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EAN : 9782283034613
112 pages
Buchet-Chastel (11/03/2021)
2.74/5   42 notes
Résumé :
« ... demain vos paroles, votre visage et votre silhouette se seront effacés alors je vous inventerai encore, je vous chercherai encore, je vous attendrai ailleurs et nous nous retrouverons comme si jamais nous ne nous étions quittés, vous serez une autre déambulant dans une nouvelle histoire, la même mais au coeur d’une scène différente que je façonne, inlassablement, jusqu’à ce que vous consentiez à m’apparaître... »

Un homme attend une femme qui ne... >Voir plus
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« Les rêveries ne vont pas à la ligne, d'une pensée dépend une autre pensée, une action laisse place à la prochaine (…) je vais à vous venez à moi, les pronoms se confondent, le conditionnel et le futur, seul compte et vit ce que mon imagination crée. (… ) Au fil de mes rêveries je règne en créateur, en juge et maître, je suis l'initiateur et le disciple d'un enchaînement d'épisodes dont vous êtes le personnage récurrent vers qui tout se dirige, mon regard, le vent dans les canyons, les ergs mouvants des déserts, l'assoupissement du soleil, les nappes de brouillard s'extirpant de la lagune, l'écho qui se débat dans la vallée ».

Le narrateur se laisse aller à la rêverie. Il s'adresse à une femme qu'il attend mais qui ne vient pas, peut-être la femme de sa vie, tour à tour appelée Lise comme le subjectif présent du verbe « lire », Sibylle comme la prophétesse, Elpis comme la personnification grecque de l'espoir. Une seule et même phrase sur cent pages, sans point, sans majuscule pour dire l'absence de cette femme fantasmée, insaisissable et inaccessible.

L'idée est forte mais j'ai été très rapidement submergée par un torrent de mots échevelés sans jamais vraiment parvenir à toucher la vérité du texte. J'ai souvent eu envie de dévier, de sauter des lignes même si certains passages ont su m'atteindre notamment dans leur capacité à évoquer la sensualité d'une rencontre et son caractère charnel.

Loïc Demey propose une prose objectivement très belle faite de variations stylistiques virtuoses pour raconter cette errance amoureuse. Il y a également énormément de références érudites, presque un jeu de rappels et d'échos … Verlaine et son rêve familier, Baudelaire et sa passante, Gaston Miron et sa marche à l'amour, Homère, Gaston Bachelard. Et comme fil conducteur, un poète italien ( que je connaissais pas ) Otto Sfortunato. Presque trop de références, plus toutes celles que je n'ai pas perçues ... ludique mais cela m'a encore plus détourné du propos, je crois.

La poésie est sans doute la forme littéraire la plus exigeante car elle fait encore plus appel à notre sensibilité intérieure pour entrer en résonance avec la proposition de l'auteur. Malgré ses qualités formelles, clairement, cette carte du Tendre ne s'est pas imprimée en moi, je le regrette.

Lu dans le cadre des 68 Premières fois 2022 #5
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Il y a des ouvrages que l'on abandonne pour mieux les retrouver et il y en d'autres que l'on lit d'une traite.
Lorsque vous découvrirez Aux amours de Loïc Demey, tout de suite vous serez transportés sur le chemin de la rêverie et votre esprit vagabondera à son tour...
Cet ouvrage poétique demande néanmoins une certaine concentration du fait du choix de l'auteur dans l'utilisation atypique de la ponctuation qui rend Aux amours si particulier.
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Esméralda, Béatrice, Pénélope, Shéhérazade...

En une phrase qui court sur cent pages, Loïc Demey raconte la quête d'un homme pour la femme dont il est épris, la cherche et la rêve. Un premier roman à la fois original et exigeant.

