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ISBN : 2020296918
Éditeur : Seuil (23/10/2014)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Mais où sont passés les Indo-Européens ? On les a vus passer par ici, depuis les steppes de Russie, ou par là, depuis celles de Turquie. Certains les ont même vus venir du Grand Nord. Mais qui sont les Indo-Européens ? Nos ancêtres, en principe, à nous les Européens, un petit peuple conquérant qui, il y a des millénaires, aurait pris le contrôle de l'Europe et d'une partie de l'Asie jusqu'à l'Iran et l'Inde, partout où, aujourd'hui, on parle des langues indo-europée... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Bigmammy
  21 janvier 2015
Attention, savant dynamiteur de mythe !
Jean-Paul Demoule est professeur de protohistoire européenne à l'université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre de l'Institut Universitaire de France. Ses travaux portent sur la néolithisation de l'Europe ainsi que sur les sociétés de l'âge du Fer, sur l'histoire de l'archéologie et son rôle social, ou encore sur ses constructions idéologiques et, à ce titre, sur le « problème indo-européen ».
Autant dire que son ouvrage n'est pas un pamphlet ni un livre de gaudriole, même si l'auteur fait montre d'un certain humour … et il en faut aussi une certaine dose pour entreprendre la lecture de cette somme qui se donne pour objectif de dynamiter toute une série de théories élaborées depuis le XVIIIème siècle sur l'origine unique des populations européennes, dont certaines carrément élaborées pour répondre à une construction politique funeste.
En fait, le livre déploie, parallèlement à une récollection minutieuse de toutes les thèses successives et tendances de l'archéologie et de la linguistique – je simplifie - un panorama des détournements idéologiques auxquels cette science a pu donner lieu.
Tout commence en 1786 avec l'intuition géniale de Sir William Jones : la parenté entre les langues d'Europe, à partir du latin, du grec et du sanskrit. On en déduit que cette langue originelle commune - représentée autrefois selon un arbre - était parlée par un peuple primordial (les Indo-européens, ou, pour certains, les Aryens) qui vivait dans un foyer originel (Urheimat en allemand). Ce foyer originel serait situé selon les uns ou les autres : en Inde, en Allemagne, en Bactriane, en Turquie, au Tibet, au bord de la Baltique, dans la steppe ukrainienne et même, pourquoi pas, au pôle Nord …
Un détail troublant : en Allemand, « Indo-Européens » se dit « Indogermanen » … Car la science allemande de la grammaire comparée ne va pas tarder à se faire la source d'une mythologie originelle de rechange, accompagnant le mouvement du Romantisme et l'éveil national allemand dont la langue, à la fin du XIXème siècle, est la seule marque tangible d'une unité encore éclatée en une poussière d'États.
Ainsi, au début du XXème siècle, Germains = Indo-européens primitifs, Germanie historique = Foyer originel, avec un contenu qui devient de plus en plus racial. Pourtant, comme le souligne l'auteur, tous les peuples européens parlant une langue indo-européenne ne sont pas grands, blonds et dolichocéphales …
Qu'importe : on s'appuiera notamment sur l' « Essai sur l'inégalité des races humaines » de Gobineau (qui eut un succès bien plus considérable en Allemagne qu'en France) et les écrits de Gustav Kossinna pour, sans aucune preuve matérielle (pas plus à cette époque qu'aujourd'hui malgré les découvertes archéologiques postérieures), échafauder les théories et les scénarios nazis portant sur la supériorité de la race nordique, l'Atlantide du Nord engloutie, les dangers que représentent le métissage, les races inférieures, le féminisme, le socialisme et la démocratie !
On sait ce que la pseudoscience des races a pu causer de crimes de masse pendant la guerre. Cependant, l'effondrement du nazisme après 1945 n'a pas signifié la disparition de ces thèmes mortifères. Ce que met en lumière l'ouvrage, c'est aussi la résurgence dangereuse de ces idées de supériorité de la « race » aryenne en plein milieu du XXème siècle, au sein des mouvements d'extrême-droite. Voir – entre autres - le livre d'Alain de Benoist « Vue de droite » paru en 1977.
