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EAN : 9782354082970
270 pages
Mnémos (06/03/2015)
4.23/5   13 notes
Résumé :



Vous aimez vibrer devant un écran et sur NoLife ?
Vous êtes déjà has been.
Car l’industrie du jeu virtuel explose et avec elle, la course à l’extraordinaire. Exit les parcs à thème et les jeux vidéo ! Les joueurs se pressent dans des décors grandeur nature où ils rejouent en immersion totale la mort du général Custer ou la poursuite de Moby Dick.
Mais lorsque des joueurs disparaissent, comme rayés du scénario, les au... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Harioutz
  15 juillet 2019
Et voici venu le moment de la critique …
Pour ceux qui ont suivi l'avancée de mes citation de « In the cloud we trust », vous devez maintenant avoir très envie (enfin, je l'espère !) de savoir ce qui se cache sous l'étrange Vortex, et dans quel(s) monde(s) ont disparu, plus ou moins volontairement, les clients des fameux parcs d'attraction de la Siegwart-Warner … et bien … non, c'est décidé …. je ne vous le dirai pas !
Il faudra donc vous plonger, à votre tour, dans cette passionnante lecture pour le découvrir par vous-même.
Car ce roman de Frédéric Delmeulle est, encore une fois, très très bien ficelé, et j' en ai tourné les pages avec une curiosité grandissante jusqu'au dénouement final, superbement amené.
Les différents angles qui se suivent, en forme de rapport ou de témoignage, apportent, chapitre après chapitre, des pierres à l'édifice du jeu monstrueux et plus du tout virtuel auquel le lecteur assiste, incrédule.
J'ai particulièrement apprécié l'analyse, sans concession, de notre société de consommation, et de la domination grandissante des technologies numériques et je partage les inquiétudes et les convictions politiques qui s'expriment avec justesse.
J'ai, en résumé, dévoré cet excellent thriller futuriste, et je vous en recommande la lecture, ne serait-ce que pour en découvrir la fin magistrale !
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Stelphique
  03 août 2015
Ce que j'ai ressenti…Une belle angoisse virtuelle….
Ce livre m'a complètement bluffée, de par sa forme originale en premier lieu. Ses textes assemblés de plusieurs natures donnent une vision multi-dynamique des dangers de la « RealiSim » , ou plus communément appelés: des jeux virtuels. le champ s'ouvre sur une autre forme de loisirs, se réinventer dans une vie, derrière un casque, pour plus sensations…On a des rapports d'enquêtes, des extraits de journaux intimes, des post de blogs, des tracts, etc. Un thème donc très actuel, et des supports bien ancrés dans la réalité d'aujourd'hui.
Ce livre est surprenant, car on pourrait le classer aussi bien en Roman d'anticipation, qu'en Thriller mais pourrait être aussi en Science Fiction. C'est un mix détonant et intelligent!!!! On dévore ses pages, on explore mille univers et expériences surréalistes, mais l'auteur tient jusqu'au dernier point final, son intrigue. C'est aussi flippant qu'un film d'horreur, à bien y réfléchir, il nous filerait presque des idées de dépression, on y voyage comme jamais auparavant, et les réflexions naïves quitteront à jamais votre esprit.
En bref, ce livre est un OVNI que je recommande fortement! Une lecture qui ne laisse pas indemne. Les voyages dans le temps sont revisités remis à la sauce actuelle, tout en ayant un oeil très critique sur notre société de consommation frénétique.
Meilleurs Moments:
•Le bruit ambiant n°4: Testament d'un rap engagé.
Un cri d'appel fort et presque désespéré qui nous remue les tripes.
•La déposition vidéo de Domenico Cazeils Bedford.
Mention très bien pour cette scène cauchemardesque. J'ai flippé grave!!!La qualité d'écriture est si bonne dans cette scène qu'on sent presque la peur nous coller à la peau!Je n'ai jamais eu peur des zombies avant….Oui mais ça, c'était avant……Si je n'aurai dû faire qu'une expérience dans cette RéaliSim, je crois que je me serai laissée tenter par ce cimetierre.
•Le bruit ambiant n°10 par le Révérend Cléophas James.
L'Apocalypse de Saint Jean, vue et réinterprétée, m'a ébranlée dans mes convictions. La fin du Monde est bien plus proche qu'on ne le croirait. En tout cas, c'était une vision des plus intéressantes….