Peut-être avez-vous noté la frilosité des éditeurs à qualifier les ouvrages qu'ils publient. Désormais, on laisse au lecteur le soin de découvrir ce qu'est un roman, un poème en prose, un récit. Cette entrée en matière pour souligner combien Loïc Demey fait preuve d'originalité. Après trois recueils de poésie, il nous offre un premier roman sous forme de longue phrase, de lettre à l'être aimée.
Une quête qui commence par ces trois mots «Où êtes-vous» et va se boucler 100 pages plus loin avec cette même interrogation «où êtes-vous lorsque je patiente aux amours». Constat d'échec à retrouver la femme qui a suscité tant de passion, tant de désir, tant d'envie? Oui et non, car si la belle et sensuelle Lise lui échappe encore, l'auteur aura pu poser sur le papier ce chant d'amour, dire la palette de sensations qu'il éprouve, recherché dans sa mémoire tous les petits détails qui racontent leur rencontre, des couleurs du papier peint à la température qu'il faisait et de sa façon de se vêtir au paysage traversé.
Certes, il faut se laisser happer par ce texte qui devrait dérouter plus d'un lecteur, mais si l'on plonge, alors l'exercice est aussi vivifiant qu'une traversée en apnée. Un exercice qui nous offre aussi de suivre les circonvolutions d'un cerveau qui, pour ne penser qu'à une seule chose, voit cependant affluer de nombreuses images, rêves, envies. Oui, Lise est une fête, oui, Lise est un fantasme, oui, Lise est le creuset de l'imagination de cet amoureux transi.
Un amoureux qui pourrait bien être le héros malheureux d'un opéra, d'un drame transposé en Italie ou il répondrait au nom de Sfortunato, et après avoir vidé deux bouteilles de vin, n'hésiterait pas à «échanger son âme contre un morceau de son ombre» pour enfin pouvoir approcher sa dulcinée, la jeune femme blonde à la robe en coquelicots, et alors se voir incapable de prononcer un mot. Un malheur qui va alors le plonger dans le désespoir. Jusqu'à ce que l'imagination ne reprenne le pouvoir.
Car on peut aussi lire cette phrase comme un hommage à l'art qui permet de transcender la douleur, à la littérature qui ouvre la route des possibles. Si Lise est insaisissable, alors elle peut aussi devenir une autre héroïne, Esméralda, Béatrice, Pénélope, Shéhérazade...
«Du plus loin que vous êtes je crois à votre venue, j'inventorie chaque signe mouvant du panorama, je veux dire les lieux prétendus de mon corps que vous habitez, l'endroit de ma pensée où vous résidez, j'espère ainsi qu'on espère sous le ciel dont les étoiles déjà ont succombé au temps, déjà se sont endormies lorsque leur brillance nous atteint, nous affecte et nous console de n'être que des grains façonnant un rocher sublime».


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L'imagination de l'auteur nous emmène dans une déambulation entre un homme qui espère rencontrer une femme et ce sera un rendez-vous manqué. Il espère, mais ce n'est qu'une illusion. Tout peut arriver. Cet homme attend l'amour et cela se ressent. Un récit plein d'amour qui nous permet de rêver comme l'auteur. Les mots se répondent et la liberté est présente.
Un récit intérieur où l'on se laisse porter par cette poésie et par les mots. Un monologue fait d'une seule phrase, qui se lit en une seule fois, pas d'arrêt, ce livre se laisse lire d'une seul traite. Là cet homme, nous fait part de ses sentiments amoureux, de ses déambulations et de ses rêveries.
J'ai bien aimé l'écriture de ce livre ainsi que la poésie et ses mots. On aurait envie de lire cette histoire à voix haute car les sentiments se mêlent et s'entremêlent pour notre bonheur.
Merci aux 68 Premières fois et aux Éditions Buchet-Chastel qui m'ont permis de découvrir ce livre.
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J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère ?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
À se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
À toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui comptes aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.
Robert Desnos, À la mystérieuse in Corps et Biens, 1930

❝ j'ignore quelle est la prosodie de votre accent, si vous utilisez cette langue qui est la mienne jusqu'alors impuissante à susciter votre apparition, je ne fais que vous ébaucher, que vous bredouiller et je crains qu'à l'heure de notre confluence nous ne soyons pas en mesure de nous comprendre, mais dissipons cette inquiétude, ne nous attachons guère à ces menues vétilles, dans le cas où notre conversation trébucherait nous n'aurions qu'à nous servir du langage des merles et de l'alizé❞

Aux amours : portrait de l'amoureux en aventurier solitaire des mots et du temps long.
De moins en moins rares sont les livres dont le dispositif expérimental bouleverse nos habitudes de lecture, et c'est très bien. Ni roman ni poème, mais longue phrase qui prend son temps, le savoure même, qui déambule sur une centaine de pages où seules les virgules - à foison - ponctuent un (af)flux hésitant entre romanesque et poétique que rien ne semble vouloir contenir.

