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Critiques sur Mille soleils (21)
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hcdahlem
  11 janvier 2018
Voyage au bout de l'enfer
Une journée particulière pour quatre hommes, victimes d'un accident sur les routes argentines. Un huis-clos bouleversant.

7h 35. Une journée pas tout à fait comme les autres commence pour Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre. Les quatre hommes se retrouvent pour rejoindre Mendoza où un avion doit les mener jusqu'à Buenos-Aires. Au fil des pages, nous allons découvrir le parcours de chacun d'eux, les liens qu'ils ont noués, leurs projets respectifs. Vadim, chercheur en physique des particules, prend le volant aux côtés d'Alexandre qui a installé les panneaux solaires du centre de recherche. Avec eux voyagent aussi Wolfgang, un astrophysicien, «spécialiste des noyaux actifs des galaxies et des rayons cosmiques» ainsi que Simon, chargé de rédiger un article sur les rayons cosmiques pour le CNRS. « Ils sont partis à 8h 30. Ils avaient 450 kilomètres de route à parcourir, dont 200 km de piste. Ils viennent de passer la borne rouge et blanc qui indique le kilomètre 3456 de la route qui symbolise l'Argentine tout entière, et traverse le pays sur 5224 kilomètres, de l'extrême sud de la Patagonie jusqu'à la provience de Jujuy à la frontière bolivienne: la route 40.»
Rien de particulier à signaler durant la première heure de route, si ce n'est la vitesse de croisière de Vadim, un peu trop rapide pour cette piste empruntée par le Paris-Dakar un mois plus tôt.
À 9h 21, ils croisent une routarde hirsute qui a campé sur le bord de la route et qui leur adresse un petit salut auxquelles nos machos répondent par un nuage de poussière. Mathilde, sur laquelle nous reviendrons, s'en souviendra.
À 9h 23 min 58 s « C'est la fin du voyage. La voiture bondit. Elle sort de la piste, elle pulvérise des cailloux sur le bas-côté et le choc brutal renverse instantanément le Suzuki. Il part en tonneaux. A l'instant qui précède le premier impact, Alexandre essaie de se tenir à la poignée du plafonnier et Wolfgang et Simon sont suspendus, en lévitation au-dessus de leurs sièges, les yeux mirés sur la trajectoire erratique de la voiture. Personne ne prononce le moinde son, pas de houlà, pas d'insulte, pas de putain, pas de merde, pas le temps.
Après le premier choc d'une violence extrême, la voiture se met à tourner sur elle-même dans le sens des aiguilles d'une montre. Elle frappe d'abord sur le côté droit de l'habitacle, du côté d'Alexandre et de Wolfgang. Dans un bruit de tôle froissée, elle cogne cinq, six, sept fois le sol désertique. »
Le roman prend alors une toute autre dimension. À compter du moment où on voit la mort de près, on est un autre homme. Il y a cet instinct de survie, ce besoin de bouger pour voir si la mécanique répond toujours, l'envie de se confier ou encore, la névessité de laisser un message, de donner une image de soi plus juste.
Alexandre, sur son brancard, théorise sur les femmes qui sont passées dans sa vie, sur l'amour «qui existe puisqu'on l'a inventé» et pense à Léna qu'il a rencontré sur la route. Ne se fourvoie-t-il pas avec son besoin maladif d'être aimé ? «Ne pourrait-on pas vivre heureux sans amour, concentré sur ses tâches, libéré des baisers ?»
Wolfgang, quant à lui, n'est pas surpris outre mesure. Cela tient sans dout edu miracle qu'à 58 ans il soit encore en vie, car il a failli perdre la vie à de nombreuses reprises, à commence rpar le jour de sa naissance ! de là vient sans doute aussi son goût pour la rêverie solitaire.
Simon ressemble le plus à l'auteur qui confiera qu'il a aussi été victime d'un accident en Argentine : « Il y a eu un mort, j'étais vraiment à la place à côté du mort et j'ai vraiment marché des kilomètres. »
Parti chercher des secours, il va croiser Mathilda qui, elle, a choisi sa galère. « À 59 ans, un beau jour de novembre, Mathilda n'est pas rentrée chez elle. Elle a laissé deux messages brefs, un à son mari (« ne me cherche pas ») et un à ses enfants (« je vous aime »). Elle a vidé son compte en banque, elle s'est acheté de nouveaux vêtements, elle a pris un billet d'avion pour Anchorage, loué une voiture, vivoté de motel en motel pendant quelques semaines, avant de devenir l'heureuse propriétaire d'un vélo VTL de marque Raleigh avec lequel elle a parcouru du nord au sud, de l'Alaska à l'Argentine, pas loin de 13000 kilomètres. Elle en a bavé. »
La confrontation des parcours respectifs des protagonistes est saisissante. Jusqu'à 22h 10, au terme de cette journée quelques certitudes vont vaciller, quelques itinéraires vont dévier de leur trajectoire.
Si nous sommes ici dans un registre totalement différent des souvenirs d'enfance d'Un parfum d'herbe coupée, on retrouve cette faculté de l'auteur à raconter des histoires, également présente dans le goût du large. Une jolie performance, surout lorsque l'on sait que parallèlement Nicolas Delesalle s'est beaucoup investi dans le lancement de l'ebdo, en kiosque ce 12 janvier, un «journal d'information, sans pub, indépendant et inspirant» a qui nous souhaitons également bon vent !

