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EAN : 9782268076430
268 pages
Éditeur : Les Editions du Rocher (22/01/2015)
4.4/5   5 notes
Résumé :
Le « populisme » évoque un courant d'opinion fondé sur l'enracinement (la patrie, la famille) et jugeant que l'émancipation (mondialisation, ouverture) est allée trop loin. Si le « populisme » est d'abord une injure, c'est que ce courant d'opinion est aujourd'hui frappé d'ostracisme.

Cet ouvrage a pour but de montrer sur quoi repose cet ostracisme, ses fondements et ses arguments. Et les liens entre le peuple et l'enracinement, entre les élites et l'é... >Voir plus
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
EricBEricB   18 décembre 2015
On peut se demander pourquoi la réaction contre l'idéologie des Lumières, contre la conceptualisation émancipatrice, surgit précisément dans les milieux populaires. Il faut dire tout d'abord que cette réaction surgit, en réalité, partout, y compris chez nombre d'intellectuels dont on pourrait citer une longue liste. Mais ceux-ci se heurtent immédiatement à la force irrépressible de la pensée émancipatrice qui, à la manière d'un torrent, fustige tout ce qui la renie d'un iota, et traite d'idiots ses détracteurs. Le courage ne caractérise pas généralement les intellectuels qui ne possèdent comme patrimoine que leur réputation, et le regard porté sur eux par leurs concitoyens. Aussi, si quelques voix s'élèvent dans ce sens, elles demeurent solitaires et vite marginalisées, donc bien incapables de fonder de véritables courants de pensée, encore moins de créer des écoles de pensée. Tandis que les milieux populaires ont la verve plus facile quand il s'agit de s'indigner contre les puissants, et ne payent guère tribut à la mode de la pensée. C'est pourquoi ils craignent moins de dire ouvertement ce qu'ils ressentent, et apparaissent vite comme les seuls trublions dans un monde dominé par l'hégémonie sans faille d'une seule certitude.
Mais derrière se cache une explication plus profonde. Jamais un peuple ne se soulève au nom d'un concept. Il est trop lié à la vie et ne comprend que la vie. Il ne peut défendre des idées que si celles-ci répondent aux exigences de la quotidienneté. Les concepts ne l'intéressent pas, ni les grands récits, et c'est seulement par tromperie qu'on peut les lui faire adopter. Les idéologues de l'universel ont dû constamment, pour se rallier les peuples, avancer des arguments particuliers derrière lesquels se dissimulait leur doctrine. Staline lui-même a usé et abusé de l'argument nationaliste, et Mao en a fait autant. Dans les pays où il n'était pas au pouvoir, et où par conséquent il lui fallait convaincre, faute de pouvoir terroriser, le communisme, pour s'attirer les peuples, a toujours fait mine de défendre les exigences quotidiennes, au prix de mensonges parfois extravagants.
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EricBEricB   18 décembre 2015
On l'a remarqué : dès qu'un leader politique est traité de populiste par la presse, le voilà perdu. Car le populiste est un traître à la cause de l'émancipation, donc à la seule cause qui vaille d'être défendue. Je ne connais pas de plus grande brutalité, dans nos démocraties, que celle utilisée contre les courants populistes. La violence qui leur est réservée excède toute borne. IIs sont devenus les ennemis majuscules d'un régime qui prétend n'en pas avoir. Si cela était possible, leurs partisans seraient cloués sur les portes des granges.
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EricBEricB   18 décembre 2015
De façon générale, les mouvements populistes combattent moins la démocratie dans son principe que dans ce qu'ils considèrent comme ses perversions : des ententes camouflées là où l'on attend le débat des opinions, une mise au pas du langage là où attend la transparence. Les partis populistes se développent pour réclamer une véritable alternance là où l'alternance démocratique leur paraît trahie. Ils ont le sentiment de se trouver floués par un monopole de fait, dissimulé sous un discours pluraliste. Ce qu'ils demandent, c'est un pluralisme de fait, qui leur permettrait d'exister. On ne peut donc pas dire que ces mouvements souhaitent sortir de la démocratie ni l'effacer : ils souhaitent au contraire y entrer. Ils n'espèrent pas, quoi que l'on dise, abolir les médiations : ils regrettent que les médiations ne leur permettent pas d'exister, et voudraient, eux aussi, être représentés, dans la mesure de leurs forces, et selon les lois du système démocratique.
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EricBEricB   18 décembre 2015
L'éveillé et l'endormi ne sont plus ceux que l'on croit. La pensée de l'émancipation, parce qu'elle est considérée comme un dogme et se déploie de façon univoque, produit l'aveuglement chez ses adeptes. Le détenteur de la culture et des manières, l'homme ouvert au grand large, est devenu un endormi. Car tout ce qu'il a acquis lui ferme en même temps les yeux sur certaines réalités fondamentales : il ne les voit pas parce qu'il pense qu'elles n'existent pas, et que c'est à lui, nanti de sa doctrine, de réinventer la réalité.
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EricBEricB   18 décembre 2015
L'idée même qu'il existerait une limite à l'émancipation sous-entend que l'humanité ne trouvera pas son bonheur dans une liberté et une indépendance poussées jusqu'aux extrêmes. Voilà ce que traduisent les rébellions populistes : l'émancipation se croit sans bornes, mais à son insu elle franchit des bornes, et au-delà se tient l'humanité libérée et souffreteuse. C'est ainsi qu'elle détruit.
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