Un homme attend une femme qui tarde à venir à lui, mais se sait-elle attendue ?
Loïc Demey écrit l'attente, les minutes qui enflent, le temps qui s'étire et se déplie en une unique phrase. Privée de ces outils minuscules qui d'ordinaire lui donnent sa forme et son rythme, elle n'a de cesse de repousser le point final qui, perfide, mettrait un terme à sa rêverie. Oui, chez Loïc Demey, la phrase rêve et devient la forme incarnée du temps, tout en étant au plus près de ce que Jean-Michel Maulpoix appelle un no man's time. Pas simple, mais pas contradictoire pour autant !

❝ une sensation ne sera jamais transposable en chiffres et en lettres, la séquence écoulée, dans son intégralité ou partiellement, la suivante débute sans transition ni raison ni ponctuation et pour retranscrire davantage de justesse mon impression même si la recherche d'une exactitude demeure vaine une question pourrait être formulée de cette manière n'ouvrons pas les guillemets préférez-vous que je vous attende ici ou aimeriez-vous que je vous attende ailleurs ne fermons pas les guillemets et allons à la ligne pour entamer un paragraphe ne débutant pas par un alinéa et sans majuscule une nouvelle idée parfoismêmesansespace mais, à bien y réfléchir, les rêveries ne vont pas à la ligne❞

Non, inutile de prendre une grande inspiration, laissez les mots venir à vous, offrez-vous à eux comme on offre son visage au soleil printanier : abandon et ravissement. La phrase rêvasse (le mot n'est certes pas joli mais dit assez bien cette rêverie sommeillante), elle a la lenteur évanescente qui sied à l'attente de cette femme ❝ fantomale❞, et prend des détours, somme toute peu pressée de gagner l'issue. Nulle urgence, nulle logorrhée. La lenteur engourdie fait bâiller le temps, car le plaisir n'est pas que dans l'attente, il est aussi dans les méandres de la pensée, dans ce qu'elle dévoile et ce qu'elle tait.

❝ What matters is precisely this; the unspoken at the edge of the spoken.❞
Virginia Woolf, A Writer's Diary, 21st July 1912

❝ demain vos paroles, votre visage et votre silhouette se seront effacés alors je vous inventerai encore, je vous chercherai encore, je vous attendrai ailleurs et nous nous retrouverons comme si jamais nous ne nous étions quittés, vous serez une autre déambulant dans une nouvelle histoire, la même mais au coeur d'une scène différente que je façonne, inlassablement, jusqu'à ce que vous consentiez à m'apparaître❞

L'écriture de Loïc Demey est une effeuilleuse. Il y a la richesse sensuelle de la langue, dans les mots choisis, dans les adjectifs et compléments de nom qui marchent à leur côté

❝ vos affirmations suffiront à rendre ma nuit placide et l'avenir affable, l'éternité cordiale, cet instant inoffensif, la joie leste et les affres discrètes parce que je doute, Lise, permettez-moi dans le cadre exclusif de cette lettre que je déposerai, ne sachant par l'entremise de quels vents l'expédier et à quels yeux l'adresser, sur le guéridon du vestibule, à côté du téléphone et sous ma clé de voiture, acceptez sans opposer de résistance, parmi les mots impétueux de cette lettre et seulement ici que je vous attribue cette identité exprimant la plénitude et le serment, ce prénom aux consonances de sable mouvant, il vous ira si bien, ma chère Lise, ma bien-aimée Lise, ma Lise évanescente et fugitive❞

dans leur agencement inédit pour demeurer liés à cette femme blonde à la robe aux coquelicots par un précieux cordon de signes

❝ je ne sais rien de vous ne connaissez rien de moi❞

et la faire voyager dans l'❝ univers en émanation❞ cher à Gaston Bachelard.

Cette attente est un moment de calme partagé, un temps d'intimité heureuse, d'une présence malgré l'absence, et l'ébranlement que, malgré tout, provoquerait l'irruption de Lise (joli prénom pour l'hypothétique lectrice de la lettre) dans un processus créatif jalousement gardé.