Lien : https://fairystelphique.word..
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temps-de-livres
  10 mars 2015
La RealiSim est le « must » du jeu virtuel. En immersion totale, vous rejouez des scènes célèbres ou vous vous défoulez sur des zombies, des aliens, etc. Petit à petit divers incidents apparaissent : niveau de difficulté qui s'emballe, accidents bizarres, jusqu'à ce que des joueurs disparaissent. La Siegwart-Warner, qui gère les parcs de la RealiSim, demande une enquête et les résultats sont destabilisant. Les parcs permettent le voyage dans le temps ?
J'avais lu et apprécié la première partie des Naufragés de L'Entropie : La Parallèle Vertov. Un sous-marin qui sert de machine à voyager dans le temps, sans oublier les impacts sur la ligne temporelle. Cinq ans après, Frédéric Delmeulle publie un récit qui raconte le voyage temporel ? C'est un des thèmes, mais il est développé différemment. Au lieu de suivre un personnage, le lecteur aura des témoignages, des journaux intimes, des rapports divers. A travers ces entretiens, qu'ils soient des joueurs ou du personnel de la Siegwart-Warner, une idée germe dans la tête du lecteur averti : « Ca fait penser au Voyage de Simon Morley (1) ». L'idée de Frédéric Delmeulle n'est pas de montrer le récit du voyage temporel, même s'il raconte diverses anecdotes, mais d'anticiper sur des voyages temporels massifs et aléatoires. A la différence de plusieurs romans, In Cloud We Trust utilise le voyage temporel pour un aller simple, accessible à tout le monde. L'auteur se pose la question des conséquences d'un tel voyage. Quels sont les effets économiques, historiques ou sociétals ? le roman devient presque une étude sur le voyage temporel et il finit sur une question. Celle-ci donne tout son sens au livre (mais on ne dévoilera rien), à sa construction et à sa maquette. Qu'aurait-été le résultat en numérique, voire en lecture augmentée ?
La plupart des chapitres sont courts, vivants (mention spéciale au château hanté) et cet ensemble permet au lecteur de former une image globale de la situation, quelle soit économique, historique, etc. à travers différents personnages. Frédéric Delmeulle réussit très bien cet exercice et le lecteur se prend au jeu. Seul reproche, on pourra noter une mise en place finale un peu longue. L'autre question est plus en rapport avec les éditions Mnemos. Que ce soit les romans d'Aurélien Thomas, Thinking Eternity de Raphaël Granier de Cassagnac ou In Cloud We trust, ses récits sont racontés d'après plusieurs personnages, notes, témoignages, etc. En l'espace de quelques mois, ses parutions ont une construction presque similaire. Est-ce un style Mnémos ?
En littérature française, il y a des spécialistes. S'il a peu écrit, Frédéric Delmeulle s'impose comme le spécialiste du voyage temporel. Son enquête est à rapprocher de son premier livre La Parallèle Vertov. Que ce soit les témoignages ou les questions économiques, l'auteur nous interroge sur une société de loisir proche de la nôtre. C'est un roman… Et si ça arrivait ? Angoissante question.
(1) le Voyage de Simon Morley est un livre de Jack Finney. Paru en 1970, il raconte qu'on peut voyager dans le temps en s'immergeant dans la période historique visitée. Traduit en 1993, il a reçu le Grand Prix de L'Imaginaire 1994. Une autre oeuvre littéraire raconte comment l'auto-suggestion pourrait être un moyen de remonter le temps : le Jeune Homme, la Mort et le Temps de Richard Matheson. Son adaptation cinématographique, par Jeannot Swarc, est à voir
Lien : https://tempsdelivresdotcom...
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lutinielle
  21 janvier 2016