Donc, non seulement Jean-Paul Demoule dynamite, mais aussi, il « balance » ! C'est jouissif et salutaire.
En particulier en démontant la mécanique du raisonnement circulaire dont voici un exemple (p. 549):
1 - les Indo-européens originels étaient des conquérants puisqu'ils ont imposé leur langue originelle à l'ensemble de l'Europe et à une partie de l'Asie.
2 – les peuples "kurgans" (tumulus funéraires) étaient des conquérants puisqu'ils possédaient des armes, le cheval domestique, le char, et se sont répandus dans toute l'Europe.
3 – Donc, les Indo-européens originels étaient des peuples de kurgans, ce qui prouve qu'ils étaient des conquérants, etc …
Or, dans l'état actuel des connaissances, rien (encore) n'étaye ce genre de thèses «diffusionnistes» ou «invasionnistes» …
Je ne cache pas que j'ai eu du mal à progresser dans cet ouvrage érudit – mais très bien écrit - qui relève de connaissances dont je suis très éloignée. Cependant, j'y ai à peu près compris le message figurant en résumé dans l'épilogue, avec les 12 antithèses indo-européennes réfutant les 12 thèses figurant dans les premières pages.
Ou comment un passionnant problème né au XVIIIème siècle de la recherche d'un mythe alternatif à la Bible des Juifs, porté au XIXème siècle par l'image de la colonisation européenne du monde, s'est égaré de diverses manières dans la tourmente du XXème siècle pour ressortir dans les officines extrémistes d'aujourd'hui ?
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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laudou92
  18 novembre 2017
Ouvrage érudit, détaillé, mais passionnant, dont le propos destructeur n'est pas sans rappeler celui de Michel Onfray jetant bas dans son "Crépuscule d'une idole" la statue de Freud et détruisant lui aussi un « mythe » moderne aux allures vainement scientifiques. A cette différence que JP Demoule ne conteste pas le statut des sciences humaines que sont la linguistique générale ou la grammaire comparée. Il constate simplement que la question des Indo-européens, contrairement à ce qui est dit, enseigné et écrit partout, n'est pas résolue. Il y a des parentés entre les langues indo-européennes, mais l'explication par un peuple d'origine, parlant une langue originelle, possédant une culture et un territoire spécifiques, -cette explication est à coup sûr fausse. L'essentiel du livre consiste à critiquer, et en fait à démolir, cette thèse officielle, avec ses ramifications diverses.
On lui reprochera peut-être de ne pas reconstruire sur les ruines : mais c'est qu'on ne peut pas, d'un seul coup d'un seul, refaire ce que deux ou trois siècles de science ont si mal bâti. Pour expliquer les parentés entre les langues indo-européennes, il faut proposer d'autres voies, d'autres méthodes. le travail est en cours, notamment tel qu'amorcé par les spécialistes de la créolisation ou des pidgins, mais il promet d'être assez long et compliqué. (De la même façon qu'une fois les récits de la psychanalyse relégués dans les placards de la mythologie, il reste à construire patiemment une véritable science (ou du moins un essai de connaissance mieux fondée.
Ce que met particulièrement en exergue le livre de JP Demoule, c'est que la construction du mythe indo-européen repose sur un substrat de croyances. Onfray explique l'oeuvre de Freud par la cupidité de son auteur. Ici, la construction et la défense du mythe ne tiennent pas seulement à des affaires d'amour propre ou à des rigidités universitaires : au contraire, la plupart des « inventeurs » des Indo-européens nous sont présentés comme des travailleurs honnêtes et acharnés, capables de constituer des sommes impressionnantes, et c'est à leur insu qu'on découvre, en grattant un peu, qu'ils sont manipulés par les croyances, les préjugés de leur époque ou de leur milieu.