❝ seul compte et vit ce que mon imagination crée, une feuille de platane descend la rivière, à hauteur de l'îlot le courant l'entraîne à gauche, lui fait prendre ce bras d'eau plutôt que l'autre, la feuille se pose un instant sur la rive puis récupère le cours des flots, vous êtes allongée sur cette feuille et vous considérez longtemps le ciel en déplaçant les étoiles, vous remaniez à votre guise l'agencement des constellations, l'ordre et le tourbillon du cosmos, et je discerne la déraison de votre comportement, invraisemblable, insensé, vous redessinez l'espace et dans mes songes personne n'a le courage ni l'insolence de me contredire, au fil de mes rêveries je règne en créateur, en juge et maître❞

La phrase vague et divague, s'en va même naviguer sur d'autres textes, plus classiques, dont les voix racontent elles aussi les frissons sensuels d'amours improbables, exacerbés par l'attente interminable :

❝ c'était elle, il ne s'était pas trompé, magnifique et rayonnante, la chevelure exubérante, bouclée, un visage harmonieux fait de traits délicats, c'était elle et pourtant tout l'amour qu'il avait accumulé venait subitement de se dissiper, c'était elle et pour elle il ne ressentait rien. Otto Sfortunato era innamorato di un'ombra❞

Ombre ?
Illusion ?
Vide abyssal creusé par cette Arlésienne que Loïc Demey tente de faire venir à lui et qui ne viendra pas, préservant son mystère qu'il eût été dommage de ne pas garder intact. La phrase est partie à l'aventure et le point d'interrogation sur lequel elle vient buter n'est pas un point final. Elle m'a ramenée à l'un des chocs littéraires de mes années d'étudiante, une autre très longue phrase (une soixantaine de pages), lue il y a longtemps, celle de la nuit juste avant les forêts (Éditions de Minuit, 1988). Bernard-Marie Koltès y fait parler un jeune homme qui tente de retenir quelques heures, dans les rets des mots, un inconnu qu'il vient d'aborder dans la rue un soir où il est seul, effroyablement épouvantablement, atrocement seul. C'est d'une poésie crue, douloureuse, âpre, aussi éloignée que possible de la sensualité de la lettre que confie Loïc Demey à la douceur d'❝ un rouleau de papier bouffant❞. Pourtant, comme Koltès avant lui, Demey lance des filets de mots qui palpitent pour que s'y raccroche ❝ l'amour - ce versant escarpé de la solitude❞ (Christian Bobin, L'Éloignement du monde).

Lisez ce texte à voix haute pour connaître la joie d'exprimer toute la beauté de ce voyage intérieur qui parle d'amour autant que de solitude.