In cloud we trust aurait put être de ces oeuvres nous parlant encore une fois des dangers de la réalité virtuelle ou proposer une vision simpliste des riches contre les pauvres, des méga-corporations contre les esclaves des temps modernes. Si ces différents points de vus sont abordés, et avec quel brio et humanité !, Frédéric Delmeulle réussit à éviter tout jugement, tout parti pris, glaçant le sang par moments car ici le pathos ne vous exonérera pas de la réalité paramétrée ou calibrée pour vos beaux yeux.
Bien au contraire ; toute ressemblance avec notre société est assumée, voulue, marquée, et l'habituelle distanciation confortable des romans d'anticipation est oblitérée, forçant la réalité possible future du lecteur, mettant celui-ci et ses choix de consommation devant leurs possibles résultantes.
Éminemment cyberpunk dans sa thématique et son traitement, proche des questionnements Dickiens sur l'humanité et ses devenirs, saupoudré de Gosth in the shell, voici l'humanité qui rêve dans l'ombre du Dieu venu du centaure au coeur du Simulacron 3.
Autopsie de notre société en devenir, boite à outil complète pour penser le monde, In cloud we trust est un roman d'anticipation possédant de solides bases philosophiques et sociologiques, le tout proposé dans une narration dynamique et un découpage en scènes zappant de points de vues et jouant des pansements du prêt à penser que dénonçaient Chomsky ou Bourdieu.
Et vous, que trouverez- vous dans cette boite de Pandore ?
Lien : http://unlivresurmeslevres.b..
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collectifpolar
  26 octobre 2019
Dans un futur où l'industrie du jeu virtuel a explosé, des joueurs évoluent au milieu de décors gigantesques dans lesquels ils revivent la chute de Pompéi, la mort du général Custer ou la traque de Moby Dick. Lorsque certains participants disparaissent, les autorités de contrôle sont en alerte pour trouver d'où vient l'anomalie.
Science-fiction - Réalité virtuelle - Frédéric Delmeulle compte déjà parmi les très bons auteurs que j'aime à suivre roman après roman. le précédent, ou devrais-je dire les précédents que j'avais lu, oui il s'agissait d'un dyptique, n'avais embarqué à bord d'un sous-marin, le Vertov  qui  naviguait entre science-fiction et thriller ésotérique dans un incroyable voyage à travers le temps.
"In cloud we trust est entre le thriller et le roman noir, c'est un polar à enquête  Mais au-delà du scénario riche en suspense, c'est aussi un roman d'atmosphère, « assez sombre»"
 Ici, l'auteur adopte un mode de récit en témoignages (popularisé par World War Z) pour parler de la réalité virtuelle et des évolutions possibles de cette technologie dans un futur proche.
On ne suit pas un seul héros dans ce titre mais nous croisons plusieurs personnages qui se croisent eux aussi. Ce roman est construit comme un puzzle.  Par un agencement du récit non linéaire , l'intrigue devient plus riche, plus complexe Oui, c'est ça. In cloud we trust, est une intrigue policière complexe.
Le texte est fort intelligence. de plus la narration se prête parfaitement aux univers virtuels.  En multipliant les portraits et les situations, l'auteur mélange donc les genres.  Il passe aisément du fantastique au drame social pour revenir au techno-thriller pur.
Nous lisons cette histoire en totale immersion. C'est parfois terrifiant et toujours exhalant.
Laissez votre curiosité opérer.
Lien : https://collectifpolar.com/
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   13 juillet 2019
Tu me demandes pourquoi on cherche autant à se défoncer avec la réalité virtuelle les métavers et tout, alors je vais faire comme si t'étais assez con pour pas connaître la réponse par toi-même. Ouais, je sais, faut tout expliquer en détail, tu filmes, c'est important, tu l'as déjà dit.
La réponse, elle est dans les textes que j'écris pour le Crew, et elle est toute simple : qu'est-ce que tu veux qu'on foute d'autre ? Tu trouves vraiment qu'on nous a fait une place, ici ? Mais ici, Bro', quand t'as vingt ans, tu fais flipper tout le monde ! Tu sers à rien, les vieux veulent juste que tu te tiennes tranquille.

Ici, quand t'as vingt ans, t'as fini les études. On t'a bien bourré le crâne avec tout ce qui a pourri le monde, la famine, la guerre, les maladies, rien que d'entendre leur nom ça te fait frôler l'overdose.
On t'a expliqué en détail qu'on a rasé les dernières forêts tropicales pour faire pousser du soja transgénique et des palmiers à huile. On t'a montré comment la chimie lourde permet de nourrir les élevage industriels, et combien c'était nécessaire vu le désert que c'est devenu partout, jusqu'au fond des mers.
Tu connais par cœur le réchauffement climatique, la disparition des banquises, l'élévation du niveau des mers, les inondations géantes ici, la sécheresse et la désertification ailleurs, les cyclones, les ouragans, les tempêtes, etc.
On a grandi avec ça et c'est devenu tellement banal aux infos que maintenant on dresse à peine l'oreille. En dessous de mille morts, on n'en cause même plus.

On t'a expliqué que le pétrole et le gaz, c'est foutu, y'en a plus pour nous, mais qu'on peut encore se lâcher sur le charbon et les hydrates de méthane, tout au fond des océans morts.
On te dit que même un truc aussi basique que l'eau douce est en voie d'épuisement, mais seulement pour ceux qui ne peuvent pas s'offrir des usines de dessalement. Bon, pour l'eau de mer, faut rester sérieux : même avec les meilleurs experts du monde, on en viendra jamais à bout.