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Killing79
  09 février 2018
Nicolas Delesalle m'avait fait voyager avec son livre autobiographique « le goût du large ». Par hasard, j'avais découvert cet auteur qui de par son métier de journaliste m'avait transporté aux quatre coins du monde.

Cette fois-ci, il s'attaque au roman pur. Mais comme dans son précédent opus, il entraîne le lecteur dans un endroit que le commun des mortels ne connaît pas. On est en Argentine, dans un endroit reculé et désertique. Au milieu de cette immensité, il zoome sur quatre hommes, réunis pour des raisons différentes. Et ces êtres ordinaires vont vivre un évènement extraordinaire. En quelques secondes, leur quotidien tranquille va être chamboulé. Confrontés à l'inimaginable, ils vont voir leur destinée bouleversée et chacun va réagir à sa manière.

Les paysages et les émotions sont retranscrits avec beaucoup de justesse. le lecteur est oppressé par le réalisme de l'accident et de ses conséquences. Il endure cette scène cauchemardesque aux côtés des acteurs. Il ressent chaque parole, chaque son, chaque sensation, chaque geste. L'auteur maitrise l'art d'approfondir ses personnages et on s'attache à ces rescapés.

C'est un roman assez court qui se lit rapidement. Mais cette structure est parfaitement adaptée à l'histoire racontée. En effet, toutes les péripéties sont concentrées en très peu de temps. Dans l'urgence, la puissance des émotions des différents protagonistes est décuplée. Impossible alors de lâcher ce livre tant on est happé par la puissance des sensations qu'il procure!
Pour vivre une expérience de dépaysement et un moment fort d'humanité, laissez-vous tenter par ce condensé de sentiments. La belle plume de Nicolas Delesalle qui m'avait enchantée dans ces écrits plus journalistiques, excelle aussi quand il s'agit de nous conter une histoire. Elle en devient même moins distante, plus intimiste. Je note donc cet auteur dans la catégorie « A suivre ! » et serai à l'affût de ses prochaines productions.
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Ariane84
  20 janvier 2018
Après avoir découvert Nicolas Delesalle et sa plume dans "Le goût du large", j'ai plongé dans son troisième livre avec beaucoup de plaisir.
Son écriture est directe, percutante, parfois amusante, toujours plaisante.
L'histoire nous emmène aux côtés de Vadim, Simon, Alexandre et Wolfgang, qui, lors du retour d'une semaine de recherches astrophysiques en Argentine, vont avoir un accident de la route, au coeur d'une immensité désertique.
Cet accident est le prétexte pour l'auteur à des allers retours dans le passé de ses personnages et des réflexions fort intéressantes sur le sens des choses et de la vie.
C'est un livre qui se parcourt tout seul avec beaucoup de plaisir.
Un petit bémol sur l'histoire de la cycliste sud-africaine que l'on retrouve à plusieurs reprises dans le récit, mais qui je trouve n'apporte pas grand chose au récit.
Une lecture très sympa en tout cas, il me reste à découvrir de l'auteur "Un parfum d'herbe coupée"...
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Biblioroz
  28 décembre 2018
Quatre hommes, quatre vies, quatre destins dans un Suzuki Vitara, sur une piste d'Argentine.
Un conducteur, Vadim, habituellement respectueux de toutes les règles qui régissent notre vie, se grise en appuyant un peu trop sur l'accélérateur.
Un paysage aride, la pampa qui défile. Des chevaux broutent l'herbe jaune. Un décor de western.
Une voiture qui dérape et tout bascule.