Dans le cas précis du mythe indo-européen, le substrat idéologique est formé par la croyance raciste en la supériorité de l'homme occidental, par une forme de darwinisme et par la validité du modèle des « nations » tel qu'il s'est manifesté au cours du 19ème siècle. Non sans une insistance un peu lourde, JP Demoule montre en particulier combien les théories qui sous-tendent le nazisme sont redevables du mythe indo-européen. Il développe également l'idée que si ce mythe est encore vivace aujourd'hui, et même qu'il a repris de la vigueur dans les années 80, c'est en lien avec la revitalisation des thèses défendues par la Nouvelle Droite. (Ce faisant, il s'expose peut-être à des reproches symétriques : celui d'être mû par une idéologie de gauche. Mais franchement, cela n'apparaît guère.)
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Bequelune
  13 août 2015
C'est d'abord pour expliquer les nombreux points de ressemblance entre un grand nombre de langues (= un millier) qu'on s'est mis à parler des Indo-Européens. En effet, la majorité des langues européennes, ainsi que certaines langues de la zone indo-iranienne, sont apparentées selon les études linguistiques. Pour expliquer ces proximités, on a supposé l'existence d'une langue, très ancienne, qui aurait ensuite donné tous les autres. Et à cette langue, on a accolé un peuple du même nom, les Indo-Européens donc.
Restait à identifier ce peuple « originel ». Plusieurs théories ont eu cours ; celles de Marija Gimbutas et de Colin Renfrew sont les plus connues. Pourtant l'archéologie et l'étude des migrations humaines ne confirment jamais ces hypothèses. Soit les migrations en question sont trop récentes, soit elles sont trop anciennes pour coller au développement des langues indo-européennes.
Il y a deux idées fortes dans cet ouvrage de Jean-Paul Demoule. La première, c'est de contester l'idée d'un peuple originel. Plus on en apprend sur la préhistoire, et plus on sait que réfléchir sur ces époques avec nos grilles d'analyses actuelles, soit 1 peuple = 1 ethnie = 1 langue, n'a pas de sens. Le brassage des hommes, des cultures et des langues est aussi ancien que l'humanité. Pour expliquer les ressemblances entre langues sur un territoire extrêmement étendue, d'autres modèles explicatifs sont possibles. Par exemple l'interconnexion entre différentes tribus aux frontières mouvantes, et l'influence réciproque entre les langues qui explique l'adoption de racines communes.
Le deuxième point, c'est de replacer les développements des études indo-européennes dans leur contexte historique et géographique. Soit le contexte d'une Europe en train d'épouser la modernité, avec un développement scientifique exceptionnel et le façonnage des identités nationales et des idéologies modernes : nationalisme, le darwinisme, le socialisme, le racisme... L'Allemagne, y compris dans sa période nazie, jouera un rôle important dans la popularité des études indo-européennes.
Demoule arrive bien à nous faire saisir ce qu'il y a d'un peu malsain à s'accrocher obstinément à cette idée d'un peuple originel, donc forcément plus « pur » que les autres... alors même que ce modèle n'est scientifiquement pas satisfaisant. D'autres modèles, plus complexes mais aussi plus intéressants existent. Le livre de Demoule est une brillante invitation à les explorer.
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Goudal
  20 décembre 2018
Extraordinaire bouquin sur les délires de la linguistique et des ethnologues qui fait réfléchir sur toute l'histoire des sciences dites humaines.
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critiques presse (1)
Liberation   12 novembre 2014
Cette somme n’est pas une énième histoire des Indo-Européens mais celle de l’histoire d’une construction intellectuelle vieille d’au moins trois siècles.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Cyril_lectCyril_lect   23 février 2017
Un spectre hante l'Europe : le spectre des Indo-Européens. Parti il y a quelques millénaires d'un lieu précis de l'Eurasie, un peuple conquérant et entreprenant aurait pris peu à peu le contrôle de toute l'Europe (à peu de chose près), ainsi que de l'Inde, de l'Iran, du Pakistan, de l'Afghanistan et des régions alentour, imposant partout son ordre, sa langue et sa culture. De sa langue originelle serait né peu à peu, de façon arborescente, l'ensemble des langues indo-européennes connues, de même que son mode de pensée originel aurait structuré les mythologies, les épopées et les institutions des locuteurs de ces langues, avant que la christianisation de l'Europe n'en efface une partie, mais une partie seulement.
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