Tout y passe, notre voisin comme la façon qu'ont les hommes politiques de gouverner le monde et donc notre vie, mais aussi le foot, le gaspillage...
C'est vrai qu'elles sont banales les choses de tous les jours, c'est rien de le dire surtout quand cette caractéristique s'exprime en phrases convenues, presque des clichés, des truismes des petites phrases usitées à en être usées qui soulignent le temps, celui qu'il fait et celui qui passe. On n'y prête même plus attention parce que « le travail », parce que « la famille », parce que « les obligations »... et puis on choisit de tout oublier « parce que le présent est toujours fait de comédie et de tragédie », on laisse filer tout en profitant, parfois, pour oublier, parce que le temps est source de souvenirs, mélancoliques, douloureux, rarement heureux! Tout cela est une question de fidélité, aux autres et surtout à soi parce qu'à l'heure de la toilette l'image que nous renvoie chaque matin le miroir se doit d'être honorable, à moins qu'on choisisse de s'en moquer. Quand on est vieux on se veut « encore jeune » et les générations montantes doutent du futur et envient les retraités! On n'oublient pas les rituels, ceux du marché dominical, même s'il y fait froid, que c'est incommode et plus cher qu'ailleurs. On se justifie avec de bonnes raisons, celle du dialogue avec le commerçant, de la rencontre de copains et de l'appétitif sur le zinc...
L'auteur décrit en effet des instants familiers, caractérise des moments saisis dans notre quotidien, sur le marché, dans la rue ou simplement dans notre famille. Ce ne sont que des mots, des expressions toutes faites, des phrases usitées à en être usées ( mais les mots de s'usent pas comme des vêtements, on dirait au contraire qu'ils se régénèrent, se revitalisent par un usage excessif) que nous sollicitons pour expliquer une situation , souvent dans un résumé étonnamment bref. le temps! Voilà bien le sujet. C'est avant tout celui qu'il fait, la météo que chacun se targue de deviner pour le lendemain ou de regretter parce que, maintenant, il n'y a plus de saison et que le réchauffement de la planète menace la vie. Ah, cette météo, si elle n'existait pas! Elle permet à chacun de se mettre en valeur, de faire état de son expérience personnelle qui, bien entendu, est meilleure que celle de son voisin!
Surtout, me semble-t-il, c'est le temps qui passe qui est évoqué. Sur lui, personne n'a de prise et cet aspect des choses fait tellement partie de la condition humaine qu'il vaut mieux l'oublier. Nous ne sommes ici que de passage, nous ne sommes pas éternels. Cela aussi fait partie de ces petites phrases récurrentes qu'on emploie comme à regret, un rien philosophe, ou qu'on évite de trop évoquer parce qu'elles deviennent tabou et insistent sur l'aspect transitoire de notre vie! Elles évoquent le passé comme une période pas vraiment mieux que maintenant, mais qu'on regrette parce qu'à l'époque on était plus jeune, on avait la vie devant soi et le temps n'avait pas encore laissé son empreinte dans notre âme et dans notre vie. C'est aussi notre présent qui est évoqué ici, dans nos gestes quotidiens et automatiques, ce qui donne à l'auteur une extraordinaire occasion d'en parler et d'y réfléchir, de disséquer ce qu'il croit être nos raisons profondes d'agir ainsi et les remarques personnelles que cela lui inspire. L'air de rien, il nous parle de nous, de nos petites lâchetés, de notre aptitude à la flatterie, voire à la flagornerie, de nos petits arrangements avec le quotidien, de notre refus de nous remettre en question, de ces non-dits, voire de ces hypocrisies de chaque jour qui envahissent notre vie, de nos compromis qui se changent souvent en compromissions, de nos centres d'intérêt qu'on voudrait définitifs mais qui sont souvent remplacés par d'autres, davantage de circonstance... Nous nous nourrissons avec gourmandise de superficialité parce que l'époque est ainsi. Nous exprimons nos révoltes autant que nos plaisirs intimes et furtifs.