En parallèle, sillonnant la pampa en vélo, Mathilda a laissé derrière elle la vie qu'elle menait jusqu'alors et dans laquelle elle ne se reconnaissait plus. Elle avance vers un besoin indéfini dont elle ignore elle-même la nature.
Quelle existence choisir ? Y en a-t-il une meilleure que celle que l'on s'est tracée ou qui s'est offerte à nous ?

Des portraits brossés au scalpel. Des phrases implacables. On ressort essoufflé de cette lecture.
Fragilité de la vie qui ne tient qu'à un fil.
Roman coup de poing sur la vie, le vieillissement, la mort. Des questionnements aux multiples réponses.
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Olivia-A
  14 janvier 2018
Non, ça n'arrive pas qu'aux autres. Chacun d'entre nous peut se retrouver un jour dans une voiture partant en vrille sur une route d'Argentine. Vadim, Alexandre, Wolfgang et Simon faisaient partie de ceux qui pensent que ça n'arrive qu'aux autres, ils n'ont pas fait particulièrement attention, et ce comportement leur a été fatal. Confrontés à la situation la plus atroce, la plus désespérée de leur vie entière, chacun va réagir à sa façon, chacun va laisser s'exprimer ses névroses et son héroïsme inné, chacun va chercher à garder la tête froide, à survivre. A quelques kilomètres de là, Mathilda parcourt elle aussi les routes d'Argentine. Arrivée d'Alaska, ayant abandonné sa vie de chirurgien-dentiste et sa famille depuis sept mois, elle cherche à se retrouver, derrière ses cinquante-neuf ans, ses rides et son affaissement. Une journée pour changer quatre vies, de fond en comble.
Et vous, que feriez-vous si vous vous retrouviez demain près d'une carcasse déglinguée, à quelque pas du cadavre d'un de vos amis? C'est véritablement cette question que pose ce roman psychologique magistral. A travers l'histoire de Vadim, Alexandre, Wolfgang et Simon, il interroge le sens de la vie, de nos choix, de ce qui nous tient à coeur. Coincés dans le désert, confrontés à la probabilité de leur mort prochaine, chacun appelle à lui des souvenirs précis, chacun se focalise sur ses raisons de vivre, une femme unique pour l'un, la perspective de l'avenir et la force d'avoir réussi pour les autres.
Les éditeurs ont toujours tendance à dire que les romans qu'ils publient restent en tête une fois refermé – c'est souvent une mauvaise publicité de quatrième de couverture. Mais pas ici. Ce récit reste en tête pendant tout le temps de la lecture, une fois le livre refermé, on continue à y réfléchir en vaquant à nos occupations. La dernière page tournée, on reste avec un sentiment d'inachevé, de nouveau commencement et de renoncement aussi. L'histoire ne s'arrête pas vraiment là pour nos personnages, mais c'est à nous d'imaginer la suite finalement. L'auteur nous offre les évènements clés, les méandres de leurs pensées, de leur passé et de leur présent, mais leur futur nous appartient. Libre à nous de croire qu'ils s'en remettront, qu'ils reprendront leur vie comme avant, ou libre à nous d'imaginer qu'il commémoreront cette journée pour le reste de leurs jours.
Histoire tragique, ce n'est pourtant pas un roman noir et désespéré. Malgré la situation des protagonistes, malgré l'omniprésence de la mort et de la vieillesse, malgré l'incertitude ambiante, la plume de l'auteur garde un certain humour, un certain cynisme qui n'en est pas un, vu la situation, un petit grain de folie qui nous fait sourire et nous donne foi en l'avenir. C'est fou ce qui traverse l'esprit d'un homme quand il sent sa fin proche. L'humour, l'ironie, sont parfois les seuls moyens de relativiser, le prendre du recul, de voir les choses différemment, ou tout simplement de continuer à avancer. Quelque part, Mille soleils est un roman où quelqu'un meure mais où l'espoir demeure.
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Sami33
  12 janvier 2018
Pour ma part, c'est la premier livre que je lis de l'auteur et ce fut une magnifique découverte ! J'ai même une anecdote à vous raconter et que j'ai eu la chance de raconter à Nicolas mercredi, lors de sa séance de conf-dédicace à la librairie de Paris. Je venais de recevoir le livre, j'ai commencé à lire les premiers chapitres comme je le fais à chaque fois qu'un nouveau livre fait son entrée à la maison sauf que voilà, j'ai vite été happé par les lignes de ce huis clos à ciel ouvert. Résultat des courses, j'avais oublié d'aller récupérer ma fille à l'école et c'est la maîtresse qui m'a appelé et m'a fait sortir de ce huis clos que j'avais déjà bien entamé !



Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre auraient dû se douter que cette journée n'était pas une journée comme les autres, et qu'elle n'allait pas être des plus joviales pour ces messieurs. Ils prennent la route pour rejoindre Mendoza où un avion devait les mener à Buenos-Air sauf que voilà tout ne va pas se passer comme prévu...



On va apprendre à connaître chacun des personnages, s'attacher un peu à eux, savoir comment ils se sont rencontrés, depuis quand ils se connaissent... Puis d'un seul coup, l'auteur va enclencher la deuxième pour nous propulser dans cette voiture qui dévale les routes, Vadim va perdre le contrôle du véhicule, va s'ensuivre alors une longue scène où l'on va vivre avec ces hommes l'accident. Nous sommes spectateurs, nous ne pouvons rien faire, nous assistons tout comme le narrateur impuissant à ce qui arrive à ces quatre hommes.



Vadim est peu bavard. Les mots ce n'est pas pour lui. On découvre au fil des pages la raison, et personnellement, cela m'a touché, j'ai été touché par cet enfant qui n'a pas pu s'épanouir et que cela l'a suivi jusqu'à l'âge adulte. Il est difficile de se défaire de ses mauvaises habitudes ! Toujours est-il qu'il est un brillant chercheur en physique des particules. C'est lui qui a pris le volant de cet engin de la mort. A ses côtés se trouve Alexandre. Alexandre a installé les panneaux solaires du centre de recherche.



Wolfgang est un astrophysicien, spécialisé dans les noyaux actifs des galaxies et des rayons cosmiques. Puis Simon. Ce dernier est journaliste. Il doit rédiger un article sur la semaine qu'il a vécu auprès de ces chercheurs.



Ils croiseront une routarde. Ce sera la seule et la dernière personne qu'ils croiseront mais ça, ils ne le savent pas encore. Elle s'appelle Mathilde. C'est une dame d'un certain âge qui en a eu marre de sa vie trop bien, trop propre, trop lisse et a décidé sur un coup de tête de prendre le large et de parcourir le monde... Nicolas reviendra sur elle et nous prendrons plaisir à savoir ce qu'elle devient.



A 9h23'58" : fin du voyage pour ces hommes. La voiture sort de la piste, puis fait des tourner-bouler. Les passagers essaient tant bien que mal de se tenir à ce qu'ils peuvent pour rester entier, en vie...



La véritable "histoire" commence enfin et nous, lecteurs sommes pris dans un engrenage auquel on n'a pas envie de se défaire. On se demande ce qui se passe, comment ça se fait ? Que s'est-il passé ? Est-ce que tout le monde va bien ? Qui est vivant ? Y a-t-il des survivants ?



C'est ainsi que l'on va pouvoir suivre tour à tour ce qui se passe dans la tête des personnages, connaître les pensées les plus sombres, les plus douces, les plus simples, les plus heureuses. Lorsque la mort nous touche, nous frôle, on voit la vie différemment...