Mais quand elle t'apprend tout ça, l'école, elle fait toujours gaffe à ne jamais aller jusqu'au bout des raisonnements : 1) on fait peur aux gentils élèves 2) voilà la solution miracle qui débarque en fin de paragraphe.
Eh oui, gentils élèves, fort heureusement la conférence internationale de Machin ou le protocole de Truc ont cerné le problème et y apportent des premiers éléments de réponse.
Ah ben, tout va bien alors ... parce que si la conférence de Machin a cerné le problème, on peut continuer à dormir tranquille.
Tout un tas de gens intelligents et compétents pensent pour nous, et c'est même leur boulot. On n'a plus qu'à faire semblant de croire qu'ils vont sauver la planète, et nous avec.

Anesthésie générale ? Ou alors, un vaccin peut-être : on t'inocule une dose inoffensive de toute la saloperie du monde, petite poussée de fièvre adolescente, manifs, grèves, caillassages de flics, barricades et caisses qui brûlent. Ensuite, prêts pour le grand bain de merde.
Le vrai, celui-là. Celui dont on ne doit surtout pas avoir l'envie de sortir .
Et si c'est ni une anesthésie ni un vaccin, c'est peut-être une euthanasie, alors ?

Pour les crevards qui sont au pouvoir, les politicards et les actionnaires, y'a une solution très simple à tous les problèmes : faut de la croissance. De la croissance, y'en a jamais assez !
Ils ont réussi à faire gober à tout le monde que c'était la clé du bonheur. Moi, je suis pas allé à l'université, parce qu'un mec du ghetto qui va sur le campus ça se fait pas, tu vois, mais j'ai quand même appris quelques trucs.
Mes potes, ils me comprenaient pas, mais moi je trouvais ça intéressant, l'école.

Par exemple, j'ai appris que cette croissance qu'on vénère pire qu'un dieu, c'est juste la croissance des échanges marchands. Si je bouffe des légumes aux pesticides ou de la viande gavée d'hormones, c'est nickel pour la croissance. Et si je chope un p'tit cancer, sûr que je vais claquer tout mon fric pour sauver ma peau, et du coup ça fait plein de taf pour l'industrie pharmaceutique ou les fabricants de matériel médical, parce que ouais, c'est ça qui est beau : aujourd'hui, même un mec du ghetto peut vivre assez vieux pour se payer son cancer.
Et quand je crève finalement, c'est encore bon pour la croissance, celle du marché des soins mortuaires avec thanatopraxie de luxe s'il vous plaît, et un bel enterrement et puis tous les accessoires qui vont avec : « A mon frère adoré », «  A mon fils chéri » …
Putain, mec, tu y as déjà pensé, à ça ? Y'a des gens, leur job c'est surveiller des robots qui fabriquent à la chaîne des couronnes en plastique avec « A ma mamie adorée » écrit dessus ! Ils vivent de ça, je veux dire.
Ça brasse un fric phénoménal. Et y'a des designers qui planchent là-dessus hyper sérieusement, qui sont tout fiers de t'inventer des tas de produits dérivés pour personnaliser la prestation, genre que tu te sentes unique dans ta mort.
Ton cadavre, mec, tes quatre-vingt-dix kilos de barbaque pourrissante, ça fait encore bander les pros du marketing ! C'est pas taré, ça ?

Mais évidemment, pour « soutenir la croissance », comme ils disent, il faut que la consommation augmente. Et la consommation de tout ce qui peut se consommer, sans faire son difficile, même si parfois faut se boucher un peu le nez.
Par exemple, pour la drogue ou le sexe, on dit jamais « commerce » : le mot, c'est « trafic » parce que faut avoir l'air de condamner, quand même.
Le commerce, c'est beau, mais le trafic, attention c'est moche.
Pourtant, c'est aussi des échanges marchands, non ? Et les faux culs avec leurs airs de dégoûtés font pas grand-chose pour les supprimer, vu que la drogue et le sexe, c'est aussi de la croissance.

Et pareil pour les « trafics » d'organes ou de déchets nucléaires. Ou pour les armes, qu'on vend aux gueux des pays du Sud pour qu'ils continuent de s'étriper calmement dans leur coin.
Ça donne cinquante guerres de « basse intensité » qui ravagent la planète, mais qui maintiennent des centaines de milliers d'emplois dans les pays du Nord.
Et c'est encore super pour le taux de croissance.