A travers mille petites phrases de la vie de tous les jours, l'auteur redessine cette hypocrisie, voire cette muflerie qui fait notre quotidien et dont nous nous contentons à bon compte, qui cache ce que tout le monde voit mais affecte d'ignorer, ces non-dits qui gomment artificiellement les différences et clivages sociaux. C'est la société humaine qui se reflète dans son langage comme dans un miroir et évoque ces mille arrangements avec la solitude, la condition humaine, les bassesses et les lâchetés qui font notre quotidien, cette volonté de faire prévaloir le paraître sur l'être parce que c'est ainsi depuis que le monde est monde et que personne ne changera rien à cette comédie, parce que la flatterie, voire la flagornerie fait partie du jeu, parce que les compromis se changent souvent en compromissions, parce que c'est ainsi tout simplement, malgré les images et les visages furtifs de ceux qu'on aurait bien voulu voir s'attarder un peu, mais voilà!
 Ces petits fragments de langage, commentés avec humour et rendus savoureux par l'auteur sont autant d'occasion de se les rapproprier avec émotion, même si, l'air de rien, il nous rappelle que nous ne sommes ici que de passage, que tout ce qui est humain a une fin et que ce n'est peut-être pas si grave que cela après tout puisqu'il nous redonne les goût des mots, pas ceux intellectuels de la littérature, mais au contraire ceux de tous les jours et de tout le monde! le temps passe, oui, et après? Ces mots c'est, comme le dit l'auteur « un salut à la vie qui se plaint de la vie ».
Alors, insoutenable légèreté de l'être? Pourquoi pas. Il reste que j'ai bien aimé ce moment de lecture.
Le sous-titre « les dessous affriolants des petites phrases » me paraît tout à fait justifié.
 
© Hervé GAUTIER - Février 2010.

Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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critiques presse (2)
Telerama   14 décembre 2011
L'écrivain sait en termes justes évoquer un moment familier, un sentiment enfoui mais jamais oublié.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   29 novembre 2011
Fin observateur des - petites - choses de la vie, attentif aux paroles jetées en l'air et aux poncifs allègrement véhiculés, l'écrivain décrypte avec humour les "dessous" des mots.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
kathykathy   16 juillet 2010
V‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
Celle-là, c’est la marque d’une seule personne. Une belle personne. Madame Hermier était l’épicière. Elle est morte depuis quinze ans au moins. C’est elle qui régentait le quartier, avec, sous son apparence revêche, un sens de l’équité sans concession. Première rencontre un jour de panne d’électricité :
-Mon pauv’ monsieur, j’veux bien vous vendre trois bougies, mais pas la boîte. Il en faut pour tout le quartier.
Au fil des ans, elle était devenue une amie, venait à la maison partager la galette des rois, bavardait un peu, et disait tout à coup :
-J’vais renter. V’là l’bord d’la nuit qui vient.
Des mots entendus, des mots qu’elle inventait ? Peu importe. Les mots de Madame Hermier. J’aime les soirs précoces à cause d’elle, la sagesse solitaire de ses dimanches d’hiver. Rien ni personne ne l’attendait, mais il fallait rentrer avant la nuit. Peut-être une manière de ne pas vouloir nous importuner trop longtemps, de couper court à nos mais vous avez le temps. Comment la retenir, puisque le bord de la nuit venait ?
Le bord de la nuit. La nuit devient une matière, un tissu, les heures s’installent et nous mettent un manteau. Nos mouvements doivent suivre, s’envelopper dans cette amplitude du ciel, marcher à l’amble. Madame Hermier ne redoutait guère les deux cents mètres nocturnes de trottoir qui l’eussent ramenée chez elle sous les réverbères. Mais c’était aussi une politesse de suivre le rythme du jour. Jehan Rictus appelait le crépuscule « le furtif ». Voilà. Madame Hermier voulait rentrer à la lisière du furtif.