Pour ma part, je trouve que "Simon" ressemble beaucoup à l'auteur. Certes, je ne le connais pas mais lorsque j'ai assisté à sa conférence, j'ai ressenti tout de suite cette connexion avec ce personnage. Je l'ai vu dans son regard, dans la façon qu'il a eut de s'exprimer, de m'écouter et de me raconter. Nicolas Delesalle m'a dit être assis à la même place que Simon dans ce véhicule. Cela doit être un choc pour lui, et une belle thérapie aussi de pouvoir mettre des mots sur ses maux.



J'ai aimé l'honnêteté de l'auteur, nous faire confiance en nous racontant son histoire qui est plus que touchante mais qui ne tombe pas dans le drame. Il allège le tout avec un humour que j'ai beaucoup aimé. J'ai posté un passage sur Instagram (en cliquant sur Instagram, vous serez redirigé sur la photo) qui donne le ton et qui a eut le mérite de me faire éclater de rire. La plume de l'auteur est simple, sans chichi, brut. Ce n'est pas un travail de journaliste qu'il nous offre mais son vécu, du personnel mais avec une touche de fiction qui apporte beaucoup à ce récit.



J'ai adoré ma lecture, j'ai aimé la façon dont été agencé les chapitres qui sont des heures. On suit ainsi le récit dans le temps. Ce qui a été long pour eux a été court pour nous. Mon seul regret est que nous n'avons pas d'épilogue pour savoir comment va tout le monde même si j'ai pu constater qu'un des personnages de cet accident était bien portant 😉.



En conclusion : à lire de toute urgence, dépaysement garanti dans ce huis clos où la pampa est reine.
Lien : http://leslecturesdeladiablo..
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motspourmots
  12 janvier 2018
On peut faire confiance à Nicolas Delesalle quand il propose de nous ouvrir les yeux sur le monde qu'il a lui-même parcouru de long en large dans sa vie de reporter. On peut aussi lui faire confiance pour nous offrir un regard décalé, résultat de ses propres observations, réflexions et même engagements. Son précédent récit, le goût du large invitait à l'ouverture et à l'introspection le temps d'un voyage en cargo. Changement de décor et de genre cette fois... Cap sur l'Argentine, le désert d'Atacama pour un roman qui nous propulse dans les pas de quatre personnages réunis pour une mission professionnelle. Un voyage qui va profondément changer leur destin...

Les grands espaces, toujours. L'homme confronté à l'immensité de la nature. le décor planté par Nicolas Delesalle est grandiose, de ceux qui font rêver tous les aventuriers en herbe. Simon, Vadim, Alexandre et Wolfgang sont là pour une mission autour de l'installation de panneaux solaires sur les cuves de l'observatoire astronomique Malargie supervisée par Alexandre. Simon, journaliste pour le CNRS est l'organisateur du voyage tandis que Vadim et Wolfgang sont des ingénieurs directement impliqués dans le projet. Alors qu'ils sont sur le chemin du retour vers l'aéroport, sur des pistes désertes à l'horizon infini, alors que Vadim roule un peu trop vite, pour un instant d'inattention c'est l'accident. Quelques tonneaux, le temps suspendu et le silence... Vadim le taiseux, Simon L hypocondriaque, Alexandre le beau gosse immature sont seuls face au cadavre de Wolfgang et seuls face à eux-mêmes.

Unité de temps (une même journée) et de lieu (ce désert si beau mais si hostile) pour un récit rythmé et imagé qui interroge sur la solitude, sur le regard que l'on porte sur soi-même sur ce qui nous pousse à fuir. Car chacun de ces hommes est confronté à ses doutes, ses failles, obligé de décider, d'agir pour ne pas mourir. La silhouette de Mathilda, une femme mûre originaire d'Afrique du Sud et qui a tout quitté du jour au lendemain pour entreprendre la traversée de l'Amérique à vélo, d'Anchorage au Canada jusqu'à la Patagonie vient ponctuer la narration et interroger sur l'inclination à la fuite et la nécessité de toujours avancer.

"C'est le salut des êtres humains esseulés quand ils croisent d'autres congénères. A force d'isolement, ils oublient à quel point ils détestent ces gens par la faute desquels ils ont décidé de partir un jour."