Alors bien sûr, la quête perpétuelle de la croissance et de la consommation débouche sur l'échec perpétuel. La société de consommation, ça n'a jamais eu pour objectif de rendre heureux, tout le monde le sait ; y'a que le dépit, l'ennui ou l'insatisfaction qui poussent à l'achat.
Un bon consommateur, c'est d'abord un consommateur malheureux.
Et ce qui est fort ,c'est que le malheur créé par la consommation est encore bon pour la consommation : les labos vont pouvoir te gaver de pilules et de patchs. Des tranquillisants, des anxiolytiques, des antidépresseurs comme si ça pleuvait, la dépendance est devenue pathologique, mais là on a le droit de dire « commerce », c'est légal, tu comprends.
C'est même une question de santé publique. Faut tout faire pour maintenir le consommateur en vie.
Et surtout, combattre le fléau du suicide, parce que là, c'est sûr, une fois que ton agonie a permis d'employer du personnel en réanimation, qu'on t'a acheté une belle cérémonie d'enterrement et que tu commence à puer grave dans ton cercueil en chêne avec dorures, là, c'est sûr : quelle peut-être désormais ta contribution à la croissance ?

Tu vois, quand t'as compris ça, la défonce c'est tout ce qui te reste pour ne pas finir dingo. Tu te souviens encore de Matrix ? En fait, c'est exactement le contraire : la matrice, c'est la société, et c'est elle qui te bouffe vivant. Sauf qu'on l'appelle pas « la matrice », parce que c'est un nom qui fait peur.
On a trouvé plus poétique, aérien, innocent, une image positive : le Cloud, évidemment.
Le gentil nuage qui est là pour t'assister au quotidien, qui te garantit l'interconnectivité totale.
Mais le Cloud, il a besoin de te connaître … Et pour te connaître ça il te connaît bien !
Toute ta misérable vie est répertoriée dedans, saucissonnée en autant de rubriques qu'on peut se poser de questions à ton sujet. Y'a toute ton histoire, quasiment minute par minute.
Le Cloud, c'est l'œil de Dieu qui te suit partout.

Mais la vraie question, c'est qui est Dieu ? Est-ce que ça n'est pas seulement un putain de système qui tourne tout seul, et que seules des machines ont encore la faculté de piloter ? Qu'est-ce que je représente, moi, là-dedans ? Comment le système me voit-il ? Comme un consommateur ? Comme un possible facteur de troubles ? Ou comme une banque d'organes qu'il faut tenir à jour ?

Alors, c'est vrai, y'a plus que les illusions pour tenir le coup. Je veux dire, je sais que je suis pas libre, à aucun moment. Je sais que les métavers ou la RealiSim, c'est du préformaté donc je pourrai pas m'évader.
Je suis un prisonnier, je l'oublie jamais.
Mais la défonce à la réalité virtuelle me permet enfin d'oublier pour un moment que je suis rien d'autre qu'une tête de bétail.
« Bienvenue au village, Numéro 2 ! ».
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HarioutzHarioutz   11 juillet 2019
Après le café, on a tous préparé nos armes. Pour ma part, j'avais repris mon habituel Glock 34, assorti d'un petit Walther P22 pour les cas d'urgence.
Linnzi, toujours excentrique, avait parié qu'elle s'en sortirait avec un Taurus 444, une horreur qui pèse une tonne et fait un boucan à vous éclater les tympans, sans compter que le barillet n'a évidemment que six coups.
Pam et Nelson avaient donné dans du classique avec de bonnes vieilles Kalach'.
Le must, c'était Graham … Avec son Magnum à la ceinture, riot gun à l'épaule, et dans les mains un MP5 de deux fois trente coups, on flairait le novice … Le pauvre gars en avait pour sept à huit kilos sur le dos !
Avant de nous mettre en route, je lui ai gentiment fait remarquer que trimbaler cet attirail allait lui donner très chaud, et puis je lui ai souhaité de ne pas avoir à courir avec ça. Bien sûr, il n'a rien voulu entendre.