Plus tard, quand elle nous quitterait pour un plus long voyage, ce serait avec la même discrétion, le même souci de ne pas déranger, de se glisser dans l’ombre sans crainte et sans regret. Pas difficile pour elle en apparence de quitter le cercle des lampes basses, les flammes orange et bleues de la cheminée. Une jolie manière de dire adieu comme elle disait au revoir, à quoi bon proteste, il faut bien s’en aller, v ‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
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GudulleGudulle   03 janvier 2016
J'ai moins huit su'l'plateau

En achetant sa baguette, chacun y va de son petit commentaire sur le Général Hiver. Ça glisse dans la côte de la Ferrière; la mare aux saules est gelée...on s'accorde sur le moins quatre moins cinq, plutôt rare à la mi-novembre. Mais tout à coup, le débat prend un caractère nettement compétitif. La phrase a claqué net: "Moi j'ai moins huit, su'l'plateau."
Alors là chapeau. Respect. Un petit silence plane sur l'assistance. On n'entend plus que la voix de la boulangère, et quarante qui font cinq euros, merci. Bien sûr, moins huit ça paraît beaucoup, mais c'est su'l'plateau. Trois mots étroitement imbriqués que l'élision normande décline en un concept unique devant lequel il n'y a plus qu'à s'incliner. Il suffit de monter la côte du Neubourg, et c'est un autre monde. Là-haut, la vie est plus âpre, plus rude. Plus vraie peut-être. En tout cas moins calfeutrée que nos univers petits-bourgeois de la vallée. Comment avions-nous pu prétendre à de vraies sensations dans notre refuge alangui ?
Su'l'plateau, ce sont les hauts de hurlement. Si les habitants de cette terre sauvage viennent chercher leur campaillou au creux du bourg, ce n'est pas essentiellement par nécessité alimentaire, mais pour témoigner de cette intensité des forces naturelles auxquelles ils ont assez de tempérament pour résister.
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GudulleGudulle   03 janvier 2016
Moi j'ai bien aimé

C'est alors que la voix nettement timbrée choisit une fraction de silence pour asséner: "Eh bien moi, j'ai bien aimé !"
Il faut un temps de latence pour apprécier l'ampleur de cet écart. Pas si facile de dire sans trembler ces mots qui quittent d'emblée la sphère de l'intellect pour plonger au plus vif de l'affectif. Car ce n'est pas l'éternel bougon, la dissidente systématique qui vient de dire cela. Dans ce cas, on s'en tirerait avec un "Oh toi, de toute façon, tu n'es jamais d'accord !".
Non, c'est plutôt celui, celle dont on attendrait a priori la discrétion adhésive, voire le mutisme partageur. Une petite interrogation plane sur l'assistance. Dautres phrases non prononcées peuvent se lire dans les regards. Tu dis ça pour te créer une personnalité, tu as des problèmes en ce moment, ou bien tu le penses vraiment ? La réponse prend en compte la transparence de ces non-dits, avec une résolution vibrante, le regard droit devant, rivé à la coupelle de morceaux de carottes et de chou- fleur. "Non non, j'ai vraiment bien aimé !"
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colimassoncolimasson   18 septembre 2013
Je dirais la même chose de mon boucher, qui a pris sa retraite, et que je croise quelquefois, étonnamment taciturne, lui qui savait distiller des petites phrases d’une sagesse liée au découpage de la bavette ou de l’entrecôte. Plus que la commande de ses clients, il maîtrisait alors le monde, entre le glaive et la balance.
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colimassoncolimasson   16 septembre 2013
C’est une de ces émissions radiophoniques où les auditeurs, savamment filtrés, sont censés exprimer la liberté de la voix du peuple. Dans le « D’abord, merci de prendre ma question », le « d’abord » est délicieux. Précaution oratoire ? En fait, la suite des évènements prouvera que l’on aurait pu le troquer facilement contre un « L’essentiel est que… »
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Vidéo de Philippe Delerm
« Pierre Arditi lit ce qu'il aime ». C?est le titre du spectacle que cet amoureux des mots donne actuellement au Théâtre du Rond-Point et jusqu?au 28 avril 2018. Une pièce dans laquelle le comédien aborde trois grands cycles de lectures consacrés à Jean-Michel Ribes, Yasmina Reza, Philippe Delerm et Michel Onfray, justement, à ses côtés.
Dans la catégorie : EssaisVoir plus
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