Où se situe l'aventure au 21ème siècle ? Maîtrise-t-on jamais sa vie quand il suffit d'un grain de sable (a priori dans le désert) pour que tout bascule ? Tout en nous proposant un vrai roman d'aventures, haletant, Nicolas Delesalle nous parle du monde avec une acuité mordante et un humour tout en retenue et porte sur les faibles humains que nous sommes un regard certes lucide mais empreint d'une bienveillance narquoise qui fait sourire autant qu'elle interroge et réconforte. L'auteur a mis de lui dans son livre mais semble désormais s'autoriser à laisser le romancier prendre plus de place. Et c'est tant mieux.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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merveille
  21 mars 2018
Mille soleils, Nicolas Delasalle
Ce livre invite au voyage. le lecteur est baladé entre l'infiniment grand, la mythique route N40 en Argentine, l'observation de la voie Lactée depuis l'observatoire de Malagüre et l'infiniment petit, les secondes égrenées entre l'instant avant l'accident et celui juste après l'accident, le moment ou tout bascule.
Pour moi auteur inconnu, régions inconnues, lecture inhabituelle, une pure découverte.
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bibliobleue
  07 janvier 2018
J'avais le souvenir d'un écrit très poétique de ma précédente lecture de Nicolas Delesalle.
Avec Mille soleils, l'auteur confirme son talent dans l'art narratif.
Quel peut être le destin de quatre collègues au fin fond de nulle part lorsqu'un grain de sable vient enrayer la machine ?
L'auteur dissèque ses personnages, leurs sentiments, leurs peurs, leurs espoirs. Il donne aux mots toute la chaleur de ce désert qui sert de décor au récit. Les minutes et les heures s'égrainent, on tourne les pages lentement, avec une certaine appréhension, l'angoisse d'un sort qu'on devine inéluctable ...
On referme le livre la gorge sèche, bouleversé, avec une rage de vivre décuplée.
J'ai véritablement eu un coup de coeur pour ce court roman surprenant et intense !
Lien : https://mabibliothequebleue...
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Carole75
  16 mars 2018
En route avec Nicolas Delesalle l'espace de quelques heures dans un endroit totalement reculé d'Argentine, pour partager l'intimité de quatre hommes partis en toute insouciance pour une mission scientifique, et, dont la vie va basculer en quelques secondes lors d'un accident de voiture. Un livre qui interroge, avec force, sur le sens de la vie, et la réaction que l'on peut avoir face à un événement aussi imprévu que brutal. Comment réagir face à un drame : l'affronter, le contourner, l'accepter ?
Vadim, chercheur en physique des particules était au volant du véhicule, est présenté comme un taiseux. Alexandre était venu installer des panneaux solaires. Wolfang est astrophysicien. Enfin, Simon est journaliste, venu écrire un article pour le CNRS. Confrontés à l'immensité de la nature, la solitude et la mort de l'un d'eux mais aussi l'urgence de réagir, ces personnages vont révéler chacun à leur façon leur instinct de survie, leur besoin de se rassurer face à leur propre impuissance. Chacun réagira différemment, avec rage ou au contraire fatalisme, en faisant appel aux banalités et futilités de la vie passée pour fuir l'horreur du présent, en faisant ressortir ses névroses…
La forme est quant à elle parfaitement choisie : le nombre réduit de pages et le huit-clos siéent tout à fait à l'histoire, tandis que l'heure affichée en guise de titre de chaque titre, marque du temps qui s'écoule tel un goutte à goutte pratiquement comme des arrêts sur image, renforce ce sentiment de huit clos. L'auteur fait par ailleurs preuve d'un grand talent de description, tant quand il s'agit de décrire factuellement l'accident, que les paysages, ou l'état d'esprit des personnages. Je passerai juste sous silence Mathilda, car pour être tout à fait honnête, je n'ai pas saisi ce qu'elle apporte au roman !
Au total, Nicolas Delesalle signe un roman assez oppressant mais très réaliste : il nous incite à nous arrêter et à réfléchir au sens de la vie, à l'essentiel, au superflu. Un coup de coeur !
Lien : https://accrochelivres.wordp..
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