Dehors, on n'a pas tardé à comprendre que c'était un week-end de grande affluence : tout le French était bourré d'une foule armée jusqu'aux dents.
Des gens normaux comme nous, équipés avec du léger pour pouvoir bouger vite, et puis des fondus du gros calibre qui ployaient sous d’énormes fusils-mitrailleurs, les bandoulières de cartouches sur leur torse luisant.
En un mot, le genre de crétins bodybuildés et creux du bulbe qui passent rarement la matinée du samedi : ils épuisent leurs cartouches en une heure ou deux ; ensuite, ils se font très vite choper et ils réalisent seulement à ce moment-là qu'ils ne vont pas en avoir pour leur argent. Souvent, ces demeurés ne reviennent jamais.

Voir autant de visiteurs était à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Le bon côté, c'est que lorsque les clients sont aussi nombreux, la direction leur en met plein les mirettes. Il en faut pour tout le monde, vous comprenez, alors ça déboule comme s'il en pleuvait, le grand spectacle garanti.
Au bout de deux jours, ça se termine en général par des scènes de massacre frénétiques qui exigent un estomac bien accroché (sans doute pas pour rien qu'on vous réclame un électrocardiogramme récent avant de vous vendre un billet …).
Le mauvais côté, c'est que dans ce genre de boucherie, on a très peu de chances de rester indemne jusqu'à l'aube du lundi. En clair, n'espérez pas trop décrocher le remboursement de votre séjour, malgré tout ce qu'en dit la pub.

…/...

Pour en revenir à ce samedi-là, on a tout de suite su que la journée serait mouvementée. Personne n'en a rien dit à Graham : c'était sa première fois, on n'allait pas lui gâcher son plaisir. De fait, on avait à peine traversé Ursulines Avenue que les premiers coups de feu ont retenti du côté du fleuve.
Des armes de poings en tir isolé, tout d'abord, puis les rafales hachées d'un PM. Et bientôt (j'ai eu du mal à le croire) le martèlement sourd et monotone d'une véritable mitrailleuse, genre MG43, rien que ça !
Tous ces nerds incultes et décérébrés !
Excusez-moi, mais quand on vient ici, c'est aussi pour retrouver La Nouvelle-Orléans d'autrefois, celle d'avant Katrina et Ziggy.
Alors quand je vois ces rues et ces façades somptueuses dévastées à l'arme lourde par des tarés du carnage virtuel, j'ai du mal à rester calme.
Au passage, voilà justement un inconvénient supplémentaire de la foule : il faut y supporter la présence des cons. Ça ne vous étonnera d'apprendre que c'est souvent sur eux que j'ai envie de tirer. Malheureusement, vous le savez, ça ne donne aucun résultat.
Du coup, quand il y en a un qui m'est réellement insupportable, j'essaie de me débrouiller pour qu'ils se fasse coincer très vite. C'est assez facile et plutôt amusant, mais il vaut mieux quand même éviter de tomber sur un véritable abruti : une fois qu'il est « mort », plutôt que de suivre les consignes d'évacuation du site, il pourrait très bien décider de retirer son casque pour venir vous casser la gueule.
Ça lui serait d'autant plus facile qu'il vous voit toujours, alors que vous, dans la simulation, vous ne voyez plus que son cadavre immobile …
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HarioutzHarioutz   10 juillet 2019
"T'en as vu assez pour ton rapport ? a demandé Niklos avec un mouvement de tête vers la ville en flammes.
- Je m'en contenterai, ne t'inquiète pas. Je ne vais pas vous retarder davantage.
- Et qu'est-ce que tu en penses ?"

Nous avons laissé passer un homme transformé en torche vivante, qui coupait la rue dans d'atroces hurlements.

" Les décors et les personnages que j'ai vus sont crédibles, assez proches de ce que j'avais préparé. Le déroulement de l'action est un peu trop resserré dans le temps mais je suppose que c'est voulu ?"

Niklos s'est tortillé, vaguement embarrassé.