Lu dans le cadre de la sélection 2022 des #68premieresfois
Lien : https://www.calliope-petrich..
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critiques presse (1)
LeFigaro
22 avril 2021
Le récit d’une quête intérieure écrit dans une prose poétique éblouissante.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Il s'agit de professer coûte que coûte l’inconcevable pour un jour se donner raison, esquisser notre vie, la prévoir, l’agencer pour se préparer à la recevoir, ainsi se vérifient les prodiges et les vœux ressassés, du plus loin que vous êtes je crois à votre venue, j'inventorie chaque signe mouvant du panorama, je veux dire les lieux prétendus de mon corps que vous habitez, l’endroit de ma pensée où vous résidez, j'espère ainsi qu’on espère sous le ciel dont les étoiles déjà ont succombé au temps, déjà se sont endormies lorsque leur brillance nous atteint, nous affecte et nous console de n'être que des grains façonnant un rocher sublime p. 95
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(Lespremières pages)
Où êtes-vous, je veux dire à quel endroit, dans quelle ville, vers quelle maison de quel quartier de cette ville, je veux dire le nom du passage, de la placette, de la rue que regardent vos fenêtres, chemin du Désert, avenue Louise-Labé, allée de la Muette, je veux dire le numéro bis ou ter de cette habitation, les coordonnées géographiques, la longitude précise et la juste latitude, l’altitude circonstanciée, la température moyenne en été, la proximité ou non de l’océan, la compagnie éventuelle des montagnes, d’un ruisseau masqué sous une natte de roseaux à massette, l’horizon chatoyant des champs de colza, d’une roseraie buissonneuse, d’un gisement de jacinthes sauvages, je veux dire les pigments de la façade et des contrevents, le vernis craquelé de la porte d’entrée, le toit en tuiles ou paré d’ardoises, un petit jardin à l’arrière ocellé de bosquets de pivoines rouges, une terrasse couverte de caillebotis, l’ombre d’un acacia et sans doute n’y suis-je pas du tout, je me perds en erreurs parce que vous vivez dans un immeuble de quelques étages, trois ou quatre sans ascenseur, vous louez un appartement prolongé d’un étroit balcon sur lequel vous avez installé une table, deux chaises en vis-à-vis et des pots de fleurs, des impatiens, des pétunias, des bacs où grandissent des herbes aromatiques, thym, estragon, basilic, je veux dire une maison ou un appartement, les paysages qui s’étendent autour et pas seulement, aussi la partie de ce logement où vous demeurez le plus souvent, votre chambre, la cuisine, la salle à manger, je veux dire le papier peint sans motifs ou la peinture laiteuse des murs, la lame de parquet qui grince au pied de l’escalier, la pose en chevron du carrelage, la décoration frugale, ce tableau révélant en peu de traits les courbes d’une jeune femme, les luminaires en métal ajouré, les ampoules qui accordent une lumière souple, tamisée, la commode en bois de noyer sur laquelle joue un vieux tourne-disque, la musique d’un compositeur islandais qui ravive vos souvenirs d’un ancien voyage, le miroir où je n’aperçois pas votre reflet et votre position dans cette pièce, assise dans un fauteuil bleu d’Anvers au dossier capitonné ou allongée sur le sofa en velours, peut-être debout derrière le voilage gris d’un rideau que vous repoussez en poursuivant du regard une automobile de la même teinte, quoique légèrement plus claire, qui s’esquive dans le virage serré que trace la route pour éviter l’étang, je veux dire l’endroit, la pièce, votre position comme le moment, l’heure du soir, de la nuit ou en cette fin d’après-midi quand vous décidez de me rejoindre, je veux dire vos lèvres en flopée de nuages, vos yeux orageux, le nez foudre, votre visage aux couleurs hâlées des lisières à l’instant du crépuscule, des pieds grêles sur des talons argentés, les cheveux noirs emmêlés de vent, votre blue-jean retroussé qui met à nu vos chevilles et les liserons qui s’enroulent autour, vos pas qui sinuent entre les flaques, sur les trottoirs rincés puisque le ciel se vide, débonde en monceaux de flotte et d’étincelles, se déverse dans les rues en tambourinant les têtes, les eaux remontent la terre et les graviers ocres des parkings, les caniveaux dégorgent, le dos de la rivière bientôt se cambrera, elle débordera, inondera les caves, les venelles et les courettes que traverse votre souffle brusque et court, ce tic ravissant qui éclot au coin de votre bouche si s’élève votre mécontentement, le regard froncé et l’air de m’en vouloir d’avoir insisté, maintenant, j’aimerais vous voir maintenant, tellement insisté et que vous marchiez à moi et que vous traversiez la ville sous l’averse, j’aurais pu attendre, nous avons déjà tant attendu, nous ne sommes plus à un déluge près, votre envie soudaine de filer qui surprend puis dépasse celle de m’embrasser, celle de réchauffer vos doigts au cœur battant de mon torse, ce demi-tour qui me laisse seul à côté de l’arbre au tronc creux sous lequel je n’ai pas osé me réfugier afin d’être aussi détrempé que vous qui n’arriverez pas jusqu’à moi, il est tard, trop tard, vous êtes repartie avant de me parvenir, les lignes de lampadaires tour à tour s’illuminent, les rares passants qui résistaient à l’appel du souper rentrent chez eux ou repoussent l’échéance, boivent un dernier verre dans l’un