" Ecoute, Julia, dans ton projet, c'était beaucoup trop long avant l'éruption. Tu sais, les couillons qui accepteront de cracher leurs deux cents tickets ne se déplaceront pas juste pour admirer une ville romaine où il se passe rien !
- Je sais ... Moi, c'est justement ce que j'aimais : une petite ville romaine bien tranquille, où on aurait pu vivre quelques heures ... Loin de toutes ces saloperies, avec juste du soleil et la vie de tous les jours. Sans le Vésuve derrière.
- Franchement, je crois que ça n'aurait intéressé personne d'autre que toi ...
- C'est bien possible ... Enfin bref, dans les trucs que tes développeurs peuvent reprendre, j'ai repéré quelques boucles séquentielles trop courtes. Un spectateur qui s'attarde risque de percevoir la répétition.
- Là-dessus, tu verras avec Batisti. Quoi d'autre ?
- Le mois d'août italien était bien plus chaud que ça, en 79 après J.-C.
- On s'en fout Julia. Qui le sait, à part quelques spécialistes qui ne foutront jamais les pieds ici ? La température ambiante ne doit pas dépasser vingt-neuf, question de confort du client. On monte à trente-huit pendant le passage de la nuée ardente, c'est-à-dire moins d'une minute, et on plafonne à trente-cinq au voisinage de la lave.
- Une nuée ardente, c'est censé faire dans les quatre cents degrés ...
- Mais au-dessus de trente-six, on a des risques de malaises cardiaques chez l'obèse du troisième âge. Sconi n'a pas envie de se ruiner en procès suite à des problèmes médicaux, et encore moins avec des décès de clients. T'imagine la pub ? Tu pourrais dire adieu à ta prime d'intéressement ...
- Laisse tomber ... Dernier point, mais tu ne voudras rien y changer : la via Abundantiae était alignée d'est en ouest. Elle ne risquait pas d'être prise en enfilade par une nuée ardente qui dégringolait du nord.
- On a modifié ça volontairement. C'était la rue la plus facile à mettre en scène, avec le forum. Et ce que le spectacle exige ...
- J'ai toujours su ce que le spectacle exigeait. Ca n'empêche pas que tous vos tripatouillages commencent à m'emmerder."

Nous sommes repassés sous la porte Marina, avant de redescendre en silence vers la mer.
J'ai eu un dernier regard pour le spectacle de cette baie maintenant défigurée. Les premières coulées de lave faisaient bouillonner les flots, avec des panaches de vapeur qui se mêlaient aux nuages de cendres. Trois navires en feu dérivaient vers la côte, un quatrième s'efforçait désespérément de gagner le large.

Plus aucune trace du soleil ni du ciel. Rien que le tableau saisissant d'une mer grise sous une voûte de suie. Une image de fin du monde.
Parvenue au portail d'entrée, j'ai retiré le harnais bardé de senseurs, et déconnecté mon casque RealiSim. Comme à chaque fois, mes yeux ont eu du mal à accommoder sur la vision lointaine, mais je sais maintenant anticiper le vertige.

Pompéi III a retrouvé son véritable visage, celui que personne n'aura jamais envie de voir : un hangar de douze hectares où, sous la lumière crue des projecteurs suspendus dans les poutrelles, des murs en béton nu dessinent le tracé presque exact des rues et des demeures.
Sur ce squelette, des milliers de capteurs, de projecteurs hologrammétriques, de diffuseurs thermiques, olfactifs ou sensitifs, sont chargés de reconstituer la chaire de la cité morte.

Tous les personnages et figurants se sont évanouis comme autant de fantômes dissipés par l'aurore, réintégrant leur sommeil de silicium.
Niklos a perdu sa tunique et toute prestance pour retrouver ses vieux baggys et son tee-shirt 6XL.
Niklos fait partie de ces gens qui rêvent d'un traitement numérique permanent de leur image. Par malheur pour lui, c'est encore hors de portée de sa bourse.
Aussi, quand la technologie s'éteint, le désastre du laisser-aller oblige à détourner le regard.
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HarioutzHarioutz   14 juillet 2019
Au cours des premières années du XXIe siècle, les élites économiques du globe étaient obnubilées par une double évolution : l'augmentation inexorable de la population mondiale rapportée au déclin tout aussi inexorable des ressources disponibles.
Les politiques antinatalistes des pays du Sud avaient échoué. Les plus efficaces n'avaient réussi qu'à freiner la croissance démographique sans parvenir à l'interrompre, et la prévision de dix milliards d'hommes pour le milieu du siècle c'était peu à peu transformée en une hypothèse basse.

A la fin de 2010, l'Agence internationale de l'énergie confirma que le fameux pic de production pétrolière avait été atteint quelques années auparavant. L'extraction de brut ne pouvait plus dès lors que stagner, puis décliner de façon irrémédiable, malgré la découverte de derniers gisements marginaux et l'exploitation effrénée des pétroles non conventionnels.
On constata que le même processus de raréfaction affectait la quasi-totalité des minerais, ce qui rendait impossible tout retour à une prospérité économique durable.
Depuis la fin du XXe siècle, la finitude des ressources terrestres était devenue une notion à la mode ; elle accéda brutalement au rang de réalité concrète.