des bars aux néons orange et grésillants qui encerclent la grand-place, un dernier verre au bout d’un dernier verre, les magasins plient et sortent les cartons, baissent les rideaux, les vitrines se rembrunissent, les boutons d’or et les dents-de-lion s’ensommeillent embobelinés dans leurs pétales, les chauves-souris partent à la chasse, les chiens errants se faufilent sous le feuillage des haies quand même la pluie s’en est allée ou alors autre chose, une autre histoire, encore la nôtre mais dans un cadre changeant que je crée pour nous, l’allure lente, qui flâne, votre robe en pâtis de coquelicots, des ballerines jaunes à moirures, la peau ambrée de vos bras et de vos cuisses couvée par les premiers rayons de soleil, la clarté tiède et blanche de début mai, vous n’avez rien prévu de faire aujourd’hui, vous n’avez établi aucun plan, juste vous rendre où mes mots prétendent vous mener, à l’intérieur de la chapelle Sainte-Hélène, au bord du canal de la Sambre que vous poursuivez jusqu’au grand saule, à l’extrémité de la presqu’île aux Orangers où sur le banc je me tourne, me retourne, guettant l’illusion précédant votre présence et je vous appelle pour vous conduire ici, je vous appelle sans prononcer votre prénom, je vous appelle les paupières closes en espérant jusqu’à cent, je vous appelle en fixant les confins de l’allée de tilleuls, je vous appelle en chuchotant les mélodies que vous affectionnez, je vous appelle entre les plumes des cygnes, à travers les roues des bicyclettes, jetant des cailloux qui rebondissent à la surface quiète de l’eau, je vous appelle depuis la première marche de la passerelle, je vous appelle en me rongeant les ongles, rajustant le col de ma chemise et époussetant les particules de terre qui couvrent mes chaussures à force de gratter le sol, je vous appelle et vous êtes là, assise auprès de moi, je ne vous ai pas vue approcher, ...
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seul compte et vit ce que mon imagination crée, une feuille de platane descend la rivière, à hauteur de l’îlot le courant l’entraîne à gauche, lui fait prendre ce bras d’eau plutôt que l’autre, la feuille se pose un instant sur la rive puis récupère le cours des flots, vous êtes allongée sur cette feuille et vous considérez longtemps le ciel en déplaçant les étoiles, vous remaniez à votre guise l’agencement des constellations, l’ordre et le tourbillon du cosmos, et je discerne la déraison de votre comportement, invraisemblable, insensé, vous redessinez l’espace et dans mes songes personne n’a le courage ni l’insolence de me contredire, au fil de mes rêveries je règne en créateur, en juge et maître
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une sensation ne sera jamais transposable en chiffres et en lettres, la séquence écoulée, dans son intégralité ou partiellement, la suivante débute sans transition ni raison ni ponctuation et pour retranscrire davantage de justesse mon impression même si la recherche d’une exactitude demeure vaine une question pourrait être formulée de cette manière n’ouvrons pas les guillemets préférez-vous que je vous attende ici ou aimeriez-vous que je vous attende ailleurs ne fermons pas les guillemets et allons à la ligne pour entamer un paragraphe ne débutant pas par un alinéa et sans majuscule une nouvelle idée parfoismêmesansespace mais, à bien y réfléchir, les rêveries ne vont pas à la ligne
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j'ignore quelle est la prosodie de votre accent, si vous utilisez cette langue qui est la mienne jusqu'alors impuissante à susciter votre apparition, je ne fais que vous ébaucher, que vous bredouiller et je crains qu'à l'heure de notre confluence nous ne soyons pas en mesure de nous comprendre, mais dissipons cette inquiétude, ne nous attachons guère à ces menues vétilles, dans le cas où notre conversation trébucherait nous n'aurions qu'à nous servir du langage des merles et de l'alizé
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Vidéo de Loïc Demey
Professeur d'éducation sportive et physique, Loïc Demey est tombé dans la poésie un peu par hasard. Hasard qui tire son origine d'un défi qu'il s'est lancé il y a une vingtaine d'années : être publié.
S'inspirant des univers poétiques et musicaux, il aime à bousculer la langue. En 2016 il reçoit le prix SGDL Révélation de la poésie pour "Je d'accident ou d'amour", coup de coeur unanime des libraires de Dialogues. Il revient en septembre 2022 avec "Jour huitième", dans lequel il explore avec justesse la situation écologique actuelle : Dieu créa la Terre en sept jours, que fera l'humanité avec le huitième jour ? Est-il synonyme d'apocalypse ou de renaissance ?
Au cours de cette rencontre, Loïc Demey parle de la passion, de l'urgence de raconter des histoires, à sa manière, ou « comment travailler la langue au mieux, pour qu'elle puisse exprimer ce que j'ai à dire ». Une rencontre ponctuée de lectures sur la thématique des frontières, en écho à celle du Printemps des Poètes 2023
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/21673556-jour-huitieme-loic-demey-cheyne-editeur
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairie.dialogues FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues LINKEDIN : https://www.linkedin.com/company/dialogues-brest
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