La pression démographique basculait au-delà du soutenable ; la mutation climatique accélérait le progrès de la désertification et la submersion des plaines littorales, autrement dit la raréfaction des sols cultivables ; les inégalités de développement étaient plus criantes que jamais, provoquant des mouvements migratoires massifs au Sud tandis que les politiques du Nord se faisaient de plus en plus autoritaires.

La part d'équation relative aux ressources disponibles ne pouvant être réécrite, les meilleurs spécialistes envisagèrent alors de restreindre la demande.
Incarnant à la perfection le cynisme et l'égoïsme de l'oligarchie capitaliste, le Club Troisième Millénaire décida pour sa part d'aller vite, de frapper fort et de ne pas s'encombrer de processus démocratiques obsolètes. La seule direction qu'il retint passait par une réduction drastique de la population mondiale.

Le conflit nucléaire ou la pandémie organisée furent jugés difficilement contrôlables est trop déstabilisateurs. Aussi, les investissements du Club se tournèrent vers de multiples projets de physique fondamentale. En apparence, ils semblaient très éloignés des préoccupations de l'organisation.
En apparence seulement, car le Vortex est né de tout cela.

Le vortex est la créature des oligarques. Il est la réponse des puissants à la crise des ressources.
C'est un piège tendu aux faibles, aux pauvres et aux naïfs pour les pousser à quitter volontairement notre monde.
C'est le moyen choisi pour un abominable génocide qui n'ose pas dire son nom et qui a été pensé pour ne laisser aucune trace de ses victimes.

Le devoir de tout citoyen est de combattre cette évolution.
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HarioutzHarioutz   12 juillet 2019
Qui aurait pu imaginer, au tournant du siècle, que cette mutation de la RealiSim proviendrait de l'association d'une vieille banque helvétique telle que la Siegwart et d'un groupe à l'agonie comme Warner ?
Qui aurait prophétisé que la Siegwart-Warner allait bouleverser ainsi l'économie mondiale des loisirs ?
A l'époque, souvenez-vous, on ne jurait encore que par la console de jeu vidéo.
L'aventurier du virtuel avait pour portrait-robot un geek obèse au teint blafard et aux yeux rougis. C'était le temps où les naïfs auguraient à l'envi que le Web allait inventer de nouveaux modes de sociabilité : Second Life, Facebook, Twitter, les MMORPG, et toutes les nooniaiseries du même acabit.
C'était le temps de la protohistoire, le bouillon primordial où mijotaient des créatures aussi éphémères qu'inorganisées.

Et puis vint l'ère de la structuration techno-économique, dont le noyau initial s'agrégea autour de Google. Dans le domaine des espaces virtuels, l'émergence des concepts dominants se trouva précipitée par des politiques de développement agressives, comme le fut alors celle de la Siegwart-Warner. Sans elles, la RealiSim n'aurait peut-être jamais vu le jour, en tout cas pas si vite et pas sous cette forme.
Le résultat est connu. En moins d'une décennie, il devint impossible d'évoquer le phénomène sans pouvoir faire l'économie d'un obsédant qualificatif : la RealiSim était « révolutionnaire ».

Les révolutions, cependant, sont rarement attendues, et force est de reconnaître que celle-là ne surprit à peu près personne. De fait, nul avènement dans l'histoire n'aurait su être plus prévisible, tant il constituait la poursuite logique – et à bien des égards implacable – des tendances maîtresses qui se manifestaient depuis le tournant du siècle.

Jamais la RealiSim ne se prétendit capable de réenchanter le monde, et nul n'aurait d'ailleurs songé à lui en demander autant. Elle fut accueillie, modestement, comme la continuation bienvenue de ce mouvement profond qui s'efforçait d'arracher l'être à la réalité prosaïque d'un quotidien oppressant.
L'homme avait rompu son lien avec la nature, dont l'agonie échapperait bientôt à toute tentative de contrôle ; l'homme avait également épuisé sa foi en l'artifice social, et celui-ci se délitait sous ses yeux.
La RealiSim lui offrit le plus rassurant des subterfuges, laissant croire que l'on pouvait sortir de soi-même sans devoir se confronter à l'autre.
Elle apparut comme l'ultime échappatoire au chômage, à la laideur, à la violence, à la solitude et à ces risques non maîtrisés qui écrasaient nos existences sous la tyrannie de la peur.
Elle avait l'apparence honteuse d'une fuite hors du réel : pourtant, qui pouvait nier que tout nous y avait conduits ?
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